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EAN : 9782361391799
Éditeur : Le Mot et le reste (02/01/2020)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 41 notes)
Résumé :
C'est décidé, Tom, Luna et leurs parents descendront le canyon de la Tara en raft. Une belle étape de plus dans leur vie nomade. Pourtant, malgré les paysages monténégrins époustouflants, la complicité familiale et la présence rassurante de Goran, leur guide serbe, la tension envahit peu à peu le canyon et le drame frappe, sans appel.
Du haut de ses 15 ans, Tom prend de plein fouet la violence du deuil et de la solitude. Dans l'errance qu'engendre le délitem... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Fandol
  18 juillet 2020
Le sourire du scorpion ou comment aborder un sujet gravissime au travers d'une tragique histoire familiale, c'est ce qu'a tenté et réussi Patrice Gain, pour son quatrième roman.
Ce roman faisait partie de la sélection des vingt-et-un livres en course pour le Prix Orange 2020. Je remercie Lecteurs.com pour m'avoir permis la découverte de ce titre. S'il n'a pas été retenu parmi les cinq finalistes, je le comprends car, tout au long de ma lecture, je suis souvent resté sur ma faim malgré l'excellence de l'écriture.
Le début de l'histoire, avec cette descente en raft d'un canyon, en 2006, au Monténégro m'a fait croire à un récit apocalyptique dont personne ou presque ne sortirait vivant. Alex et Emilie, avec Luna et Tom, leurs enfants, deux jumeaux âgés de quinze ans, mènent une vie en dehors des sentiers battus. Ils vivent dans un camion aménagé et font les saisons pour gagner de quoi vivre. Tom est le narrateur de leur histoire mais je n'ai pas toujours aimé le ton qu'il emploie, parfois trop recherché, parfois simpliste, sans jamais aller au fond des choses.
La petite famille possède un chien, Dobby, femelle rottweiler aimante et protectrice. Celui qui leur sert de guide pour l'aventure sur la rivière Tara, se nomme Goran. Il a un peu plus de quarante ans mais on sait juste qu'il est originaire des Balkans. Très dévoué, il prend tout en charge, toujours avec un sourire un peu figé.
Je n'en dis pas plus sur cette aventure pour ne rien divulgâcher mais j'ai pensé un peu à Délivrance, le livre de James Dickey, adapté brillamment au cinéma par John Boorman. D'ailleurs, revenu en France, Tom se plonge dans la lecture de ce roman si oppressant.
Oui, ils vont revenir en France mais j'ai trouvé un peu courte la partie descente du torrent. C'était un point de départ car le principal se passe sur le causse, tout près des Gorges du Tarn. L'auteur, par l'intermédiaire de Tom, s'attache à décrire soigneusement la nature et les éléments qui la composent et qui évoluent suivant la saison. Un vocabulaire riche et des passages très soignés témoignent d'une recherche approfondie de la part de l'auteur ainsi que d'une connaissance remarquable du milieu naturel.
Monténégro, Serbie, Bosnie… je ne peux passer sous silence ce qui constitue la base du roman de Patrice Gain : ces années terribles de massacres entre populations qui vivaient jusque-là en parfaite harmonie. À la fin du livre, l'auteur précise le nom de l'homme qui l'a inspiré.
Le sourire du scorpion prouve que, lorsque les hommes veulent chercher et trouver les criminels de guerre, ils réussissent à ne pas les laisser vieillir tranquilles. Cette guerre, honteuse pour l'Europe et notre espèce humaine, c'est bien de ne pas l'oublier mais c'est impossible de ne pas vibrer d'émotion en pensant à tous ces destins brisés, à toutes ces immenses souffrances infligées à des familles qui vivaient en paix.
Patrice Gain, en quelques lignes, le fait très bien dire à Sule qui explique tout à Tom dont la jeune existence a commencé dans des circonstances très, très difficiles.
Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Cannetille
  06 octobre 2020
Les jumeaux Tom et Luna, quinze ans, mènent une existence nomade et bohème au gré des activités saisonnières de leurs parents. Cette fois, la famille met le cap sur le Monténégro, où, accompagnés de leur guide serbe Goran, ils doivent descendre en raft l'impressionnant canyon de la Tara. Dès le deuxième jour sur la rivière, des tensions surgissent dans le groupe, bientôt frappé par un drame irréparable qui, aussi accidentel paraisse-t-il, pourrait bien s'avérer lié à une autre histoire bien plus vaste…

Le roman démarre sur une aventure sportive au sein d'une nature sauvage et grandiose, si superbement évoquée que me sont immédiatement venus à l'esprit les récits d'Edward Abbey, notamment dans son livre Un fou ordinaire. le lecteur y est d'emblée happé par la sensation d'une menace diffuse qui ne va cesser d'entretenir le suspense. D'abord centrée sur les risques d'une expédition soumise à des périls naturels, l'angoisse va peu à peu évoluer vers un nouveau malaise, entretenu par quelques personnages aux comportements inquiétants, jusqu'à une plongée dans les noirs tréfonds de l'histoire des Balkans vingt-cinq ans plus tôt.

