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Claude Couffon (Traducteur)
EAN : 9782253045038
220 pages
Le Livre de Poche (11/04/2003)
3.43/5   230 notes
Résumé :
Un village colombien, qui a connu la guerre civile, vit en paix depuis que le maire a rétabli l'ordre parla terreur.
Mais, un soir, les premiers tracts anonymes apparaissent sur quelques portes. Celui que lit César Montero l'amène aussitôt à tuer. Et les tracts se multiplient , semant la discorde dans les familles, ravivant les gaines, réveillant dans la mémoire de chacun les combines, les exactions, les crimes commis dans le passé. Le curé Angel, d'abord ind... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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Il faut se méfier de l'eau qui dort.
Surtout dans une ambiance plombée à la fois par la lourdeur du climat équatorial et par la guerre civile encore récente.

Parce que l'eau, quand elle se met à tomber, c'est le déluge. Et entre les pluies, la chaleur est moite et étouffante.

Parce que la terreur imposée par le pouvoir militaire, qui s'était calmée après avoir maté la résistance, peut repartir de plus belle d'une étincelle.

L'étincelle, ce sont des affichettes façon corbeau qui viennent troubler la torpeur d'un village se remettant à peine de la sanglante répression passée. Rien de politique encore, juste les histoires d'adultères du bled.

En fait, cette histoire de corbeau n'est qu'un prétexte pour nous plonger dans les non-dits que masquent cette torpeur. À la fin du premier chapitre, on est déçu de ne pas savoir exactement ce que disait la première affiche. Mais rapidement, on se rend compte que ce n'est pas le propos.

Le propos, on pourrait d'abord imaginer que ce sont les scènes de la vie de ces personnages alourdis par le temps qu'il fait. Parce qu'on prend d'abord le temps de les connaitre. En surface. Puis se découvrent lentement les cicatrices politiques que le calme revenu avait estompées.

Bref, Garcia Marquez nous balade dans son monde, il y a même (dans un livre écrit cinq ans avant Cent ans de solitude) quelques évocations de Macondo et de la Grande Mémé. Pas encore de réalisme magique ici, juste les vies souvent mornes des gens en vue du petit village : le curé, le maire qui est aussi lieutenant de la petite garnison locale, le juge, le médecin, les quelques familles riches, quelques commerçants (dont le coiffeur).
Et mine de rien, il finira par nous emmener au plus profond des traumatismes générés par les régimes autoritaires.

C'est déjà un livre très fort, même s'il manque encore le souffle épique. Avec déjà aussi ce talent de brosser des caractères en quelques traits, détails ou propos. En plus, il est court, ce qui peut en faire une excellente introduction à l'univers de l'auteur.
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Octobre dans un petit village colombien. La météo hésite entre chaleur écrasante et pluie diluvienne. Ce matin-là, c'est la pluie qui accueille César Montero lorsqu'il sort de chez lui. La pluie et un tract placardé à sa porte. Alors, au lieu de partir voir ses bêtes, César se rend chez Pastor et l'abat sans un mot. Les tracts sont apparus une nuit dans le village et depuis ils insultent, dénoncent, divulguent petits secrets et malversations. le maire a laissé faire pour ne pas donner d'importance à ce qui n'en a pas mais le père Angel commence à s'inquiéter pour la santé morale de ses paroissiens. Quand le maire décide d'agir, il emploie les grands moyens : rondes armées et couvre-feu. Mais le colleur de tracts est insaisissable. Les tracts deviennent des bulletins de contestation. La paix vole en éclats.

