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ISBN : 2070360504
Éditeur : Gallimard (07/03/1972)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 377 notes)
Résumé :
«C'était un chien gris avec une verrue comme un grain de beauté sur le côté droit du museau et du poil roussi autour de la truffe, ce qui le faisait ressembler au fumeur invétéré sur l'enseigne du Chien-qui-fume, un bar-tabac à Nice, non loin du lycée de mon enfance.
Il m'observait, la tête légèrement penchée de côté, d'un regard intense et fixe, ce regard des chiens de fourrière qui vous guettent au passage avec un espoir angoissé et insupportable.
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Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  07 août 2017
Le décor est vite planté, c'est sur fond historique d'assassinat de Martin Luther King et d'émeutes généralisées que Romain Gary dévoile un pan de sa vie américaine avec Jean Seberg et leurs animaux plus ou moins domestiques, dont Batka le petit dernier recueilli, "chien blanc" qui n'aime pas les humains noirs. Un berger allemand raciste. Qui dérange, forcément. A tel point qu'il sera vite envoyé en pension, aux mains de Keys le black qui ne s'en laisse pas compter. L'angle du chien raciste pour traiter du racisme, rien à dire, c'est malin. D'autant plus que le chien n'est bien entendu qu'un miroir de l'âme humaine, on ne nait pas raciste quand on est chien, on le devient, par dressage :
"Il me semblait jusqu'à présent que, là où il y a de la haine, il n'y a pas d'éducation. Il y a déformation. Dressage.
Je suis en train de me dire que le problème noir aux Etats-Unis pose uen question qui le rend pratiquement insoluble : celui de la Bêtise. Il a ses racines dans les profondeurs de la plus grande puissance spirituelle de tous les temps, qui est la Connerie."
Récit ou roman biographique peu importe, Romain Gary s'y livre à un festival de réflexions sur la condition des opprimés dans nos sociétés contemporaines, avec son talent désabusé habituel, où se mêle dérision, cynisme, ironie. Sans être toutefois au niveau des racines du ciel ou d'une vie devant soi. Moins de verve romanesque, moins de fluidité narrative, plus hâché et déstructuré à mon goût. Comme si l'ancrage dans la réalité historique avait freiné ses ardeurs créatives. A titre d'exemple, je n'y ai pas retrouvé la présence forte de ses personnages romanesques si habilement construits, que j'ai tant aimés par ailleurs. Mais le plaisir reste là, c'est quand même du bon, du très bon même il me semble, avec un final haletant.
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LiliGalipette
  14 juin 2014
Alors qu'il vit aux États-Unis avec son épouse, Jean Seberg, Romain Gary recueille un berger allemand. L'animal trouve rapidement sa place dans la maison, auprès de l'autre chien et des chats. Il est ce qu'on appelle communément une bonne pâte, affectueux avec tout le monde. Tout le monde, sauf les noirs. Batka est un chien blanc, un chien dressé par les hommes blancs pour chasser les hommes noirs. Pour Gary et Seberg, il est impensable d'abattre le chien : ils le confient à un chenil qui a pour consigne de le guérir de cette haine que l'homme lui a chevillée au corps. Et c'est Keys, un soigneur noir qui se charge de réformer Batka.
Quand Romain Gary recueille le chien, le pays est au bord de l'explosion. L'assassinat de Martin Luther King est pour bientôt, la guerre de Vietnam traumatise les foules et les haines raciales mettent le pays à feu et à sang. « Je suis en train de me dire que le problème aux États-Unis pose une question qui le rend pratiquement insoluble : celui de la Bêtise. Il a des racines dans la profondeur de la plus grande puissance spirituelle de tous les temps, qui est la Connerie. » (p. 37) Romain Gary observe de loin les implications de son épouse dans la cause noire, mais c'est un militant désabusé en qui le feu sacré de la révolution couve encore. Son action à lui, c'est l'écriture et il y met toutes ses réflexions. « J'éprouve le besoin dévorant d'une ségrégation absolument sans précédent dans l'histoire de la solitude. Avec en moi un tel besoin de séparatisme, il faudrait pouvoir créer un monde nouveau. Je m'y mets immédiatement : je passe tout l'après-midi à écrire. » (p. 128)