A l'âpre et imposante beauté de lieux isolés et sauvages va ainsi répondre le crime le plus barbare venu y chercher la discrétion. Très librement imaginée à partir de l'histoire d'un ancien Scorpion serbe extradé par la France en 2011, l'intrigue, si insouciante au début, mène peu à peu à la grave question des crimes de guerre, interrogeant sur la possibilité ou non, pour les bourreaux comme pour les proches de leurs victimes, de tourner la page et de reprendre une vie normale, une fois sonnée la fin du conflit.

Après Terres fauves, le précédent roman de l'auteur, l'on retrouve avec plaisir sa manière de mêler le nature-writing au thriller pour nous offrir une lecture agréable et addictive. Si Terres fauves pêchait à mes yeux par un certain manque de crédibilité, le sourire du scorpion corrige nettement le tir sur ce point, même si certains personnages peuvent encore y paraître d'une finesse perfectible : ainsi ces deux adolescents incroyablement matures, ou cette mère démissionnaire dont rien n'explique vraiment ce qui la tient tant sous emprise. Au final, Patrice Gain nous sert un fort plaisant récit d'aventures en pleine nature, où le plus grand prédateur porte indéniablement figure humaine.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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cardabelle
  25 juillet 2020
.
Après l'aventure rocambolesque en Alaska de "Terres Fauves ", Patrice Gain nous entraîne dans le canyon de la Tara dans le Monténégro .
Là , une sympathique petite famille part faire du rafting avec un guide pour le moins mystérieux .
Dès le début , naît le suspense . Une intuition maléfique habite la mère qui tente en vain de convaincre sa famille de renoncer à l'expédition en évoquant leur inexpérience .
Les difficultés ne vont bien sûr pas tarder et l'ombre du danger va peu à peu s'étendre .
Difficile de résumer sans trop dévoiler les péripéties mais , plus on avance , plus l'angoisse monte .
Le retour en France , au coeur des Grands Causses est encore plus houleux que la descente des rapides .
Le déroulement de l'intrigue est subtil et jusqu'à la fin il ménage le suspense même si parfois on effleure le dénouement : il y a toujours un rebondissement .
Mais , l'aventure fictive va aussi permettre l'évocation d'un pan d'histoire et à un moment , on voit surgir toute l'horreur d'une guerre fratricide , bien réelle celle-là .
Au tout début de la lecture , j'ai trouvé une ressemblance avec le film " La Rivière Sauvage " de Curtis Hanson , avec Meryl Streep , même si la distribution des rôles est différente .
Ensuite , on va flirter avec l'atmosphère de " Délivrance " de James Dickey . L'auteur évoque lui-même l'ouvrage dans le récit .
Mais , le talent de Patrice Gain , c'est aussi de savoir élargir l'horizon du lecteur pour mieux le ramener à son propre univers .
Et là , je me laisse porter par une écriture fluide , énergique qui alterne entre force , sensibilité , gravité , humanisme et poésie .
Un auteur qui allie magnifiquement thriller et Nature Writing qui pourrait bien commencer à concurrencer ses éminents confrères d'outre- Atlantique , des maîtres du genre quand même !
C'est l'évasion assurée et j'ai trouvé cet ouvrage travaillé , documenté , bien construit très agréable à lire .
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JIEMDE
  07 janvier 2020
Il y a des auteurs dont vous entendez parler depuis quelques temps, pas les plus connus ni les plus médiatisés, mais dont les recommandations positives s'accumulent petit à petit, suscitant l'intérêt, sans pour autant mécaniquement déclencher l'achat. Patrice Gain fait partie de ceux-là pour moi et il aura fallu attendre ce début 2020 et le sourire du scorpion pour passer le pas. Et j'ai bien fait !
