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EAN : 9782020363747
58 pages
Seuil (18/11/1998)
4.18/5   139 notes
Résumé :
Geneviève de Gaulle Anthonioz, déportée à Ravensbrück, écrit, plus de cinquante ans après, le récit des mois passés au secret, dans le cachot du camp, exclue parmi les exclues. Pourquoi écrire aujourd'hui seulement ? Cette traversée de la nuit est-elle à l'origine des choix de sa vie future, cette attention portée à ceux qui sont victimes d'exclusion ? A ces questions l'auteur ne répond pas. C'est la simplicité même du récit et la stupéfiante fraîcheur d'une mémoire... >Voir plus
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Déportation, camp de concentration, négation de l'être, torture, misère, désespoir, mort…Les livres sur l'univers concentrationnaire regorgent d'histoires et de termes qui assiègent les sens, qui nous tordent le ventre et nous soulèvent les tripes tant la barbarie a défié l'inimaginable et outrepassé dans l'horreur tout ce que l'esprit humain pouvait concevoir en matière d'inhumanité.

Et puis il y a ce petit ouvrage, Prix Littéraire des Droits de l'Homme 1999, minime par son format (60 pages) mais grand par l'écho universel qu'il fait résonner en nous, écrit par Geneviève de Gaulle Anthonioz (1920 – 2002), nièce du général, résistante déportée en 1944 et détenue pendant de longs mois dans le camp de Ravensbrück.

Peu d'espoir émerge d'ordinaire de la littérature concentrationnaire. Et c'est là que cet opuscule fait la différence. Car à l'horreur bien présente, affreuse, inouïe, à laquelle on est immanquablement confronté à la lecture d'un témoignage de ce type, s'oppose, comme une miraculeuse lueur au bout d'un interminable tunnel, l'éclat diaphane de l'Espérance. Comme une petite flamme qui continue de brûler malgré tout au coeur des ténèbres, cette espérance fait subsister ce qui ne perdure pas toujours au terme d'une lecture sur les camps de concentration : la foi en l'humain et l'espoir en une aube nouvelle.

« La porte s'est refermée lourdement. Je suis seule dans la nuit. A peine ai-je pu apercevoir les murs nus de la cellule. »

Matricule 27372 – Block 26 – F.K.L. Ravensbrück – Mecklenburg – Allemagne.

Les portes du bunker se referment sur Geneviève de Gaulle. En pleine nuit, deux SS sont venus la chercher pour la conduire dans ce bâtiment qui sert de prison à l'intérieur du camp de Ravensbrück. A la hâte, la peur au ventre, elle a quitté sa baraque surpeuplée et ses malheureuses compagnes d'infortune, pour être mise au cachot, ignorante de son sort, affaiblie, terrifiée.

Le débarquement a eu lieu, l'Allemagne est en mauvaise posture. Connaissant son appartenance familiale, sans doute les allemands veulent-ils se servir d'elle comme monnaie d'échange au cas où les choses tourneraient mal ?

Les jours passent, interminables ; l'attente dans le silence et l'isolement de la cellule est infinie ; mais le statut d'otage semble de plus en plus patent, c'est bon signe, alors Geneviève s'organise, s'accroche, résiste à la peur, à la détresse, au désespoir, au découragement, grâce à tout ce à quoi l'esprit peut se raccrocher pour tenter de traverser la nuit : le rêve, la pensée attendrie de ses codétenues, les souvenirs d'enfance, la foi.

Il aura fallu près d'un demi-siècle avant que Geneviève de Gaulle ne se décide à entreprendre le récit de ces 4 mois d'isolement dans le bunker de Ravensbrück. La mémoire est dure à libérer lorsqu'on a vécu expérience si profondément traumatisante.

De son passé de résistance, nous ne saurons rien ; de son action future contre la misère et l'exclusion, nous n'en saurons pas davantage car la volonté de l'auteur n'est pas de nous donner à lire la biographie d'une femme impliquée, combattante et active. Seule compte ici l'extraction, par les mots, de ce point noir de la conscience, cet épisode si âprement, si horriblement douloureux, inscrit à jamais dans la chair et l'âme de tous les déportés qui ont survécu à l'enfer des camps.

