AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
3,75

sur 589 notes
5
15 avis
4
22 avis
3
11 avis
2
6 avis
1
0 avis
Piatka
  23 mai 2013
C'est l'histoire d'un sexagénaire qui rencontre des difficultés en affaires au moment même où, très amoureux d'une jeune brésilienne, sa virilité commence à faiblir. En résumé : tout fout le camp ! Comment va-t-il s'en sortir ?

Grâce à son immense talent de narrateur, Gary, sans apitoiement ni complaisance, nous livre à la première personne, une réflexion parfois crue mais très humaine sur le déclin professionnel et physique - il a lui-même la soixantaine en 1975 au moment où paraît le livre.
Le sujet est certes grave, angoissant, mais servi par le sens des formules percutantes et l'humour de l'auteur, le roman s'achève sur un message d'espoir que je vous laisse le plaisir de découvrir.
L'histoire est fort bien bâtie, magnifiquement écrite, comme toujours chez Gary ; les réflexions combinées à ce qu'il faut de suspense ont fait de ce roman au sujet difficile un très bon moment de lecture.
Commenter  J’apprécie          600
najnaje
  22 octobre 2013
J'ai passé un excellent moment avec Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable acheté sur une brocante. Je souhaite remercier les babéliotes qui ont déposé une critique. C'est un roman drôle et triste à la fois malgré que le sujet ne s'y prête pas vraiment en l'occurrence l'andropause, c'est aussi un sujet tabou pour de nombreux hommes jusqu'à aujourd'hui. Ce qui m'a le plus touché c'est que le personnage principal, Jacques a une haute estime des femmes et est un vrai gentleman. Une histoire à lire absolument.
Commenter  J’apprécie          463
Arakasi
  09 octobre 2017
Il y a une peur commune à toute la gente masculine dont on ne parle jamais. Trop crade. Trop cru. Trop gênant. Pourtant et à mon humble avis, il n'existe pas un mec sur Terre à qui ce ne soit pas arrivé : la peur de ne pas y arriver, la peur de ne pas être à la hauteur, bref la peur de ne pas bander. Et, bien entendu, cette peur s'accentue en vieillissant alors que le corps commence à trahir et que tenir une érection plus de deux minutes devient un parcours du combattant. C'est à cette dure épreuve qu'est confronté Jacques Rainier, 59 ans, industriel sur le point de faire en faillite. Vous me direz : c'est notre lot commun, inutile d'en faire un drame. Mais voilà, Jacques Rainier est amoureux, fou amoureux d'une brésilienne d'une vingtaine d'années qui lui rend fougueusement son affection. Quand on n'aime pas, la perte de la virilité est déjà rude à encaisser mais, quand on aime, c'est un calvaire. Car il faut bien combler la femme aimée, lui prouver jour après jour qu'on la désire toujours et éviter à tout prix de voir l'amour se transformer en pitié, le désir en maternalisme. Alors on utilise des béquilles : fantasmes tordus, drogues, médicaments… Mais combien de temps pourra-t-on tenir à ce rythme ? Combien de temps si l'on veut continuer à se considérer comme un homme d'honneur et même un homme tout court ?