Outre la chronique du sauvetage du chien, Romain Gary interroge son rapport à l'autre, cet étranger à lui-même. « le seul endroit au monde où l'on peut rencontrer un homme digne de ce nom, c'est le regard d'un chien. » (p. 152) Ni meilleur, ni plus généreux qu'un autre, l'auteur fait face à ses démons. « Je me suis résigné à admettre une fois pour toutes le fait que je ne parviens pas à civiliser entièrement l'animal intérieur que je traîne partout en moi. » (p. 17) En s'identifiant à l'animal, en prenant plus qu'à coeur le traumatisme que le chien a subi, Romain Gary écrit un bel hymne à l'homme. Et finalement, sauver le chien, c'est sauver l'espoir. « Toujours cet infernal dilemme : l'amour des chiens et l'horreur de la chiennerie. » (p. 182) C'est bien pour cela que la fin de ce texte est un crève-coeur, une véritable tragédie pour tous ceux qui aiment les animaux et la race humaine « C'est assez terrible, d'aimer les bêtes. Lorsque vous voyez dans un chien un être humain, vous ne pouvez pas vous empêcher de voir un chien dans l'homme et de l'aimer. » (p. 212)
Ce livre m'a véritablement émue, à tel point qu'à deux reprises, des jeunes hommes m'ont proposé des mouchoirs dans le métro (Technique de drague à creuser, donc…) Il y a beaucoup de choses à prendre et à retenir dans ce livre, notamment l'humilité un peu caustique de l'auteur et son immense sensibilité qui le dispute à la raison quand il s'agit de causes perdues. Je voulais lire ce livre pour préparer la prochaine sortie de l'adaptation cinématographique, en version augmentée. Je doute maintenant de voir le film : s'il est aussi poignant que le texte, mon coeur d'amie des bêtes et des hommes ne va pas résister.
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Foxfire
  23 mai 2018
Alors qu'il vivait à Los Angeles avec sa femme Jean Seberg, Romain Gary trouva un jour un chien perdu, un beau berger allemand doux et affectueux. En amoureux des bêtes, l'écrivain le recueille. Très vite il découvre que l'animal est un "white dog", un chien dressé pour attaquer les Noirs. Il décide d'essayer de le "guérir" en le confiant à un employé de chenil spécialisé dans le dressage d'animaux.
A partir de ce point de départ, l'auteur aurait pu simplement raconter l'histoire de ce chien. Cela aurait été déjà fort intéressant. Mais on est dans un livre de Romain Gary et Gary n'est pas un romancier ordinaire. Cet esprit brillant, lucide, éclairé ne pouvait se contenter de narrer une histoire de chien, aussi intéressante soit-elle. A travers ce récit, Gary va s'intéresser à l'humanité en général, à la société américaine des années 60 en particulier. Il va particulièrement s'intéresser à la problématique des tensions "raciales". Gary aborde ce thème, et d'autres, avec toute la finesse et la subtilité qu'on lui connait. Ici point de simplisme ni manichéisme, juste un grand humanisme, au ton souvent désabusé mais parfois illuminé par des lueurs d'espoir.
Je n'ai pas envie de résumer ici les réflexions de Gary, ce serait réduire la pensée de l'auteur, une pensée riche, profonde, complexe qui doit être lue dans son ensemble.
En plus de l'intelligence du propos, "chien blanc" bénéficie de la toujours superbe écriture de Gary.
Un très très bon livre.
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gouelan
  15 août 2016
Je ne ferai pas une longue critique.
Le sort de ce chien blanc, dressé pour sauter à la gorge des Noirs, m'a troublée, plus que le destin des hommes, car lui n'avait rien demandé, il voulait juste être le meilleur ami de l'homme et lui obéir.
Ce chien blanc est devenu agressif envers les Noirs, car on l'a éduqué ainsi. Tout comme l'homme Blanc, dans les années 60 aux États -Unis est formaté pour la haine des Noirs.
Le sort réservé à ce chien est épouvantable, comme si les hommes ne se satisfaisaient pas de s'entre déchirer, il faut qu'ils y mêlent leur soi-disant meilleur ami.
Ce roman est un miroir sur l'Histoire de ce pays à cette époque. Une réalité qui est hélas trop souvent encore d'actualité.
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meeva
  23 août 2014
Vous m'emmerdez !
Hier :
- Faites attention à vos filles. Ne les laissez pas seules dehors, me dit une voisine.
- Pourquoi ?
- Il y a des manouches qui traînent. Ils prennent les enfants.
- …
Sans voix car je ne la connais pas beaucoup cette voisine, pourquoi s'engueuler ?
Et ils les font cuire avant de les manger ? Putain ! Des manouches en Normandie… Ah ? Des manouches ou plutôt des gitans, des tziganes, des romanichels, des bohémiens, des roms, des gens du voyage, des voyageurs… ?
Faut-il connaître les gens pour pouvoir parler d'eux ?
Ben ça dépend si on veut dire des conneries ou pas…

