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EAN : 9782354889067
288 pages
Gulf Stream Editeur (12/05/2021)
4.02/5   30 notes
Résumé :
Sur la Terre décimée par les catastrophes climatiques, les enfants du don, capables de maîtriser les éléments naturels, sont objets d'espoir et de convoitise.
Sevane, jeune rebelle à l'esprit libre, est prête à tout pour garder secrets les pouvoirs de sa soeur. À l'autre bout du monde, Lake, adolescent privilégié, accepte d'utiliser les siens pour gagner l'estime de son père. Et puis il y a Awa, la petite chuchoteuse. Les épreuves qu'elle traverse nourrissen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
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En général, les publications de la collection « Électrogène » de chez Gulf Stream me plaisent. le livre-objet est toujours magnifique (chouette couverture, belles tranches colorées, mise en page soignée), tandis que le texte est souvent engagé. J'ai donc rapidement craqué pour cette nouveauté ! Ici, on est sur de l'anticipation et de la dystopie, puisque la planète a été anéantie par les Hommes. Comme souvent dans les textes post-apocalyptiques, il est question d'écologie (principalement le dérèglement climatique), de survie, d'entraide, de conflits entre les groupes, de politiques et d'espoir pour tout reconstruire. Bien que le sujet soit déjà vu et revu, « Les enfants du chaos » tire son originalité du fait que tout soit raconté par des enfants/ados issus des quatre coins du globe (pas uniquement aux USA !), qu'il y a de la magie et que la fin du monde a déjà eu lieu. Les jeunes payent le prix fort des actes de leurs aînés.

Ainsi, Sevane, Lake et Awa, nos trois narrateurs, ont toujours connu une Terre ravagée par les éléments. Ils ont l'habitude des catastrophes naturelles, des éléments ravageant tout, des crises économiques et sociales, des morts, des disparitions de proches, des restrictions alimentaires et des soucis quotidiens comme les coupures d'électricité, etc. le contexte de monde anéanti où il est dur de vivre est bien retranscrit, notamment avec Sevane et Awa. D'ailleurs, les chapitres de cette dernière m'ont fait froid dans le dos ! Ses chapitres sont très courts, mais toujours intenses ! Souvent, c'était elle qui me faisait le plus de peine… Ce qu'a vécu la petite Malienne n'est que drame, décès, souffrance, peur et destruction.

Bien qu'ils soient tous importants, deux narrateurs se distingueront le plus : Lake et de Sevane. Celle-ci vit en Arménie, avec sa soeur jumelle, Ardémis. Ensemble, elles tentent de survivre au jour le jour, tout en protégeant les autres enfants du quartier. Ce n'est pas chose aisée, car un groupe mené par le tyrannique Agop organise régulièrement des rafles… Ses hommes sont tous cruels, corrompus et violents. Ils pillent, violent, tuent et enlèvent les petits à leur famille sans vergogne ! On est face à des antagonistes peu nuancés et très stéréotypés toutefois, ils sont parvenus à me faire ressentir de la colère ou de la rancoeur. Malgré son caractère parfois buté et mon manque d'attache pour elle, Sevane a prouvé qu'elle était une soeur incroyable, battante, protectrice et déterminée. Sans relâche, elle va tout faire pour retrouver Ardémis ! Qu'importe s'il lui faut avaler des centaines et des centaines de kilomètres… Honnêtement, son lien avec sa jumelle m'a particulièrement émue.

Même s'il est parvenu à me toucher dans sa relation avec son père, Lake est celui avec qui j'ai eu le moins d'affinité. L'adolescent Américain est celui qui m'a semblé le plus malléable et le plus « simple ». Par rapport à ce que vont traverser les héroïnes, sa survie au quotidien m'a paru moins difficile. Cela dit, le pauvre garçon a ses problèmes, notamment avec sa famille. Son géniteur, secrétaire d'État à la Défense, le traite comme un moins-que-rien, l'insulte, l'ignore et le violente. Pourtant, Lake espère un jour avoir sa reconnaissance… Les scènes où il se retrouvait auprès de son paternel m'ont irritée ! Quel père de famille exécrable ! Hélas, si l'on met de côté ce lien révoltant, Lake a une personnalité qui m'a laissé de marbre, car elle est trop classique : celle d'un ado rebelle qui se cherche. Mais, je suppose qu'il s'agit d'affinités. D'autres lecteurs adhéreront sans doute plus à son caractère que moi… Une chose est sûre : ce que Lake traversera ne me mettra pas autant en haleine que Sevane ou Awa. C'est bien dommage, car à travers ce personnage masculin, on fait écho aux enfants-soldats de notre monde actuel. Eux aussi ne méritent pas leur enrôlement forcé, leur exploitation, ni leur endoctrinement…