Ce livre m'a été frileusement conseillé par mon père qui en avait gardé un souvenir un brin traumatisé. Il faut dire que le sujet est sensible, très sensible et particulièrement pour l'auteur lui-même qui vivait très mal son propre vieillissement. Dans ce roman à fort parfum autobiographique, il a mis beaucoup de lui-même, livrant avec une honnêteté désarmante au lecteur ses angoisses les plus inavouées. Tout le long de son récit, il garde une distanciation amusée, montrant tout ce que la perte de la virilité a de superficiel et de profondément terrifiant à la fois. On en rit, bien sûr, on s'en moque mais seulement pour contrebalancer l'humiliation d'avoir à confesser ses faiblesses à un médecin ou d'entendre sa bien-aimée dire : « Ce n'est pas grave, mon chéri. On essaiera de nouveau la semaine prochaine. » Certains ont vu dans la fin un message d'espoir, mais je ne suis pas sûre de l'interpréter dans ce sens, peut-être plutôt comme une ultime reddition de la vieillesse face à la jeunesse, un dernier sacrifice de Rainier à son aimée. A chacun son interprétation. Un bon livre sur un sujet difficile.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          440
Sevlipp
  03 mai 2021
C'est un livre loufoque que je finis là.
Avec sa plume acérée, Romain Gary fait parler Jacques Rainier, ancien résistant, industriel presque en faillite et amoureux d'une très jeune femme.
Alors qu'il ne se pose pas de question sur sa virilité, une conversation avec un comparse va le plonger dans un abîme de doutes.
Nous voila partis pour 260 pages de réflexions sur le déclin de la France, la dérive de l'industrie, l'image du père qui se dégrade, la peur de l'impuissance...
Même si certains passages m'ont semblé un peu datés, j'ai souvent rit.
Les consultations chez l'urologue valent le détours ; ces pages sont tordantes.
Les dialogues sont savoureux ; celui dans la voiture entre Jacques et Laura vaut son pesant d'or.
Et puis certains passages sont de vrais hommage aux femmes et mettent à mal la réputation de misogynie de l'auteur.
Franchement celui qui aime le style, la singularité et la folie de Romain Gary ne peut qu'apprécier ce roman
Commenter  J’apprécie          395
lecassin
  21 septembre 2012
« Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable »… Bien difficile à priori de deviner de quelle limite on parle ici et de quel ticket il s'agit. Il faut dire que le sujet abordé ici par Romain Gary est un brin tabou. Dans un monde – on est en 1975 – encore dominé par un machisme plus ou moins larvé, la question de la perte de la virilité avec l'âge.

Jacques Rainier borde la soixantaine et ses affaires déclinent, tout un symbole… Une double rencontre va semer le doute en lui : d'abord celle d'une jeune brésilienne, Laura, puis, à Venise, celle d'un ami obsédé par le mythe de la virilité et surtout par le déclin que l'âge ne manquera pas d'apporter…
Le ver est dans le fruit, qui deviendra quasi obsessionnel pour Jacques. La peur de l'impuissance face à sa jeune conquête, d'abord insidieuse, puis envahissante, obsédante, destructrice aura raison de sa raison…

Un roman où tour à tour, les différents personnages sont amenés à donner leur avis sur le sexe, le plaisir, le corps, l'amour, enfin… Car il s'agit bien de cela : Laura , peu attirée par l'aspect pratique de la sexualité, aime son Jacques qui lui souhaite débourser - on peut le dire comme ça - de l'argent pour redresser la tour de Pise qui "débande". On aura compris de quelle limite il s'agit… La limite d'âge…

Comme on le verra plus tard avec d'autres romans, Romain Gary aime aborder les sujets tabous. Il le fait toujours avec une grande maîtrise de la langue : un style d'où l'humour n'est pas absent ; même s'il confine parfois au cynisme.
Il faut une grande ouverture d'esprit, à cette époque (1975) où la domination masculine est de plus en plus contestée pour admettre de façon implicite que le machisme n'est autre que l'arbre qui cache la forêt de la fragilité et de la vulnérabilité masculine.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          300
meeva
  03 avril 2015
Dur, dur, de vieillir, surtout quand on devient mou du zgeg.
Et qu'on se borne, comme Jacques Rainier, à vouloir vivre, à soixante ans, la même sexualité qu'à vingt ans, avec d'ailleurs une jeune femme qui elle a dans les vingt ans et quelques…
Tiens ! Gary donnerait-il dans le cliché du vieux beau qui séduit la jeune belle étourdie éperdue d'amour pour… pourquoi d'ailleurs ?


Au-delà des bornes, il n'y a plus de limite !
Alors passons dans un au-delà, tout à fait terrestre, celui-là, et laissons-nous effleurer, chatouiller par la plume de Gary.


Laura est jeune et belle, un peu fantasque, elle maîtrise mal le français, ce qui lui donne un charme indéniable. Mais c'est à peu près tout ce que l'on sait d'elle.
Gary laisse-t-il ici toute la place qu'il faut pour une identification large au personnage - après tout, sa moitié, on la voit toujours jeune et belle, non ?
Et quand en plus elle parle mal le français, c'est la garantie, pour Gary, de ne pas tomber dans l'incompréhension réciproque que génère invariablement une langue commune.
Allons même pour Laura jusqu'à un symbole de fraternité et d'humanité.



