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ISBN : 2330124953
Éditeur : Actes Sud (21/08/2019)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 17 notes)
Résumé :
À l’été 1930, sur l’île Blanche, la plus reculée de l’archipel du Svalbard, une exceptionnelle fonte des glaces dévoile des corps et les restes d’un campement de fortune. Ainsi se résout un mystère en suspens depuis trente-trois ans : en 1897, Salomon August Andrée, Knut Frænkel et Nils Strindberg s’élevaient dans les airs, déterminés à atteindre le pôle Nord en ballon – et disparaissaient. Parmi les vestiges, on exhume des rouleaux de pellicule abîmés qui vont mira... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  13 août 2019
"On éprouve souvent plus d'intérêt pour ceux qui s'éclipsent que pour ceux qui reviennent, surtout quand le lieu où ils se perdent ressemble à une absence changée en paysage."
L'aéronaute suédois Salomon August Andrée a disparu en 1897 avec l'ingénieur Knut Frænkel et le photographe Nils Strindberg en tentant de rejoindre le pôle Nord en ballon à hydrogène à partir de l'archipel de Svalbard. Les corps et les photographies de cette expédition ratée furent rendues par la glace et la neige trente trois ans plus tard, au moment où les premières agences de voyage inscrivaient l'Arctique comme destination dans leur catalogue.
À partir des photographies et des traces ténues de cette expédition, Hélène Gaudy imagine leur aventure et compose un roman d'une inépuisable richesse. Pour pénétrer dans son sujet – le récit de cette aventure lointaine, les préparatifs, l'échec et la dérive des trois hommes échoués sur la glace -, elle aborde l'histoire par touches et à rebours, à la manière d'une pellicule qu'on rembobine, depuis la découverte des corps et le développement des images à l'Institut Royal de technologie de Stockholm en septembre 1930 jusqu'à l'été 1987, date du départ de l'expédition.
"Voilà donc comment ils reviennent, les morts", écrivait W.G. Sebald dans "Les émigrants", un glacier suisse ayant restitué la dépouille d'un guide de montagne après des décennies. En écho à Sebald, les photographies retrouvées de l'expédition S. A. Andrée forment la métaphore des souvenirs qui remontent à la surface, composent à la fois une mémoire et un point de fuite, par où l'imagination peut s'engouffrer.
"Les images sont des paliers pour plonger en apnée, s'enfoncer, reprendre de l'air, s'arrimer aux détails, au minimum visible, et en passant de l'une à l'autre, jeter un regard aux gouffres qui les séparent, dont on ne perçoit qu'une rumeur, à peine un frémissement."
La narration fascinante d'Un monde sans rivage s'arrime aux énigmes des images en noir et blanc, qui font écho à la face lumineuse de l'été du départ et à celle obscure, de la menace de l'automne et de l'hiver polaires, aux liens d'Anna Charlier à son fiancé éternellement jeune, Nils Strindberg, le photographe de l'expédition, et aux fragments du journal de Salomon August Andrée ponctuant le récit de leur longue marche sur la glace après la chute de leur ballon, le 14 juillet 1897.
Les contrées polaires sont le berceau des plus grands « embêtements », écrit Andrée dans son journal, le 30 juillet 1897. Échoués quelques jours après leur départ dans un paysage de glace où leurs rêves de grandeur et de gloire vont se rétrécir jusqu'à la poursuite de la seule survie, la marche de ces aventuriers, amateurs héroïques à peine vêtus pour la circonstance, est une avancée poignante vers leur effacement.
S'appuyant sur les détails des photographies, déclencheurs d'écriture, sur les lambeaux du journal d'Andrée, palliant les blancs par le recours à d'autres textes, tels que l'évocation de la glace formant paysage avec le Palais de glace de Tarjei Vesaas ou encore le récit de l'expédition d'Ernest Shackleton, et par la puissance de son imaginaire poétique, Hélène Gaudy réussit à dire les embardées de l'expédition dans un monde sans rivage, là où le froid comme le temps n'a plus de bord, à atteindre la profondeur de l'histoire, à rendre la lumière réfléchie par des hommes depuis longtemps disparus, fondus dans l'irréalité du paysage de glace du Grand Nord.