L'ouvrage tire sa force dans son univers. En plus de son côté post-apocalyptique bien restitué, on va ajouter une touche fantastique avec un don que possèdent certains enfants. À la lecture du résumé, j'avais craint que l'on ne reparte sur une énième aventure où les bambins et les adolescents savent manier les éléments, comme dans la saga « Avatar ». Heureusement, les choses sont bien plus complexes que ça ! On n'est pas sur une simple école de magie, ni sur des combats où il est important de contrer un élément avec un autre (ex : l'eau éteint le feu). C'est nettement plus fouillé et diversifié. Tout d'abord, le contrôle de ces éléments n'est pas facile pour tout le monde : il a des conséquences sur le « sensitif ». de plus, chaque manipulation fait des ravages ! Par exemple, un sensitif de la terre provoquant un séisme fera des victimes et de la casse… Pratiquer l'épuisera… Et il est possible de mourir ! On est dans un contexte de guerre où les jeunes mages sont exploités par plusieurs autorités afin d'assouvir leur soif de pouvoir… Ces enfants du chaos triment et n'ont d'autre choix que d'obéir. En aucun cas, ils souhaitent sauver le monde ! Ils ne sont que des pions devant obéir pour ne pas périr… Enfin, on apprendra que certains dons sont différents. Il y a plusieurs catégories et sous-castes, mais aussi des exceptions que je vous laisse découvrir !

Malgré les bons éléments, je reconnais n'être pas sortie complètement convaincue par cette lecture. Tout d'abord, j'ai été frustrée par le fait que le trio de narrateurs mette du temps à se rencontrer. Par exemple, Sévane et Lake devront attendre la page 240 (sur un roman de 270/280 pages !) pour enfin se faire face ! de plus, il n'y aura pas beaucoup d'interactions entre eux. Ellie Gapr a préféré développer individuellement chaque héros et son entourage, afin de proposer de véritables individus à part entière. Ce choix est compréhensible et bien réalisé néanmoins, j'avais réellement envie que ces personnalités conversent davantage… Autre point négatif : les dialogues. Malheureusement, j'ai eu un mal fou à me faire au langage familier et au style « parlé » de ces héros ! Il m'a fallu attendre un bon tiers du livre pour enfin m'y faire…

Enfin, même si j'ai ressenti des émotions avec les problèmes ou les vécus des protagonistes, je reconnais ne pas m'être totalement attachée à eux. (Et encore, je ne parle que des narrateurs, car les personnages secondaires comme Vicken, Emy ou Ardémis sont survolés et auraient mérités d'être plus approfondis tant ils étaient prometteurs !) Ce manque d'attachement est-il lié au fait qu'on ne se focalise pas sur l'un des jeunes en particulier ? Est-ce à cause des nombreuses ellipses ? Peut-être ai-je bloqué avec leur âge ? Ou alors, est-ce parce qu'on ne sait finalement pas d'où vient le don des sensitifs, ni pourquoi certains enfants ont un pouvoir et d'autres non ? Je l'ignore… Sans doute un mélange de tout cela. Néanmoins, je sais qu'il m'a manqué quelque chose, car la sauce n'a pas totalement pris. Vous l'aurez compris : ce premier roman a de belles qualités ainsi que quelques faiblesses. Ainsi, je ressors partagée.
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Je me fais sans doute inutilement du mal, mais je ne peux pas m'empêcher de regarder des documentaires tels que « Notre planète » ou « La Terre, la nuit » … Des images à couper le souffle qui nous rappellent toutes les merveilles qu'abrite notre planète et qui, bien souvent, me tirent les larmes aux yeux : tant de beauté, tant de richesse, tant de vie ! Des images percutantes qui nous rappellent que nous devrions protéger à tout prix cette Terre si généreuse et si accueillante mais qu'au contraire nous la décimons sans le moindre remord pour satisfaire nos petites envies égoïstes d'êtres humains se croyant au-dessus de tout. Mais aussi des images porteuses d'espoir, parfois, qui nous rappellent la formidable résilience de la nature, qui est capable de renaitre de ses cendres si seulement nous lui laissons la possibilité de le faire, en cessant de l'exploiter jusqu'à la moelle au nom de la sacro-sainte croissance économique. Il y a quelques années encore, j'avais la naïveté de croire que ces images suffiraient à faire bouger les choses, qu'elles feraient prendre conscience à l'humanité qu'il est encore possible de sauver notre maison commune … Mais désormais, je pense que montrer la beauté de la Terre n'est plus une motivation suffisante pour donner aux hommes l'impulsion nécessaire pour changer d'habitude. Alors peut-être qu'il faut au contraire montrer l'atrocité en approche, pour qu'ils aient envie d'éviter cet enfer imminent …