Jacques est un ancien héros de la résistance, sans gloire, comme tant d'autres.
A la limite, on peut trouver énervant que ce monsieur se préoccupe tant de ses petites affaires.


Mais Gary le fait sans limite aucune, il ne nous épargne pas ses problèmes de sexe mou, d'urètre et même d'anus.

« Je demeure sur le bidet glacé un bon moment, renouvelant l'eau. Les coups de rapière sous les couilles s'atténuent et cessent. Mais il reste une lourdeur de pierre entre l'anus et le bas de la verge. Je n'ai pas regardé ma montre mais Laura s'attardait et ça a dû bien durer vingt minutes. Si seulement j'étais arrivé à décharger, ça décongestionne. Je presse le bout de l'urètre : pas trace de sang. Mais la peau de la verge est pas mal irritée par le frottement. Voilà que ça recommence. Ça fait un mal de chien, quelque part au fond de l'anus et vers l'aine, du côté gauche, ma mécanique a pris un sacré coup. Il y a moins de sécrétion qu'autrefois, la quantité de liquide prostatique a diminué, ce n'est plus assez huilé, ça travaille à sec. »


Et tout cela pour monter par contraste, je crois, et au travers quelques envolées lyriques à quel point cela le désespère de ne plus pouvoir se préoccuper autant qu'il le voudrait de l'objet de son désir et de son amour, Laura, dans un oubli de soi salutaire à satisfaire l'autre, qui ne se limite sûrement pas aux affaires de sexe.

« Il me semblait qu'avant notre rencontre ma vie ne fut qu'une suite d'esquisses, brouillons de femmes, brouillons de vie, brouillons de toi, Laura. Je n'avais connu que des préfaces. Les mimiques d'amour, la multiplicité, la variété, les coucheries, tous ces au revoir et au plaisir, sont une absence de don authentique qui se réfugie dans le pastiche, dans un « à la manière de » de l'amour. C'est parfois fort bien torché et le métier ne se voit pas trop, le savoir-faire dissimule son habileté, il y a de l'aisance, on peut vivre de moins que rien et pour pas cher, même seulement de plaisir, et d'ailleurs on ne peut pas passer sa vie à attendre qu'elle se révèle capable de génie. La vie s'était montrée capable enfin de génie à mon égard lorsqu'elle m'avait fait rencontrer Laura, mais ce fut seulement dans un moment de cruauté. Ce n'est pas que mon corps automnal refusât de servir, mais il me parlait de plus en plus de moi-même et de moins en moins de Laura. Il s'imposait lourdement à moi dès le début de l'étreinte, tardait à répondre, me rappelait ses limites et, cependant que je brûlais de ferveur impatiente, il exigeait des ménagements, des mises en état et des soins. Tout ce qui avait été chant était devenu murmure… »


La puissance virile est mise en parallèle à la puissance économique, dans un clin d'oeil qui se veut drôle mais surtout je crois un peu moqueur.
Prétexte aussi à réflexion sur la puissance occidentale, son déclin, avec regrets d'un homme vieillissant qui pressent qu'il a raté l'avenir en se préoccupant trop du passé.

« Quand les Américains sont allés sur la lune, on a gueulé que c'est une nouvelle époque qui commence. Mais non : c'était une époque qui finissait. On a oeuvré à réaliser Jules Verne : le dix-neuvième siècle… le vingtième siècle n'a pas préparé le vingt et unième : il s'est épuisé à satisfaire le dix-neuvième. le pétrole comme sine qua non d'une civilisation : tu te rends compte ? Toutes nos sources d'énergie sont chez les autres… C'est l'épuisement… »



Pour moi pas le meilleur des Gary, pour l'histoire, limite, limite…
Mais le style est toujours là ! Juste en une phrase :