Questionnement sur la puissance imaginante des images, comme dans Plein hiver ou Grands lieux, tissage l'histoire autour de son sujet comme dans Une île une forteresse, Hélène Gaudy continue avec ce roman de modeler une oeuvre d'une cohérence et d'une force impressionnantes et à explorer la manière dont un récit peut se construire dans les blancs, les traces du souvenir et les incertitudes de la mémoire qui sont la matière même de la fiction.
S'il est aussi marquant, c'est parce que ce roman, à paraître le 21 août 2019 chez Actes Sud, s'adresse directement à chacun d'entre nous. Les photographies de l'expédition Andrée, dégradées avec le temps, portent en effet en elles les marques d'un paysage abîmé, et leur longue marche semble préfigurer le rétrécissement mélancolique du monde à venir, à partir du moment où la planète aura été entièrement explorée et cartographiée. Ainsi, sous la catastrophe visible du récit se lit en filigrane une autre catastrophe qui s'annonce souterrainement, tristesse de la terre qu'on rencontre sous la plume d'Eric Vuillard, la disparition contemporaine d'un monde sans rivage.
"Pourtant, il sous-estime l'intensité du lien qui les attache, lui et ce Grand Nord qu'il n'a pas vraiment exploré encore, comme son propre pouvoir de destruction, qu'il partage avec ceux qui viendront après lui.
Il ne peut imaginer, Andrée, qu'un jour la glace ne faisant plus ciment, le panorama se disloquera, entraînant éboulements et coulées de boue, glissements des parois bleues, blanches, tout droit dans les eaux grises, et ce ne sera pas une chute, mais un fracas, un gros son de tempête et d'orage, des explosions multiples naissant les unes des autres.
Il ne peut croire que la banquise se délitera, que de l'Antarctique à la Sibérie émergeront des ossements fossiles et des bêtes préhistoriques, bombes à retardements aux gueules ouvertes sur dents d'ivoire, virus de l'anthrax sorti du cadavre d'un renne, méthane, carbone réchauffant l'atmosphère déjà étrangement tiède, formant des poches tendues sous l'herbe verte quand, sous le ciel phosphorescent surplombant la toundra sibérienne, des éleveurs de rennes découvriront des gouffres ouverts en une nuit, des déchirures et des trous noirs. Matière vivante, ce paysage, libérant mystères et créatures, imprévisible comme une bête et également mortel."
Les photographies, qui sont présentes uniquement en creux dans Un monde sans rivage (excepté pour l'image de couverture), ont aussi servi de déclencheur à une exposition dont Hélène Gaudy était co-commissaire et à un livre dont je vous recommande également la lecture, "Zones blanches, récits d'exploration" publié en 2018 au Bec en l'air.
Retrouvez cette note de lecture et et beaucoup d'autres sur le blog de Charybde ici :
https://charybde2.wordpress.com/2019/08/13/note-de-lecture-un-monde-sans-rivage-helene-gaudy/
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justeuneligne
  21 septembre 2019
En 1930, on découvre sur une île perdue dans l'océan arctique les restes de trois corps et les vestiges d'une expédition suédoise dont on avait perdue la trace 33 ans plus tôt.
Salomon August Andrée, Knut Frænkel et le photographe Nils strinberg avaient tenté de rejoindre le pôle Nord en ballon à hydrogène à partir de l'archipel de Svalbard et ils se sont échoués à peine trois jours après le décollage.
Dans les effets retrouvés auprès des ossements se trouvent des pellicules photographiques qui pourront être développées et un journal tenu par le chef d'expédition.
A partir de ces éléments épars et incomplets, Hélène GAUDY reconstitue de manière romanesque et poétique l'aventure de ces trois hommes qui survivent durant plusieurs mois sur la banquise en notant avec précision toutes sortes d'observations naturalistes, en posant pour la postérité et en taisant leurs tourments.
Hélène GAUDY prend son temps pour nous raconter cette aventure, elle fait des digressions en mettant en perspectives d'autres expéditions dans le grand nord, d'autres aventures, elle nous entraîne dans les pensées de ces hommes , et même dans leur intimité en recréant l'histoire d'amour entre Nils Strinberg et sa fiancée.
La force de ce livre tient beaucoup à l'écriture profonde, imagée qui invite autant à la contemplation qu'à la réflexion et aux accents parfois philosophiques. C'est une lecture hypnotique, comme tout ce blanc qu‘elle arrive pourtant à diversifier de manière étonnante.
Un livre qui sort de l'ordinaire et élargit notre horizon.

