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EAN : 9782070363049
250 pages
Éditeur : Gallimard (16/01/1973)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 223 notes)
Résumé :
Elle courut vers le coffre-fort, tourna la clef dans la serrure et tira la lourde porte bordée de cuivre... Elle regarda à l'intérieur, poussa un soupir de soulagement : il y avait juste assez de place, juste assez... - Cache-toi là, vite ! Je vais les éloigner... Mais dépêche-toi donc, voyons ! Il obéit sans se presser, sans doute par souci du style, tenant toujours la rose dans une main et le pistolet dans l'autre. Elle saisit la sacoche avec les bijoux et la jeta... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
enjie77
  12 novembre 2019
Lady L., toujours aussi belle, fête ses quatre-vingts ans, entourée de ses petits enfants et arrières petits enfants sous le regard énamouré de son cavalier servant et souffre-douleur : Sir Percy-Rodiner, Poète-Lauréat de la Cour d'Angleterre depuis vingt ans.
Toute sa famille se presse autour d'elle. Installer dans un fauteuil, une main posée sur le pommeau de sa canne, son petit fils Roland, titulaire d'un ministère sans importance, à sa droite, Anthony, bientôt évêque, à sa gauche, Richard, lieutenant-colonel du régiment de la Reine et James, directeur de la Banque d'Angleterre à l'arrière. Dès le lendemain, la photo sera en première page du Tatler ou de l'Illustrated London News. C'est dire si l'épouse de feu le Duc de Glendale figure au patrimoine national britannique ! Longtemps considérée comme une excentrique, à ce jour, l'Angleterre toute entière lui a pardonné ses écarts.
Près d'elle, un guéridon couvert de télégrammes et de messages dont plusieurs viennent du Palais de Buckingham.
Aussi, lorsque l'un de ses petits fils lui apprend que le terrain où est bâti un petit pavillon, situé au fond du domaine, doit être préempté par l'état et de ce fait détruit, elle ne peut s'y résigner et emmène son ami Percy visiter cet endroit, un étonnant mausolée où sont entreposés des objets qui racontent sa vie. de bibelot en tableau, Lady L. confie l'histoire de sa jeunesse. Née Annette Boudin, elle fait exploser le masque sous lequel elle vit depuis toutes ces années, sous les yeux effarés de son soupirant
J'ai adoré ce livre. Romain Gary fait partie de mes auteurs préférés mais avec ce roman je lui ai découvert un sens de l'humour « so british » qui m'a enchantée. Il a écrit ce roman, ce conte peut-on dire, en 1959 en anglais avec une parution en 1963. Les dialogues sont savoureux surtout ceux de Lady L. J'ai aimé cette aristocrate impudente, cynique, moqueuse, j'ai rit, j'ai sourit devant sa manière de faire valser toutes les conventions.
« Que le fils du Duc de Glendale put ainsi s'abaisser (à faire de la politique) lui paraissait vraiment choquant. Gouverner était un métier d'intendant et il était normal qu'un peuple choisit ses domestiques, c'était cela après tout la démocratie ».
C'est un roman extrêmement intelligent, bien construit, à plusieurs niveaux de lecture. Imaginer Sir Percy en train d'écouter les confidences de cette magnifique aristocrate octogénaire qui est, en réalité, Annette Boudin, fut un grand moment jubilatoire.
Ancienne anarchiste, prostituée occasionnelle de la rue du Gire à Paris, René-la-Valse va lui ouvrir la porte qui la mène vers « La plus belle canaille de Paris ». Elle pénètre le monde de Ravachol, de Kropotkine, mais c'est le fascinant Armand Denis, anarchiste célèbre, qui sera le grand Amour de sa vie. Une passion dévorante la consume. Elle est prête à tout pour Armand et se retrouve mêlée à toutes les combines y compris si la cause l'exige, celle de verser le sang.
Rien ne sera épargné à ce pauvre Sir Percy et il est facile de se le représenter effaré, consterné par les révélations de Lady L. Il reste abasourdi, accablé, révolté. Je voyais Sir Percy se décomposer sous mes yeux tant la plume de Gary m'entraînait dans ce petit pavillon au fond du domaine de Lady L. et j'entendais le son de la voix de notre aristocrate, à la fois autoritaire mais avec une pointe d'ironie derrière, toujours ravie de pouvoir choquer. Pauvre Sir Percy qui apprend à ses dépens qu'il ne faut pas se fier aux apparences.