C'est un roman noir en deux temps : le premier voit Tom, sa soeur jumelle Luna et leurs parents s'embarquer dans une descente en raft d'une rivière chahutée du Monténégro. 3 jours de vacances sportives et dépaysées sous la conduite de Goran, leur guide et ami. Un raft-trip qui va rapidement virer au drame. le second, va confronter la famille à l'absence, à l'incompréhension, au soupçon, à la vengeance…
Gain est habile : il est parfaitement à l'aise dans la maîtrise du suspense et de la tension, accrochant son lecteur dès les premières pages pour ne le laisser reposer, un brin essoufflé, que 60 pages plus tard, pour le culbuter à nouveau en fin de roman ; mais il excelle aussi dans un exercice plus lent où l'analyse des âmes et de leurs états variants l'emporte sur l'action. Il passe en revue les différentes manières d'aborder un deuil dans une même famille, la dépression, la gémellité, la construction adolescente et la nature salvatrice.
Car la nature, c'est elle le protagoniste majeur du roman : déchaînée et meurtrière en Europe centrale, sauvage et dure dans l'hiver du Larzac, ensoleillée et rédemptrice au pic des falaises du littoral. Une nature générant quelques longueurs, comme si l'auteur hésitait parfois dans son dosage de drame et de nature writing... Peut-être, mais pas de quoi gâcher cette belle découverte qui va me conduire illico vers les précédents livres de Patrice Gain !
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hcdahlem
  25 juin 2020
L'étranger, la chute et la peste
Avec «Le sourire du scorpion» Patrice Gain fait d'une sortie en rafting un drame aux conséquences brutales. Aucun des rescapés ne sortira indemne de ce récit de plus en plus noir.
Ils sont six, embarqués sur un raft pour une excursion de quelques jours sur une rivière au fond d'un canyon. L'été est doux, le plaisir au rendez-vous. Tom, le narrateur est un jeune garçon accompagné de sa soeur jumelle Luna, de ses parents Mily et Alex, sans oublier Dobby, un chien trouvé mal en point au bord de la route. le groupe est conduit par Goran, le guide qui a sympathisé avec Alex. Après le bain dans une eau revigorante et une partie de pêche à la truite, la nuit vient leur permettre de regagner quelques forces. Voilà enfin de vraies vacances pour cette famille errante – les parents sont saisonniers – qui n'a pas de domicile fixe.
Le second jour sur la rivière, l'ambiance change. le courant se fait plus fort, le raft manque de chavirer. La peur s'installe, surtout chez Mily que les affirmations de son mari ne parviennent pas à rassurer. En bonne mère de famille, elle a l'intuition que leur virée peut tourner au drame. Après quelques chavirages sur une rivière de plus en plus déchaînée, le groupe parvient à se réfugier dans une grotte. Mais le lendemain, le raft a disparu.
Fort heureusement, après quelques heures de recherche Tom réussit à mettre la main sur l'embarcation prise dans des branches. L'expédition se poursuit jusqu'à un nouveau chavirage, fatal. Mily, Luna et Tom réapparaissent et se mettent à la recherche des hommes. Quand ils retrouvent Goran, il est bien obligé de reconnaître qu'Alex a disparu, qu'il n'a rien pu faire pour le sauver.
Les recherches entreprises resteront vaines. Commence alors une nouvelle histoire, celle de la vie sans Alex. Alors que Mily s'enfonce dans une terrible déprime Luna veut savoir ce qui s'est réellement passé avant de tourner la page, de partir étudier et faire de l'escalade. Sans sa soeur jumelle Tom est désemparé et assiste impuissant à la mainmise de Goran sur le foyer.
Un an après, il épouse sa mère lors d'une cérémonie très discrète. Les relations vont pourtant très vite se dégrader, d'autant que les nuages noirs s'accumulent au-dessus de Goran le Serbe.
Patrice Gain a construit son roman comme un château de cartes. Les étages qui mènent au sommet sont de plus en plus fragiles, le risque que tout s'écroule de plus en plus grand. Parviendra-t-il à poser les ses deux derniers atouts avant que le drame ne se noue? C'est tout l'enjeu d'un scénario à la tension croissante, au fur et à mesure que le doute s'instille dans les esprits. C'est diaboliquement efficace, c'est émotionnellement prenant, c'est joliment réussi!

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
cardabellecardabelle   24 juillet 2020
.
[...] le Causse .
Perchés sur un rocher , on écoutait le vent tiède souffler sur la steppe .
Les délicats épillets de stipa , fins comme des cheveux d'ange , moutonnaient dans la lumière du soir comme des vagues argentées .
C'était fascinant de voir ces ondes traverser les vastes étendues pour aller s'éteindre avec les dernières lueurs du soleil .
Quelques genévriers ou d'agressifs prunelliers , adossés à de fantomatiques roches ruiniformes , accrochaient le regard dans la prairie .
Pas un arbre digne de ce nom
[...]
J'aime ces endroits où l'on n'a pas idée de ce qu'il y a derrière l'horizon .

