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EAN : 9782377313969
780 pages
Sarbacane (01/04/2020)
4.37/5   107 notes
Résumé :
Poussez le portail des Feuillantines... pour découvrir les Mortemer, une famille qui ne ressemble à aucune autre !

Bienvenue aux Feuillantines.
Non, nous ne sommes pas dans le poème de Hugo. Nous sommes dans une maison normande, secouée par les vents et ballottée par les évènements de la vie tumultueuse de ses habitants : la famille Mortemer. L’aînée des Mortemer, c’est Désirée. Elle a vingt-quatre ans, et à sa charge ses six cousins et sa soe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
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Recueil de chroniques familiales absolument loufoques et hilarantes, ce roman-feuilleton est succulent et riche par ses thèmes, toujours abordés avec grande acuité et un humour délicieux. On y découvre une famille attachante et dysfonctionnelle qui transpire d'amour et de tendresse les un·es pour les autres. L'autrice décrit avec brio le quotidien tumultueux de chaque personnage, de l'enfant à la vieille dame, en prise à ses interrogations, ses angoisses, ses difficultés.

Célia Garino révèle une écriture atypique parfaitement équilibrée et façonne avec justesse des motifs importants et complexes tels que le harcèlement scolaire, les premiers amours, la peur de l'abandon, et les responsabilités parentale... sans jamais dériver dans le pathos.

Aucun répit pour le·a lecteur·rice qui jamais ne prend le risque de s'ennuyer. Iel découvre alors à travers l'histoire de cette grande famille recomposée qu'il n'existe pas de modèle familial normé, mais que l'amour inconditionnel et la complicité priment malgré les bêtises, les provocations, les crises. Voici un récit foisonnant, pétillant duquel on sort le coeur gonflé d'émotions et avec une énergie revigorante !
Lien : https://ohaby.wordpress.com/..
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En 2018, j'avais acheté environ 150 livres. En 2020, seuls 30 livres ont rejoint les étagères de mes bibliothèques (sans compter les cadeaux et services presse) … Comment expliquer cette baisse drastique des achats ? Contrairement à ce qu'on pourrait penser, non, ce n'est pas la faute de la pandémie si j'achète beaucoup moins qu'avant. La preuve, c'est qu'en 2019, la baisse était déjà fort significative, avec environ 40 achats seulement ! L'explication est finalement fort simple : poussée par l'envie de prouver que j'étais capable d'être raisonnable et de gérer correctement mon budget, j'ai décidé d'y réfléchir à plusieurs fois avant d'acheter un livre sur un coup de tête. Terminés, les achats systématiques en passant dans une librairie ou un rayon culture de supermarché ! Mais pour tout avouer, même si je m'en sors fort honorablement, cette restriction me pèse : à chaque fois que je pense à toutes ces potentielles merveilleuses lectures qui me sont passées sous le nez, j'ai envie de pleurer ! Heureusement, certaines de mes amies sont là pour m'offrir quelques pépites que je n'aurai jamais pu découvrir sans elles !

Au début de l'histoire, il y avait trois soeurs, des triplées. Les triplées Mortemer, élevées par leur grand-mère Granny, aussi rêveuses les unes que les autres. Avant de se jeter du haut de la falaise, le coeur brisé par une tragique histoire d'amour, Isabella a donné naissance à Désirée et Brunehilde. Avant de disparaitre on ne sait trop où, Wilhelmina ramena de ses voyages les jumeaux Honoré et Isidore, puis la petite Callie. Enfin, avant d'être internée à l'hôpital psychiatrique du coin, Rosemonde avait eu Hermeline, Warren et petite Pernelle, de trois pères différents. Au fil des années, c'est donc Désirée, vingt-cinq ans, qui est devenue la tutrice légale de toute cette petite tribu de cousins âgés de 2 à 16 ans. Elle s'occupe également de Granny, leur arrière-grand-mère plus que centenaire, de Justin le « terrible » cochon nain (qui attaqua sur demande son ex-petit-copain), de Pirate le perroquet accro aux injures, sans oublier Fricassé le lapin bélier, qui ferait mieux de cesser de grignoter les fils de la télévision s'il ne veut pas voir son nom devenir réalité ...

