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EAN : 9782070376438
128 pages
Éditeur : Gallimard (01/01/1985)

Note moyenne : 3.45/5 (sur 194 notes)
Résumé :
Auteur, compositeur, chanteur, photographe et metteur en scène, Serge Gainsbourg a écrit le roman d'un peintre, Evguénie Sokolov. Un peintre génial et solitaire. Mais quel est le secret de son génie, de ce vibrato du dessin, de cette manière " sismographique " qui fait sa gloire ? C'est ce mystère que révèle le roman. Un style froid et précis ajoute à la provocation d'un récit qui expose le destin le plus insolite que l'on puisse imaginer. Sarcastique et drôle, pour... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  15 juin 2012
Qui d'autre que Serge Gainsbourg aurait eu le toupet d'écrire en premier roman l'histoire d'un peintre rendu célèbre grâce à ses flatulences ?
On reconnaît bien là l'esprit bravache et le sens du défi de celui qui, peu de temps auparavant, c'était fait déjà remarquer en interprétant la « Marseillaise » en reggae…
Le roman paraît en 1980 et dès les premières lignes le ton est donné :
« de ma vie, sur ce lit d'hôpital que survolent les mouches à merde, la mienne, m'arrivent des images parfois précises, souvent confuses, out of focus disent les photographes, certaines surexposées, d'autres au contraire obscures qui, mises bout à bout, donneraient un film à la fois grotesque et atroce par cette singularité qu'il aurait de n'émettre par sa bande sonore parallèle sur le celluloïd à ses perforations longitudinales, que des déflagrations de gaz intestinaux.»…
De quoi s'agit-il ? Eh bien de l'histoire d'un homme, artiste peintre de son état, affligé d'une cruelle et redoutable infirmité, celle de venter sans arrêt, et dont l'auteur nous relate la douloureuse existence ainsi que la maladie dont il est affublé, avec une précision chirurgicale et une exactitude quasi monomaniaque dans l'énumération des termes médicaux et techniques.
De son enfance misérable marquée par une maladie au doux nom poétique de « météorisme » à son passage éclair dans l'armée où le relâchement de ses sphincters est considéré comme un outrage à la nation, de son entrée aux Beaux-arts à son incroyable succès de peintre et de sa fin de parcours sur un lit d'hôpital le ventre déformé par des années de flatuosité, « Evguénie Solokov » est le récit d'une vie dont les ballonnements intestinaux ont été le centre et la substance, le principe et la quintessence. Car grâce à (ou à cause de) sa « pétomanie », Solokov est devenu un peintre génial à la côte inestimable sur le marché de l'art. Chaque fois qu'il libère un vent il crée une oeuvre d'art !
Dès lors, maladie et création seront indissociablement liées, faisant du peintre le chef de file de « l'Hyper abstraction », un mouvement artistique des plus…sismographiques...soumis à la qualité explosive des inflammations entériques d'un artiste désormais riche et célèbre.

On l'aura compris, le sujet d' « Evguénie Solokov » est des plus répulsifs.
Pourtant, la langue est belle, triviale dans son fond mais châtiée dans sa forme, très littéraire, construite avec une régularité de papier à musique et une rigueur de métronome.
«Je n'ai pas laissé une seule ligne merdeuse» disait Serge Gainsbourg à propos de ce bref ouvrage à la fois vulgaire et sophistiqué, qu'il mit six années à écrire avec une application, une attention portées dans le choix des mots et des termes techniques, frisant la marotte obsessionnelle.
Dommage que certains critiques, agacés sans doute par un sens de la provocation toujours plus outrecuidant, l'aient à ce point éreinté que jamais il ne repris la plume, trop blessé par les jugements intempestifs de quelques mauvaises langues, dont le fiel délivrait une pestilence identique à celle qui émanait de l'arrière train de ce pauvre Evguénie.
L'ouvrage révèle pourtant beaucoup de son auteur. On pourrait même dire que Gainsbourg est Evguénie Solokov.
Comme toujours avec Serge Gainsbourg, le sens de la provocation se double d'une part de douleur intime liée à son échec mal digéré de se faire un nom dans le monde de la peinture mais aussi à son physique, si difficilement assumé durant sa jeunesse.
Le roman prend ainsi des airs de règlements de comptes, d'une part en faisant la critique du marché de l'art, dont les valeurs supposées laissent souvent transparaître la plus totale pauvreté mentale, et d'autre part en représentant la revanche sur le monde, certes dérisoire et pathétique mais toutefois bien réelle, d'un homme au départ défavorisé - les pets pour Evguénie, le délit de faciès pour Serge - que son handicap à finalement hissé au-dessus du communs des mortels.
Hormis les relents nauséabonds qu'il exhale immanquablement, l'ouvrage, concentré de mots rares et de phrases précieuses, libère d'autres effluves, plus subtils et délicats, le fumet d'un véritable écrivain maniant la plume avec maîtrise et savoir-faire, ciselant patiemment sa prose en orfèvre maniaque, et comme un jardinier amoureux de sa rose, cultivant avec soin un sujet épineux pour en faire éclore une fable parabolique au champ lexical riche, dense, recherché, quelquefois même difficile.
86 petites pages audacieuses, crues, élégantes, scabreuses, raffinées et impertinentes dans lesquelles on retrouve tout ce qui faisait le charme et le charisme de l'auteur, compositeur, interprète ; ce mélange de chic et de choc, d'insolence et de timidité, de décontraction éhontée et de pudeur désarmante qui définissait l'univers personnel et artistique de ce jongleur de mots épris de perfection qu'était Serge Gainsbourg.