Pour comprendre toute la subtilité de la Mala Hora, il faut se pencher sur l'Histoire de la Colombie car Gabriel Garcia Marquez ne date pas son histoire mais la parsème d'indices. Les faits se déroulent, dit-il, deux ans après la fin de la guerre civile et la mise en place d'un nouveau gouvernement de réconciliation nationale. On peut donc situer les évènements vers 1955, deux ans après la prise de pouvoir du général Gustavo Rojas Pinilla qui a amnistié les guérilleros libéraux et prône une Colombie loyale, courageuse et chrétienne. La paix ainsi instaurée a été imposée, souvent par la force, et reste précaire. Mais de tout cela, Garcia Marquez ne dit rien. Il se contente d'installer ses personnages. L'alcade, à la fois maire et chef de la police, que l'on découvre victime d'une terrible rage de dents qui le fait souffrir depuis plusieurs jours. On pourrait le prendre en pitié, lui qui s'évertue à maintenir la paix dans le village malgré la douleur qui le diminue. Mais l'on sent vite que quelque chose ne va pas, le respect qu'on lui manifeste semble contraint et pourquoi le dentiste refuse-t-il de le soigner ? Autre représentant de la loi : le juge. Peu enclin au travail, il se contente de suivre le maire comme son ombre, acquiesçant à toutes ses suggestions, refroidi sans doute par le fait que son prédécesseur s'est fait abattre par la police assis au bureau qu'il occupe aujourd'hui. Ensuite, le père Angel, satisfait d'avoir rétabli l'ordre moral dans le village, il découvre, au fil du récit, que ses ouailles cachent bien des secrets et que ses préceptes ne sont appliqués qu'en façade. A côté de ses trois figures tutélaires, les villageois...les profiteurs, les traîtres, les adultères, les lâches, les très riches, les miséreux, les opposants cachés et avoués. Qui parmi eux est le colleur de tracts ? Lequel a initié la distribution de bulletins clandestins qui appellent à la désobéissance civile ? La réponse est dans chaque villageois qui a accueilli la paix sans y croire, qui subit la terreur mise en place par le maire, qui garde en lui le gène de la contestation et de la révolte. le gouvernement apparaît alors comme corruptible et menteur. Il annonçait le changement mais rien n'a changé, les tortionnaires d'antan sont toujours en place et derrière leurs sourires et leurs bonnes manières, la violence ne demande qu'à se rallumer...
Un livre court mais exigeant qui demande une certaine connaissance de l'histoire de la Colombie mais peut aussi se lire comme le récit universel de l'oppression politique et religieuse mise à mal par le désir de liberté. Une oeuvre politique engagée ardue mais intéressante.
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Mala hora, c'est la magie des indices semés par Gabriel Garcia Marquez : sans l'énoncer clairement, l'auteur évoque un nouveau gouvernement, reprenant les arguments des partis d'opposition de 1955, sous l'ère équivoque de Rojas Pinilla, époque à laquelle Gabriel Garcia Marquez a dû s'exiler pour raisons politiques.
C'est encore la magie climatique, présente dans toute son oeuvre, ici la chaleur est un véritable protagoniste alourdissant l'apathie mentale des villageois. de nouveau la magie avec un quotidien où la temporalité semble élastique et la splendeur exotique démystifiée par une vérité tropicale prosaïque et comme au ralenti. Magie encore avec cette quête des sens cachés que l'auteur glisse dans l'atmosphère de ce roman : signe avant coureur, malaise, non-dit, atmosphère hypocrite, oppression latente. L'auteur interroge avec inquiétude les hommes de son pays, leurs intentions véritables, qui sont les collaborateurs, les bourreaux, les rebelles et les bien-pensants.
Magie enfin du titre : Mala hora, qui porte traditionnellement en elle, sur ce continent latino-américain, tous les mauvais présages, l'heure qui annonce, comme dans les tableaux d'Armando Menocal, un malheur imminent, la mort d'une célébrité, la chute d'un régime, la fin d'une rébellion, la reddition d'une armée : l'heure maudite.

Lien : https://tandisquemoiquatrenu..
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Pas facile d'écrire une critique quand un livre ne nous a pas touchés, surtout quand il s'agit d'un auteur nobélisé.

J'ai aimé le dépaysement de la chaleur sud-américaine et la prose recherchée de l'auteur. Mais je n'ai probablement pas une connaissance suffisante de la politique colombienne pour apprécier la fable de ce village perdu, une bourgade dominée par un maire choisi par le pouvoir et par un curé qui tente de mettre de l'ordre dans la vie matrimoniale de ses ouailles.

Des dénonciations anonymes, un meurtre et une rage de dents, une suite d'événements dont je ne sais pas toujours s'il s'agit de descriptions réalistes, de contes satiriques ou de métaphores sociales. Ces situations n'ont malheureusement pas suscité de grandes émotions de lectures, je suis restée sur ma faim.