Les familles dysfonctionnelles sont à la mode dans la littérature jeunesse, ces dernières années : ça pullule de partout, ça surenchérit d'extravagance et d'excentricité jusqu'à perde toute notion de vraisemblance … Et si Les enfants des Feuillantines s'inscrit dans cette mouvance, nous sommes bien loin de cette surabondance de situations farfelues qui peut parfois desservir ce genre. Bien sûr, la famille Mortemer est indiscutablement une drôle de famille, qui accumule les petits et gros tracas, mais on reste finalement dans des situations parfaitement « plausibles » : une maman qui se suicide, une autre qui prend le large, une dernière qui souffre de troubles psychiatriques, il n'y a rien de farfelu dans tout cela. Juste les dures réalités de la vie. La malchance de la famille Mortemer, c'est que ces trois mamans étaient triplées et laissent derrière elle toute une tripotée de gamins esseulés et perturbés … Mais quand on y regarde bien, malgré tout, cette petite tribu n'est pas si malheureuse que cela : ils ont eu la chance de ne pas être séparés, et au contraire d'être placés sous la tutelle de leur cousine Désirée. Bien des enfants n'ont pas cette chance et se retrouvent en foyer, entourés d'illustres inconnus, alors que leur frère ou leur soeur est en famille d'accueil, avec autant d'illustres inconnus !

Plus que dysfonctionnelle, cette famille est finalement absolument déjantée et délurée : quand on passe la porte de la maison des Feuillantines, on a le sentiment d'entrer dans un asile de fou. Ici, le cochon de la famille est en train de grignoter une paire de chaussure, dans l'indifférence générale. Là, l'ainée tente de faire entrer les tables de multiplications dans le cerveau ralenti de son cousin, tout en surveillant l'avancée du repas, que chacun des « grands » prépare à son tour. Ici, une petite fille tente de creuser un immense tunnel pour rejoindre la Californie, où se cache peut-être sa maman. Là, un adolescent se fait passer pour sa cousine sur des sites de rencontre, dans l'espoir de leur trouver à tous un papa. Dans ce véritable roman-choral, nous suivons tour à tout chaque membre de cette drôle de famille recomposée, et tout ceci forme un formidable kaléidoscope qui nous fait tournoyer la tête et le coeur. Car comment ne pas tomber sous le charme de ces gamins, aussi attachants les uns que les autres ? Alors bien sûr, chaque lecteur se retrouvera plus ou moins dans tel ou tel enfant, mais une chose est sûre et certaine : aucun ne le laissera indifférent.

Comment l'être, face au « grand projet » de la petite Calliope, princesse pirate armée de sa cuillère en guise de pelle ? Comment l'être, face au mal-être de la jeune Brunehilde qui n'a trouvé que la violence pour s'exprimer ? Comment l'être, face au désir impérieux d'Honoré de se distinguer de la masse de ses frères, soeurs, cousins et cousines ? Comment l'être, face au petit Warren, si doux et si lent, si sensible et si insouciant ? Comment l'être, face l'innocence enfantine de la toute petite Pernelle ? Comment l'être, face à la rage plus ou moins contenue d'Hermeline la pianiste ? Comment l'être, face au désarroi d'Isidore qui oscille entre colère et espoir ? Comment l'être, enfin, face à l'abnégation de la jeune Désirée, qui se retrouve mère par intérim d'autant de gamins cabossés par la vie, mais qui n'a personne sur qui s'appuyer ? Ils sont touchant, tous ces enfants, plus ou moins grands, et on se sent vraiment privilégiés d'avoir l'honneur de les accompagner pendant quelques centaines de pages. de les voir cheminer dans la vie, faire face aux petites vaguelettes et aux grands tsunamis. D'être spectateur de cet amour infini qui les unit, eux les « petits Mortemer », que tantôt on plaint, tantôt on craint.