L'enfer, Sevane, Lake et Awa n'ont connu que cela : d'aussi loin qu'ils se souviennent, le monde n'a jamais été que canicules, tornades, inondations, blizzards, catastrophes naturelles, économiques ou sociales, disparitions incessantes d'espèces animales, émeutes, coupures d'électricité. En Arménie, la jeune Sevane s'efforce coute que coute de chiner quelques boites de conserve pour sa soeur jumelle et elle, tout en protégeant les enfants du quartier des rafles organisées par le cruel Agop. Aux Etats-Unis, le jeune Lake s'efforce coute que coute d'être à la hauteur des exigences démesurées de son père, secrétaire d'état à la Défense, alors que tous ses amis quittent un à un le pays pour rejoindre l'Europe. Au Mali, la toute petite Awa, que tout le monde pense sourde ou idiote, voire les deux, s'efforce coute que coute de suivre la cadence infernale de l'exode auquel les contraint les tempêtes meurtrières à répétition, tandis que gronde dans sa tête des murmures incessants et infernaux dont elle ne comprend pas le moindre mot. Sevane, Lake et Awa ne se connaissent pas, ils sont séparées par des centaines de milliers de kilomètres, mais ils sont pourtant liés par quelque chose qui les dépasse : ce pouvoir qui leur permet de maitriser l'un ou l'autre élément naturel. Don ou malédiction ?

« Nous sommes les enfants du chaos. du chaos à venir, peut-être. de celui advenu, surtout. Faut pas pleurer : on est juste les gosses de l'enfer. Vous savez bien, celui que vous avez créé » … Des premières phrases rudes, brutes, qui illustrent bien ce qui nous attend dans ce roman. Nous plongeons dans un monde dévasté mais pas encore ravagé : la fin du monde, tant prophétisée, tant proclamée, tant fantasmée, est en passe de basculer dans la réalité. Cela ne s'est pas fait du jour au lendemain, cela s'est fait lentement, imperceptiblement : année après année, les températures ont augmentées, un degré par ci, un degré par là ; année après année, les ouragans se sont multipliés, une tornade par ici, une tempête par là ; année après année, les inondations ont proliférés, une ville engloutie par ici, une région submergée par là. Jusqu'à ce que, progressivement, aucun pays du monde ne soit épargné. Jusqu'à ce que l'économie, bouleversée par la disparition progressive des ressources naturelles et par les changements démographiques, sombre à son tour. Jusqu'à ce que l'électricité vienne à manquer drastiquement, jusqu'à ce qu'internet lui-même cesse de tisser sa toile invisible tout autour de la planète. Ce n'est qu'à ce moment-là, alors qu'il était déjà trop tard, que l'humanité a pris conscience qu'elle avait complétement merdé … et qu'elle en subissait désormais les conséquences.

Mais les plus à plaindre, dans cette histoire, ce sont bien les enfants : eux n'ont rien fait pour mériter ce triste sort, mais ils payent le prix fort pour les erreurs des générations qui les ont précédés. Ils sont les « héritiers » de cette Terre à bout de souffle qui, après avoir vaillamment supporté toutes les blessures que l'homme lui a infligé pour satisfaire ses « besoins » toujours plus démesurés, se révolte enfin contre ses bourreaux dans l'espoir de pouvoir renaitre de ses cendres. Et tout comme notre planète, Sevane, Lake et Awa brulent d'une colère indicible : ils en veulent à leurs ainés qui, alors qu'ils savaient pertinemment bien ce qu'ils faisaient, ont tout de même continué leurs agissements mortifères sans jamais penser aux générations futures, car il était bien plus important à leurs yeux de continuer à aller tremper les pieds dans un océan à l'autre bout du monde plutôt que de profiter du petit lac près de chez eux, car il était bien plus important à leurs yeux de continuer à jouir de leur petit confort, de leurs petits loisirs, que de songer à préserver la planète qu'ils allaient léguer à leurs enfants. A partir du moment où eux étaient heureux, peu leur importait les conditions de vie des générations à venir : chacun pour soi, ils n'auront qu'à se démerder avec ce qu'ils auront.

