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Claude Bleton (Traducteur)
EAN : 9782864246176
368 pages
Editions Métailié (23/08/2007)
3.82/5   39 notes
Résumé :
Paris est toujours un merveilleux fantasme pour les jeunes écrivains latino-américains, Esteban vient y étudier la littérature, mais il y découvre aussi la pluie, le froid, la solitude et la plonge dans le sous-sol d'un restaurant coréen. Il rencontre d'autres émigrés, coréens, marocains, latino-américains, roumains, africains, tous porteurs d'une histoire qu'ils nous racontent avec sincérité. Tous jeunes, désespérés, inventifs et sans le sou, ils trouvent le salut ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/search/label/Gamboa

Extrait :

Paris, écrivait Hemingway dans Paris est une fête, est « la ville la mieux faite pour permettre à un écrivain d'écrire. » Nombreux sont les écrivains étrangers venus s'y former, venus y apprendre leur métier. On peut penser à Ernest Hemingway (Paris est une fête), à Jean Rhys (Rive gauche), à Henry Miller (Tropique du cancer, Printemps noir), à George Orwell (Dans la dèche à Paris et à Londres) et plus récemment à Enrique Vila-Matas (Paris ne finit jamais).
Ce Paris des écrivains exilés semble cependant n'être plus qu'un Paris de cartes postales en noir et blanc, c'est le Paris de Brassaï, de Willy Ronis et Robert Doisneau car depuis les années 70, Paris s'est embourgeoisé au point de ne plus guère attirer les artistes désargentés.
En septembre dernier pourtant sortait en librairie dans une certaine indifférence la traduction du dernier livre du Colombien Santiago Gamboa intitulé le syndrome d'Ulysse. Gamboa y relate de manière romancée ses années de formation parisienne dans les années 90.


Le jeune Esteban a quitté Bogotá pour Madrid et Madrid pour Paris afin d'y apprendre son métier d'écrivain. Victoria, sa fiancée, a rompu, elle est restée à Madrid et c'est seul, terriblement seul, qu'Esteban débarque à Paris avec une petite valise et un manuscrit, officiellement pour y finir un doctorat sur José Lezama Lima :

« A l'époque, la vie ne me souriait pas vraiment. Elle me faisait même la grimace, presque un rictus. C'était au début des années 90. Je vivais à Paris, la ville des voluptés peuplées de gens prospères, ce qui n'était pas mon cas. Loin de là. Ceux qui étaient entrés par la porte de service, en enjambant les poubelles, avaient une vie pire que les insectes et les rats. »

Le Paris que va nous faire découvrir Esteban n'a plus rien à voir avec celui des images d'Epinal. Paris a changé, les librairies du Quartier Latin ont cédé leur place aux grandes enseignes de la mode et le Montparnasse bohème n'est qu'un vague souvenir sépia. Si le Flore, la Closerie des Lilas ou le Dôme existent toujours, ils sont devenus des lieux aussi touristiques que snobs où se croisent des Américains, des people ou des candides pensant qu'ils deviendront écrivains parce qu'ils se sont assis avec un livre et un petit carnet là où leurs idoles ne viendraient plus s'asseoir.
Ce n'est pas dans ce Paris surfait qu'Esteban va nous promener. le Paris solidaire et misérable, humain et cruel, le Paris qui vit est ailleurs ; il est à Belleville et dans d'autres ilots encore accessibles à ceux qui n'ont pas le sou et il est aussi en banlieue, à Gentilly ou au Blanc-Mesnil. Les Parisiens qu'il rencontre ne sont pas les Bobos qui polluent les quartiers populaires, qui transforment Oberkampf en annexe hétéro du Marais ; ce sont pour la plupart des immigrés, des étudiants désargentés, des ouvriers qui travaillent dans le bâtiment ou dans les égouts.
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N°400– Février 2010.
LE SYNDROME D'ULYSSESantiago GAMBOA - Métailié.