En bref, je pense qu'il est inutile d'en dire plus, vous l'aurez bien compris : ce fut un formidable, un incroyable coup de coeur. J'ai beaucoup aimé la douceur qui se dégage de ce récit : alors même que leur situation familiale est complexe et tragique, alors même que la petite Brunehilde subit du harcèlement scolaire (et en fait subir à un autre élève), alors même que le jeune Honoré se brouille avec ses amis dans sa quête de gloire, alors même que le petit Warren se met à dériver progressivement vers une forme de folie, alors même que la brave Désirée se sent parfois au bord de la rupture … C'est un roman tout empli de tendresse et de légèreté, avec un humour délicat qui ne vient pas effacer la dure réalité qui se cache derrière cette situation rocambolesque, mais vient au contraire l'exposer sans pathos indésirable. La vie aux Feuillantines n'est pas rose tous les jours, mais elle n'est pas noire non plus : elle est tel un arc-en-ciel, un improbable mais joyeux mélange de couleurs. L'histoire n'a rien de particulièrement palpitante, c'est juste un délicat tableau de cette petite famille pas tout à fait comme les autres … une famille que j'ai, personnellement, bien du mal à quitter. Leur dire au revoir, c'est dur, car on se sent bien avec eux. C'est vraiment un très beau roman, à découvrir et faire découvrir, à offrir et à s'offrir !
Lien : http://lesmotsetaientlivres...
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J'ai vu passer bien souvent ce livre dans les conseils et autres idées de plusieurs copinautes, mais il aura fallu deux propositions de lecture commune et une nomination au prix Livraddict, catégorie Young Adult, pour que je me décide enfin à le lire. Si ce n'est pas un coup de coeur absolu - après tout il est destiné à un public plus jeune que mon vieil âge -, j'ai quand même pris énormément de plaisir à cette lecture, et j'en garderai un souvenir plein d'émotion !

D'ailleurs, à bien y réfléchir, je ne lui trouve aucun vrai « défaut », mais vraiment !
Il y a tout un plus un certain nombre d'improbabilités, mais qui ne sont pas dérangeantes : elles font tiquer un bref instant, et puis on accepte, parce que ça participe au charme du livre.
D'abord, le fait que les services sociaux français (et je dis ça sans préjugé, ce serait pareil en Belgique) aient pu confier sept enfants potentiellement à problèmes (surtout vu l'histoire de leurs trois mères), dont plusieurs ados, à la plus âgée des cousines mais qui a tout juste 24 ans… j'y crois très moyen ! d'autant plus que les voisins, l'école etc. s'accordent pour catégoriser « les Mortemer » comme la famille à problèmes... Pourtant cette famille n'aurait jamais été dénoncée, jamais contrôlée ? On ne voit pas l'ombre d'une assistante sociale, par exemple… mais très vite on s'en passe ! Bref, cette famille improbable relève davantage du conte de fée que de la réalité… mais après tout pourquoi pas ? et comme je disais plus haut, ça participe au charme et à l'enchantement de ce livre, car cette famille atypique et qui cumule les situations particulières à haut potentiel explosif, est tellement attachante qu'on aurait envie, au final, de vivre avec eux !

Parmi les autres bizarreries de ce roman, qui m'ont fait également surprise et qui ont nécessité un petit temps d'adaptation, je citerai aussi le choix des prénoms des enfants – et pas que ceux de la fratrie-cousinerie, mais aussi quelques-uns de leurs relations. L'autrice s'est réellement déchaînée à ce sujet ! Hermeline par exemple, puise son origine incertaine entre des racines germaniques vaguement guerrières (selon certains cites), ou serait un vieux prénom français d'origine celtique mais tombé en désuétude (selon d'autres), tandis que Brunehilde est clairement l'une des guerrières de la mythologie germano-nordique, appartenant au corps des Valkyries rendues célèbres (entre autres) par Wagner – qui n'a jamais entendu leur magnifique chevauchée, ici par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=1Wqc0hr4qvU ? Autant dire que, à chaque fois que la jeune fille entrait en scène, cet air surgissait dans un coin de ma tête ! Pour Désirée, Honoré ou Isidore, on pioche dans les vieux prénoms français qui ont tendance à revenir à la mode, mais qui n'ont pour autant pas atteint le degré de popularité d'un Victor ou d'un Louis par exemple (respectivement 8e et 10e en popularité pour les prénoms donnés en 2020 paraît-il)…
Je ne vais pas tous les passer en revue, mais indéniablement ils surprennent. Inutile de préciser que, peu à peu, on se dit que, en fait, ils sont particulièrement bien choisis, et que chaque personnage correspond bien à son prénom – ou l'inverse -, c'est presque magique ! Pourtant, vu le nombre de personnages dans cette grande famille, il a fallu un petit temps d'adaptation avant de bien mettre en place qui est qui, quel lien exact les lie à la base (frère/soeur ou cousin.e ? et qui est leur mère respective parmi les trois soeurs ?), et quelles sont les particularités, les problèmes de chacun ?

