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EAN : 9782070377978
349 pages
Éditeur : Gallimard (22/01/1987)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 288 notes)
Résumé :
- Je vous préviens que ça ne se passera pas comme ça. Il est exact que je viens d'avoir quatre-vingt-cinq ans. Mais de là à me croire nul et non avenu, il y a un pas que je ne vous permets pas de franchir. Il y a une chose que je tiens à vous dire. Je tiens à vous dire, mes jeunes amis, que je n'ai pas échappé aux nazis pendant quatre ans, à la Gestapo, à la déportation, aux rafles pour le Vél'd'Hiv', aux chambres à gaz et à l'extermination pour me laisser faire par... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
tamara29
  18 janvier 2020
L'angoisse du Roi Salomon, c'est un peu l'angoisse de tous.
Le roi Salomon, c'est Mr Salomon Rubinstein, un vieux monsieur de 84 ans, ancien « roi » du prêt-à-porter dans le Marais. D'origine juive, il a dû se cacher dans une cave pendant la seconde guerre mondiale pour échapper aux nazis. Mr Rubinstein a eu le temps, a eu la vie, pour penser à l'être humain. Penser à nos peurs, nos joies, nos amours, nos espoirs. Tout ce que l'on revêt dès la naissance. Notre prêt-à-porter à tous.
A 84 ans, il ne supporte pas de se dire qu'il n'est plus que vieux aux yeux des autres. Qu'il n'y a plus que cela pour le définir. Alors, il continue de porter de beaux costumes. Il veut rester élégant et digne. Il veut encore être, avoir le droit d'aimer, de ressentir. Pour cela, il a notamment créé un standard SOS. Il aide ceux qui sont dans le besoin, les oubliés, ceux qui ont perdu un peu d'eux-mêmes sur le chemin de la vie. Cette association vaut aussi bien pour les bénévoles : en parlant à quelqu'un, quel que soit le côté où on se trouve, on a l'impression de se sentir moins seul.
Avant la guerre, Mr Rubinstein a été amoureux d'une jeune femme de 20 ans sa cadette, Cora Lamenaire, qui commençait dans la chanson et qui a eu un petit succès. Mais celle-ci était folle amoureuse d'un voyou, qui sera collabo pendant la guerre. L'amour peut être parfois fou, aveugle, incompréhensible. Mademoiselle Cora n'en avait que pour lui. Durant 4 ans, elle n'est jamais allée voir Mr Rubinstein dans sa cave, même si, pour elle, cela signifiait déjà quelque chose qu'elle ne l'ait pas dénoncé à son amour de vaurien. Elle ne pensait pas à Salomon. Elle avait le coeur pris ailleurs. Et Mr Rubinstein, une fois sorti, n'a pu accepter de la revoir.
Mr Rubinstein croise un jour un jeune homme, Jean. C'est un homme de la rue qui vit de son boulot de taxi avec deux autres amis et de bricolage et réparations en tout genre. Jean n'a pas eu trop d'éducation, n'est pas forcément très intelligent, mais il essaye, comme il dit, d'apprendre en « autodidacte » en consultant beaucoup de dictionnaires. Jean par son allure, sa carrure de boxeur fait penser à ces hommes qui ont une gueule (comme les Gabin, Ventura…). Et il fait penser à cette canaille, tué après la libération. le vieux monsieur l'engage pour être son chauffeur particulier et aider à l'association.
Bien entendu, il est difficile pour moi avec ce prénom Jean, celui du narrateur, de ne pas songer à Jean Seberg, l'ancienne femme de Gary, son si grand amour, décédée la même année que la publication de ce roman.