J'ai, avec la lecture des relations bizarres et quand je choisis un livre, c'est parfois à cause de sa notoriété, parce qu'il faut l'avoir lu pour pouvoir en parler[c'est un peu l'objet de cette chronique], mais souvent, c'est le hasard qui guide mon choix. Il fait bien ou mal les choses, c'est selon!
Pourquoi ai-je choisi ce roman? A cause de James Joyce, peut-être ou de mon chat qui porte le même nom que le héros grec à cause de l'habitude que nous avons prise de baptiser nos animaux de compagnie de noms dont le première lettre varie en fonction de l'année? Ou peut-être de l'attirance irraisonnée que le ressens toujours pour les auteurs hispaniques? Allez savoir!
L'histoire m'a pourtant paru, au début un peu fastidieuse, mais je ne sais pas pourquoi, je m'y suis accroché. Cela ne m'intéressait pourtant pas beaucoup d'en savoir davantage sur cet Esteban, jeune colombien venu à Paris dans l'espoir d'étudier en Sorbonne et celui un peu plus fou de devenir écrivain. Comme c'était prévisible, lui qui ne rêvait que de salons littéraires et de prix prestigieux, n'a connu que la pluie, le froid, la promiscuité... et la plonge dans un restaurant parisien!
Je n'avais pas non plus de réelles sympathies pour ce marocain qui lui aussi nourrissait des fantasmes de réussites universitaires françaises mais son parcours s'est révélé le même! Suivent d'autres rencontres avec des Sud-américains, des Roumains, qui livrent tous, à la première personne, une récit proche de l'oralité fait de solitude et de désarroi, comme celle de Jung, le Coréen, réfugié et travailleur précaire, des aventures avec des femmes plus ou moins prostituées aussi. Cela m'a semblé être comme une succession de récits reliés artificiellement entre eux, souhaitant sans doute nous rappeler la dure condition des travailleurs émigrés. Je ne dis pas que ce n'est pas émouvant et une piqûre de rappel ne fait jamais de mal surtout dans un pays qui proclame bien haut ses valeurs humanistes et républicaines, mais ne respecte même pas ses propres citoyens nationaux. Mais quand même! C'est d'autant moins original que le récit dévie rapidement vers l'homosexualité et vers des évocations érotiques voire pornographiques, sans doute pour être dans un contexte plus actuel, vers la drogue et l'alcool aussi, sans oublier de remuer des poncifs un peu usés.
Pour faire intellectuel, l'auteur note constamment des références culturelles, ce que je n'ai, personnellement, pas trouvé très convaincant.
J'ai cherché ce qu'est réellement le syndrome d'Ulysse, peut-être pour m'expliquer le titre de ce roman dont je suivais les méandres avec difficultés. Il s'agit de retracer le parcours d'un individu qui, sans être sujet à des pressions psychologiques, peut se trouver capter par un autre ou un groupe d'autres au point qu'il en perde tout sens critique et qu'il soit même incapable de se remettre lui-même en cause. C'est aussi le stress ressenti par un émigré qui arrive dans un pays étranger et le ressent comme hostile. Loin de moi de vouloir minimiser un tel message, mais je suis vite lassé, même si ce récit suscite une grande solitude et se termine par le suicide. Quant à l'écriture, présentée comme une libération dans ce contexte difficile, pourquoi pas? Nous savons tous qu'elle est une vertu et une manière de se recréer un monde différent et plus conforme à nos vues.

Je suis peut-être passé à côté de quelque chose, mais je n'ai pas vraiment été enthousiasmé par cet auteur dont je ne souhaite pas poursuivre la découverte.

J'avoue que je me suis beaucoup ennuyé à la lecture de ce livre, pas vraiment (et même pas du tout) bien écrit, ni passionnant ni attachant. Cela n'a pas correspondu à ce que j'attends d'un roman, celui d'être un moment d'exception et de plaisir, à la découverte d'un auteur et de son univers.


©Hervé GAUTIER – Février 2010.http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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Ce livre est bon, très bon.

Pourquoi n'ai-je pas envie d'en rendre compte par le menu ? Sans doute parce que toute glose "aplatit" l' oeuvre et impose une vision réductrice.