«Evguénie Sokolov » : seul roman qu'ait jamais écrit Serge Gainsbourg…ou comment rester dandy tout en parlant de vents…
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Nowowak
  03 mars 2021
Trente ans qu'il s'est gainsbarré sans nous laisser d'adresse. Un seul roman mais de poids. Un récit épais qui nous convie à nous rappeler qu'il était peintre. Voilà qui donnera des idées aux peinturleurs dont je fais partie. Où sont passés son ombre noire, son ombre blanche, son air enfantin, ses yeux rieurs et pétillants ? Cette histoire désopilante constitue un héritage de drôlerie, de loufoquerie, d'intelligence. Quels talents n'avait-il pas ?
Ses délires délurés ont percuté un pylône mais depuis la tour de contrôle on entend encore ses musiques, ses gymniques. Il pleut de la neige carbonique sur le noir de la nuit mais soudain la lumière nous éclaire. Deux notes, trois mouvements. Je t'aime moi non plus. L'homme à la tête de chou est toujours là, ses chansons sont vivantes, Gainsbourg ne s'est pas barré bien loin, son coeur bat, il bat, il bat. Souvenons-nous de ne pas l'oublier.
Nowowak

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saphoo
  05 février 2019
Étonnée par le contenu, car je pensais retrouver une poésie, un charme, quelque chose original certes ça l'est pour l'histoire de pétomane hors pair, mais j'apprécie les textes de Gainsbourg, sa musique, le personnage aussi, et j'ai croisé le livre à la biblio, en voyant sa tronche, j'étais contente de découvrir le seul roman de sa plume, et puis, voyant que cela parlait d'un peintre, doublement contente, sachant que Gainsbourg appréciait aussi cet art. Je me frottais déjà les mains, je me régalais d'avance. Mais hélas, ma déception fut grande.
Sans intérêt, pour moi, mais je dis bravo l'artiste d'avoir su pondre une histoire sur ce sujet.
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KrisPy
  03 septembre 2015
Je garde un souvenir ému de cette lecture... Oui, les délires gazeux du peintre maudit créé par Gainsbar m'ont fait rire jusqu'aux larmes... Oui j'ai ri, et oui j'ai pleuré devant cette histoire cruelle.
Plus sérieusement, cette petite nouvelle de la plume de Serge Gainsbourg est une pépite : humour noir, jeux de mots, poésie... Gainsbourg était doué pour les mots, indéniable, et qui oserait encore en douter ?
A ceux-là, s'il en est, je dirais, ne pétez pas plus haut que votre fessier... Et abaissez votre museau sur ce morceau-là, le talent n'a pas d'odeur !
RIP vieux chameau...
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ChristianAttard
  09 février 2018
Serge Gainsbourg, génie aux talents prolifiques, fut aussi un provocateur né. Il le prouve encore en écrivant en 1980 son seul récit « Evguénie Sokolov », publié chez Gallimard, excusez du peu !
Evguénie raconte la "pétulante et pétaradante" vie d'un être affligé de pets à répétition. Découvrant un jour qu'il peut utiliser ses gaz pour animer une plume encrée à sa main, il va devenir un artiste recherché, un homme "dans le vent". Mais contrairement à Joseph Pujol, Sokolov, honteux fera toujours tout pour cacher l'origine de sa créativité.
Le « La » est donné !
Mais, là où l'on pourrait s'attendre à un récit graveleux, Gainsbourg surprend par la concision de son écriture, par son humour et ses provocations, au fond, plus retenus que les vents de son héros.