Mais Jean, c'est aussi ou surtout l'autre face. La joyeuse et positive. Jean a le surnom de Jeannot Lapin, parce qu'il met du sourire dans nos vies. Sûrement qu'il est d'utilité publique, tellement il fait du bien à l'âme. On se sent peu plus léger en sa présence. Même s'il tombe souvent à côté du sens des mots ou des idées philosophiques, à bien y réfléchir sa compréhension des choses n'est pas forcément si insensée que cela. de prime abord, un peu surpris, ça nous fait sourire. Et puis, on se dit qu'il n'a pas tellement tort. Probable qu'il nous ouvre les yeux sur les autres façons moins convenues d'appréhender, d'interpréter les choses de la vie. Sûr qu'il met un peu de joie et de poésie dans les réflexions sérieuses.
Il nous fait sourire, nous sentir plus légers, et pourtant les sujets dont il parle sont lourds, graves. Il parle de la guerre, du nazisme, de la solitude des hommes, de notre besoin d'amour, du besoin que nous avons tous à trouver un sens à notre vie.
Il y a comme une inversion des poids. Il doit être un peu shaman pour avoir cette capacité de nous enlever le mal à l'âme. Jean, c'est un peu de Gary, capable de mettre autant d'humour, de clairvoyance sur les hommes et de gravité dans une seule phrase. A parler des choses de manière légèrement grave et gravement légère. Et moi, ce n'est pas vraiment un tour de passe-passe que je fais si je parle de Jean pour parler à Romain Gary.
Gary, je l'ai dans la peau. Peau de lapin, pourrait dire Jean pour désamorcer. Il parait qu'il faut toujours un peu d'humour pour supporter la réalité.
Cela fait tellement d'années que je lis les romans de Monsieur Gary que je me sens un peu proche de lui. Même s'il est loin à présent, il est toujours là avec moi. Et j'ai cette impression de le connaître un peu mieux au fil des ans, au fur et à mesure des lectures, de ces romans dévorés.
Vers l'âge de 20 ans, je l'ai découvert avec « La vie devant soi ». Drôle d'énergumène qui, pour la première rencontre, me mettait une claque. Une énorme claque. Je m'en souviens encore. Ça marque ce genre de choses, ce genre de livres. Ça laisse des traces. Si Jean avait dû décrire cette claque, il aurait sûrement précisé qu'elle était encore plus douce qu'une caresse, une claque qui ressemblait à s'y méprendre à un « gros-câlin ».
Alors j'ai continué à chercher Romain Gary, à multiplier les rencontres, les soirées avec lui. Je me disais qu'avec lui, la nuit sera calme et enfiévrée. Et c'était vrai à chaque fois. Toutes ces heures, toutes ces nuits incroyables, belles, et je me rappelle aussi sourire à l'idée de la promesse de l'aube merveilleuse. Durant ces heures passées ensemble, je passais du rire aux larmes. de sourire bête accroché aux lèvres des minutes entières au coeur serré prêt à éclater en mille morceaux.
Avec lui, je nous sentais seuls au monde, loin de la folie des hommes, et en même temps si près d'eux, si soudés à eux. Presqu'en communion. Ou en communauté, si j'avais regardé la définition dans un des dictionnaires de Jean. Etrange phénomène qu'il accomplissait comme un magicien, comme un mangeur d'étoiles. Et moi, je les buvais ses mots, je les avalais aussi ses étoiles, hypnotisée, amoureuse, en transe, en apesanteur. Je les savourais lentement, religieusement presque, moi qui ne crois plus en grand-chose. Je continuais à croire en lui et à ses rêves, ses espoirs, ses combats, ses coups de colère parfois. Ils me faisaient penser à ces cerfs-volants qui allaient s'accrocher aux étoiles. Et je me disais que Gary était un de ceux qui, soir après soir, s'agrippait à ces cerfs-volants et allait allumer les étoiles, les faisait scintiller si intensément.