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : ce livre est, comme plusieurs co-lectrices l'ont relevé, une « tranche de vie », quelques mois sur la vie de cette famille recomposée de manière tellement inhabituelle. Et on voit la petite vie de chacun à tour de rôle, chacun dans son histoire personnelle qui évolue, mais où surgissent toujours les autres d'une façon ou d'une autre à un moment donné, et finalement les divers problèmes se résolvent dans cette dynamique qu'ils ont créée ensemble, ou pour le moins avec l'intervention de Désirée, et qui permet à chacun d'avancer vers un « mieux ».

Tout cela nous est conté sur un ton qui, au rythme des aventures du quotidien des différents membres de cette joyeuse famille, s'envole, claque, résonne. Il est plein d'inventivité (notamment dans les « jurons » inventés de Désirée qui, bien loin de toute vulgarité, sont très expressifs et tellement bien trouvés) ; cette écriture est juste, elle fait sourire et parfois même fait rire, ou au contraire fait couler quelques larmes d'émotion, elle fait vibrer…

C'est vraiment une grande réussite, un petit bijou plein d'authenticité et de bonheurs simples du quotidien, vécus certes par les membres d'une famille atypique mais très attachante, et on touche au passage à quelques problématiques bien sérieuses (le harcèlement scolaire, la cohabitation intergénérationnelle, l'image de la mère, et d'autres encore) mais traités d'une façon volontairement dédramatisée, avec un humour évident même, sans que ça semble jamais « trop léger » pour autant. C'est une image de la vie de tous les jours, c'est plein d'émotions et on vibre à l'unisson.
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Quelle famille, mais quelle famille !!!
Tellement dingue et tellement attachante.

Sept cousins, revenus vivre dans la maison de famille à mesure que les parents n'étaient plus en mesure de s'occuper d'eux, morts ou disparus. Leurs trois mères, triplées orphelines à huit ans, sont toutes devenues plus ou moins folles ou bizarres, et c'est Désiré, l'aînée des cousines, qui, à 24 ans, se voit attribuer la charge de cette famille inhabituelle. Ce qu'elle fait avec beaucoup d'énergie, beaucoup d'énervement, du plaisir aussi souvent, mais parfois un peu la nostalgie de la vie qu'elle devrait avoir à son âge, plus de copains, plus de sorties, peut-être même un travail.
Chacun a ses soucis et ses tristesses, les adolescents essayent de se faire une place, les plus petits assumant aussi difficilement le manque de parents.
Sans oublier le cochon nain, le lapin bélier, le perroquet et les cinq bébés chats... Et Granny, l'arrière-grand-mère. J'ai pensé au début qu'elle aidait un peu Désirée. Avant de lire son âge ... 106 ans !

Un peu de mal à parler de ce roman, qui est une chronique de la vie de la famille, même si cette famille est très atypique. Il y a donc beaucoup de sujets abordés, comme dans la vraie vie. le harcèlement scolaire, l'amour, la difficulté de celle qui remplace la mère de famille à gérer tout le monde, les courses, les sorties d'école, les repas. le grand âge et les tout-petits, l'amitié et la jalousie, l'ami imaginaire, la folie et l'hérédité, l'école, le sport, l'adolescence, etc.

Au départ, ça m'a un peu rappelé les 4 soeurs de Malika Ferdjoukh. le côté vieille maison et la soeur qui s'occupe de tous. Sauf qu'ici, c'est bien plus qu'une fratrie, et l'histoire familiale est vraiment pire.
Ça n'empêche pas de sourire souvent aux mésaventures de cette drôle de famille.
Car l'histoire n'est en principe pas drôle du tout, que de malheurs dans cette famille, que de situations difficiles. Mais il y a aussi tant de vie, d'humour, d'inattendu, qu'on sourit presque tout le temps.
Des dons culinaires de certains à la pitchoune qui creuse jusqu'en Californie, en, passant (surtout) par les animaux familiers assez inattendus.

