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ISBN : 274279297X
Éditeur : Actes Sud (18/08/2010)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.95/5 (sur 1153 notes)
Résumé :
A la Nouvelle-Orléans, alors qu'une terrible tempête est annoncée la plupart des habitant fuient la ville. Ceux qui n'ont pu partie devront subir la fureur du ciel. Rendue à sa violence primordiale, la nature se déchaîne et confronte chacun à sa vérité intime : que reste-il en effet d'un homme au milieu du chaos, quand tout repère social ou moral s'est dissout dans la peur ?
Seul dans sa voiture, Keanu vers les quartiers dévastés, au coeur de la tourmente, e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (225) Voir plus Ajouter une critique
carre
  21 juillet 2013
Voilà c'est dur de prendre la parole devant vous comme cela, une certaine honte me taraude. Voilà (tête basse, pour ne pas croiser de regard) je suis addict. A Laurent Gaudé. Vous me direz, ça aurait pu être pire, bien pire. Il m‘aura fallut finalement peu de livres pour en arriver là. « Ouragan » m'a définitivement fait basculé. J'ai résisté, mit du temps entre deux lectures, mais rien à faire. Accro (codile).
Une dizaine de personnages pour subir le déchainement des cieux. Tous au bord de la rupture, de la folie, dans un décor apocalyptique. Gaudé raconte ça d'une façon magistrale. Avec un sens du tempo qui densifie son récit. Passant d'un personnage à un autre par de courtes strophes. Efficacité garantie.
Comment ne pas être touché par Joséphine Linc. Steelson négresse de plus de cent ans chantant la douleur pour mieux repartir au combat ! Fière et droite. Rien que pour elle « Ouragan » mérite cinq étoiles.

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si-bemol
  15 février 2019
« le vent s'est levé à l'autre bout du monde et celle qui arrive est une sacrée chienne qui fera tinter nos os de nègres… »
Ils sont une poignée de personnages, une poignée de femmes et d'hommes, de petites gens, des anonymes, chacun en proie à ses démons, à sa solitude, à ses désastres intimes… Une poignée de personnages dont le récit entremêle les voix dans un vaste lamento d'angoisse, d'attente, de colère et de terreur. Car la voilà qui arrive, la chienne, celle qui s'annonce par un souffle dément, celle qui bientôt déferle – aveugle et sourde, aveuglante et assourdissante - celle qui, en quelques heures, fera de la Nouvelle Orléans une terre de saccage et de larmes, un désastre total et le terrain ravagé du jeu macabre de la mort. « La nature n'est plus à l'échelle humaine » et - comme le prophétise Josephine Linc. Stedson, « négresse depuis presque cent ans » - « nous allons tout perdre. Nous allons nous accrocher à nos pauvres vies comme des insectes à la branche mais nous serons dans la vérité nue du monde. »
Parmi les habitants, il y a ceux – quelques-uns – qui pourront fuir, qui en ont les moyens et la possibilité. Et puis il y a les autres, démunis, épuisés et par avance vaincus comme ils l'ont toujours été, car « la tempête approche et elle sera pour eux, comme toujours, les miséreux aux vies usées et pour eux seuls. » A l'approche de l'ouragan, chacun s'affaire – ou pas – à sa sauvegarde et à sa fuite, entre sauve-qui-peut, entraide et chacun pour soi. Les autorités bafouillent, l'évacuation est hasardeuse, les cohortes de fuyards s'agglutinent sur les routes, les détenus sont oubliés, les plus pauvres aussi. Enfermés dans les cellules de la prison, tapis dans l'abri précaire de leurs maisons ou réfugiés dans l'église sous la protection du Seigneur, terrorisés ou résignés tous attendent le désastre qui s'annonce… Tous le subiront de plein fouet, entêtés à survivre, confrontés à eux-mêmes, à leurs émotions et à leurs vies, repliés sur leurs peurs, leurs échecs et leurs désirs, sur leur fierté aussi et leur courage, sur leur folie, dans le ventre inhospitalier de l'ouragan qui passe et les emporte. "La beauté du monde est souillée et les fous jubilent."