Il me faisait rire, Romain. J'avais le sourire rien qu'en l'écoutant parler à mon coeur, à ma naïveté d'enfant qui colle parfois si mal à la réalité d'adulte. J'aime ses jeux de mots, ses aphorismes, son décalage, son imagination. J'aime sa culture, son intelligence, son coeur énorme qui prend tellement de place qu'on se sent tout petit à côté de lui. Il faisait mon éducation européenne, terrienne, interstellaire. J'aime sa sensibilité, sa poésie, sa tendresse et son courage. J'aime ses yeux clairs dans lesquels je me plonge, sa grandeur d'âme, son côté parfois macho, son amour des femmes, son humanité, son respect des autres, son idéologie et ses valeurs écolo. Il me surprend, il m'impressionne, j'adore cela. J'ai conscience de mélanger les temps, le passé, mes souvenirs avec lui, le présent par ce que je ressens encore et toujours. Et parce qu'il est toujours là avec moi, il y a un futur fait d'autres découvertes avec lui (j'ajoute une autre angoisse, celle du nombre de lectures qui s'amenuisent … alors je ralentis, je prends mon temps).
Bien sûr, je savais lire entre les lignes. Je lisais aussi plusieurs sens à ses lignes. Je voyais dans son regard ses peines, ses pertes et ses blessures. Je savais que parfois les années qui passent étaient plus lourdes à supporter, que la lutte était éprouvante, que c'était parfois trop pour lui et qu'il pensait à partir. Qu'il pensait de plus en plus à aller retrouver les éléphants qu'il aimait tant.
Gary portait parfois un masque rieur, avait un pseudo trompeur pour pouvoir être un peu plus lui-même, et pas l'image qu'on attendait de lui. Il faisait souvent le clown lyrique pour pouvoir supporter sa charge d'âme. Et je le serrais contre mon coeur comme il faisait battre le mien. Comme j'aurais voulu lui montrer tout ce qu'il était capable d'offrir à tous ses lecteurs. Je sais être redevable de tout ce qu'il m'a donné, apporté. Il n'a jamais su à quel point il était généreux avec moi. A quel point il me réconciliait avec la nature humaine. Je n'avais pas les mots aussi forts, aussi poétiques que les siens. Et ne pas pouvoir le lui dire, le remercier comme il le mérite, ça me serre parfois le coeur. Ça me fait le coeur gros prêt à exploser. Avec ce trop plein d'émotions, forcément ça craque, ça déborde à un moment ou à un autre, ça coule, ça ruisselle…
J'ai souvent l'impression que Gary est dans mon coeur. Qu'il est là dans mon coeur à le triturer, le malaxer, le faire battre, l'irradier et le serrer sans vergogne. Et je me sens toute bizarre... Romain Gary, c'est mon centre d'appel SOS à moi. Je suis souvent en insuffisance cardiaque et Gary est mon indéfectible défibrillateur personnel. Il est celui qui me donne un rythme cardiaque qu'il est bon d'avoir de temps en temps dans la vie. Il est celui qui me fait un coeur tout frais, tout jeune, celui qui me ramène un sourire aux lèvres, un peu de teint aux joues, les yeux qui pétillent. Gary est de ceux qui me ramènent souvent à la vie.
Gary est à la fois un peu de Jean, le jeune fou et rêveur et à la fois Mr Rubinstein, le vieux sage, stoïque mais aussi altruiste et encore désireux de vivre et d'éprouver des émotions. Et si entre Jean et Salomon, un lien fort se tisse, sûrement qu'il y a aussi entre eux un passage de relais.
Il faut lire Romain Gary, ou à défaut Emile Ajar, c'est un peu du pareil au même. Il faut le lire, le relire pour ne pas l'oublier. Pour ne pas s'oublier. Et ne pas oublier les autres.