Volontairement enveloppées d'un grand flou personnel sur l'avant et l'après de son existence, les 60 pages de « La traversée de la nuit » n'en sont que plus percutantes et évocatrices car centrées principalement sur ce drame et rien d'autre que Cela, tandis que la narration au présent abolit les barrières du temps et révèle toute la proximité d'une mémoire indélébile, tatouée tel un matricule au plus profond de la conscience malgré les nombreuses années écoulées.

Sans effet de style, avec simplicité et sobriété, Geneviève fait la déposition sans fard ni artifice - l'horreur suffit bien à l'horreur – des conditions de vie au sein du camp : le travail accablant, les maladies, la torture, les expériences scientifiques, les bastonnades, les rigueurs du temps, les corps décharnés, la faim, le froid et « bien pire que la mort, la destruction de l'âme qui est le programme de l'univers concentrationnaire ».

Mais en faisant jaillir du coeur de l'indicible le sentiment de fraternité et d'espérance, c'est aussi un double témoignage que l'auteur nous délivre et qui se dresse face à la barbarie : c'est l'incommensurable force dont l'être humain peut faire preuve si demeure encore une once de solidarité et d'amitié autour de lui. L'entraide que ces femmes jetées dans l'enfer se sont manifestées, le courage et la dignité qu'elles ont affichés est une formidable leçon de vie et d'humanité.

« Je voulais essayer de rejoindre chaque lectrice, chaque lecteur sur le terrain de son humanité profonde, parce que je pense que c'est ainsi que se tisse un lien entre tous les hommes, que s'édifie le socle» révélait Geneviève de Gaulle Anthonioz dans une interview.

C'est ce que nous retiendrons de la lecture de ce témoignage intense en émotion à la résonnance universelle.

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Geneviève de Gaulle-Anthonioz est d'abord un nom.

Celui de la nièce du général De Gaulle.

Le nom d'une des femmes panthéonisées.

Un membre fondateur d'ATD Quart Monde et sa Présidente de 1964 à 1998.

C'est aussi une figure de la Résistance.

Une de ces combattantes de "l'armée des ombres", ayant appartenu au Groupe du musée de l'Homme puis au réseau Défense de la France.

Arrêtée par Pierre Bonny, l'une des deux sinistres figures avec Henry Lafont de la rue Lauriston ( siège de la Gestapo française surnommée la Carlingue ), elle est déportée le 2 février 1944 au camp de Ravensbrück.

Après avoir vécu durant neuf mois la vie de ces camps de la mort ( les kommandos, les appels interminables à 3 heures 30 de la nuit, la faim, l'humiliation, les coups, la (les) maladie, le Revier, les Kapos, les SS, les chiens, la mort de ses camarades, les sélections, les cheminées d'où s'échappait la sinistre fumée des corps brûlés dans les fours, elle est emmenée un jour d'octobre au Bunker.

Le Bunker servait de cachot aux détenues auxquelles les SS, pour des raisons Xou Y, réservaient un sort funeste.

Rares étaient celles ou ceux qui en ressortaient vivant(e)s.

Les déportées enfermées au bunker n'ont en général ni couverture ni paillasse, ont droit à une ration de pain tous les trois jours et un peu de soupe tous les cinq jours.

En outre cette condamnation au bunker " est accompagnée d'une bastonnade : vingt-cinq, cinquante ou soixante-quinze coups auxquels la détenue survit rarement."

Il y a la menace d'une exécution par balles derrière le bunker... pas loin des fours crématoires.

Il y a les sélection pour les cambres à gaz ou pour les " horribles expériences médicales" du professeur Gebhardt...

Geneviève qui ignore la raison de cette mise au cachot s'attend au pire, tremble au moindre bruit.

Face à la mort prochaine, elle se souvient.

Les souvenirs, de son enfance, des siens, de ses études, de son entrée dans la Résistance, de son arrestation jusqu'à sa déportation et à son entrée au camp de Ravensbrück... la vie au camp... tous ces souvenirs vont l'aider à supporter et à surmonter cette épreuve... aidée en cela par une foi inébranlable en Dieu et en l'homme.