Romain Gary écrit ici un roman, à n'en pas douter, même si celui-ci ressemble bien plus à un récit.

Il recueille chez lui Batka, un chien blanc, c'est-à-dire un chien dressé par les policiers à attaquer les Noirs.
Il confie ce chien à un ami spécialisé dans le dressage des animaux pour qu'il le « guérisse ».
Dans le zoo de cet ami travaille un Noir, Keys, qui accepte de se charger de l'animal.
Mais cet employé, Keys, a sa petite idée, qu'il cache sous un air songeur…
A noter que Gary dit avoir confié aussi à ce zoo Pete l'Etrangleur, un python. Quelques années avant Gros-Câlin

Tout le temps que Batka est confié au zoo est l'occasion pour Gary de raconter sa vision des événements de 1968 en Amérique et d'évoquer ceux qui ont lieu en France.
Comme à son habitude, il fait preuve d'une lucidité éclairée de son regard d'homme cosmopolite.

Il a un regard acéré sur le problème Noir :
Il fait preuve de tolérance car « tout ce que nous avons fait subir à l'âme des Noirs, même si nous avons incontestablement fait beaucoup pour eux aussi, devrait nous rendre un peu plus circonspects dans les jugements moraux que nous portons sur eux ».
Par contre il est cinglant avec eux en remarquant par exemple qu'un Noir dira presque toujours qu'il a eu une grand-mère blanche et pas un grand-père blanc, parce que « ils éprouvent une désarmante satisfaction à affirmer qu'une Blanche s'était fait baiser par leur grand-père noir… ».

Il évoque le pouvoir de la parole, en disant que les discours ultra-violents permettent aux Noirs de « se libérer » et de retrouver leur dignité, pointant aussi le fait qu'en Afrique, le « dire » se confond parfois avec le « faire ».
Cependant, il regrette l'inflation verbale, qui fait utiliser l'expression « ennemi du peuple » pour parler de Beethoven ou le terme « crucifixion » en parlant de la révolte contre le célibat des prêtres hollandais.

Il porte des réflexions pleines de clairvoyance :
Sur la société de l'image : « […] les mass media qui vivent de climats dramatiques qu'ils intensifient et exploitent, faisant naître un besoin permanent d'événements spectaculaires. »
Sur la société de consommation : « [la] sommation à acheter et la psychose de la possession […] équivaut à un appel au viol. »

Il analyse les mouvements de protestations des Noirs américains, en particulier les Panthères Noires, et les manipulations dont ils sont victimes de la part du F.B.I. ou de la C.I.A.
Il dénonce la confusion entre criminel de droit commun et héros activiste : les Noirs cherchent à faire passer les criminels de droit commun pour des héros, les policiers cherchent à faire passer les héros pour des criminels de droit commun.

On retrouve l'ironie et le cynisme de Romain Gary à plusieurs reprises :
Dans les personnages de Ballard et de Philip, tous les deux fils de Red, un activiste Noir.
Philip fait la guerre au Vietnam et tandis que son père pense qu'il « s'entraîne à la lutte » pour pouvoir aider ensuite la cause, en réalité, Philip a trouvé dans l'armée une fraternité qui dépasse la couleur de la peau et il se bat pour son pays.
Ballard, quant à lui, a déserté, mais pas pour des idées ou une cause, non, pour une belle fille !

Enfin les vedettes qui soutiennent la cause des Noirs s'en prennent plein la gueule, avec leur fausse culpabilité ou leur stupidité lorsque l'un d'eux dit « Nous devons aller dans les familles noires, apprendre à les connaître… » alors qu'il est entouré de dix-sept millions de Noirs en Amérique !
Tout au long de son récit, Romain Gary parle de son épouse Jean Seberg qui s'est beaucoup investie dans les mouvements Noirs.
Son histoire personnelle sur le sujet est très trouble, ce qui explique sûrement la révolte que l'on ressent chez Gary à la lecture de ce livre.