J'aurais pu parler des romans de cet écrivain qui m'ont le plus touchée, ceux que j'emporterai(s) sur mon île déserte (« Les cerfs-volants », « La vie devant soi », « La promesse de l'aube », etc.). Mais peut-être que je ne me sentais pas de taille. J'étais encore jeune à l'époque de ces lectures, peut-être de l'âge de Jean. Alors, après avoir découvert bien d'autres romans et entretiens de cet ensorceleur conteur, de cet incroyable diplomate, après avoir lu « L'angoisse du roi Salomon », à l'âge intermédiaire entre Jean et Mr Rubinstein, c'est pour moi le prétexte pour rembourser un peu ma dette. C'est le moment de parler de lui, enfin, et enfin de lui parler, moi qui n'ai jamais osé auparavant, de (lui) dire à quel point il compte parmi mes auteurs les plus marquants, les plus importants de ma vie. Et qu'il a sans conteste changé ma vie, bien plus que ma vie de lectrice.
Cette année, cela fait 40 ans qu'il m'a quittée (ou nous a quittés, mais c'est pareil. Gary m'a appris que tous les autres sont un peu de nous, même un peu comme le chien blanc des Amériques, même Momo à quelques années près, Momo qui a un rien de Jean, même si là je ne parle pas de boxe, parce que Jean, c'est à Marcel à qui il voulait ressembler).
Il me manque. Je m'approche de la bibliothèque. J'ouvre un roman. C'est presqu'une lettre qu'il m'écrit, qu'il nous écrit, une si belle lettre, avec une ribambelle d'émotions qui explosent semblables à un feu d'artifice, à un immense arc-en-ciel qui vous saute à la gorge. Tiens, c'est étrange, c'est lui qui me manque et c'est lui qui m'écrit (permettez-moi de rêver que c'est à moi que Romain écrit).
Je lis ses mots. J'en ai plein les yeux, j'en ai plein la tête, j'en ai plein le coeur, j'ai l'impression qu'il déborde mon coeur… encore. Je lis quelques lignes, je serre ses mots entre mes doigts, je m'accroche. Crois-moi, je ne vais pas te lâcher comme ça. Entre nous c'est une belle histoire et tous les superlatifs ne suffiraient pas. C'est une belle histoire dont je ne veux pas qu'il y ait le mot ‘'fin''. J'entends tes mots. Ta présence me fait du bien. Je souris. Je sais que tu es tout près.
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peloignon
  11 janvier 2013
Le génie de ce roman, c'est d'être écrit dans les termes du personnage principal. Ce dernier est un homme de la rue, qui n'a pas beaucoup étudié, mais qui l'aurait certainement fait si il en avait eu les moyens. Il tend d'ailleurs constamment à combler le manque de connaissance dont il souffre cruellement en autodidacte, comme il le dit lui-même en ses propres termes de manière répétitive.
Dès les premières pages, surtout par les “explications” naïves, on voit à qui on a affaire: “il avait encore toute sa moustache et une courte barbe qu'on appelle à l'espagnole, car c'est en Espagne qu'elle est apparue pour la première fois”, le roi Salomon avait “un air résolu et implacable, comme s'il ne craignait rien ni personne et avait déjà battu plusieurs fois l'ennemi à plate couture, alors qu'on était seulement boulevard Poissonnière” (p.9). Cette naïveté géniale n'empêche personne de se débrouiller dans le monde et ouvre des possibilités poétiques précieuses à quiconque à la patience d'aller prêter attention.
C'est donc à travers la sincère bizarrerie du personnage principal que nous découvrons ce “roi Salomon” et ce, “avant même qu'il ne s'appelle comme ça à [s]a connaissance” (p.10). Cet homme riche, devenu philanthrope “car plus on devient vieux et plus on a besoin des autres” (p.11), va lui ouvrir la possibilité du merveilleux, et ce, même si le narrateur n'est pas croyant, car “même quand on ne croit pas, il y a des limites. On ne peut pas ne pas croire sans limites, vu qu'il y a des limites à tout” (p.15).
Notre narrateur cherche souvent conseil chez son ami Chuck, dont il se méfie pourtant comme la peste puisqu'il peut tout expliquer et que pour lui, “l'explication, c'est le pire ennemi de l'ignorance” (p.17).