« - Pour l'amour du ciel Percy, posez votre tasse. Vos mains tremblent. Vous vous faites vieux.
-Vous voir pleurer me ferait trembler même si j'avais vingt ans. Cela n'a rien à voir avec l'âge.
- Eh bien, débarrassez-vous de votre tasse et écoutez-moi. Je suis dans une situation horrible….. Bon voilà que vos genoux se mettent à trembler aussi. J'espère que vous n'allez pas tomber mort de saisissement. Comment est votre tension ?
-Mon Dieu, je viens justement de me faire examiner des pieds à la tête par Sir Hartley. Il m'a trouvé en pleine forme.
-Tant mieux. Car il va falloir que vous vous prépariez à subir un choc, mon ami. »
Ce qui est brillant, c'est qu'autour de quelques faits réels, Romain Gary parvient à broder une histoire qui est à la fois une satire de l'Angleterre Victorienne et une réflexion philosophique du milieu anarchiste des XIX et XXème siècles. Quelle imagination fertile !
Et encore, je ne vous ai pas tout dit ! Avec Lady L. « un moment de distraction » peut avoir de fâcheuses conséquences.
« Ah ! Fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu'ingénument je vous le disse,
Que fièrement vous vous tussiez.
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m'assassinassiez…. »

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OhOceane
  27 mai 2011
Cher Romain,
Permets-moi de t'appeler Romain, depuis le temps que l'on se fréquente, toi et moi, l'intimité qui s'est creusée entre nous autorise cette liberté.
Romain, quand je t'ai connu, tu me disais t'appeler Émile, et la jeune collégienne que j'étais est tombée sous le charme de ta plume. Longtemps, j'ai regardé les squelettes de parapluies abandonnés sous L'orage, en pensant à Momo et à Madame Rosa. Tu avais déjà tracé un sillon dans mon coeur, Romain, un sillon que je suivais à pas mesurés, tout doucement. Plus que tout je voulais faire durer la promenade sur ce chemin. Tu es mort avant que je n'atteigne l'âge de raison, c'est peut-être ce qui fait de moi la lectrice la plus déraisonnable qui soit. Savoir qu'un auteur que l'on aime n'écrira plus que ce qui existe déjà, rend plus précieux chacun de ses ouvrages.
A chaque fois que j'ouvrais un de tes écrits, dès la page de garde j'étais partagée entre deux sentiments : la joie de te lire à nouveau, de te découvrir, et une certaine tristesse à penser que c'était un livre de plus qui m'amenait au bout du chemin. Ce chemin à l'issue duquel il n'y aurait plus de »nouveaux » livre de toi à lire… Mais il reste la joie aujourd'hui, des années après notre première rencontre, la joie de te redécouvrir, de te relire autrement. La lecture de mes 10 ans, de mes 15 ans, ou de mes 20 ans, m'a fait comprendre que chaque relecture offre au regard un nouveau récit. Et aujourd'hui, où l'adulte que je suis admire l'homme total que tu as été, je sais que le chemin ne se termine jamais vraiment. Tu as raison, tu es incapable de vieillir. le Pacte que tu as passé avec le Ciel s'est étendu à toute ton oeuvre.
Alors te relire reste encore ce que je préfère au monde. Je fais le bilan des choses que j'aime, et au détour d'un souvenir, je me rappelle d'une vieille anglaise au ton malicieux. Je me rappelle de Lady l.
J'ai repris la semaine dernière mon exemplaire. le même exemplaire que j'ai ouvert pour la première fois dans ma chambre au pensionnat, avec pour toute lumière, une lampe de chevet tamisée, pour ne pas attirer les foudres de la responsable de l'étage. Je me revois déchiffrer avec émerveillement les premières pages de cette histoire. J'ai suivi Annette dans ce Paris d'un autre temps, jusqu'à sa glorieuse vie, derrière ce masque de Lady l. On en revient toujours là avec toi : les déguisements que la vie nous oblige à porter. D'autres noms, d'autres discours, d'autres agissements... Et derrière Annette, comme derrière toi peut-être, il reste ce cynisme amer.