Un rendez-vous manqué, ou plutôt une « mala hora », une mauvaise heure en compagnie de Garcia-Marquez.
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La mala hora ! le mauvais moment ou la mauvaise heure et peut importe la traduction. Gabriel Garcia Marquez nous signifie tout simplement que certains jours gagneraient à être vécus couchés au lit, seul ou accompagné. Mais qu'en est-il vraiment? Il semblerait que ce dernier cas, malheureusement, « la méridienne accompagnée » loin de reposer les esprits, soit la cause d'un affichage de tracts mettant à jour publiquement les frasques des uns et des autres avivant des animosités déjà bien exacerbées.
Et cela, dans un pays équatorial où, au climat moite et collant auquel s'ajoutent des crues à moustiques et émanations malsaines (sans parler de la vache crevée qui fait le crawl sur le fleuve et vient justement, fait exprès, se coincer dans les herbes sous les fenêtres des habitants), où s'épanouit une population chaude, fière et catholique un peu coincée mais très portée sur les apparences et très sujette aux opinions politiques extrêmes et où tout cela ne pardonne pas

Lorsque « l'entrecuisse » se mêle à la politique, surtout lorsque prise comme prétexte, l'issue est prévisible!

Un style et un sujet assez semblable à « chronique d'une mort annoncée » mais élargi à l'ensemble du village avec comme corrélation la politique en fond de tableau et non plus le seul crime d'honneur
Village qui est petit, difficile d'imaginer sa grandeur par sa structure administrative: maire maffioso/6 policiers (véritables repris de justice) et un juge ainsi que religieuse : un curé. Structure villageoise si volatile et précaire mais qui donne l'impression d'être plus grosse qu'il n'y paraît grâce à une certaine effervescence et activité sociétale. Difficile d'imaginer que dans ce petit bourg, véritable arène de cirque sociale, il y ait une charge dramatique latente aussi intense ainsi qu'une densité aussi humaine et pourtant.
Grand narrateur Gabriel Garcia Marquez n'a pas son pareil pour nous parler de l'ambiance bien particulière de ce pays sud-américain. Moeurs à la fois légères dans les faits et tolérantes par nécessité, il y a si peu de distractions, mais rigoriste dans l'apparence sociale et donc pour vivre heureux vivons cachés. Une population portée sur les arrangements et l'humeur du moment plutôt que sur le droit et sa constance et susceptible fatalement de forte corruption et d'actes inconsidérés.