Cette modalité narrative met le lecteur en un état de tendre amusement idéal pour savourer la douce mélancolie du récit de ce dur au coeur tendre.
Difficile de trouver plus sympathique comme passe-temps.
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noor
  14 décembre 2014
30 novembre 2014:
Ca y est, ça recommence. 4ème page et j'aurais déjà pu poster une phrase sur deux dans les citations. le sourire ne quitte pas mes lèvres et mes yeux.
Mon 4ème et dernier livre de Gary publié sous le pseudo d'Emile Ajar.
Je vais le lire
le plus
lentement
possible.
14 décembre 2014:
Ca y est, c'est terminé.
Qu'est ce que je vais devenir maintenant? ?
(L'angoisse de Noor)
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Missbouquin
  28 juin 2012
Pour ce roman, il a suffit de deux pages. Deux pages et j'avais déjà le sourire aux lèvres en découvrant le ton gouailleur et tellement marqué "Romain Gary" de son personnage Jean. Jean qui n'a pas la tête qui faut mais qui a un coeur d'or. Jean est taxi, jusqu'au jour où il rencontre Salomon, le roi Salomon comme il l'appellera bientôt, roi du pantalon à la retraite qui a ouvert un standard SOS jour et nuit pour les désemparés, les solitaires. Pour Jean, c'est le travail rêvé. Il peut montrer toute sa naïveté, toute sa générosité, en allant jusqu'au bout de son engagement.
D'un optimisme contagieux ("On peut tout perdre [...] mais si on garde espoir, rien n'est perdu".) d'une ironie dévastatrice (ses relations avec le concierge raciste, anti-communiste : Si les Juifs n'étaient plus là, si les communistes s'évaporaient et si les travailleurs immigrés étaient renvoyés chez eux, ce serait pour Monsieur Tapu le désert affectif." Alors il l'encourage dans ses préjugés, pour le rendre heureux !), d'une grande tendresse ("Tu devrais te laisser les cheveux encore plus longs. Pour qu'il y ait plus de toi." dit-il à sa petite amie), Jean est un personnage terriblement attachant. Autodidacte, accro des dictionnaires alors qu'il massacre le français à tour de bras, Romain Gary dessine un personnage un peu dérangeant, qui met en péril tous les clichés et préjugés de la société.
En face de lui, le roi Salomon : "Je ne savais pas que Monsieur Salomon ne pouvait pas souffrir l'oubli, les oubliés, les gens qui ont vécu et aimé et qui sont passés sans laisser de traces, qui ont été quelqu'un et qui sont devenus rien et poussière, les ci-devant, comme je sais maintenant qu'il les appelait."
Monsieur Salomon est la générosité et l'attention même, très bien conservé pour ses 84 ans ! Il a l'impression d'avoir une dette envers ceux que la vie n'a pas gâtée et veut faire réparation, même quand c'est trop tard.
"et puis il y a un moment où tu commences à sentir que c'est trop tard, que la vie ne va jamais te rembourser, et c'est l'angoisse. C'est ce que nous appelons l'angoisse du roi Salomon, à SOS"
Cette angoisse transparait dans toute le texte d'une façon extrêmement puissante, semblant répondre à celle que j'ai perçu à la lecture de la Nuit sera calme par Jacques Gamblin récemment. Une angoisse à laquelle il n'y a pas de réponse ...
Enfin, l'auteur dresse une belle galerie de portraits, comme Mademoiselle Cora, ancienne chanteuse tombée dans l'oubli et que Jean exhorte à sortir de son égoïsme, lui parlant cocassement de la marée noire qui vient de survenir sur les plages bretonnes : "Quand on ne pense pas assez aux autres, on pense trop à son propre cas mademoiselle Cora." Alors que Jean finit par trop penser aux autres et plus assez à lui-même...