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TheaBib
  09 août 2019
1897. Ils sont trois, partis survoler le Pôle Nord en montgolfière. Ils sont trois, mais aucun ne reviendra. Ce n'est que trente-trois ans plus tard que leurs corps sont retrouvés, momifiés, piégés dans la glace de l'Arctique. Et avec eux, on retrouve leurs carnets de voyage, mais surtout quelques pellicules photographiques.
C'est à partir de ces notes et photos qu'Hélène Gaudy reconstitue leur périple, en y mêlant aussi d'autres récits d'expédition plus ou moins couronnées de succès, ainsi que l'histoire d'Anna, la fiancée d'un des explorateurs, et ce qu'elle est devenue.
On suit ainsi ces trois hommes, pleins d'enthousiasme et qui rêvent de gloire, dans leurs préparatifs, l'effervescence du départ. Puis la montgolfière s'écrase et le caractère tragique et implacable de leur destin nous frappe de plein fouet. Seuls au milieu de nulle part, dans cette immensité de glace, ce blanc à perte de vue, ce « monde sans rivage » dangereux et inhospitalier, ils continuent pourtant d'y croire et essaient d'avancer, de retrouver la civilisation, malgré le froid, l'épuisement, les douleurs.
On suit jour après jour leurs évolutions, leurs tentatives, leurs espoirs, on découvre à petites touches leur histoire et leur passé, et on continue malgré tout d'espérer une fin heureuse, même si on sait bien au fond de nous qu'ils sont condamnés.
Et on est admiratifs surtout devant l'espoir qu'ils conserveront, ou prétendront conserver, jusqu'au bout, prenant des notes, recueillant des échantillons, faisant des photos pour la postérité.
Un roman très documenté et passionnant sur toutes ces expéditions, ces tentatives, plus ou moins fructueuses, de localiser le Pôle Nord, sur ces pionniers qui ont pris des risques pour faire avancer la science, la connaissance, sur ce continent mystérieux et fascinant qu'est l'Arctique. Un roman poignant, aussi, où on suit le destin de ces hommes pleins d'espoirs tout en sachant que leur fin est inéluctable.
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MaminouG
  30 août 2019
Loin de moi l'idée de plagier le titre du dernier roman d'Hélène Gaudy "Un monde sans rivage". J'aurais pourtant envie de dire que la littérature est bien un monde sans limite. Après la vie d'une artiste-peintre mexicaine, les quelques derniers jours à la tête de l'Etat d'un grand général ou encore un road-movie à la gloire du jazz, je viens de découvrir un fait réel – que je me refuse à qualifier de divers – brillamment mis en lumière plus de cent vingt ans après par l'auteure.
"L'image n'est pas encore tout à fait une image, juste un fragment, englué parmi d'autres, d'une pellicule qui a passé des années sous la neige, dans l'un des territoires reculés du monde." C'est, en effet, à partir de photos prises en 1897 et de carnets de notes, sorte de journal de bord, retrouvés en 1930 à la faveur d'une fonte inhabituelle de neige et de glace, qu'Hélène Gaudy va nous raconter l'expédition de Salomon August Andrée, Knut Frænkel et Nils Strindberg. En 1897, ils s'élevaient dans les airs à partir du Svalbard, archipel norvégien, pour atteindre le Pôle nord en ballon...
Au fil des pages, nous allons vivre, non pas leur épopée, le ballon perd vite de la hauteur et finit par s'échouer sur la banquise, mais leurs derniers jours – derniers mois – vers une mort annoncée. A coup de "peut-être", "sans doute" et de verbes conjugués à presque tous les temps de l'indicatif mais aussi au conditionnel, la romancière, scrutant le moindre détail de chaque photographie sauvée, imagine leur fin de vie sur cette banquise où le blanc le dispute au blanc. le texte est d'une richesse inouïe, mêlant à la vie des héros – et d'Anna, la fiancée de Niels – des anecdotes relatives à d'autres grands noms. Elle ressuscite Pilâtre de Rozier, les frères Montgolfier ou encore Léonie d'Aunet qui, défiant toutes les interdictions, accompagne son mari dans une expédition au Spitzberg.