Car tout au long de ce bref récit, l'amitié et l'entraide entre déportées sont une constante à laquelle Geneviève se raccroche et fait référence.

Cette expérience du Bunker, et à travers le Bunker... Ravensbrück a été racontée cinquante ans après que Geneviève l'ai vécue.

Souvenirs clairs, précis, lucides, sans concessions, d'une concision où l'émotion n'occulte rien de ce qui fut.

Cet ouvrage, qui fait référence, est un des témoignages qu'il faut connaître, parce que comme celui d'Odette Abadi, dont j'ai parlé il n'y a pas longtemps, il livre une expérience vécue de l'intérieur dans un des plus sinistres lieux dont ne manquaient pas les camps d'extermination nazis.

Un grand petit livre qui va à l'essentiel.

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Ce très court témoignage ( 59 pages ) est écrit, cinquante ans après, par Geneviève de Gaulle Anthonioz, matricule 27.372 du camp de Ravensbrück.

« solitude et désespoir » caractérisent ce séjour dans un bunker, isolée de toutes.

Pourquoi ? Elle ne le sait pas.

Ce qu'elle nous confie, par contre, ce sont les horreurs perpétrées dans ce camp. Et ce qui la soutient, c'est sa foi en Dieu. Elle lutte contre la destruction du corps, mais aussi de l'âme et fait appel pour cela à ses plus beaux souvenirs.

Un témoignage émouvant et nécessaire.

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Déportée à Ravensbrück pour faits de résistance, Geneviève de Gaulle (nièce du général) est mise au cachot. Pourquoi ? mystère Pourquoi en sort-elle indemne ? Mystère. Cet intermède d'environ 2 mois (du 25 octobre à après Noël) lui permet de se reposer (plus de corvée), de se refaire une petite santé (par le repos) mais aussi de raconter. Sa vie au camp, les atrocités, les mortes, la déshumanisation. Mais aussi les petites fêtes, les petites joies, tout ce qui permet d'échapper à l'indicible, donne le courage de résister encore, de rester humaine. Même si cela les met en danger (mais qu'est-ce dans cet univers, elles sont déjà condamnées à mort). Elle s'inquiète de son sort (un peu) et de celui de ses camarades (beaucoup) ; elle se sent coupable d'être là, à l'abri. Puis un jour, elle sort;

Elle sera présidente de l'association des déportées, puis membre fondateur d'ADT-Quart Monde.

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La nuit et le brouillard ont envahi cette portion de monde : Ravensbrück, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Berlin, fin 1944 - début 1945.

Dans une partie du camp qu'on appelle le « bunker », quartier d'isolement où les prisonniers sont privés de tout lien avec leurs semblables, une femme croupit.

Par n'importe quelle femme. Celle-ci porte un nom qui résonne comme un espoir ailleurs et une malédiction entre les serres nazies : Geneviève de Gaulle, la nièce du général, alors à Londres et modeste bougie qui éclaire ceux qui refusent les ténèbres de la soumission à l'ennemi.

Seule, Geneviève, pour ne pas devenir folle – ainsi que cet homme, dans un fameux récit de Zweig, qui se servit d'un manuel d'échecs comme d'une bouée de sauvetage de sa raison –, se souvient de sa vie d'avant, de sa vie au camp aussi, sans en rien retrancher d'abominable, tels ces « lapins », jouets d'expériences médicales sordides.

Car elle a la foi, Geneviève, luttant inlassablement contre ce renoncement, antichambre de la mort. Elle est soutenue, Geneviève, par ses camarades esclaves et quelques autres bonnes volontés.

Et ni l'odeur des crématoires, ni les brimades diverses et variées – la cruauté des tortionnaires est imaginative ! – n'infléchiront cette volonté, sans doute de famille, sûrement inspirée par plus haut qu'elle : Dieu.

Elle ne sait pas alors que son isolement elle le doit à son patronyme : Geneviève est passée de non-être à monnaie d'échange.

Il lui aura fallu plus de cinquante ans pour écrire ce témoignage d'une authentique chrétienne, tournée vers l'autre, même dans ce chaudron infernal des camps nazis.