Au final, j'ai retrouvé la grande délicatesse et le même ton de voix, toujours un brin désespéré de la Vie devant Soi et de Clair de Femme, mes deux premiers romans de Gary. Cependant, j'ai été un peu déçue car j'ai trouvé ce roman-ci un peu long, l'histoire n'avance pas assez vite et tourne un peu en rond autour du personnage de Jean. Ce qui l'empêche d'être un vrai coup de coeur tout en étant un très bon roman, à découvrir, comme toutes les oeuvres de Gary dont je deviens accroc !
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meeva
  03 avril 2016
Étonnant comme le regard n'est pas du tout le même après une deuxième lecture. Ou après environ vingt ans qui ont passé…
Le roi Salomon est un vieux monsieur de quatre-vingt-quatre ans. Ancien « roi » du prêt-à-porter.
Il vieillit seul et se porte au secours des autres, en finançant un standard d'écoute aux gens en détresse et en offrant des cadeaux à de nombreux gens esseulés.
Il rencontre Jean, jeune bricoleur et chauffeur de taxi et il en fait son chauffeur personnel, souvent chargé d'aller rendre visite aux appelants de SOS.
Jean est rapidement gagné par l'angoisse du roi Salomon, du moins le prétend-il car il est difficile de croire que ce sentiment ne l'habitait pas avant.
On dit qu'un auteur écrit toujours le même livre. C'est tellement vrai pour Romain Gary.
Je suis frappée de la ressemblance entre Jean, le narrateur ici, et Lenny, le personnage principal de « Adieu Gary Cooper ». Sauf que Lenny ne parlait que très peu. C'était, déjà, un jeune qui pouvait passer pour un peu simple, qui avait des difficultés dans ses relations aux autres, qui avait une vision très désabusée – malgré son jeune âge – de la société, qui avait connu beaucoup de femmes et qui tombait amoureux.
Jean semble aussi assez simple, de par son élocution et ses réflexions un peu particulières et son recours systématique aux dictionnaires, comme s'il voulait comprendre ses idées en trouvant la définition des mots qu'il emploie.
Cette manière de parler particulière n'est pas sans rappeler « La vie devant soi » ou « Gros câlin » ou même « Adieu Gary Cooper ».
Gary avait utilisé le thème du « prêt-à-porter » dès « le grand vestiaire », écrit en 1947-1948.
Le prêt-à-porter, c'est les sentiments ou les idées dont les hommes habillent leurs vies.
« - Dès qu'un enfant vient au monde, que fait-il ? Il se met à crier. Il crie, il crie. Eh bien, il crie parce que c'est le prêt-à-porter qui commence… Les peines, les joies, la peur, l'anxiété, pour ne pas parler d'angoisse… la vie et la… enfin, tout le reste. Et les consolations, les espoirs, les choses que l'on apprend dans les livres et qu'on appelle philosophies, au pluriel… et qui sont du prêt-à-porter aussi. Quelquefois, celui-ci est très vieux, toujours le même, et quelquefois on en invente un nouveau, au goût du jour…
Et puis il m'a mis, comme il le fait souvent, une main sur l'épaule d'un geste éducatif, et il s'est tu pour m'encourager, car, des fois, la pire des choses qui peut arriver aux questions, c'est la réponse. »

Jean est chargé par le roi Salomon de rendre visite à Cora Lamenaire, une vielle femme de soixante-quatre ans, chanteuse réaliste avant la guerre, dont la carrière a été gâchée par sa vie amoureuse. Jean va la « baiser » et il s'agit bien d'amour, mais pas pour elle spécialement, c'est de l'amour en général.
On retrouve la solitude, l'amour et la Connerie universels, qui prennent tant de place tout au long de l'oeuvre de Gary.