p.27
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hcdahlemhcdahlem   25 juin 2020
INCIPIT
On était au début de l’été et la chaleur était assommante. Le raft reposait paisiblement sur un banc de galets plats et bien ronds. Les combinaisons néoprène et les gilets de sauvetage cuisaient au soleil sur ses boudins rouges. Goran avait choisi de s’arrêter dans cette anse après seulement deux petites heures de navigation. Après tout, c’étaient les vacances et personne n’avait rien trouvé à redire, d’autant que les jours précédents avaient été éprouvants. Trois jours passés dans notre maison sur essieux, surchauffée, animée par un moteur poussif qui peinait à prendre de la vitesse. Par les fenêtres béantes entrait un air sec et poussiéreux qui avait l’odeur âcre du goudron fondu. L’herbe était jaune et les ruisseaux que l’on croisait croupissaient dans le fond de leur lit. Les paysages tout entiers avaient soif. L’ombre de la nuit ne nous apportait aucun répit.
La rivière qui coulait entre les parois vertigineuses du canyon étincelait d’une myriade d’éclats qui venaient se ficher droit dans la rétine. Des parois d’une centaine de mètres, peut-être bien le double. Quelques pins audacieux jouaient les funambules sur le fil des crêtes. D’autres, plus intrépides encore, tentaient l’aventure d’une vie suspendue dans le vide, agrippés par une racine chevillée dans une fissure ou une encoignure propice. Les rives étaient recouvertes d’une abondante végétation et de bois mort. Luna et moi sommes allés nous baigner. L’eau était glacée, ou bien était-ce au choc thermique que nous devions cette sensation, mais cela nous importait peu. Nous nous laissions glisser sur un toboggan naturel avant que le courant nous emporte. Retenant mon souffle, je plongeais pour suivre le lit de la rivière et observer le canyon à travers le filtre mouvant d’une cinquantaine de centimètres d’eau. Il me semblait alors plus profond, plus impressionnant, plus envoûtant encore. En quelques brasses nous reprenions pied sur la courte plage et remontions jusqu’au toboggan. Après une dizaine d’allers-retours, nous nous sommes installés en plein soleil, sur de grandes dalles bien lisses, pas si simples à escalader. Nos lèvres étaient bleues et la caresse des brises chaudes devenait délicieuse. Sur la face opposée au courant, des bergeronnettes chassaient sous le nez de truites, de gourmands plécoptères. Ça n’a pas échappé à Luna qui s’est empressée de monter les cannes à pêche. Nos parents étaient allés s’allonger dans l’ombre d’un bosquet d’aulnes tandis que Goran bricolait je ne sais quoi. Maman était rayonnante dans son maillot de bain dépareillé, une culotte vichy noir et blanc et un haut jaune orangé. Elle avait dénoué ses cheveux blonds qui tombaient sur ses épaules très blanches. Des cheveux qui frisaient naturellement. Maman avait l’élégance des femmes qui ne la cultive pas. Quelque temps plus tard, Goran est venu nous rejoindre.
Nous avons pêché au toc jusqu’à ce que le soleil abandonne les gorges. On a fureté autour des rochers en laissant dériver nos nymphes dans le courant pour dénicher les plus belles truites. On a prospecté la rive, la canne dans une main, le fil dans l’autre. Le temps avait filé à la vitesse des flots. L’ombre a d’abord voilé les falaises qui nous faisaient face avant de gagner le fond du canyon. Ses eaux cristallines se sont immédiatement muées en une onde sombre aux teintes gris vert. Il faisait encore bon, mais un léger vent s’était levé. Il glissait sur la surface de la rivière en remontant son cours. Nous nous étions sérieusement éloignés du camp. Nous avons plié nos lignes et fait demi-tour. Maman lisait, le dos appuyé contre le raft. Elle avait enfilé un pantalon de toile et un T-shirt. J’ai soulevé nos cinq truites à bout de bras et lancé un joyeux « Regarde ce qu’on ramène pour le dîner ! » Elle s’est levée en marquant sa page avec l’index.
— Elles sont magnifiques, mais si on continue à ce rythme, entre la sieste et la pêche, on ne sortira pas d’ici avant la fin du mois !
— On est là pour prendre du bon temps, pas vrai les enfants ?
Notre père avait émergé des taillis avec une brassée de bois mort.
— Aidez-moi à décharger les affaires, on va monter le camp sous les arbres.