Un cercle de jeunes gens immigrés se retrouvent à Paris pour profiter des avantages intellectuels et artistiques de la "ville-lumière" et faire la fête. Certains sont au seuil de la misère et ont bien du mal à survivre dans ce pays pluvieux aux habitants fermés, moroses et indifférents ; d'autres sont aisés ou riches, et viennent écrire un livre ou terminer des études : tous ou presque rêvent de littérature ou de poésie. Ils viennent de divers pays d'Amérique du Sud, d'Afrique, d'Iran, de Turquie et forment une communauté intellectuelle soudée, cimentée par la fête qui met tout en commun : le temps passé, les idées, les ivresses, les corps. Il y a beaucoup de sexe dans le roman, mais il ne surgit pas ex abrupto sans vraies raisons comme dans "Une maison à Bogota" (du même auteur) : l'orgie joue un rôle important dans la cohésion de cette communauté et renforce la solidarité d'une façon que Santiago Gamboa parvient très bien à exprimer.

Sans vouloir comparer ce roman à ceux d'Henry Miller, d'Ernest Hemingway (Paris est une fête) ou de Charles Bukovski (on y pense irrésistiblement, car là aussi l'alcool coule à flots), on retrouve la vie âpre, dangereuse et joyeuse de la bohème en exil.

Les personnages vivent sur le fil du rasoir à leur risques et périls. Les jeunes hommes, bien sûr, et les femmes aussi, souvent fiancées dans la haute bourgeoisie de leur pays, et qui entendent vivre en quelques mois une liberté totale qu'elles ne veulent voir brider par aucune contrainte d'ordre religieux ou sexuel, avant d'abdiquer toute velléité personnelle dans leur vie future de femmes mariées et d'épouses soumises.

L'exil resserre les liens et soude une communauté consciente de vivre un instant unique.

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« Le syndrome d'Ulysse de Santiago Gamboa est le nom donné au stress, aux cauchemars, à la dépression dont souffrent les émigrants seuls dans un pays inconnu et ressenti comme hostile, pour être plus précis la France, à Paris. » 

« Ce Paris des écrivains exilés semble cependant n'être plus qu'un Paris de cartes postales en noir et blanc, c'est le Paris de Brassaï, de Willy Ronis et Robert Doisneau car depuis les années 70, Paris s'est embourgeoisé au point de ne plus guère attirer les artistes désargentés. »

Difficile de donner un avis sur un tel livre : mais je suis d'accord avec ces deux extraits d'avis, cependant la forme (ce style de « récit proche de l'oralité » m'a déconcerté, surtout au début : mettre en scène des personnages pour raconter « à la première personne sur le ton du récit oral » leur (més)aventures ou leur recherche du « salut dans la solidarité, l'amitié (peut-être effectivement, avec « Jung, le Coréen, réfugié et travailleur précaire dans un restaurant parisien », et encore…)

Un critique parle aussi de cette quête vers « l'unique chose qui leur prouve leur humanité : le sexe », mais je ne vois pas en quoi ça prouve leur humanité, ni même leur procure une chance de rachat (d'ailleurs, une rédemption en vertu de quoi ? de leur pauvreté ?!

C'est drôle, j'imaginais l'histoire proche d'un John Fante (Demande à la poussière) comme c'est le thème central du bouquin : le type névrosé qui veut devenir écrivain à tous prix, et en réalité on s'enfonce dans les méandres, les longueurs pour (dé)montrer que oui, effectivement, elle est dure, très dure, « la condition des travailleurs émigrés ».

Ce que je veux dire par là, c'est que Santiago Gamboa se trompe de support (ça pourrait être le sujet d'un essai ou autres) et surtout, si il avait été plus talentueux, le message à l'intérieur du roman, aurait été mieux porté : très peu de respect aux codes de la narration classique, peut-être que l'auteur voulait faire quelque chose d'exceptionnelle mais c'est raté.