« Vous pouvez évidemment vous agenouiller et vous mettre à la lécher, si vous n'êtes pas chevalier de la légion d'honneur, mais alors vous léchez en vaincu, monsieur, vous léchez en débandade, le front s'est écroulé, vous ne savez même plus où sont vos troupes et votre artillerie, vous jouez les utilités, elle voit bien que vous n'existez plus et, pour peu que ses couronnements lui viennent de l'intérieur et que les rôdeurs ne l'intéressent qu'à demi, arrive toujours ce moment pénible entre tous, où elle repousse doucement votre tête, et il y a entre vous un silence de ballon crevé, plein de compréhension réciproque, où chacun essaie de dominer sa frustration et sa rancune par une attitude de détachement civilisé. »





Dure limite…
« Est-ce l'envie
Où est-ce ton corps
Est-ce notre vie
Qui fait que ça dure encore

Est-ce ton bonheur
Où est-ce mon honneur
Qui me tient prisonnier
Ou qui me fait geôlier

Est-ce l'habitude
Toujours la même attitude
Le vide de chaque jour
Ou le manque d'amour

Est-ce l'amour,
Etrange amour
Est-ce la douceur
De tes caresses, mon coeur

Une dure limite, un mur d'amour
Dure limite, amour pas mûr
Pas mûr, pas mûr
[…] »

Extrait de « Dure limite », Téléphone :
https://www.youtube.com/watch?v=3QGlQiezgmU
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          273
SabiSab28
  09 avril 2020
Gary écrit cette fois-ci sur la vieillesse, la fin d'une époque, époque où l'Europe était faste, les entreprises aussi et sa propre virilité au sommet.

Mais le protagoniste, Jacques Lantier, se remet en question après des remarques fortes machistes et capitalistes d'un gros bonnet de l'économie. Commence alors une remise en question de son couple, de son avenir professionnel.

Le parallèle entre l'Europe, sa société et ses érections sont très bien construites, avec des métaphores évidentes entre la disparition des matières premières en Europe, qui concourent à notre perte et la faiblesse du sperme à un tournant de sa vie ...même si la majorité du roman insiste sur ce dernier point.
On se rend compte qu'il faut regarder au-delà, c'est toute une fin de société qu'il reproche et qu'il tente de retarder au maximum espérant un changement, un renouveau ..

"C'est l'Europe puissance, quoi. Bien sûr, c'est du bidon, parce que toutes nos ressources d'énergie, la quasi-totalité des matières premières - plus de quatre-vingts pour cent -, toute cette substance nourricière dont nous ne pouvons nous passer, ce n'est pas dans notre sous-sol qu'elle se trouve, c'est chez les autres, au-delà des océans, dans des pays ni neufs que l'on connait à peine le nom...Mais on continue à faire "comme si" et à parler très haut de notre "indépendance..."

Et bien sur, il a toujours le Gary féministe, et son rapport aux femmes, son respect éternel pour la femme, quitte à en finir pour ne pas la faire souffrir et ne pas avouer son impuissance, mais là encore la femme revêt un caractère fort et puissant ...(du moins dans le livre)

De belles citations, tout au long de ce roman dont la plus connu est sans doute : " IL paraît qu'il ne faut avoir peur du bonheur. C'est seulement un bon moment à passer"

J'ai aimé ce passage, hommage à ma poème favori :
"Si j'étais soucieux de ma "réputation", je quitterai Laura et, plus tard, lorsqu'elle sera bien vieille, un soir, à la chandelle, assise au coin du feu devisant et filant, elle se souviendra du temps qu'elle était belle et murmurera : "A soixante ans, c'était encore un amant magnifique..."

Et deux lignes plus loin, promis je m'arrête là (les autres je les mets dans citations !) :
"Mais voilà : rien ne m'est plus indifférent que ce qui n'est pas toi, mon amour. Je veux bien finir, pourvu que ce soit dans tes bras."