Et comme si cela ne suffisait pas, comme s'il n'était déjà pas assez cruel de leur laisser une coquille vide en guise de planète, il faut encore que les adultes exploitent ces enfants nés avec un « don », celui de maitriser les éléments. Plutôt que de faire face à leurs responsabilités face au chaos qu'ils ont généré par leur égoïsme et leur passivité, ils préfèrent envoyer ces gosses sur le front des cataclysmes climatiques : encore une fois, ils se dédouanent de toute responsabilité et font peser sur les frêles épaules de gamins innocents la survie de toute l'humanité … A travers les histoires croisées de Sevane, à la recherche de sa soeur, Lake, en quête de reconnaissance paternelle, et d'Awa, le coeur déchiré par la douleur, ce sont les conséquences de l'avidité et de l'inactivité de notre génération que le lecteur découvre. Ces trois gamins ne cherchent pas à sauver le monde, ils ne souhaitent rien de plus que panser leurs blessures, ce ne sont pas des héros bienveillants, ils sont bien au contraire porteurs « d'une vengeance sans nom et d'une souffrance sans pareille » … Mais parce qu'ils osent se révolter, parce qu'ils osent se dresser contre les ordres des adultes qui reproduisent inlassablement les mêmes erreurs, parce qu'ils ont bien compris qu'ils doivent prendre les choses en main s'ils veulent que les choses changent vu que les adultes sont incapables de prendre les bonnes décisions, ils vont être les pousses à partir desquelles bourgeonnera le monde nouveau. Les petits bourgeons de la Terre qui ne demande qu'à renaitre.

En bref, vous l'aurez bien compris, c'est un roman coup de poing, coup de gueule, qui m'a énormément secouée, mais qui m'a surtout énormément plu. C'est un roman-choral d'une « simplicité » inouïe : pas de sous-intrigues emberlificotées destinées à allonger artificiellement le récit comme aiment le faire tant d'auteurs de nos jours, juste une histoire dans toute sa sobriété et sa puissance. Trois gamins, ordinaires en dépit de leurs capacités extraordinaires, trois gosses plongés au milieu d'un enfer dont nous sommes les créateurs, trois enfants sans avenir qui ne baissent cependant jamais les bras et continuent à avancer au coeur de ce futur incertain, car ils sentent au plus profond de leur être qu'ils doivent avancer, qu'ils doivent faire quelque chose. Trois chemins totalement opposés qui finissent malgré tout par se rejoindre, trois petites mains fragiles qui se tendent pour reconstruire ensemble ce que les hommes ont détruits en se dressant les uns contre les autres. le jeune homme des milieux favorisés, l'adolescente de la classe moyenne et la gamine des pays les plus pauvres, main dans la main pour bâtir une humanité nouvelle qui ne se battra plus avec la Terre mais qui, au contraire, l'écoutera pour mieux vivre avec elle. Trois coeurs qui battent à l'unisson et qui nous invitent, nous aussi, à oser aller à contre-courant, à cesser cette fuite éperdue vers le progrès illusoire pour renouer avec ce qui est vraiment important et essentiel. Vraiment, c'est un très beau roman, très puissant, que je recommande à cinquante-mille pourcents !
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J'ai tout de suite été attirée par la couverture et ce résume prometteur , de plus ce roman fait parti de la sélection "éléctrogène" des éditions gulf stream . Les livres de cette collection sont des livre engagés et dans ce cas-ci c'était contre le réchauffement climatique , un sujet qui me tient à coeur donc ce livre avait tout pour me plaire !