Je n'ai pas vu non plus les passages « drôles » de « sa vie érotique échevelée »

Bref, le syndrome d'Ulysse, c'est peut-être tout simplement le syndrome de l'auteur qui, (mal)heureux comme Ulysse, n'arrive pas à atteindre son but, et se perd dans la (mauvaise) « complexité » ; les dieux devaient être en colère et jaloux de voir Santiago Gamboa écrire « un roman (si) prenant, (si) vital, (si) juste et (si) magnifiquement écrit »…
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Esteban est venu à Paris pour suivre une thèse de littérature mais la raison profonde et non avouée de sa venue est d'écrire un roman dans la ville qui a inspirée Hemingway, Miller et tant d'autres artistes de renom.

Mais à Paris, il découvre la dureté de la vie dans une grande ville comme Paris lorsqu'on est étranger, sans argent, et maîtrisant mal la langue.

Dans « le syndrome d'Ulysse » il est beaucoup question de sexualité mais le roman porte aussi un beau contenu philosophique en la personne de Gaston, ami homosexuel de Nestor, qui enseigne la philosophie au Blanc Mesnil.

J'ai beaucoup apprécié l'intelligence de l'auteur, sa faculté à analyser le regard de la société française par rapport à l'Amérique latine souvent enfermée dans des clichés d'exotisme, d'évasion et de conscience politique révolutionnaire dont certains sud américains profitent du reste sans vergogne.

Si les déboires sentimentaux d'Esteban ne m'ont pas passionnés outre mesure, j'ai en revanche été touché par les destins d'êtres fragiles en situation précaire, sans papiers prêt à tout, prostituées cocaïnomanes ou exilés politiques révolutionnaires, écrivains dissidents, poètes maudits ayant laissé toute leur famille au pays.

Sa vision de la capitale parisienne est je le trouve extrêmement intéressante, comme si les émigrés sans argent compensaient leur misère par une vie sexuelle intense tandis que les parisiens inaccessibles, blasés, froids et aisés se plaçaient dans un autre monde avec finalement aucun point commun.

Très bien écrit, construit, plaisant et intelligent « le syndrome d'Ulysse » est un formidable roman dont le grand succès est à mes yeux tout à fait mérité.
Lien : https://lediscoursdharnois.b..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Lolita, de Nabokov, tu connais ? Oui, bien sûr, c’est un de mes livres favoris, et elle a ajouté par contre j’ai détesté le film, je veux parler de celui de Kubrick, avec James Mason, et en disant cela je l’ai sentie très proche, je l’aimais presque, et elle a enchaîné tu te rends compte, c’est curieux, dans Lolita tout le monde parle de sexe avec une adolescente, mais moi je suis atterrée par cette perversion d’une femme si jeune, ses calculs quand elle devine qu’un homme est obsédé par elle, et bien sûr par cette capacité d’un homme à s’humilier, mon Dieu, tu crois que c’est ça, l’amour ? Et je lui ai répondu oui, je le crois, Sabrina, ça aussi c’est l’amour, hélas.
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Les passions sont comme ça, irrationnelles. Elles nous sont données par une force supérieure qui échappe à nos regards et qui nous gouverne. Il n’est pas nécessaire de comprendre une chose pour l’aimer, vous ne croyez pas ?
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C’était très agréable de discuter avec quelqu’un après le travail, deux collègues qui vont boire un demi à la sortie du bureau, même si le nôtre n’était qu’un sous-sol puant, même si je vivais dans une porcherie et Jung dans un hôtel pour immigrés, un de ces lieux qui accueillent, en plus des résidents à demeure, les travestis et les putes, les toxicomanes qui cherchent un abri pour se piquer ou fumer du crack, assis sur une cuvette de W.-C., des hôtels dont les escaliers sentent l’urine et les ordures, pleins de rats et de nids de pigeon aux fenêtres.
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Si une femme est séduite par ton agressivité, fuis-là : c'est sûrement une personne mauvaise.
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Ne sois pas aussi tragique, on dirait un péruvien.
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Videos de Santiago Gamboa (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Santiago Gamboa
29 mai 2019 Interviews de romanciers, d'éditeurs et de professeurs de creative writing traduite en français : http://www.artisansdelafiction.com/bl... L'auteur de romans noirs colombien Santiago Gomboa détaille sa manière de construire des romans noirs.
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