Désolée pour la longueur de cette critique, c'est assez rare, mais je ne peux m'en empêcher lorsque je lis du Gary.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          201
BRIGITTEB
  01 octobre 2021
Un roman qui traite avec un humour grinçant,-tout au moins au début, de l'impuissance masculine à partir d'un certain âge.
Mais peu à peu, cet humour se transforme en une véritable désespérance, et j'ai trouvé cela pathétique.
Romain Gary traite le sujet de façon crue et totalement décomplexée, mais qui en apprend beaucoup sur la psychologie masculine.
Le héros du roman arrive peu à peu à la solution inéluctable de mettre fin à ses jours, et l'on peut y voir comme une prémonition de la mort de l'auteur.
Commenter  J’apprécie          197
GaletteSaucisse
  25 août 2021
Parmi les trucs que j'aime bien, on trouve :

- La pilosité sur-buccale (comprend qui peut)
- le fromage de chèvre
- Brassens
- Et les vieux

Ça, mon gars, les vieux, j'aime bien.

Pour peu que tu saches les apprécier, tu n'es jamais déçu avec eux.

Exemples concrets :

Un vieux réac', il va te faire marrer. Engoncé dans ses principes, il ne sait pas débattre.

La question kurde ?
- On s'en bat l'oeil, tous des arabes.
L'Afghanistan reprise par les Talibans ?
- On s'en bat l'oeil, tous des arabes.
Comment résoudre les problèmes qui sévissent en France, la misère, le chômage, l'insécurité, le laxisme de la justice ?
- La prochaine fois, vote FN. T'arrêteras de me faire chier avec tes idées de communisse.

Sinon, tu as le vieux grabataire. Comme la vieille tante Simone, qui n'a pas perdu sa verve et son franc-parler malgré son grand âge :
- Et cette petite, elle ne sera donc jamais attirante ?

Elle, je l'aime bien. Elle met l'ambiance.

Il y a aussi le vieux lubrique, de loin mon préféré. C'est le Père Kerdoncuff.

Le Père Kerdoncuff, c'est mon voisin du dessus. Quatre-vingt-huit ans, marié à vingt, il a perdu sa chère et tendre au mois de juillet.

Triste sort. Au début, il marchait courbé, le regard vitreux, ravagé par le chagrin.

Puis, un beau jour, il me dit :

- Vous savez, Dame Galette, hier soir j'ai vu tout ce que mon mariage m'a interdit. Les femmes, tout ça. Je me suis marié trop tôt. Et, Dieu m'pardonne ! moi qui pensais que j'étais à la fin de ma vie, j'ai l'impression d'avoir à nouveau vingt ans.
Puis, posant tendrement sa paluche sur mon épaule :
- Ça n'vous dirait pas de monter voir mes estampes... ?

Ayant un minimum de vertu – oui, oui... –, j'ai bien entendu refusé. Mais il ne s'est pas laissé abattre par cet échec, et toutes les trois nuits, je l'entends oublier son chagrin dans les bras d'une jeune et jolie fille, jamais la même – mais comment fait-il... ? –, fille que je croise donc le lendemain matin et que je salue d'un sourire goguenard.

Quel coquinou, ce père Kerdoncuff...

- Mais pourquoi parler des tribulations d'un vieux sénile qui aime les petites jeunes dans une critique de Romain Gary ? me demandes-tu tout de go.

Alors, déjà, je n'écris pas de critique, je donne mon avis en divaguant beaucoup et en servant un maximum de conneries, c'est différent. Ensuite, si tu avais lu ce merveilleux livre, tu comprendrais le rapport.

Bien, l'histoire.

C'est un mec qui s'appelle Jacques. Jacques, il est industriel mais il est un peu dans la merde financièrement, j'ai pas compris pourquoi, parce que j'avais 8 de moyenne en Sciences éco en seconde – après j'ai arrêté. C'est con pour lui, vu qu'à ce moment précis de sa vie, il est super content parce qu'il est amoureux d'une jeune et belle Brésilienne. Amour qui, comme de bien entendu, est réciproque. Si, si.
Je crois qu'elle a la vingtaine quand lui en a cinquante-neuf.

Posons les bases, la différence d'âge n'a aucun impact sur moi. Pour peu que tu portes la moustache, aimes le fromage de chèvre et chante Brassens, j'accepterais tes avances ; Léandri me demanderait que je ne lui dirais pas non. Et si j'ai refusé de voir les estampes de Monsieur Kerdoncuff, c'est bien parce que je devais sortir mon chien Philippe.

