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Line Amselem (Traducteur)
ISBN : 2844852777
Éditeur : Allia (01/05/2008)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 20 notes)
Résumé :

Pour chercher le duende, il n'existe ni carte ni ascèse. On sait seulement qu'il brûle le sang comme une pommade d'éclats de verre, qu'Il épuise, qu'Il rejette toute la douce géométrie apprise, qu'Il brise les styles, qu'Il s'appuie sur la douleur humaine qui n'a pas de consolation. Federico Garcia Lorca

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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Erik35
  28 septembre 2017
LE JEU DE LA VIE ET DE LA MORT
On ne définit jamais tout à fait le duende ! D'ailleurs, c'est à peine si l'on peut transcrire dans une autre langue - la notre, par exemple, proche et latine, pourtant - ce terme presque parfaitement insaisissable. Il tient un peu de la Muse si chère aux poètes romantiques allemands, de l'ange des créateurs italiens, un peu du feu follet, aussi, dont il est l'une des manifestations possibles, le "maître de la maison" comme l'indique l'expression espagnole “dueño de la casa” (pour mémoire, duende dérive directement du "dominus" latin, le maître). C'est parfois un cardon en Andalousie. L'Andalousie ! C'est sans doute sur cette terre que le duende a pris tout son sens, puise toute son énergie, donne toute sa puissance, par l'intermédiaire, la médiation et l'explosion du flamenco.
Pour Frederico Garcia Lorca, le duende, c'est rien moins que «l'esprit caché de la douloureuse Espagne » et c'est à l'occasion de cette conférence, qu'il donna à deux reprises, la première fois en 1933 à Buenos Aires) et la seconde en 1934 à Montevideo qu'il se proposa, par le biais d'une espèce de joute artistique et poétique face au public, d'en donner les contours, à défaut d'en régler une fois pour toute, une explication précise et, dirait-on, scientifique.
Car le Duende, cette chose «au charme mystérieux et indicible », cet espèce d'envoûtement du corps et de l'esprit ne se montre pas, ne se dit pas, ne s'explicite pas : il se vit. Dès lors, quelles plus étonnantes expressions de son existence, de son pouvoir, de ce jeu de vie et de mort que sont, toujours selon Garcia Lorca, les trois grands arts du mouvement : La musique, la poésie et la danse ?
«Tous les arts peuvent accueillir le duende, mais là où il trouve le plus d'espace, bien naturellement, c'est dans la musique, dans la danse, et dans la poésie déclamée, puisque ces trois arts ont besoin d'un corps vivant pour les interpréter, car ce sont des formes qui naissent et meurent de façon perpétuelle et dressent leurs contours sur un présent exact.»
De fait, c'est sans doute le Flamenco, réunissant ces trois arts, qui en sont l'évocation la plus flagrante... Mais la corrida, cet autre jeu du mouvement, mais aussi ce terrible jeu de la mort porté au rang de spectacle en est-il une autre - macabre - représentation... D'ailleurs, Garcia Lorca ne se le cache pas lorsqu'il affirme : «L'Espagne est le seul pays au monde où la mort soit le spectacle national.»
Le duende est donc opposé à l'ange créateur ou à la muse du poète tout autant par ce mouvement perpétuel dans lequel il se trouve - jusqu'à la possibilité même de son absence, de son manque - tandis que les deux autres sont des représentations pour ainsi dire statiques de ce que l'on appelle plus aisément "l'inspiration", mais par ailleurs, il n'est pas comme la Muse qui accompagne, voire souffle le créateur pas plus que comme l'ange qui survole de sa grâce le poète, non : le duende demeure à ce point insaisissable qu'il est impossible d'en attendre quoi que ce soit d'autre que cet espèce de jeu entre l'artiste et ce moment de grâce momentané entretenu par le Duende.
Ce court texte, dans lequel Garcia Lorca joue avec son auditoire, tout autant qu'il raconte ce jeu est une petite leçon, mais d'une intense profondeur, d'hispanité et de création. C'est aussi un pur hommage aux ébouriffement de l'existence, à la nature, à la chair, à la musique et à son cher Flamenco. Un bref texte plein de chaleur, d'enthousiasme, même s'il cède parfois à une certaine caricature de ce que serait l'Espagne la plus profonde (mais pas si éloignée que cela des clichés), que l'on lit cependant avec un intense plaisir, ainsi qu'il en est inévitablement des créations de cet inimitable et immense poète mort trop tôt, sans doute, mais qui, consumé par le duende, eût la grâce au bout de la plume !