Avec « Ouragan », Laurent Gaudé raconte – sans le nommer - l'ouragan Katrina de 2005 et nous entraîne dans un récit apocalyptique époustouflant, une thématique qu'il reprendra cinq ans plus tard avec « Danser les ombres » à l'occasion du tremblement de terre en Haïti. Les personnages sont bouleversants dans leur fragile sincérité, l'écriture est magnifique, et dans la poésie des phrases de Gaudé soufflent en un grand vent de catastrophe la vocifération de la nature déchaînée et le tumulte des eaux qui balayent de leur toute-puissance souveraine et indifférente la plainte frêle des hommes, et leur espérance. Il leur faudra se relever, trouver la force de marcher vers demain malgré la folie et la mort, malgré la fatigue et la misère, malgré leurs vérités terribles et nues. "Rien n'a changé. Des nègres sans rien, qui lèvent les yeux au ciel pour implorer la pitié, c'est toujours ainsi que souffre le monde."
Un roman impressionnant et très beau, que j'ai beaucoup aimé.
[Challenge MULTI-DÉFIS 2019]
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latina
  10 mai 2013
« C'est sur vous que je pleure car beaucoup sont là qui ne retrouveront ni leur toit ni leur vie d'autrefois. »
Oui, Joséphine Linc. Steelson, « négresse depuis presque cent ans », résume bien l'ouragan qui a dévasté la Nouvelle-Orléans...
Laurent Gaudé signe ici encore un roman d'une justesse exemplaire, d'une humanité profonde, d'une tendresse particulière pour les petites gens, les Noirs, mis au rebut de la société américaine.
Un ouragan s'approche, un ouragan arrive, un ouragan repart...Les Blancs fuient, les Noirs restent, les Noirs endurent la tempête tant bien que mal, les Noirs doivent supporter ou mourir.
Mais à l'intérieur de ces petites gens, il y a un autre ouragan, une autre tempête. Il nous est donné de voir dans le coeur de certains en particulier : un prisonnier de l'Orleans Parish Prison, un pasteur, une femme seule avec son petit bonhomme de 5 ans, un homme « qui revient », et enfin la fameuse, la solide Josephine Linc. Steelson, celle qui tient le monde, celle qui veut que le monde dure...
Ceux-ci connaissent le cataclysme de tous côtés, à l'extérieur et en eux-mêmes. Leur point de vue se sépare et s'entremêle parfois, ce qui crée une espèce de chant, de mélopée lancinante. J'adore !
Avec les alligators, nous sommes entrainés dans les rues boueuses et nous accompagnons la dévastation, mais nous assistons aussi à des miracles, ceux de la vie et de l'amour, de la liberté et de la fidélité.
Le puissant magnétisme de la langue de Laurent Gaudé m'a encore aimantée, j'ai suivi avec bonheur ses phrases poétiques et lancinantes, ses personnages tourmentés et étonnants, ô combien !
Et je dis oui, oui, oui à cet auteur génial, qui arrive à allier le petit et le sublime, l'humain et la Nature, l'horreur et la splendeur !
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TheWind
  03 janvier 2017
Les hommes sont capables du meilleur comme du pire et la Terre leur rend bien.
A la Nouvelle-Orléans, un terrible ouragan est annoncé. La plupart fuit mais certains restent. Parce qu'ils n'ont pas les moyens de partir ou tout simplement par défi, tel un affront à cette Terre qui va se déchaîner, un affront à la vie, un affront au malheur.
Et bientôt l'ouragan est là, dévastant tout sur son passage et révélant aux hommes la véritable force du vent et de la pluie. Faut-il croire en la colère de la Terre, lasse de la maltraitance des hommes à son égard, ou encore de la colère de Dieu voulant punir les hommes, ou tout simplement y voir là comme une nouvelle chance, comme une renaissance ?
Chacun des personnages y verra sa propre raison, chacun y apportera ses propres volontés ou ses propres désarrois...
Ce roman de Laurent Gaudé me fait beaucoup penser à Danser les ombres. Il est construit de la même manière : un cataclysme, et des voix qui s'élèvent tel un chant choral au milieu des décombres.
Peut-être est-ce cette impression de déjà vu qui m'empêche de lui mettre cinq étoiles.