Bon, là n'est pas le sujet.

Donc, Jacques, le héros du livre dont je te parle, non seulement ça commence à chauffer pour lui au niveau thunasse, mais en plus, il commence à voir la décrépitude arriver à grands pas.

La décrépitude sur le plan sexuel, j'entends.

Oui. On peut pas tous être des Père Kerdoncuff en matière de fesses.

Un peu de sexe donc, mais beaucoup d'amour. Et ça c'est bien. Un peu comme dans Lourdes, Lentes de Hardellet, sauf que Hardellet c'est beaucoup mieux.

Jacques – que j'imaginais aussi comme Clark Gable, mais je vois souvent les héros de livre en Clark Gable –, Jacques, dis-je, n'est pas un vieux lubrique comme le Père Kerdoncuff qui tringle comme un Cosaque, mais un amoureux. Un romantique.

Le genre à t'emmener en gondole à Venise en te susurrant des mots d'amour à l'oreille ? Pouah, j'espère pas. Laisse-moi rêver, je hais ce genre d'amoureux guimauve.

Ici, ce n'est pas romantique-fleur bleue, mais romantique-tendre. Tu saisis la nuance ?

- Et sinon, pourquoi ce livre au titre si long mérite une si bonne note ?

Eh bien, si l'on met de côté les quelques longueurs relatives aux déboires financières de Jacques, et d'autres trucs que j'ai pas bien compris, mais que je ne divulguerai pas parce que ça gâcherait la fin, c'est un sujet pertinent et très bien exploité.

(Bonne mère, cette dernière phrase sonne comme les commentaires que me mettait Monsieur Chabance dans la marge de mes copies.)

Le sujet, donc, c'est la décrépitude des corps. Chose qu'heureusement j'ignore encore, car je suis toujours une jeune et fringante galette-saucisse, mais qui m'intéresse beaucoup ; car, comme je l'ai dit plus haut, un des trucs que je préfère, ce sont les vieux.

Ici, tu sens que l'auteur parle en connaissance de cause. Qu'il ressent ce qu'il écrit. Ce qui rend la chose plus émouvante encore, car la souffrance cachée tant bien que mal derrière un humour amer, elle est vécue.

Donc, points négatifs :

- La couverture dégueulasse de l'exemplaire que je tiens entre les mains, qui est une photo de Gary, mais pas prise à son avantage je trouve. (Cela dit, les couvertures hideuses, j'en ai l'habitude maintenant...)
- Les longueurs qui font que certains passages se lisent en diagonale parce que sinon tu t'endors.

Points positifs :
- Un sujet intéressant et rendu très émouvant.
- Des personnages attachants, mais c'est aussi parce que Jacques est pour moi le sosie de Clark Gable, et que j'aime beaucoup Clark Gable, donc ça fausse les choses.
- Les longueurs qui t'endorment, ce qui est pratique en cas d'insomnie.

Sur ces belles paroles bienveillantes, je vais demander des conseils séduction au Père Kerdoncuff, sait-on jamais.

La bonne journée.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
UglyBetty
  25 mai 2013
Au-delà de la métaphore qu'est le titre et qui n'est pas un slogan affiché pour une compagnie aérienne, ce roman aurait eu du mal à paraître aujourd'hui, à l'heure où le Viagra a révolutionné la sexualité masculine (et aurait peut-être changé la donne pour notre héros malheureux), ce livre est beaucoup plus qu'un énième essai sur l'impuissance, puisque dès le début, le héros est amené, pour ses affaires florissantes à s'intéresser à Venise qui s'enfonce elle aussi vers un déclin annoncé. La réflexion sur certaines échéances au-delà desquelles notre ticket n'est plus valable est bien plus profonde que le thème récurrent de l'impuissance.
Commenter  J’apprécie          180


Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Tout sur Romain Gary

Dans quelle ville est né Romain Gary ?

Kaunas
Riga
Vilnius
Odessa

12 questions
509 lecteurs ont répondu
Thème : Romain GaryCréer un quiz sur ce livre

.. ..