Mais j'ai adoré à 16 ans, et aujourd'hui, cette histoire fabuleuse de la construction d'un monde nouveau, à travers les yeux brillants d'une sorte de folie d'Armand Denis. J'ai aimé retrouver la belle histoire d'amour et de combats qui liera Armand et Annette. Voir leurs ambitions respectives se frotter à la complexité de l'Histoire avec un grand H, même fictive, c'est réjouissant ! Les amours d'un jeune anarchiste poète, poseur de bombes un peu raté, et d'une jeune pauvresse qui arrivera aux plus grands sommets, c'est le tour de force littéraire que tu nous offres.
J'aime écouter cette vieille dame qui confie à un jeune admirateur les méandres de sa vie, ses amours, ses indignités, la beauté et la laideur d'une vie riche et tumultueuse.
L'humour, la drôlerie, le cynisme, la tendresse, et les grandes espérances de pauvres êtres humains ballotés par la folie de l'Histoire, Lady l. garde pour moi la même force qu'à la première lecture.
Cher Romain, merci pour Annette, Armand et les autres. Je te quitte pour ce jour, en te rappelant ces vers que tu prêtes à la taquinerie enthousiaste d'Armand Denis :
Ode à l'humanité,
Ah fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez
Qu'ingénument je vous le disse,
Que fièrement vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez.
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Ambages
  22 novembre 2017
« Dès l'instant où nous pourrons être sûrs que notre joie nous survivra, la mort ne sera plus qu'une délicieuse noyade dans le bonheur... »
Lady l'ou la passion déchirante pour la liberté. Voilà un roman qui m'a donné beaucoup de plaisir. C'est mordant, ironique et historique, un passage en revue des mouvements anarchistes du début du 20è siècle. Je me suis amusée des réparties et ai trouvé bon nombre de citations qui pétillent d'intelligence et de sacrilèges réjouissants. Irrespectueux et tellement drôle dans le ton mais aussi dans sa construction, une histoire dans une autre pour se rejoindre dans un final assez surprenant. Riche et âgée, Lady L. décide de livrer ses secrets les plus brûlants et choisit le plus courtois amoureux platonique qu'elle ait connu, et s'en donne à coeur joie de lui faire perdre quelques cheveux, voire son vocabulaire châtié. Quels sont ses secrets ? La vie, la passion. Une double histoire d'amour : celle d'une femme pour un homme beau et anarchiste, celle d'un homme idéaliste pour le bien de l'humanité.
« Plus une logique est rigoureuse et plus elle devient une prison, et la vie est faite de contradictions, de compromis, d'arrangements provisoires et les grands principes pouvaient aussi bien éclairer le monde que le brûler. »
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andras
  30 mars 2020
C'est une première pour moi : j'ai (enfin !) lu un roman dans la Bibliothèque de la Pléiade. Une personne très chère et qui me connait bien m'a offert pour mon anniversaire le coffret des 2 volumes de l'oeuvre de Gary publiée dans cette prestigieuse collection en 2019. C'est plutôt impressionnant de tenir en main ce volume (en l'occurrence le tome 1 du coffret) et d'en tourner les pages si fines qui ne sont pas sans me rappeler le missel de mon enfance. Mais ici point de saintes écritures, ni de plieuses images glissées entre les pages mais la fougue, le talent, l'humanité, l'imagination et les facéties de cet auteur que j'aime tant : Romain Gary.
Autre contrainte librement choisie : je me suis imposé de ne pas corner les pages qui me plaisent le plus, vice auquel je confesse m'adonner assez souvent, sauf sur les livres que l'on me prête, cela va de soi ! Mais cette contrainte est largement compensée par la présence dans cette édition d'un "appareil critique" en tout point remarquable, j'y reviendrai.
Lady L. est le 6ème roman de Gary, écrit et publié d'abord en anglais, en 1959, après avoir reçu son premier Goncourt pour "Les racines du ciel". Gary est alors marié à la journaliste et écrivaine anglaise Lesley Blanch mais leur couple traverse déjà des moments difficiles. C'est pourtant cette femme, de dix ans son aînée, qui va inspirer ce roman à Gary.
Lady L. est une aristocrate anglaise, toujours resplendissante, qui s'apprête à fêter son quatre-vingtième anniversaire en compagnie de ses nombreux descendants dont plusieurs occupent des postes très important dans les institutions britanniques, dont un ministre et un évêque. Apprenant que l'on va exproprier et raser le pavillon oriental qui est au fond de sa propriété, elle convie un vieil admirateur et écrivain, Sir Percy Rodiner, à s'y rendre avec elle afin d'y régler une affaire urgente. En chemin, elle va devoir raconter à ce brave Percy la vie mouvementée qu'elle a vécue et qui est très éloignée de que cet homme pouvait s'imaginer.