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Crossroads
  05 février 2013
Coooomme un Ouragaaaan...
La tempêêêête en moiiii...
Oui , je sais , présenter un bouquin de Gaudé en utilisant comme support le seul , l'unique , l'incontournable tube interplanétaire Monégasque de Stéphanie , c'est moche...
Plouf , plouf , je recommence...
James Lee Burke dans La Nuit la Plus Longue , Gilles Leroy et Zola Jackson...s'il est un sujet qui fascine à juste titre , c'est bien ce phénoménal évènement climatique , fantastique terrain de jeu pour tout écrivain à l'imagination un tant soit peu fertile . Si posséder un mets de choix est une chose aisée, en faire un bouquin au souffle aussi puissant et dévastateur que le sujet précité en est une autre...
Bouquin chorale par excellence , Gaudé nous dépeint le portrait de divers protagonistes en délicatesse avec une histoire personnelle contrariée et une Histoire future , semblant vouloir s'écrire en lettres de sang , dont ils seraient devenus les chétifs figurants ballotés et broyés au gré de ses dantesques rafales mortifères et diluviennes inondations que même Noé et Coin-Coin , son p'tit canard en plastoc , n'en auraient encore jamais vues !
J'étais resté plus que mitigé au sortir de son dernier roman , Pour Seul Cortège . Je renoue favorablement avec un auteur qui , sans pour autant me transporter d'allégresse , la bave aux lèvres à tourner frénétiquement les pages d'un récit à la dépendance frôlant la toxicomanie , me procurait cependant mon comptant d'émotions ! Béatitude , non , contentitude , oui , en plein dedans !
Dommage que de sa plume si experte et si prompte à vous transporter en un ailleurs si visuel , Gaudé n'ait pas plus axé son roman sur l'Ouragan emblématique de ses vies appelées à un bouleversement sans retour . Un déchainement de fureur qui , finalement , ne lui sert que de prétexte , de toile de fonds sans pour autant jamais le toucher...car l'homme sait jouer avec les mots , les émotions et rien que pour ça , mérite le détour et le plus grand respect .
Ouragan : un peu trop convenu pour être mémorable...
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Citations et extraits (154) Voir plus Ajouter une citation
lilibaliliba   05 novembre 2010
Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j'ai ouvert la fenêtre ce matin, à l'heure où les autres dorment encore, j'ai humé l'air et j'ai dit : "Ça sent la chienne." Dieu sait que j'en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j'ai dit, elle dépasse toutes les autres, c'est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d'eau à l'approche du train. C'était bien avant qu'ils n'en parlent à la télévision, bien avant que les culs blancs ne s'agitent et ne nous disent à nous, vieilles négresses fatiguées, comment nous devions agir. Alors j'ai fait une vilaine moue avec ma bouche fripée de ne plus avoir embrassé personne depuis longtemps, j'ai regretté que Marley m'ait laissée veuve sans quoi je lui aurais dit de nous servir deux verres de liqueur - tout matin que nous soyons - pour profiter de nos derniers instants avant qu'elle ne soit sur nous. J'ai pensé à mes enfants morts avant moi et je me suis demandé, comme mille fois auparavant, pourquoi le Seigneur ne se lassait pas de me voir traîner ainsi ma carcasse d'un matin à l'autre. J'ai fermé les deux derniers boutons de ma robe et j'ai commencé ma journée, semblable à toutes les autres. Je suis descendue de ma chambre avec lenteur parce que mes foutues jambes sont aussi raides que du vieux bois, je suis sortie sur le perron et j'ai marché jusqu'à l'arrêt du bus. Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, je prends le bus tous les matins et il faudrait une fièvre des marais, une de celles qui vous tordent le ventre et vous font suer jusque dans les plis des fesses, pour m'empêcher de le faire. Je monte d'abord dans celui qui va jusqu'à Canal Street, le bus miteux qui traverse le Lower Ninth Ward, ce quartier où nous nous entassons depuis tant d'années dans des maisons construites avec quatre planches de bois, je monte dans ce bus de rouille et de misère, parce que c'est le seul qui prenne les nègres que nous sommes aux mains usées et au regard fatigué pour les emmener au centre-ville, je monte dans ce bus dont la boîte de vitesses fait un bruit de casserole mais j'en descends le plus vite possible, six stations plus loin. Je pourrais aller jusqu'à Canal Street mais je ne veux pas traverser les beaux quartiers dans ce taudis-là. Je descends dès que les petites baraques du Lower Ninth laissent place aux maisons à deux étages du centre, avec balcon et jardin, je m'arrête et j'attends l'autre bus, celui des rupins. C'est pour être dans celui-là que je me lève le matin. C'est dans celui-là que je veux faire le tour de la ville, un bus de Blancs qui me dévisagent quand je monte parce qu'ils voient tout de suite que je suis du Lower Ninth, c'est celui-là que je veux et si je me lève si tôt, c'est que je veux qu'il soit bondé parce que, lorsque je monte, cela me plaît d'avoir devant moi, en une double rangée un peu blafarde, tous ceux qui vont s'épuiser au travail. Je m'assois. Et je le fais toujours avec un sourire d'aise, n'en déplaise aux jeunes qui me regardent en se demandant quel besoin a une vieille carne dans mon genre de prendre le bus si tôt, encore qu'il n'en soit pas tant que ça à se demander ce genre de choses car la plupart s'en foutent, comme ils se foutent de tout. Je le fais parce que j'ai gagné le droit de le faire et que je veux mourir en ayant passé plus de jours à l'avant des bus qu'à l'arrière, tête basse, comme un animal honteux. Je le fais et c'est encore meilleur lorsque je tombe sur des vieux Blancs. Alors là, oui, je prends tout mon temps. Car je sais que, même s'ils font mine de rien, ils ne peuvent s'empêcher de penser qu'il fut un temps, pas si lointain, où mon odeur de négresse ne pouvait pas les importuner si tôt le matin, et j'y pense moi aussi - si bien que nous sommes unis, d'une pensée commune, même si chacun fait bien attention de ne rien laisser paraître, nous sommes unis, ou plutôt face à face - et je gagne, chaque fois. Je m'assois le plus près de là où ils sont, en posant mes fesses sur un morceau de leur veste si possible pour qu'ils soient obligés de tirer dessus et que leur mécontentement croisse encore. Jamais aucun de ces vieux Blancs ne m'a laissé sa place lorsqu'il est arrivé que le bus soit plein. Une fois seulement, alors que j'avançais dans la travée centrale, un homme m'a souri, s'est déplacé pour aller côté fenêtre et m'a fait signe de m'installer à côté de lui, sur la place qu'il libérait. "Tu n'as pas peur des vieilles vaches noires, fils ?" j'ai lancé, pour rire. Il m'a répondu en souriant : "Nous nous sommes battus pour cela." C'est depuis ce jour que lorsque j'ai besoin d'un clou, ou d'une ampoule - ce qui n'arrive pas si souvent -, je traverse la ville pour aller chez Roston and Sons, le quincaillier. Car ce jeune blanc-bec est le cadet du vieux Roston et je me fous que le clou soit plus cher qu'ailleurs, j'y vais au nom des vieilles luttes et du goût savoureux de la victoire. Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, je dois être une bien grande pécheresse car, je l'avoue franchement, je ne me lasse pas d'avoir gagné. Je fais le tour de la ville en bus chaque matin et c'est comme de faire la tournée de mon empire. Les chauffeurs, je les connais. Ils m'aiment bien et me saluent avec politesse. Ce jour-là, donc, comme tous les autres depuis si longtemps, je suis montée dans le premier bus. Il y avait une place au premier rang à la droite du chauffeur et je m'y suis mise. "Une belle journée qui s'annonce, hein, miss Steelson ?..." a-t-il lancé. Et comme je n'aime pas parler pour ne rien dire, comme l'avis des autres m'importe peu, j'ai répondu, en articulant bien pour que tous les gens assis derrière entendent, j'ai répondu : "Ne crois pas ça, fils. Le vent s'est levé à l'autre bout du monde et celle qui arrive est une sacrée chienne qui fera tinter nos os de nègres..."