Depuis peu, le nom de celle qui a traversé la nuit et retrouvé le jour figure au Panthéon, autre bunker où l'on précipite les dépouilles à des fins bien moins altruistes qu'il n'y paraît, mais elle, Geneviève, demeure dans son cimetière de Haute-Savoie, à l'air libre et près de son mari, loin des murs à croix gammée qui ont failli avoir raison de son corps et son âme.

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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation

L’interrogatoire (p. 54-55)

Après m’avoir fait signe de m’asseoir sur ma couchette, Suhren [le commandant du camp] s’assied sur mon tabou¬ret et redit que je dois répondre très sincèrement à toutes les questions qui me sont posées. Il n’ou¬vrira plus la bouche ensuite, visiblement très impressionné par les deux autres.

L’entretien commence par des questions sur mon arrestation, sur les raisons qui l’ont moti-vée, si j’ai à me plaindre d’interrogatoires de la Gestapo, du traitement dans la prison de Fresnes. Je tiens à préciser que je n’ai pas été personnellement torturée, seulement jetée à terre et rouée de coups de poing et de coups de pied, ce qui paraît beaucoup choquer l’officier qui prend des notes. J’évoque le terrible voyage, l’arrivée à Ravensbrück, le dépouillement complet les chiens, les coups, la terreur. Ensuite en essayant de suivre un ordre chronologique je décris la destruction progressive de ce qui constitue un être humain, de sa dignité, de sa relation avec les autres, de ses droits les plus élémentaires. Nous sommes des « Stucks », c’est-à-dire des morceaux; n’importe quelle surveillante et même les policières de camp, les chefs de baraque — détenues comme nous — peuvent impunément nous injurier, nous frapper, nous piétiner à terre, nous tuer, ça ne sera jamais qu’une vermine de moins. J’ai vu, j’ai subi cet écrasement, alors que déjà le corps n’en peut plus. La faim, le froid, le travail forcé sont certes des épreuves mais pas les pires.

Que comprennent mes visiteurs? Parfois l’un ou l’autre sursaute, m’interrompt pour que je précise un fait, surtout quand les mauvais traitements me concernent personnellement. Suhren réalise peut-être que cette détenue-là est encore capable de témoigner et même de juger. Si l’Allemagne nazie est vaincue, il y aura des res¬ponsables qui devront rendre compte. A moins de supprimer les survivants jusqu’au dernier? Est-ce que cette déposition est pour me tester? éprouver ma force d’accusation plus tard, si je sors de Ravensbrück?

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Du fond de l’abîme, moi aussi j’appelle Dieu comme l’ont fait tant d’autres.

Ce n’est même pas un silence qui me répond, mais la misérable rumeur de ma détresse.

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Tandis que nous marchions en titubant de fatigue entre les baraques sombres, sur le sol noir de scories, bien pire que la mort, c'était la destruction de notre âme qui était le programme de l'univers concentrationnaire.

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Leurs jambes sont atrocement mutilées, elles sautillent en s’aidant de béquilles rudimentaires. Ces jeunes filles polonaises ont subi des prélèvements d’os et de muscles, certaines jusqu’à six fois, et le chirurgien célèbre, professeur de l’université de Berlin, a contaminé les blessures avec la gangrène, le tétanos ou le streptocoque.

Ainsi prétendait-il démontrer que le Gauleiter Heydrich, qu’il avait soigné après un attentat, ne pourrait survivre aux infections de ses plaies.

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Tandis que nous marchions en titubant de fatigue entre les baraques sombres, sur le sol noir de scories, m'obsédait la certitude que, bien pire que la mort, c'était la destruction de notre âme qui était le programme de l'univers concentrationnaire.

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Videos de Geneviève de Gaulle Anthonioz (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Geneviève de Gaulle Anthonioz
Geneviève de Gaulle : les yeux ouverts Bernadette Pécassou-Camebrac
Calmann-Lévy , (mars 2019)
Résumé
Nièce du général, G. de Gaulle-Anthonioz a été marquée par son engagement dans la Résistance et son internement au camp de Ravensbrück. Elle consacre sa vie à la défense des plus démunis et soutient le mouvement ATD Quart monde. Un portrait intime construit à partir d'archives et d'entretiens avec ses proches. ©Electre 2019
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