AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782868694621
155 pages
Éditeur : Actes Sud (10/08/1993)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Les fous ont beaucoup à dire aux hommes qui les jugent et s’en débarrassent, impuissants. Celui qui débarque dans cet asile russe découvre que le Mal absolu a pris les atours de trois fleurs de pavot rouges et il n’aura de cesse, au péril d’une vie qu’il est prêt à sacrifier, de les arracher.

Avec un dépouillement et une tension rarement égalés, cette nouvelle obsédante qui a marqué les esprits de tous ceux qui l’ont lue, s’approche du mystère et de l... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Under_the_Moon
  23 janvier 2016
Dans cette courte nouvelle (40pages en version poche) dédiée à Ivan Tourgéniev, Vselovod Garchine parle d'un sujet qu'il connaît bien : la folie.
Il décrit cet environnement étrange et inquiétant (l'hôpital psychiatrique) d'une manière saisissante notamment grâce à un jeu de regards :
* le regard du fou (sur lui-même, sur les autres et sur sa 'destinée' donquichottesque) ;
* le regard froid et distant des médecins et personnels soignants ;
* le regard parfois très cynique du narrateur.
La langue de Garchine est tour à tout chirurgicale et lyrique mais toujours très économe et c'est dans cette précision qu'est la puissance de son texte. Une telle écriture rend le récit inquiétant et angoissant alors qu'aucune des actions ne le justifie réellement.
L'un des tours de force de cette oeuvre est donc dans l'alternance des épisodes de folie et surtout de l'arrivée de la beauté des fleurs du jardin, un Eden où les malades n'ont parfois pas ou peu accès qui est en opposition totale avec ce lieu infernal étrange et froid qui ressemble à une immense salle de torture du Moyen Age. Et c'est cette beauté (3 fleurs de pavot) qui devient l'objet même de la folie du dément et incarne pour lui la quintessence du Mal incompréhensible pour ce "philosophe" et pour ceux qui l'entourent.
Garchine a un discours réaliste, poétique et presque comique sur l'obsession irraisonnée de ce malade, une façon de parler de la folie comme on ne l'a jamais vu en littérature (même pas Maupassant !).
La fin d'ailleurs, bien que comique reste quand même glaçante...
Une superbe découverte !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
Ambages
  17 février 2017
Une nouvelle d'une force incroyable.
Un homme que l'on nous présente comme fou est enfermé dans un asile au 19ème siècle. J'avoue que j'ai encore un doute sur sa folie car ses mots résonnent dans ma tête comme ceux d'un poète qui transcende le temps et l'espace : « Je sens et j'éprouve que le temps et l'espace ne sont que des fictions ! Je vis dans tous les siècles. Je vis en dehors de l'espace, partout ou nulle part, comme il vous plaira. » J'y vois une part de vérité ; on est tout, on est rien, sur cette terre...
Arrivé dans cet établissement surpeuplé, les médecins lui parlent avec force raison et distance gardée, et semblent prendre les mesures adéquates mais ne comprennent rien à ce que vit cet individu.
La peinture de l'asile est épouvantable, personne ne voudrait y résider et l'auteur rend très bien cette atmosphère avec des précisions dans les intérieurs (notamment la description de la salle de bains est effroyable).
Alors que le patient aperçoit une fleur rouge de pavot, il pressent qu'elle contient tout le mal de l'humanité. Il pense qu'en absorbant avec son corps les ondes négatives diffusées par la plante et bien conscient qu'il en mourra, il pourra sauver le monde (grande idée !).
J'ai beaucoup apprécié la plume de Garchine qui fait ressentir l'angoisse et la folie de manière frappante. Cette nouvelle est très intéressante, j'ai trouvé qu'on frôlait le surnaturel par moments. « Le fou sentait le Mal sortir de la fleur en longs fils rampants, semblables à des serpents. Ceux-ci l'enlacèrent, s'entortillèrent avec force autour de ses membres et imprégnèrent tout son corps de leur suc effroyable. »
Un texte fort qui porte à la réflexion sous bien des angles. J'ai beaucoup apprécié.
Et aujourd'hui, qu'en est-il de nos hôpitaux psychiatriques français… ?
Extrait du rapport d'activité 2015 du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) : « En psychiatrie (…) le CGLPL constate que, trop souvent, l'enfermement entraîne une infantilisation et une déresponsabilisation des patients, que les préoccupations de sécurité infiltrent les pratiques psychiatriques, et que la crainte des fugues ou le sous-effectif des soignants conduisent à priver les patients de l'attention ou des marges de liberté qui devraient leur être accordées. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