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djdri25djdri25   25 août 2012
Moi Joséphine Linc steelson fatiguée d'être vieille, je voudrais finir au vent, éparpillée. J'entends la pluie qui martèle le toit et je sens que ma vieille maison de négresse est sur le point de craquer. SI tout s'effondre d'un coup, je disparaitrai sous les gravats et le monde, tout autour, continuera à se convulser sans se souvenir de moi. Ce serait bien, mais je dure. Pourquoi suis-je aussi solide ? Pourquoi est-ce que le vent ne me casse pas les os ? Il tord les carrosseries des voitures, arrache les balcons mais me laisse intacte. Que mes cheveux volent sur les bayous, que mes os soient engloutis dans les marais et que mes dents se plantent en terre. Je voudrais mais le vent souffle et me laisse en paix. Je suis une vieille négresse increvable. Tout se tord, et moi je reste.
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latinalatina   09 mai 2013
D'un coup, elle s'arrête et elle crie une dernière fois "Byron!..." mais cela n'a plus rien à voir avec les cris d'avant. Elle n'appelle pas, elle hurle, le ventre plié en deux et c'est juste pour que le nom de son fils résonne autour d'elle. Elle crie pour dire qu'elle le veut, là, près d'elle, que son absence lui est insupportable, qu'elle a mal de tous ses os, elle crie "Byron!..." et c'est comme si elle suppliait les maisons, les rues et l'ouragan de le lui rendre.
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litolfflitolff   11 octobre 2010
Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : « Ça sent la chienne. » Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train.
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ChrysChrys   04 novembre 2010
P 151
"Je suis Josephine Linc. Steelson. Je monte dans le bus avec l'Amérique tout autour de moi, sur mes épaules, dans mes cheveux et j'ai le regard dur. Personne n'a osé m'aider à monter parce que je suis altière. Une princesse nègre aux cheveux blancs qui quitte son pays sans trembler parce qu'elle sait qu'elle l'emporte avec elle. Et la Louisiane monte avec moi, les bayous, les jacinthes et leur odeur écœurante, le corps jamais retrouvé de Marley, les regards d'insulte dans le bus, l'ivresse de la victoire après des années de lutte et même le vent, tout monte, je ne laisse rien derrière moi. Je suis la Louisiane, les flots et l'ouragan, les hommes me laissent passer, bouche bée."
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Videos de Laurent Gaudé (67) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Laurent Gaudé
Entretien animé par Maya Michalon Lecture par Ariane Ascaride.
D?Alexandre le Grand aux migrants de Lampedusa, de l?Afrique mythique au tremblement de terre d?Haïti, d?Hannibal le Carthaginois au terrorisme islamique, Laurent Gaudé entremêle dans son ?uvre les siècles et les continents, les guerres et les catastrophes, pour mieux révéler les convulsions et les possibles de notre temps. Cet écrivain n?a de cesse, au fil de ses récits, de mettre ses idées humanistes à l?épreuve de la fiction et de plonger avec douceur dans l?horreur du réel.
Dramaturge, romancier, nouvelliste, poète, il s?empare de l?écriture sous toutes ses formes afin d?explorer le vaste territoire de l?imaginaire. Prix Goncourt des lycéens et Prix des libraires pour La Mort du roi Tsongor en 2002, prix Goncourt en 2004 pour le Soleil des Scorta (traduit dans 34 pays), Laurent Gaudé est aujourd?hui l?un des plus grands écrivains français qui figure dans les programmes scolaires et enchaîne les succès en librairie.
Sur la scène de la Criée, avec la générosité qui le caractérise, il convie la comédienne Ariane Ascaride à lire ses textes, et le photographe Gaël Turine à projeter une série d?images réalisées en Haïti au cours d?un voyage commun qui l?a profondément marqué. Il évoquera sa passion pour le théâtre, son goût pour les voyages, mais aussi ses convictions et ses engagements, en premier lieu pour SOS Méditerranée et la question des migrants qu?il avait abordée dans son roman Eldorado, une ?uvre visionnaire, écrite il y a plus de dix ans. Un grand entretien tourné vers l?ailleurs et vers cet Autre que Laurent Gaudé sait si bien décrire en jonglant avec le pouvoir narratif de l?Histoire et la sonorité poétique d?une langue qui lui est propre. _
En savoir plus : ohlesbeauxjours.fr
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