L'éditeur prévient cependant, il s'agit d'un récit parabolique alors chacun y a été de son explication. Réglement de compte avec le surréalisme, Sokolov, c'est l'âne Aliboron que l'on fit peindre avec sa queue. Sokolov, c'est la dénonciation de tous les arrivismes … Certes tout cela est vrai. Mais Sokolov ne serait-ce pas Gainsbourg lui-même avec ses angoisses, son sentiment profond de la différence monstrueuse et insane, ses tentations et sa tricherie. Car Sokolov triche et fait passer pour issu du coeur et du génie ce qui ne provient que de ses viscères et n'est que dérèglement mécanique. Or la bêtise et la cupidité font passer pour génial ce qui au fond n'est que du vent ! On en redemande, on le paye pour cela, alors Sokolov triche sa vie durant et finira par en crever. Combien de Sokolov font aujourd'hui tête de gondole ? Gainsbourg fit du fric avec ses plus mauvais titre, le public en redemandait !
Parlons enfin et surtout du style étonnant de ce court roman. Précis, érudit, documenté, volontiers lyrique, pervers et lubrique parfois, Gainsbourg s'est assurément souvenu d'un maître dans le domaine : Joris-Karl Huysmans vers qui il a du reluquer, sans malheureusement jamais en atteindre le génie.
Un récit parabolique qui a donc l'avantage d'être très court et de vous faire passer un excellent moment de lecture, un récit qui m'a étonné et fait rire aux éclats.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   03 juillet 2016
Ce soir-là j’acceptai pour la première fois de me laisser approcher par un journaliste. Ceci à cause du bruit qui régnait dans la place et qui masquerait durant l’interview pensais-je celui de mes flatulences, lesquelles étaient devenues de moins en moins contrôlables. Mais les questions de l’Américain, envoyé par la N.B.C., National Broadcasting Corporation, se voulaient insidieuses du genre, Sokolov what is your political position about art, […] mais alors qu’il essayait de me cerner par des questions plus perfides, je réalisai soudainement que les invités s’étaient tus, fascinés par le ton hagneux de mes réponses. Me sentant perdu dans le silence à présent total, je pris un air glacé, mister l’intellectuel lui dis-je, about my painting, let me just say this, et lui arrachant le microphone je le portai d’un geste vif à mon fondement d’où j’extirpai un vent d’une telle densité que je sentis les fèces me couler dans les jambes. Les témoins reculèrent, suffoqués par l’odeur, tandis qu’à proximité de la caméra l’ingénieur du son, l’aiguille de son vu-mètre sans doute bloquée à plus trois décibels, vacillait sous l’impact de ce gaz injecté directement dans son cerveau par ses écouteurs de contrôle.

Les Américains passèrent l’intégralité de l’interview, c’est-à-dire avec pet, et vendirent la séquence un peu partout dans le monde où l’on ne se priva point de la diffuser, diffusions donc multiples créant un processus en chaîne où mon gaz prit la force d’une charge nucléaire qui ébranla la terre entière.
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lecassinlecassin   12 août 2012
Evguénie Sokolov venait de rendre un dernier soupir anal, une ultime flatulence posthume et vénéneuse à la mémoire des hommes.
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AnaisFrxAnaisFrx   06 juin 2011
Et c'est ainsi sur un lit de camp au fond d'une piscine vide où tombaient des étoiles diffuses, que les seuls mots d'amour qu'il m'arriva jamais de prononcer dans ma vie le furent à l'oreille de cette petite sourde-muette.
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TipeeTipee   08 septembre 2017
Mets ton casque Sokolov, que tes fermentations anaérobies fassent éclater les tubas de ta renommée et que tes vents irrépressibles transforment abscisses et ordonnées en de sublimes anamorphoses ! 
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SpilettSpilett   13 avril 2012
Le masque tombe, l'homme reste, et le héros s'évanouit.
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Serge Gainsbourg - DocteurJekyll et Monsieur Hyde (1968)
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