Hélène Gaudy précise aussi magnifiquement la flore inventoriée par S.A.Andrée à ses heures perdues "Il y a l'arabette alpine aux quatre pétales blancs, au coeur jaune d'or, il y a le bouleau nain… le saule polaire… Il y a la campanule uniflore et sa petite corolle violette…" L'écriture est très belle, précise et travaillée. J'ai eu l'impression de m'élever, à l'image du ballon au fur et à mesure des mots.
Tout autant qu'un roman, véritablement passionnant par le rêve que nous fait revivre Hélène Gaudy, j'y ai trouvé un saisissant travail de documentation.

Lien : https://memo-emoi.fr
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horizondesmots
  18 septembre 2019
Hélène Gaudy livre un texte envoûtant, morcelé par les suppositions et les impressions intimes. Son monde sans rivage est une fascination, un récit passionnant, impossible à lâcher, et que l'on lit pourtant en allers-retours, pour le plaisir d'y relever mille et un passages – cela faisait bien longtemps que je n'avais autant souligné de lignes et corné de pages dans un bouquin (criminel pour certains, mais en ce qui me concerne, un livre mâchouillé de toutes ces preuves d'amour est un objet précieux).
Assurément l'un des plus gros coups de coeur de ma (toute petite) rentrée littéraire !!!
Lien : https://horizondesmots.wordp..
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critiques presse (1)
LaCroix   30 août 2019
Avançant avec profondeur et délicatesse dans le lent récit d’une expédition polaire ratée, Hélène Gaudy mène une réflexion sur la dimension mémorielle de la photographie.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
horizondesmotshorizondesmots   18 septembre 2019
A peine un engin volant s'est-il écrasé qu'un autre prend le relais, nouveau maillon de la chaîne qui peu à peu quitte la terre. Longtemps, on a eu le nez dans le paysage, on en était une part minuscule, enfouie, aveugle, on ne l'appelait même pas paysage, cette nature qu'on sentait avant de la voir – l'hostilité de la chaleur et du froid, les cultures à discipliner à la force des bras, le noir de la forêt dont on faisait les contes.
Pour la changer en paysage, il a fallu prendre de la distance, celle que donnent la peinture comme la cartographie, appeler sublimes les lieux qu'on n'avait pas encore apprivoisés, les pôles, les mers, les montagnes acérées, classifier le monde et pour cela s'élever, toujours, dans des ballons, dans des avions, un jour dans des stations spatiales. Tenant ferme la chaîne, on a pris de la hauteur, on s'est extraits du vert, du bleu, du profond de la terre, on a mis de l'ordre, on s'est dissociés, on a appris à nommes les pays et les plaines, les océans et jusqu'aux glaces lointaines, à faire tenir l'étendue la plus hostile dans le creux de la main, jusqu'à ce que ce vert, ce bleu, ce profond de la terre, ne soient plus que souvenirs, objets perdus.
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CaroBouquineCaroBouquine   13 septembre 2019
S'ils s'improvisent conservateurs de la banquise, rapporteurs d'ossements et d'algues, photographes des terres lointaines et des moindres actions de leur vie quotidienne, c'est qu'il y a quelque chose d'encore plus fragile qu'ils veulent sans doute sauver. Pas seulement le lieu où ils se tiennent mais la croyance en un retour- la ville bruyante et la maison lointaine, le lien avec qui les attend.
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MeteheraMetehera   27 juillet 2019
Si l'on omet ces scories, si l'on tente de les soulever comme un voile, il reste, noir sur blanc, près de la masse du ballon, deux silhouettes, comme tenues dans le vide par une main invisible.

On ne sait où est le sol, où est le ciel, que parce que leurs pieds sont posés quelque part. Sans elles, on pourrait aussi bien croire à une falaise de glace qu'à un morceau de sucre tenu entre deux doigts.
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mailys_babeliomailys_babelio   12 juillet 2019
Ils sont debout devant une forme sombre : un immense ballon tombé, immobile comme un animal échoué. On sent, dans le tissu tendu, le souffle d'un vent, comme si une bouche immense le gonflait encore.
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Videos de Hélène Gaudy (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hélène Gaudy
UN MONDE SANS RIVAGE | ?À l'orée du XXe siècles, mes personnages sont dans une espèce de frénésie, d'appétit, de saisissement du monde : ils veulent cartographier, posséder, dominer, découvrir.? Hélène Gaudy
? Paru le 21 août #RL2019 #RentréeLittéraire Également disponible en livre numérique https://rentree.actes-sud.fr/#Gaudy
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