Commençons par le début , je l'ai trouvé un peu lent mais cela ne m'a pas tellement déranger car c'était le début , on fait connaissance avec la situation , les personnages et cette lenteur peut être justifiée .
Ensuite les problèmes ont commencé à arriver , il y a eu plus d'actions mais pourtant il y avait encore cette lenteur qui était présente . Il a fallut attendre la fin pour que cette lenteur disparaisse et que je sois prise par le livre .

L'histoire est bien construite et j'ai bien aimé les 3 points de vus diffèrent présents dans le livre . On avait d'abord Luke , un garçon qui est prêt à tout pour rendre fier son père , Sevane pour qui sa soeur compte plus que tout au monde et pour finir Awa , la jeune fille qui ne parle pas . Bizarrement c'est les chapitres de Awa que j'ai préféré et ce sont aussi les plus courts ...

Une autre chose que j'ai beaucoup aimé dans ce roman c'est la diversité , près de 99% des dystopies que j'ai lu avaient lieu en Amérique , comme-ci le reste du monde n'avait pas le droit d'avoir une fin du monde et pourtant ici on a une belle diversité des pays comme l'Arménie , la France , la Turquie et *suspense* les Usa , non sérieusement je tiens à féliciter l'auteure pour cette belle diversité .

Ce roman est comme dit au début porteur d'un message important : le réchauffement climatique et ses conséquences , le message passe bien c'est vrai mais je pense qu'il aurait pu être encore plus travaillé .

Donc voila je reste un peu sur ma fin mais je pense que avec quelques améliorations et choses en plus cela pourrait être un très beau roman .
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Le dérèglement climatique, dont nous entendons beaucoup parler ces dernières années, a atteint son paroxysme, causant la défaillance politique des Etats, aux quatre coins du monde. Seul espoir pour l'humanité : de nombreux jeunes présentent des facultés aussi incroyables qu'incompréhensibles (et incomprises). Ils ont le pouvoir de manipuler les éléments naturels. Au milieu du chaos survenu, nous suivons les destins de trois jeunes, dont les chemins sont amenés à se croiser. Sevane, en Arménie, tente de protéger sa soeur jumelle, détentrice de ce fameux pouvoir, mais qui s'effraye d'un rien. Aux Etats-Unis, le fils d'un représentant du pouvoir détient lui aussi ses pouvoirs, mais ce n'est pourtant pas son problème principal. Lake semble en effet victime d'un père violent, qui l'a tourné en ridicule, petit, lorsqu'il lui a montré comment il jouait avec le vent. Quant à Awa, la petite muette, sa survie est très difficile, dans un village pauvre d'Afrique, et les événements qu'elle traverse nous bouleversent.


Ce roman d'anticipation a beaucoup de potentiel. A la fois roman d'action et fable écologique, il contient un message universel, qu'il est important que chacun entende, surtout les adolescents. C'est d'ailleurs eux qui sont au centre de ce roman : c'est sur leurs épaules que repose la survie de l'humanité, mais c'est aussi entre leurs mains qu'est désormais le pouvoir. Ils ont donc réellement la possibilité de changer le cours des choses, non seulement pour la planète, mais aussi pour que chaque citoyen du monde soit libre. Pourtant, malgré ces belles promesses, je ne retiendrai pas longtemps ce roman. J'en ai plutôt apprécié la découverte, mais pas totalement la lecture.

D'abord, j'ai trouvé les personnages peu incarnés. Je n'ai réussi à m'attacher à aucun d'entre eux, ce qui est souvent la difficulté dans un roman choral comme celui-ci. C'est aussi dû à un autre aspect qui m'a vraiment gênée : les trop nombreuses ellipses temporelles - incessantes, en fait. le roman se déroule sur un laps de temps bien plus long que ne le laisse présager sa longueur, et l'autrice a fait le choix de faire de nombreux sauts dans le temps au sein de chaque chapitre. C'est un procédé que je n'aime pas vraiment, et à cause de cela, il m'a fallu du temps pour rentrer dans l'histoire. Un autre défaut de l'écriture : le langage trop familier des personnages, symbolisé par des apostrophes mal placées, tout le temps. du genre "j'te préviens", "j'm'en fous", etc, quasiment à chaque dialogue où des jeunes parlent. Cela alourdit vraiment les phrases, et c'est inutile selon moi : on se doute bien que les adolescents parlent ainsi, et il n'est pas nécessaire de le rappeler à chaque page. Cela se fait dans nos têtes, c'est un artifice qui doit rester discret.