mh17
  31 mai 2020
Dans la peau d'un malade mental
Ce récit, à la troisième personne, d'une trentaine de pages, nous fait pénétrer à l'intérieur d'un asile d'aliénés mais surtout nous immerge dans l'esprit d'un malade mental.
Le nouveau pensionnaire débarque à l'asile en prétendant qu'il est inspecteur, chargé de contrôler la maison de fous. Il n'a pas dormi depuis deux nuits, les agents du train ont dû lui passer la camisole de force, son costume est en lambeaux, un tremblement convulsif agite sa lèvre et il visite les lieux au pas de charge. Et puis c'est le bain forcé, la glace qu'on lui met sur la tête, ses délires de persécution, l'évanouissement. Quand il se réveille au milieu de la nuit, il est hyper lucide. Il sait qu'il est malade, il se souvient de tout. Le lendemain il dialogue avec le médecin sur l'inutilité de l'enfermement. Ses forces s'amenuisent. Il ne dort presque plus et toute la journée, il est en mouvement. Il déambule en long en large et sent confusément qu'il a une mission à accomplir pour tous ces gens : détruire le mal dans le monde.
Le récit est d'abord d'un réalisme saisissant. L'auteur lui-même malade mental connaît bien l'univers austère d'un asile d'aliénés, les réactions des employés, des médecins etc. L'immersion dans l'esprit du personnage est fascinante. Au début de la nouvelle, ses moments de lucidité alternent avec ses moments de confusion. Et puis avec l'accablement et la fatigue ses obsessions prennent peu à peu le dessus, il voit le mal autour de lui et veut se sacrifier pour sauver le monde. Le récit prend alors une dimension mystique, très russe, et toujours très autobiographique: Garchine, jeune aristocrate, s'est engagé dans l'armée en 1877 pendant la guerre contre la Turquie, pour connaître et partager les souffrances du peuple. Il en est revenu brisé. Il s'est suicidé à l'âge christique de 33 ans.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          219
seblac
  02 mai 2016
Datant de 1884, cette courte nouvelle de Vsevolod Garchine nous conte l'histoire d'un fou enfermé dans un asile d'aliénés. Profondément agité, passant d'un état à un autre le fou de cette histoire finit par trouver l'explication de sa présence en ce lieu : « L'hôpital était peuplé pour lui de gens de tous les temps et de tous les pays, rassemblés là pour exécuter une entreprise gigantesque dont il serait le chef, qu'il n'entrevoyait que confusément, et qui aurait pour résultat la destruction du mal dans le monde. ».
Cheminant, observant dans tout l'hôpital, il finit par trouver comment parvenir à accomplir son grand dessein. Il pense avoir découvert que le mal se concentre dans les quelques fleurs de pavot qui poussent dans les parterres de l'asile. Des fleurs rouges concentrant dans leurs pétales gorgés de sang le mal...éliminer ces fleurs, prendre garde à ce qu'elle ne répande pas leur venin et le fou aura accompli sa mission sacrée. Mais pour cela il devra triompher des gardiens vigilants qui le surveillent jour et nuit et jeter ces dernière forces dans la bataille.
Dans cette nouvelle on retrouve l'écriture incroyablement frénétique de Garchine qui, à l'instar de son héros, sombrera dans la folie et une mort prématurée. Ce fou apparaît comme une incroyable figure d'humanité prête à donner sa vie pour préserver les hommes du mal.
Forcément se pose rapidement la question de qui est le plus fou ? Cet homme dément mais plein d'humanité, ou ces hommes conscients mais au coeur sec ? La figure de ce fou illuminé et déambulant dans l'asile pour lutter contre le mal n'est pas non plus sans rappeler ces fols en Christ qui parcouraient le Russie animée par leur foi ardente proche de la démence.
Une oeuvre sombre, sensible qui est le reflet d'un écrivain lui même dévoré par ce que les hommes appellent la folie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Athouni
  22 juillet 2013
"La Fleur rouge" est une courte nouvelle du russe Garchine, rééditée ce mois-ci par L'Arbre Vengeur dans le soucis de défendre un texte indisponible depuis trop longtemps.
En cinquante pages tendues, Garchine va directement à l'essentiel. le lecteur est plongé dans la folie d'un homme, tout juste interné, dès les premiers mots et jusqu'au dernier. Captivant et inquiétant. Comme un condensé de ce qu'est la folie.
Deux notes avant d'en finir : Garchine a lui-même été victime d'accès de folie avant de suicider (à 33 ans). Sur le même sujet (internement), L'Arbre Vengeur a également publié "La Cité des fous" de Marc Stéphane, un livre tout aussi recommandable.
Commenter  J’apprécie          80

Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
AmbagesAmbages   17 février 2017
Cette fleur d’un rouge éclatant contenait tout le mal qui existe dans le monde. Elle avait absorbé tout le sang innocent versé (d’où sa couleur), toutes les larmes et tout le fiel de l’humanité. Elle était l’être mystérieux et effroyable opposé à Dieu ; elle était Ahriman, ayant revêtu une forme discrète et innocente. Il fallait l’arracher et la détruire ; mais ce n’était pas tout ; il fallait empêcher qu’en expirant elle ne répandit le mal sur le monde. C’est pourquoi il l’avait cachée dans son sein.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
enkidu_enkidu_   17 juillet 2017
— Pourquoi me regardez-vous comme ça ? reprit l’homme. Vous ne verrez pas ce que j’ai dans l’esprit, et moi, je lis clairement dans le vôtre. Pourquoi faites-vous ce que vous faites ? Pourquoi enfermez-vous ici cette foule de malheureux ? À quoi sert de les tourmenter ainsi ? Quand l’homme est parvenu au point où l’âme est remplie par une grande idée, une idée générale, peu lui importe où il vit et ce qu’il éprouve. Peu lui importe même de vivre ou non. N’est-ce pas vrai ?

— Peut-être, répondit le médecin en s’asseyant dans un coin de la chambre de façon à examiner le malade, qui allait et venait de long en large à pas précipités, faisant claquer ses grandes pantoufles de cuir et voltiger les pans de sa robe de chambre à raies rouges et à bouquets de fleurs.

L’aide-chirurgien et le surveillant qui accompagnaient le docteur se tenaient debout à la porte.

— Et je tiens l'idée ! cria le fou. Et quand je l’ai découverte, je me suis senti renaître. Les sensations sont devenues plus vives ; mon cerveau travaille comme il n’avait jamais fait. Ce que je n’atteignais autrefois que par la longue route du syllogisme et de l’hypothèse, je le sais maintenant par l’instinct. J’ai complété ce que la philosophie n’avait fait qu’élaborer. Je sens et j’éprouve que le temps et l’espace ne sont que des fictions ! Je vis dans tous les siècles. Je vis en dehors de l’espace, partout ou nulle part, comme il vous plaira. C’est pour cela qu’il m’est absolument indifférent que vous me teniez renfermé ici ou que vous me lâchiez. J’ai remarqué que plusieurs des personnes qui sont ici sont dans mon cas ; mais, pour les autres, c’est une situation affreuse. Pourquoi ne les lâchez-vous pas ? À quoi sert...

— Vous avez dit, interrompit le docteur en tirant sa montre, que vous viviez en dehors du temps et de l’espace. Pourtant, comment nier qu’il est dix heures et demie et que nous sommes le 6 mai 18... ?

— Qu’est-ce que cela fait ! Puisque tout m’est égal, est-ce que ça ne veut pas dire que moi, je suis partout et toujours ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
AmbagesAmbages   17 février 2017
Ce que je n’atteignais autrefois que par la longue route du syllogisme et de l’hypothèse, je le sais maintenant par l’instinct. J’ai complété ce que la philosophie n’avait fait qu’élaborer. Je sens et j’éprouve que le temps et l’espace ne sont que des fictions ! Je vis dans tous les siècles. Je vis en dehors de l’espace, partout ou nulle part, comme il vous plaira. C’est pour cela qu’il m’est absolument indifférent que vous me teniez renfermé ici ou que vous me lâchiez.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Under_the_MoonUnder_the_Moon   22 janvier 2016
Lorsqu'on fit entrer le dément dans cette affreuse chambre pour lui faire prendre un bain et, selon la méthode du médecin-chef de l'hôpital, lui appliquer un vésicatoire sur la nuque, il fut pris d'épouvante et de fureur. Des pensées absurdes, plus monstrueuses les unes que les autres, tourbillonnaient dans sa tête. Qu'était-ce ? L'Inquisition ? Un lieu de supplice secret où ses ennemis avaient résolu d'en finir avec lui ? Peut-être l'enfer même ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
AmbagesAmbages   17 février 2017
- Pourquoi me regardez-vous comme ça ? reprit l’homme. Vous ne verrez pas ce que j’ai dans l’esprit, et moi, je lis clairement dans le vôtre. Pourquoi faites-vous ce que vous faites ? Pourquoi enfermez-vous ici cette foule de malheureux ? À quoi sert de les tourmenter ainsi ? Quand l’homme est parvenu au point où l’âme est remplie par une grande idée, une idée générale, peu lui importe où il vit et ce qu’il éprouve. Peu lui importe même de vivre ou non. N’est-ce pas vrai ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

autres livres classés : littérature russeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les Chefs-d'oeuvre de la littérature

Quel écrivain est l'auteur de Madame Bovary ?

Honoré de Balzac
Stendhal
Gustave Flaubert
Guy de Maupassant

8 questions
8409 lecteurs ont répondu
Thèmes : chef d'oeuvre intemporels , classiqueCréer un quiz sur ce livre