Nous serons alors plongé dans l'atmosphère de Paris sous "La Belle Epoque" (à la fin du XIXe siècle), et en particulier dans le milieu des truands (les "apaches") et des anarchistes (Bakounine, Kropotkine, Ravachol...). C'est dans ces milieux interlopes qu'a grandi et s'est épanouie une très jolie fleur appelée Annette Boudin qui deviendra plus tard Lady L. Annette va tomber amoureuse d'un bel anarchiste du nom d'Armand Denis qui fera d'elle une demi-mondaine, capable de séduire et de berner les aristos en villégiature autour du lac Léman.
Cette histoire romanesque, situé dans une époque depuis longtemps révolue est pourtant l'occasion pour Gary de nous parler de thèmes qui lui sont chers, notamment du combat entre idéalisme et matérialisme, entre les aspirations humanistes et un réel désespérant, entre la beauté du monde et les "mains sales" de la politique. On pense au livre de Camus "L'homme révolté" qui fait une large place aux mouvements anarchistes et qui fut publié quelques années auparavant ainsi qu'à la pièce "Les justes".
Lady L. est un roman attachant. Mais je dois dire que sa lecture en a été rendu encore plus agréable grâce à l'appareil critique mis à disposition par la Pléiade. La note générale pour ce roman est l'oeuvre de Marie-Anne Arnaud Toulouse et j'ai pris un grand plaisir à y découvrir les multiples liens entre ce roman et le reste de l'oeuvre de Gary et les différents éclairages que Gary lui-même a donné sur ce roman. Un roman certes amusant et facétieux mais qui possède aussi, comme très souvent chez Gary, des accents plus sombres et des réflexions de nature philosophique comme en témoigne cette phrase, parmi tant d'autres :
« C'était un homme condamné au sérieux et dont la pureté ressentait l'imperfection de la vie comme une injure profonde. Il était vraiment fait pour ces grands travaux d'assainissement qui mènent au bûcher de l'Inquisition ou au trône de l'Inquisiteur. »
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Mimeko
  12 juin 2016
Quand, à l'occasion de la célébration de ses 80 ans en famille, Lady L, fantasque et excentrique, apprend que le pavillon annexe à son domaine va être détruit, la nouvelle qui la contrarie vraiment, va la conduire à révéler sa vie à Percy, le poète, éternel amant platonique, qui la portait aux nues et qui va vite déchanter le temps d'arriver au fameux pavillon.
Née Annette Boudin issue d'une famille ouvrière où le père s'investit dans la contestation continue de la société, intelligente et belle comme le jour, après un court passage dans la galanterie s'amourache d'Armand Denis archétype de l'anarchiste idéaliste dont les projets grandioses ne peuvent mener qu'à la catastrophe. Elle va le financer par des petits larcins et grâce à la fortune du Duc de Glendale - Dicky - qui a pris Annette sous son aile, mais la belle est restée midinette..
Lady L, roman rédigé directement en anglais montre tout l'humour dont peut faire preuve Romain Gary , un humour très british; c'est un récit drôle plein d'esprit et de verve, caustique et tellement politiquement incorrect......
Romain Gary y oppose l'anarchisme idéaliste et violent et une critique du système plus bourgeois et cynique et au final plus efficace. Il parsème son récit de références bibliographiques certainement inventées, histoire de perdre un peu plus son lecteur...
Un petit bijou d'intelligence et d'humour...
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Citations et extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   10 novembre 2019
Lady L. savait aujourd'hui qu'il y avait une contradiction entre ce qu'Armand lui enseignait et sa façon d'être, entre cette liberté absolue qu'il invoquait et son propre asservissement à une idée. Il y avait une contradiction même entre l'idée de la liberté absolue et un dévouement absolu à une idée. Il y avait une contradiction entre la liberté de l'homme dont il se réclamait et sa soumission totale à une idée, une idéologie. Il lui semblait aujourd'hui que si l'homme devait être vraiment libre, il devait se comporter librement aussi avec ses idées, ne pas se laisser entraîner complètement par la logique, pas même par la vérité, laisser une marge humaine à toute chose, autour de toute pensée. Peut-être même fallait-il savoir s'élever au-dessus de ses idées, de ses convictions, pour demeurer un homme libre. Plus une logique est rigoureuse et plus elle devient une prison et la vie est faite de contradictions, de compromis, d'arrangements provisoires et les grands principes pouvaient aussi bien éclairer le monde que le brûler.