A cause de ces défauts, qui sont, je crois, autant le signe des débuts de cette jeune autrice, que d'un manque de travail éditorial, je suis passée à côté de ce roman. Dommage, car il était prometteur !
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A l'image de Les Enfants des Saules de Charlotte Bousquet lu précédemment chez le même éditeur, on plonge dans Les enfants du chaos avec l'appréhension d'un roman terriblement proche et actuel. Il y a quelque chose de fondamentalement terrifiant à lire ce genre de livre, mais aussi une forme de perversité un peu morbide : dans quel monde vivrons-nous ? qu'ont imaginé les auteurs et autrices ? quel pourrait être notre futur ? Et il est très souvent peu reluisant en regard de la marche du monde. La temporalité, je crois, n'est guère indiquée même si l'on comprend bien vite que cela ne paraît pas si loin alors que l'un des personnages, Lake, regarde avec mollesse un documentaire sur le réchauffement climatique. On y entend l'exode des populations d'Afrique, les cataclysmes naturels et l'aridité progressive des sols. Un bilan catastrophique qui n'est pas sans rappeler les informations que l'on entend par ci par là.

Dans ce monde ravagé nous allons donc suivre trois personnages. Sevane d'abord, occupée à voler dans les entrepôts d'Agop une entreprise multinationale exerçant un monopole sur les denrées alimentaires du pays, en Arménie. Chez elle, l'eau du robinet s'est épuisée, l'électricité a progressivement disparu et les nouvelles de l'ouest, des états unis ou d'Europe, ne leur parviennent plus, coupé du monde par un blocus russe. A ses côtés il y a Ardémis, sa soeur, qui a développé d'étranges pouvoirs, et des enfants qui tous les jours se font enlever sans que l'on sache pourquoi ni comment.

Lake ensuite, fils d'un haut gradé militaire qui voit sur lui le poids écrasant d'une pression paternelle et virile qui s'exerce autant à coup d'humiliation qu'à coup de poings. Privilégié, de la côte est des états unis, le jeune homme a lui aussi développé un étrange pouvoir dont il ne devait parler à personne jusqu'à ce que ces enfants particuliers, ces « dons du ciel », soient appelés à défendre le pays de ces catastrophes. Et puis il y a Awa, une petite fille du Mali qui ne parle pas et qui n'est jamais allée dans « la petite maison » qui sert d'école. D'elle on se moque, on la pointe du doigt, pourtant dans son coeur brûle un feu ravageur, puissant qu'on appelle la colère ou la fureur. Une colère sourde tel un brasier, qui crépite, et qui chuchote à l'oreille des enfants du monde, des enfants du chaos. C'est une petite fille et parce que c'en est une, tout ce qui lui arrive paraît d'autant plus atroce, d'autant plus injuste.

Les trois enfants sont contraints à l'exode. Sevane pour se battre, retrouver les enfants volés et défendre sa soeur qu'elle cherche coûte que coûte se découvrant elle-même des ressources insoupçonnées. Lake pour faire ce qu'on lui demande, malgré les remarques acerbes d'Emy qui le pousse à s'interroger sur le bienfondé de ce qu'ils font. Arrêter un ouragan sur la côte est pour le renvoyer plus loin mais vers qui ? Protéger les frontières, oui, mais à quel prix ? le jeune homme devra apprendre à surpasser la peur de son père pour enfin ouvrir les yeux. Awa, elle, c'est son pays en cendre qu'elle fuit et la mort qui la poursuit, et c'est dans la nuit qu'elle s'élève pour conter son histoire de mort.

Dans ce roman choral où tous les caractères se rencontrent, on observe des enfants s'élever contre le chaos du monde. Chacun suit son propre chemin mais l'on sait que tous se retrouveront au bout et jusqu'à cette fin tant attendue, on palpite d'espoir et de peur mêlés. Il y a une forme de revanche des enfants contre les adultes, des innocents contre ceux qui se sont rendus coupables par inaction ou aggravation. Oui il y a une forme de manichéisme au fond, là où les adultes sont devenus soit fous, dociles ou entêtés et où les enfants font preuve de courage et de rédemption. Oui c'est vrai. Mais dans un monde plongé dans un chaos généralisé, les enfants sont les seuls innocents de ce cataclysme et ce roman vient nous le chuchoter doucement à l'oreille. de ne pas attendre. de ne pas suivre. Mais de se révolter.