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brigetoun
  14 mai 2011
pour le plaisir anticipé - cela me semblait si évident - du texte, et pour le charme de ces petits livres simples et raffinés que fait Allia (sans compter leur prix infime : 3 euros) :
« jeu et théorie du Duende », texte d'une conférence donnée par Garcia Lorca, dans une édition bilingue avec une nouvelle traduction par Line Amselem.
Un ton légèrement ironique et désinvolte au début, pour remuer des phrases et une réalité qui se veut (qui est) profonde, des éclairages et comparaisons inattendues, la beauté des images.
Cela se développe en digressions, orientations divergentes pour mieux cerner l'essentiel.
On trouve, outre Socrate et Descartes, Vélasquez, Zurbaràn, Goya bien entendu et Keats, des torreros, Goethe, Paganini, Manuel Torres « grand artiste du peuple andalou » (qui ne l'a pas), Nietzsche, Cézanne, Sainte Thérèse (d'Avila bien entendu), Rimbaud, Pastora Pavpn « sombre génie hispanique » avec Ignacio Espeleta « beau comme une tortue romaine » et Elvira la Caliente « putain arisstocrate de Séville », Quevedo, Valdès Léal, des danseurs et danseuses, et un garçon de Salamanque tué par un taureau, et d'autres, et de la nuit, des plantes....
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Acerola13
  12 novembre 2018
Petit bijou de Lorca qui tente d'expliquer ce qu'est le Duende, cet esprit, cette inspiration poétique espagnole que l'on a tant de mal à expliciter mais qui frappe cependant lorsque l'on y est confronté.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   28 septembre 2017
Le gitan est ce qu'il y a de plus élevé, de plus profond, de plus aristocratique dans mon pays, de plus représentatif de sa manière et ce qui conserve la braise, le sang et l'alphabet de la vérité andalouse et universelle.
Mais le duende…Où est le duende ? A travers l’arche vide souffle un vent spirituel qui balaie avec insistance les têtes des morts, en quête de nouveaux paysages et d’accents inouïs ; un vent qui fleure la salive d’enfant, l’herbe broyé et le voile de Méduse, et qui annonce le perpétuel baptême des choses fraîchement créées.
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HardivillerHardiviller   15 décembre 2017
Manuel Torres , grand artiste du peuple andalou , disait à un homme qui chantait : " Toi , tu as de la voix , tu connais les styles , mais jamais tu ne connaîtra le triomphe parce que toi , tu n'as pas le duende " . dans toute l'Andalousie , roc de Jaén ou coquillage de Cadix , les gens parlent sans cesse du duende et le remarquent dès qu'il apparaît avec un instinct efficace .Le merveilleux chanteur de flamenco El Lebrijano , créateur de la Debla disait : " moi , le jour ou je chante avec duende , personne n'est plus fort que moi " ; La vieille danseuse gitane la Malena s'est écriée un jour en entendant Brailowsky : " Olé ! Çà , ça a du duende ! et elle s'est ennuyée avec Gluck et avec Brahms .....Et Manuel Torres , l'homme à avoir le plus de culture dans le sang de tous ceux que j'ai connus a dit cette phrase splendide en écoutant ( Manuel de ) Falla jouer lui-même son Nocturne du Generalife : " Tout ce qui a des sonorités noires a du duende ." Et il n'a rien dit de plus vrai .
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chrysalidechrysalide   27 avril 2016
L’arrivée du duende suppose toujours un changement radical des formes sur de vieux schémas, elle apporte des sensations de fraîcheur totalement inédites, comme la qualité d’une rose soudain créée, par miracle, produit d’un enthousiasme presque religieux.
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chrysalidechrysalide   28 avril 2016
Où est le duende ? A travers l’arc vide, passe une brise mentale, qui souffle avec insistance sur la tête des morts, en quête de nouveaux paysages et d’accents ignorés, une brise à l’odeur de salive d’enfant, d’herbe foulée et de voiles de méduse qui annonce le baptême sans cesse renouvelé des choses qui viennent de naître.
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brigetounbrigetoun   14 mai 2011
Non. Le duende dont je parle, sombre et frémissant, est le descendant du très joyeux démon de Socrate, tout de marbre et de sel, qui, indigné, le griffa le jour où il prit la cigüe et de cet autre diablotin mélancolique de Descartes, petit comme une amande verte, qui, las de tant de cercles et de lignes, sortait par les canaux pour entendre chanter les grands marins brumeux.
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