Le sujet du harcèlement scolaire n'est pas classique car vu aussi du côté de la harceleuse, elle-même harcelée. J'ai trouvé très tristes ces passages, car comme trop souvent, aucun adulte ne semble en prendre conscience. le collège est apparemment une zone de non droit. Et comme on le retrouve souvent dans les romans, je crains qu'il n'y ait hélas une grosse part de vérité. Et je lis ça difficilement. Certainement parce que je m'inquiète pour mes petits-enfants et les jeunes générations. Cette maltraitance, et le fait qu'en général, ce sont les plus fragiles, donc ceux harcelés, qui se font punir quand ils finissent par se révolter.

Je voudrais vous raconter encore tellement de choses au sujet de ce roman, si riche, si tendre et émouvant, si drôle aussi.
Je me demande s'il y aura une suite, c'est un peu dur d'abandonner les personnages, si attachants et qui vivent des moments pas faciles.

Décidément, Exprim' a des familles vraiment surprenantes, et/ou des parents souvent pas à la hauteur. Mais les romans de la collection, eux, sont toujours à la hauteur, toujours un bonheur de lecture.
Un excellent roman ado, apprécié aussi des adultes, et qui à mon avis peut même être lu par les plus jeunes.
Avec, comme toujours dans la collection, une bande-son extrêmement variée.

Lien : https://livresjeunessejangel..
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Est-ce que, quand on lit un roman jusqu'à trois heures du matin, ce n'est pas déjà une preuve d'amour suffisante ? Parce que c'est clairement ce qui s'est passé, alors que je tournais les pages une à une, sautant des aventures de Calliope à celles de Warren, des colères de Brunehilde, éclatante de fureur à celles d'Hermeline, sonores et musicales, en passant par le maelström de sentiments made in Honoré et Isidore ou le courage incroyable de Désirée. Dans le résumé il est dit "cette famille qui ne demande qu'à être aimée" et bien je l'ai aimée, je n'avais pas envie de les lâcher, mais envie de savoir comment chacune de leur aventure allait se terminer, parfois bien, mal ou en demie-teinte, envie de les serrer dans mes bras à les étouffer et de prêter l'oreille à Désirée, cette nana de 24 ans qui aurait pu être mon amie.

On ne sait pas très bien où commence et où finit l'histoire. Est-ce qu'elle commence avec Warren, ce petit garçon lunaire et silencieux aux cheveux qui lui tombent dans les yeux qui n'ose pas dire à sa maîtresse qu'il n'a plus vraiment de maman et que maman ne viendra pas signer son mot. Est-ce qu'elle commence avec Désirée qui, à la mort de sa mère, écope de ses enfants. Ou bien justement avec Isabella qui se jette d'une falaise, Willa qui part en voyage et Rosemonde qui coule doucement dans alcool et drogue avant de terminer en hôpital psychiatrique. Ou encore plus tôt, lorsque leur père, Jaquolin, décide de s'installer dans cette maison, non loin du phare dont il était le gardien. Nul ne le sait, mais on découvre le tout dans un formidable chapitre intitulé "Quand la famille Mortemer est partie à vau l'eau", conté d'un ton pince sans rire, mi-sarcastique mi-blasé qui m'a tout de suite ravie au plus au point alors que pourtant ce qu'il disait n'était pas drôle du tout, à mi chemin entre la catastrophe familiale et l'apocalypse sentimentale.

C'est une fois ce chapitre passé que nous entrons dans le quotidien déjanté de cette famille étrange, très -trop- nombreuse mais où chacun trouve sa place, comme s'il était une pièce de puzzle parfaitement ordonné avec le reste de l'énigme Mortemer. Chacun à des âges très différents, les enfants Mortemer sont autant de facettes de l'adolescence allant de la découverte des premiers amours au harcèlement scolaire, de la quête de popularité à la solitude, de l'amitié et la haine. Et de chaque côté de ces morceaux d'adolescence, la jeunesse de Désirée qui s'étiole, elle qui regarde les jeunes de son âge faire la fête et les envies, et l'enfance de Warren, Calliope et Pernelle. Il y a sans doute des questions qui vous viennent du genre : mais est-ce que ce n'est pas trop impersonnel ? est-ce qu'on arrive à s'attacher aux personnages ? est-ce que c'est un peu réaliste tout de même ? est-ce que... est-ce que...