pages 155/156
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enjie77enjie77   09 novembre 2019
Elle se rendait parfaitement compte qu'elle n'était plus qu'une "adorable vieille dame" - oui, après toutes ces années qu'elle avait déjà perdues à être une dame, il fallait à présent être une vieille dame par-dessus le marché.
"On voit encore qu'elle a dû être belle …" Lorsqu'elle percevait ce murmure insidieux, elle avait de la peine à retenir un certain mot bien français qui lui montait aux lèvres et faisait semblant de ne pas avoir entendu. Ce qu'on appelle si pompeusement "le grand âge" vous fait vivre dans un climat de muflerie que chaque marque d'égards ne fait qu'accentuer : on vous apporte votre canne sans que vous l'ayez demandée, on vous offre le bras chaque fois que vous faites un pas, on ferme les fenêtres dès que vous apparaissez, on vous murmure "Attention, il y a une marche" comme si vous étiez aveugle, et on vous parle avec des airs faussement enjoués, comme si on savait que vous deviez mourir demain et qu'on essayait de vous le cacher.

Page 13
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AmbagesAmbages   19 novembre 2017
Elle avait passé toute la matinée dans son fauteuil devant la fenêtre ouverte, face au pavillon, la tête appuyée contre le petit coussin qui ne la quittait jamais et qu'elle emportait toujours avec elle dans ses voyages. Le motif brodé représentait les bêtes tendrement unies dans la paix enchantée de l’Éden ; elle aimait surtout le lion qui fraternisait avec l'agneau et le léopard qui léchait amoureusement l'oreille d'une biche : la vie, quoi.
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LencreuseLencreuse   26 juillet 2010
La première influence intellectuelle et morale qu’Annette dut subir dès son plus jeune âge fut celle de son père, un maître typographe qui venait fréquemment s’asseoir sur son lit pour expliquer à son unique enfant qu’il n’y avait que trois sources de clarté qui illuminaient le monde en dehors du soleil et que, tout citoyen, homme, femme ou enfant, devait apprendre à vivre et à mourir pour elles : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Elle avait donc commencé à haïr très tôt ces mots, non seulement parce qu’ils lui arrivaient toujours dans une forte odeur d’absinthe, mais aussi parce que la police venait fréquemment cueillir so père, qu’elle accusait d’imprimer secrètement et de distribuer des pamphlets subversifs appelant le peuple à la révolte contre l’ordre établi, et chaque fois que les deux argousins arrivaient dans leur taudis pour passer les menotte à M. Boudin, Annette courait vers sa mère qui faisait la lessive dans la cour et lui annonçait :

- Liberté et Egalité ont encore emmené le vieux au poste.
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JoedeCarcJoedeCarc   25 janvier 2018
Lady L. n'était d'ailleurs jamais parvenue à voir dans le comportement sexuel des êtres le critère du bien et du mal. La morale ne lui paraissait pas se situer à ce niveau-là. Les graffiti phalliques qu'elle voyait sur les murs dès son plus tendre âge lui paraissaient aujourd'hui encore infiniment moins obscènes que les champs de bataille dits glorieux, la pornographie n'était pas pour elle dans la description de ce que les humains peuvent bien faire de leurs sphincters, mais les extrémismes politiques dont les ébats ensanglantent la terre; les exigences qu'un client imposait à une prostituée étaient innocence et candeur comparées au sadisme des régimes policiers; le dévergondage des sens était une pauvre chose à côté de celui des idées, et les perversions érotiques, de la bibliothèque rose comparées à celles des idéomaniaques allant jusqu'au bout de leurs obsessions : bref, l'humanité parvenait plus facilement au déshonneur avec la tête qu'avec le cul.
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Videos de Romain Gary (37) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Romain Gary
Lecture musicale de Camélia Jordana du roman "La vie devant soi" d'Emile Ajar/Romain Gary pendant les Correspondances de Manosque le 21 septembre 2016. Réalisation Ludovic Fortin/TIMEDIA pour les Correspondances de Manosque
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