Mais, depuis quelques années déjà, la vieillesse et de la fin de vie deviennent deux idées plus prégnantes, au fil de romans tels « Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable », « La vie devant soi », « Clair de femme », jusqu'à sûrement virer à l'obsession pour Gary/Ajar.
Croyez-vous Romain Gary assez cynique pour écrire ces lignes en imaginant déjà ce qu'il ferait environ deux ans plus tard ?
« Mon cher garçon, je ne compte plus du tout être remboursé, mais évidemment, d'ici dix-huit mois, ou encore mieux, d'ici dix ou vingt ans, il me serait très agréable de pouvoir en reparler et peut-être de remettre le remboursement à encore quelques années plus tard, dit-il, et cette fois, il s'est mis franchement à rire à l'idée d'être là encore dans dix-huit mois ou dans dix ans, à son âge. »
Gary habite sûrement un peu chacun de ses personnages dans ce livre. Je suppose que c'est Cora Lamenaire qui lui ressemble plus et le roi Salomon doit être celui qu'il essaie de s'imaginer devenir.

Alors peut-être Gary ne fait-il que se répéter dans ce livre. Mais le narrateur, Jean, fait preuve d'une sincérité totale et la candeur qui persiste en lui, pourtant avisé et même « renseigné » sur le monde – pour reprendre une expression qu'affectionne Gary – ne pourra que vous émouvoir.
« Quand on a fini de se répéter mais ce n'est pas moi, ce sont les nazis, ce sont les Cambodgiens, ce sont les… je ne sais pas moi, on finit quand même par comprendre que c'est de nous qu'il s'agit. de nous-mêmes, toujours, partout. D'où culpabilité. »
Toujours trop de lucidité…
Un détail : dès son premier livre (publié), « Éducation européenne », Gary évoquait un trou dans lequel les partisans se cachaient dans la forêt polonaise. Dans « La vie devant soi » c'est madame Rosa qui se cache dans son « trou juif ». Ici le narrateur avoue avoir eu son trou aussi quand il était enfant :
« Quand j'étais môme, j'avais moi aussi creusé un trou dans le jardin et je venais me cacher là-dedans avec une couverture au-dessus de ma tête, pour faire le noir, et je jouais à être bien. »
En osant un humour particulier, je dirais bien que Gary a gardé cette histoire de trou en tête jusqu'à sa fin…


A cause de Cora qui fredonne quelquefois, j'avais envie de finir en chanson. En pensant au grondement de l'océan que Gary évoque si souvent, c'est Jacques Brel qui m'est venu en tête…
« […]
Quand on n'a que l'amour
Pour tracer un chemin
Et forcer le destin
A chaque carrefour
Quand on n'a que l'amour
Pour parler aux canons
Et rien qu'une chanson
Pour convaincre un tambour
Alors sans avoir rien
Que la force d'aimer
Nous aurons dans nos mains
Amis le monde entier »
Extrait de « Quand on n'a que l'amour », Jacques Brel :
https://www.youtube.com/watch?v=jLVd_mO3yX4


Lien : https://chargedame.wordpress..
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Citations et extraits (85) Voir plus Ajouter une citation
meevameeva   27 mars 2016
- C’est assez difficile, vous verrez. Finalement, tout ça se réduit à un excès d’informations sur nous-mêmes. Autrefois, on pouvait s’ignorer. On pouvait garder ses illusions. Aujourd’hui, grâce aux médias, au transistor, à la télévision surtout, le monde est devenu excessivement visible. La plus grande révolution des temps modernes, c’est cette soudaine et aveuglante visibilité du monde. Nous en avons appris plus long sur nous-mêmes, au cours des dernières trente années, qu’au cours des millénaires, et c’est traumatisant. Quand on a fini de se répéter mais ce n’est pas moi, ce sont les nazis, ce sont les Cambodgiens, ce sont les… je ne sais pas moi, on finit quand même par comprendre que c’est de nous qu’il s’agit. De nous-mêmes, toujours, partout. D’où culpabilité. Je viens de parler à une jeune femme qui m’avait annoncé son intention de s’immoler par le feu pour protester. Elle ne m’a pas dit contre quoi elle voulait protester ainsi. C’est évident, d’ailleurs. Le dégoût. L’impuissance. Le refus. L’angoisse. L’indignation. Nous sommes devenus im-pla-ca-ble-ment visibles à nos propres yeux. Nous avons été brutalement tirés en pleine lumière et ce n’est pas jojo. Ce que je crains, c’est un processus de désensibilisation, pour dépasser la sensibilité par l’endurcissement, ou en la tuant, par le dépassement, comme les Brigades rouges. Le fascisme a toujours été une entreprise de désensibilisation.