En résumé

C'est beau et infiniment triste comme le sont toutes les révolutions. Il y a le sang des uns, la mort des autres. Il y a l'éboulement du monde, et la fin d'une société, le commencement d'une nouvelle que l'on sait déjà difficile. Il y a le pouvoir de s'opposer à tout ce que l'on a toujours connu, les gens que l'on a laissé derrière soi en fardeau. Il y a le surréalisme de ces dons qui ne sont que la communion d'enfants avec la nature, et cette écriture piquante et poétique qui vient titiller notre coeur. Enfin il y a cette fin, comme un brasier qui s'éteint, sur lequel on aurait jeté de la terre, et dont il reste les braises, encore ardentes et dans lesquelles le lecteur continue de brûler un peu.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
𝑵𝒐𝒖𝒔 𝒔𝒐𝒎𝒎𝒆𝒔 𝒍𝒆𝒔 𝒆𝒏𝒇𝒂𝒏𝒕𝒔 𝒅𝒖 𝒄𝒉𝒂𝒐𝒔. 𝑫𝒖 𝒄𝒉𝒂𝒐𝒔 𝒂̀ 𝒗𝒆𝒏𝒊𝒓, 𝒑𝒆𝒖𝒕-𝒆̂𝒕𝒓𝒆. 𝑫𝒆 𝒄𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒂𝒅𝒗𝒆𝒏𝒖, 𝒔𝒖𝒓𝒕𝒐𝒖𝒕. 𝑭𝒂𝒖𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝒑𝒍𝒆𝒖𝒓𝒆𝒓 : 𝒐𝒏 𝒆𝒔𝒕 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒈𝒐𝒔𝒔𝒆𝒔 𝒅𝒆 𝒍'𝒆𝒏𝒇𝒆𝒓. 𝑽𝒐𝒖𝒔 𝒔𝒂𝒗𝒆𝒛 𝒃𝒊𝒆𝒏, 𝒄𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒆 𝒗𝒐𝒖𝒔 𝒂𝒗𝒆𝒛 𝒄𝒓𝒆́𝒆́.
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Elles n’en parlaient jamais. Jamais. Mais le souvenir de leur mère qui, pendant de semaines, avait agonisé devant leurs yeux de petites filles, ça hantait sans cesse leurs regards. Leurs colères, douloureuses, invisibles pour les autres : c’était ce qui les avait soudées plus encore que leur gémellité. Ce qui, aussi, avait achevé de marquer le contraste entre leurs deux personnalités. Poing chaud et langue froide. […] Bien sûr qu’Ardy comprenait. La rage et la violence, elle connaissait aussi. Elle avait juste rangé tout ça, elle. Camouflé le paquet de merde ailleurs que dans du sang et des coups. Abrité la haine derrière ses yeux noirs, enfoui la terreur là, au creux de ses mains pour toujours tremblantes.
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Dans les rues, à travers l’épais rideau de pluie, l’ambiance était étrange. Personne ne voulait l’admettre, mais les esprits étaient en train de s’agacer. C’était comme une odeur de brûlé, fine mais réelle. Quelque chose était sur le point de s’embraser, quelque part, et la pluie, même en colère, ne pourrait pas éteindre ce feu là.
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Dans les yeux se décelait une terreur sans nom. Épouvantés. Ils étaient épouvantés par ce bataillon de gosses plus ou moins jeunes, sur les fronts desquels ils lisaient une colère d’autant plus singulière qu’elle était juvénile. Pure. Destructrice. Dans ces regards noirs, bleus, marrons ou verts transparaissait la folie de l’enfance qui peut tout ravager, terriblement radicale et bien trop perspicace (…) Quelque chose qui vengerait la terre épuisée, le vivant piétiné et leur enfance arrachée. Tous, ici, pourraient mourir sur un battement simultané de leurs cils.
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Les vieux étaient tous comme ça, à contempler, l’œil hagard, le chaos. C'est comme ça qu'ils appelaient le monde, les anciens.
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Vidéo de Ellie Gapr
Découvrez le nouveau roman #ELECTROGENE dans une bande-annonce inédite !
Les Enfants du chaos, d'Ellie Gapr, en librairie jeudi 27 mai. https://gulfstream.fr/produit/les-enfants-du-chaos/
Réalisation : Julien Prevost / xenozisproductions.com
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