Gabriel Garcia Marquez narre cette fable tragique mais aussi cynique parfois comique pour dissimuler des émotions , avec un certain fatalisme mais beaucoup de doigté: c'est l'aspect humain de l'individu qui prévaut.
Une glu poisseuse cimente inextricablement les habitants, habitants arque-boutés sur leurs certitudes, sur leurs rancunes nées de massacres et contre-massacres incessants politiques doublés de crimes d'honneur ou bien surtout l'inverse et sur le « qu'en dira-t-on ».
Une activité économique qui n'a rien de marquante, sans intérêt, une pauvreté notoire même pour les plus riches, des divertissements restreints : le cinéma, censuré par l'église à grands coups de cloches, loto et billard au troquet du coin et donc un épanouissement inexistant des individus qui vivent au jour le jour, acculés dans la fournaise colombienne à la farniente et au perruquier pour les plus fortunés.
Restent la discussion politique, la pratique religieuse et la fornication amoureuse même sans choléra mais à la fraîche. Trois pratiques qui sont les mamelles de la pauvreté, les unes malheureusement imbriquées dans les autres et pas pour le meilleur!
Après avoir lu le livre il reste dans la bouche un petit goût amer: la vie et l'humanité qui jamais ne changent et restent toujours aussi primitives. Pas De paradis équatorial mais plutôt un enfer avec les autres forcés de cohabiter et régit par les mêmes réflexes ataviques, violents et impérissables. Gabriel Garcia Marquez nous fait un tableau, comme souvent d'ailleurs, de sa Colombie par « temps gris » tel Manet avec son « lilas temps gris » mais contrairement à lui rarement une Colombie « au soleil» et c'est un peu frustrant mais on n'en apprécie que mieux notre climat tempéré. Il ne porte pas de jugement mais constate que la vie c'est comme ça: une mauvaise farce et il n'y a rien à y faire!
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
« Les choses vont s’arranger après les pluies, dit M. Carmichaël.
- Les pluies vont continuer, prophétisa la veuve. Un malheur n’arrive jamais seul. Vous n’avez pas vu Rosario Montero ? »
M. Carmichaël l’avait vue. « C’est un scandale injustifié, dit-il. Si on prête l’oreille aux affiches anonymes on finit par perdre la boule.
- Les affiches, soupira la veuve.
- Moi, on ne m’a pas oublié », dit M. Carmichaël.
Elle s’approcha de l’écritoire, l’air stupéfait :
« Vous ?
- Moi, confirma M. Carmichaël. On en a collé une grande comme une affiche de cinéma sur ma porte, samedi dernier. Et détaillée ».
La veuve poussa une chaise jusqu’à l’écritoire. « Quelle infamie ! s’écria-t-elle. On ne peut rien reprocher à une famille exemplaire comme la vôtre ». M. Carmichaël ne se montrait pas troublé.
« Ma femme est blanche, alors nous avons eu des enfants de toutes les couleurs, expliqua-t-il. Imaginez : onze enfants.
- Naturellement, dit la veuve.
- Eh bien, l’affiche disait que j’étais seulement le père des enfants noirs. Et on donnait la liste des autres pères. Même don José Montiel, Dieu ait son âme ! y figurait.
- Mon mari !
- Le vôtre et ceux de quatre autres dames », dit M. Carmichaël.
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Ca restera entre nous mais je veux que tu tires les cartes […].
"C'est très bizarre, poursuivit Cassandre dont la voix prit un ton mélodramatique calculé. Les signes étaient si clairs que j'ai eu peur en regardant les cartes sur la table." Sa respiration elle-même était devenue théâtrale.
"Qui est-ce ?
- C'est tout le village et ce n'est personne."
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« Vous vous trompez sur un seul point, juge Arcadio. Dans ce pays il va y avoir du grabuge ».
Le juge Arcadio s’assura qu’ils étaient bien seuls au salon. Le soleil brûlant, le ronflement de la machine à coudre dans le silence de neuf heures et demie, ce lundi inéluctable, lui en dirent plus : on aurait pu croire qu’ils étaient seuls dans le village. Il sortit le papier de sa poche et le lut. Le barbier lui tourna le dos pour mettre de l’ordre sur la tablette. « Deux années de discours, cita-t-il de mémoire. Et toujours le même état de siège, la même censure de presse, les mêmes fonctionnaires ». Voyant dans la glace que le juge Arcadio avait terminé sa lecture, il lui dit :
« Faites-le circuler ».
Le juge rempocha le papier.
« Tu es courageux, dit-il.
- Si un jour je m’étais trompé sur quelqu’un, dit le coiffeur, il y a longtemps que je ne serais plus qu’une poignée de chair dans mon petit cercueil ». Et, d’une voix sérieuse : « Mais souvenez-vous d’une chose, juge Arcadio, cela, personne ne peut l’éviter ».
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"C'est une nouvelle ?" demanda-t-elle, après une longue réflexion.
Avec des gestes minutieux appris en salle de chirurgie, le médecin sortit la tête de la cuvette.
"On dit que c'est un court roman, commenta-t-il en aspergeant ses cheveux de brillantine devant la glace. Pour moi, c'est plutôt une longue nouvelle."
Il se massa le crâne, en concluant :
"Les critiques, eux, diront que c'est un long petit roman."
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« En somme, vous voulez que je vous rédige une requête ? »
La femme acquiesça d’un signe de tête.
« C’est bien cela, poursuivit M. Benjamin. Vous croyez encore aux requêtes ». Il baissa la voix : « Pourtant, à notre époque, on ne demande pas justice avec des papiers : on l’obtient à coups de révolver.
- Tout le monde dit cela. Mais le hasard veut que je sois la seule à voir mon fils en prison ».

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Vidéo de Gabriel Garcia Marquez
Troisième épisode de Dans les pages avec la romancière américaine Joyce Maynard. Elle est venue nous parler des livres qu'elle aime, de Gabriel Garcia Marquez, du Petit Prince et de musique.
Bon épisode !
"L'hôtel des oiseaux" est publié aux éditions Philippe Rey, Arthur Scanu à la réalisation
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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