Nous avions quatre jours de nourriture enfermée dans des sacs étanches, plus les tentes et le matériel indispensable pour le genre d’expédition dans laquelle nous étions engagés. Nous avons ensuite tiré le raft haut sur la berge, puis Luna et moi avons allumé un feu. Nous sommes jumeaux. De faux jumeaux puisqu’elle me dépassait facile d’une tête. Son dynamisme était communicatif et à cette époque, nous avions à peine quinze ans, rien ne pouvait nous séparer. Goran est allé vider les truites à la rivière et notre mère a préparé des nouilles chinoises. Elle était un peu tendue. Je crois bien qu’avec la nuit tombée, elle visualisait mieux ce dans quoi Goran et notre père nous avaient embarqués. Descendre un canyon pas loin d’être aussi profond que le Grand Canyon. Dévaler quatre jours durant le torrent qui coule au fond, 1300 mètres sous les plateaux calcaires. Presque de la spéléologie. Une rivière en sursis, puisqu’un projet de barrage prévoyait de faire des gorges une retenue d’eau. Voilà comment notre père et Goran nous avaient présenté les choses l’hiver dernier et l’idée nous avait enthousiasmés, Luna et moi. Sur le parking des saisonniers, Goran était notre voisin. Il logeait dans une caravane. Tout le monde l’appelait « le Yougo », à cause de son accent rocailleux. Je crois me souvenir qu’il travaillait dans un bar de nuit, en tout cas il n’émergeait jamais de son antre avant midi. Il avait ajouté qu’en juillet le débit de la rivière serait idéal pour réaliser la descente. Goran avait déjà fait ce genre de chose, diriger une embarcation dans des eaux blanches. Nous l’avions donc retrouvé dans un hameau au nom imprononçable, flanqué d’une dizaine de maisons en pierre et la journée avait été consacrée à préparer notre expédition, mais pas seulement. Nous étions en 2006 et le Monténégro avait déclaré son indépendance quelques semaines plus tôt. Goran avait souhaité fêter ça et je me souviens parfaitement de la soirée qui avait précédé notre départ. Des gars arrivaient de je ne sais où avec des tas de trucs à boire et à manger qu’ils déposaient sur une table disposée sous un érable. La plupart portaient un treillis militaire et c’était assez déconcertant, je ne saurais pas dire pourquoi, on croisait souvent dans les campagnes des fermiers ou des chasseurs affublés ainsi. Un animal que je ne pouvais identifier tournait sur une broche. Un type était occupé à alimenter les braises qui lui cuivraient les flancs. Goran nous avait présenté des cousins, des amis. Deux gars s’étaient installés près de la fontaine et avaient joué une musique entraînante aux accents un rien tziganes. Elle couvrait les conversations et c’était aussi bien ainsi parce qu’on ne pouvait en suivre aucune. Il y eut des chants, des danses et une altercation entre les amis de Goran pour une stupide histoire de scorpion que l’un d’entre eux s’était fait tatouer dans le cou. Plus tard dans la nuit, sur les tables encombrées par les reliefs du repas, les convives ont continué à boire, à chanter. Des coups de feu avaient été tirés en l’air. Maman, Luna et moi étions allés nous coucher, effrayés par le bruit des armes.
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cardabellecardabelle   22 juillet 2020
.
Nous avons sillonné le causse sur des routes étroites et étrangement sinueuses .
Des troupeaux de brebis s'égayaient sur de douces ondulations et animaient le paysage aride et monotone .
[...]
Le soleil jouait avec les chaumes qui transpiraient un parfum de moisson .
Il s'engouffrait par les vitres ouvertes et venait chasser celui de la terre chaude .

Quelques maisons de pierres grises , coalisées contre le désert et la solitude , apportaient un peu d'humanité .

p. 82
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FandolFandol   21 juillet 2020
L’éthique de nos parents était de dire que redouter quelque chose c’était l’attirer, que l’insouciance était le meilleur rempart contre les mauvais coups. Pourtant maman s’était mise à avoir peur.
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hcdahlemhcdahlem   25 juin 2020
Je l’ai regardé entrer dans l’eau jusqu’aux genoux avec sidération. Il était torse nu et sacrément bien bâti. Goran était un peu plus vieux que nos parents, en tout cas c’est l’idée que je m’en étais fait. Il devait avoir une quarantaine d’années, peut-être bien quatre ou cinq de plus. Il s’est aspergé et frotté avec vigueur. Je n’étais pas le seul à suivre tous ses mouvements. Sur la rive en face, un rapace observait la scène avec incrédulité. Un épervier qui attendait que la brume se lève pour se mettre en chasse et débusquer quelques passereaux.
Je suis remonté au campement avant que Goran ne m’invite à le rejoindre. Je n’avais aucunement l’intention de jouer à Rambo.
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Entretien pour Quais du Polar avec Patrice Gain par Joël Bouvier (Auvergne Rhône Alpes Livre Lecture)
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