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tamara29tamara29   28 décembre 2019
J’étais avec elle tout le temps même quand je la quittais. Je me demandais comment j’avais pu vivre avant si longtemps sans la connaître, vivre dans l’ignorance. Dès que je la quittais elle grandissait à vue d’œil. Je marchais dans la rue et je souriais à tout le monde, tellement je la voyais partout. Je sais bien que tout le monde crève d’amour car c’est ce qui manque le plus, mais moi j’avais fini de crever et je commençais à vivre.
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tamara29tamara29   21 juillet 2019
- C'est tellement plus difficile de rester jeune pour une femme.
- Mademoiselle Cora, vous n'êtes pas vraiment vieille. Soixante-cinq ans aujourd'hui, avec les moyens qu'on a, c'est plus la même chose. C'est même remboursé par la sécurité sociale. On n'est plus au dix-neuvième siècle. Aujourd'hui, on va dans la lune, merde.
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tamara29tamara29   21 février 2020
Mr Rubinstein : D’accord, Jean. Il ne nous reste plus que l’affectivité. Je sais que la tête a fait faillite. Je sais que les systèmes ont fait faillite, surtout ceux qui ont réussi. Je sais que les mots ont fait faillite et je comprends que tu n’en veuilles plus, que tu essayes d’aller au-delà et même de t’inventer un langage à toi. Par désespoir lyrique.
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Sandy80Sandy80   12 août 2010
J'ai toujours voulu être un salaud qui s'en fout sur toute la ligne et quand vous n'êtes pas un salaud, c'est là que vous vous sentez un salaud, parce que les vrais salauds ne sentent rien du tout. Ce qui fait que la seule façon de ne pas se sentir un salaud c'est d'être un salaud.
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Vidéo de Romain Gary
Paul Audi, deuxième extrait de sa conférence du 9 mai 2009, «L'exil intérieur du créateur et la figure du romancier Romain Gary » dans le cadre du banquet de printemps 2009 intitulé " Exils et frontières"

Paul Audi est philosophe. Il est né en 1963 au Liban. Il a écrit de nombreux ouvrages (15 publiés), principalement consacrés à l'éthique, à la création artistique et aux relations entre éthique et esthétique. Il est l'auteur d'une thèse sur Rousseau. Il s'inscrit dans le sillage d'une philosophie de la vie : reprend la lignée de Schopenhauer, Rousseau, Kierkegaard, Nietzsche et, plus proche, Michel Henry. Il est également spécialiste de Romain Gary, écrivain mésestimé, mort en 1980. Et éditeur de L'Affaire homme, un recueil d'articles et textes brefs de Gary, paru chez Folio en 2005. « Depuis quelque temps, ce solitaire hyperactif commence à être reconnu pour ce qu'il devient : un de nos rares vrais philosophes, tout simplement. Voilà que les Etats-Unis et le Canada l'invitent et commencent à le fêter. Ses livres sont en cours de traduction aux Pays-Bas ou en Espagne. Bref, on s'avise en plusieurs lieux, qu'en France un philosophe est né. Ne soyons pas les derniers avertis. » (Roger-Pol Droit, le Monde, 20 mai 2005).
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