Il n'y a qu'une seule chose à savoir : Célia Garino écrit divinement bien, a une imagination débordante et a su insuffler à chacun de ses personnages une âme tout à fait singulière qui vous les rend attachant instantanément. Peut-on parler de réalisme ? Je dirais que oui. Malgré le perroquet répétant "Tarrrré" à tour de bras, malgré les minutes codées de Désirée avec des expressions aussi étranges que "VOUS ME DECAPSULEZ LA CAFETIERE" et malgré les expériences culinaires osées d'Isidore entre pommes de terre et jus d'orange.

Parce que malgré tout, dans tout ce joyeux bazar il y a des choses on ne plus réalistes, des larmes amères, les histoires de la grand mère Granny, le harcèlement scolaire que subit Brunehilde et qu'elle fait subir en retour à un autre, pour ne pas être la dernière dans l'échelle social du collège, les adultes qui ferment les yeux sur l'ensemble pour ne pas se mettre à dos les parents, le désir de popularité d'Honoré, il y a les trous que creusent Calliope pour atteindre la Californie et atteindre une "vraie maman" qui les a pourtant abandonnés, il y a les peurs de Warren, les crises de nerfs de Désirée...

En résumé

Les enfants des Feuillantines est une fresque familiale loufoque, pleine de drames et de courage où l'on côtoie l'adolescence, l'enfance et les destins brisés, mais aussi les angoisses, les rires et les histoires du soir. Un roman qui fait chaud au coeur, qui parle d'humanité et de fratrie, d'amour et d'amitié avec des personnages tous plus attachants les uns que les autres, mais aussi de leur crises et de leurs colères. Un immense coup de coeur à trois heures du matin.
Lien : https://lesdreamdreamdunebou..
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critiques presse (1)
Ricochet
19 août 2020
En un unique tome chaleureux, Célia Garino reconstitue une vie de famille atypique et pétillante.
Lire la critique sur le site : Ricochet
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Désirée reluqua d'un air circonspect  la bouteille de lait, le flacon de clous de girofle et le pot de miel posés à côté de la gazinière. Et elle préférait ignorer pour l'instant qu'une bouteille de jus d'orange avait également pris part à la recette.
- J'essaie de faire un gratin.
- Dans une casserole ? Avec du miel et du jus d'orange ? Tu te crois dans les Sims ?
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Ah, mais bordibulle, fais gaffe, tête de pioche ! Punaise, tu l'as eu dans un blister Pokémon, ton permis ?
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- Peut-être qu'on n'a pas beaucoup d'argent, que je me tue à la tâche, que je les élève mal, qu'ils vivent avec un cochon, un perroquet et un lapin, une arrière-grand-mère qui tient plus du meuble que de l'être humain, mais ils sont heureux, ici. Aucun autre foyer ne les rendrait aussi heureux. Nous sommes une fratrie.
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Plus.Que.Quatre.Jours. Cela faisait douze jours qu’ils étaient en vacances, et elle avait plus que jamais l’impression de diriger un orphelinat : des cris partout. Jamais de repos. Des disputes pour des vêtements entre les plus grands, des bagarres entre les plus petits, des pleurs, des cahiers de devoirs à rendre, des gâteaux ratés qui transformaient la cuisine en champ de bataille post Waterloo, des râleries à propos du temps passé devant la télé ou les consoles de jeu...
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C'était une des plus belles scènes d'amour que j'aie jamais pu voir. On a perdu beaucoup d'assiettes.
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Videos de Célia Garino (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Célia Garino
Dans le cadre de Litterado, prix de lecture des collégiens de l'Eurométropole de Strasbourg, nous avons eu la chance de recevoir Célia Garino, le 12 juin 2021, pour un bel entretien dans lequel elle nous parle de son roman "Bienvenue à Oswald !" et de son parcours d'autrice.
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