En effet, ici il exprime sa colère : « une colère d'autant plus douloureuse qu'elle ne vise personne, il n'y a pas de cible, sinon nous-mêmes ».
La fin de l'histoire est surprenante et pleine d'un cynisme désabusé habituel à Gary !
Beaucoup de citations entre guillemets car Romain Gary a comme toujours le sens des mots et de la formule alors « je ne saurais mieux dire » que lui.

Enfin, terminons en chanson :
« […]
Pour être tout à fait clair
Et pour nous connaître mieux
Je vais vous dire ce qui m'indiffère
Dans ce monde merveilleux :
Qu'un étranger passe la frontière
Qu'il vienne partager mon pain
Si ça peut faire moins de misère
Je le veux bien
Ceux qui trouveront démagogique
Cette façon de penser
Vous avez compris la musique
Vous m'emmerdez ! »
(« Vous m'emmerdez ! », extrait de l'album éponyme, Les Ogres de Barback)
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Citations et extraits (124) Voir plus Ajouter une citation
vvlvvl   13 juin 2018
Le Viêt-nam est la pire chose qui pouvait arriver au Viêt-nam, mais la meilleure chose qui pouvait arriver à l'Amérique : la fin des certitudes, la remise en question, la sommation à la métamorphose.
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vvlvvl   13 juin 2018
Mais mon amour excessif de la vie rend mes rapports avec elle très difficiles, comme il est difficile d'aimer une femme que l'on ne peut ni aider, ni changer, ni quitter.
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SarahcarabinSarahcarabin   03 avril 2010
J'appelle "société de provocation" toute société d'abondance et en expansion économique qui se livre à l'exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation et à la possession par la publicité, les vitrines de luxe, les étalages alléchants, tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu'elle provoque à l'assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu'elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit. Comment peut-on s'étonner, lorsqu'un jeune Noir du ghetto, cerné de Cadillac et de magasins de luxe, bombardé à la radio et à la télévision par une publicité frénétique qui le conditionne à sentir qu'il ne peut pas se passer de ce qu'elle lui propose, depuis le dernier modèle annuel "obligatoire" sorti par la General Motors ou Westinghouse, les vêtements, les appareils de bonheur visuels et auditifs, ainsi que les cent mille autres réincarnations saisonnières de gadgets dont vous ne pouvez vous passer à moins d'être un plouc, comment s'étonner, dites-le-moi, si ce jeune finit par se ruer à la première occasion sur les étalages béants derrière les vitrines brisées ? Sur un plan plus général, la débauche de prospérité de l'Amérique blanche finit par agir sur les masses sous-développées mais informées du tiers monde comme cette vitrine d'un magasin de luxe de la Cinquième Avenue sur un jeune chômeur de Harlem.
J'appelle donc "société de provocation" une société qui laisse une marge entre les richesses dont elle dispose et qu'elle exalte par le strip-tease publicitaire, par l'exhibitionnisme du train de vie, par la sommation à acheter et la psychose de la possession, et les moyens qu'elle donne aux masses intérieures ou extérieures de satisfaire non seulement les besoins artificiellement créés, mais encore et surtout les besoins les plus élémentaires.
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tamara29tamara29   14 septembre 2013
Je ne devrais pas leur en vouloir : ils ont des siècles d'esclavage derrière eux. Je ne parle pas des Noirs. Je parle des Blancs. ça fait deux siècles qu'ils sont esclaves des idées reçues, des préjugés sacro-saints pieusement transmis de père en fils, et qu'ils ont pieds et poings liés par le grand cérémonial des idées reçues, moules qui enserrent les cerveaux, pareils à ces sabots qui déformaient jadis dès l'enfance les pieds des femmes chinoises. J'essaie de me dominer, pendant qu'on m'explique une fois de plus que "vous ne pouvez pas comprendre, vous n'avez pas dix-sept millions de Noirs en France". C'est vrai : mais nous avons cinquante millions de Français, ce qui n'est pas jojo non plus.
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alicejoalicejo   02 septembre 2010
Je ne devrais pourtant pas leur en vouloir : ils ont des siècles d'esclavage derrière eux. Je ne parle pas des noirs. Je parle des blancs. Ça fait deux siècles qu'ils sont esclaves des idées reçues, des préjugés sacro-saints pieusement transmis de père en fils, et qu"ils ont pieds et poings liés par le grand cérémonial des idées reçues, moules qui enserrent les cerveaux, pareils à ces sabots qui déformaient jadis dès l'enfance les pieds des femmes chinoises.
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