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Critiques sur Nos disparus (70)
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horline
  05 septembre 2014
La Louisiane des années vingt, c'est encore et toujours ce Sud miséreux et poisseux, ravagé par le tord-boyaux de contrebande et la chaleur moite. Territoire de marais et de forêts sauvages, ce pays n'est en rien hospitalier. Mais il constitue un formidable terreau pour la littérature de nature à forger des vies laborieuses ou mettre les hommes de valeur à l'épreuve.
C'est le cas de Sam Simoneaux. Seul rescapé du massacre qui a décimé sa famille, il a toujours su éviter les balles de calibre .38 ou .45. Il faut dire que La Nouvelle-Orléans, pas encore NOLA, cultive une certaine élégance la distinguant de cette région rustre et primaire. On aspire à y vivre paisiblement avec des souliers parfaitement cirés et des cols de chemise bien repassés au rythme de quelques mélodies improvisées dans les rayons du magasin Krine. Même lorsqu'on est un "cul-terreux de Cajun".
Sam ne pouvait vivre ailleurs, il a su exorciser son passé, tenir ses fantômes à distance et mener une vie sereine…jusqu'à l'enlèvement de la petite Lily.
Chargé de la retrouver, Sam embarque sur un vieux steamer à la dérive pour un voyage plus éprouvant que prévu. Remontant le fleuve, il y a la menace des coups de pelle et des colts mais aussi ce kidnapping qui réactive, au fur et à mesure de l'enquête, les résonances lointaines de sa propre histoire intime sur laquelle le temps a passé…


Tim Gautreaux n'est plus un auteur prometteur. Avec un troisième roman ample, âpre et généreux laissant le sentiment d'une simplicité enveloppante, il est désormais un romancier aguerri. Comme dans le précédent opus le dernier arbre, il parvient à tisser les fils de deux drames intimes au coeur d'un récit d'aventure palpitant. On y retrouve certains tropismes : la brutalité des choses faisant de l'humanité quelque chose de précieux et d'éclatant, le murmure d'un monde qui se désagrège, un homme intègre confronté à ce qui le dépasse …des composantes propres à dessiner brillamment un roman sombre et puissant.
Bien que les personnages soient taillés au canif, l'histoire ne se contente pas d'une trame cousue de fil blanc. Elle se développe le long de petites failles sans pour autant explorer les consciences, Tim Gautreaux a préféré construire un récit dense, offrant des images fortes et sobrement hanté par la question de la perte, du deuil, de la résilience et de la justice. Il n'y a donc ni esbroufe, ni surenchère, mais un texte qui se colore d'une tonalité profonde et grave avec une humilité passionnante. On se laisse ainsi facilement prendre par un récit qui ressuscite un monde rural clivé et archaïque, une narration baignée par la foi solide en la morale de Sam et qui accorde peu de place pour des sentiments flottants entre les lignes.
Roman captivant. Auteur convaincant.
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Crossroads
  29 janvier 2019
Dans la famille on a pas eu d'bol, je tire Sam Simoneaux et je retiens un.
Bébé unique rescapé d'un massacre familial, le gars aura cependant eu la fortune de réchapper à une guerre qu'il aura connue sur le tard.
Et là, vous vous dites que le bonhomme a le uc bordé de nouilles.
Oui, mais non.
Devenu responsable d'étage d'un grand magasin, il ne pourra empêcher l'enlèvement d'une gamine, Lily Weller, et donc, de par le fait, un licenciement sec dans la foulée. Alors qu'avec un s'il vous plaît et un peu de crème, ça passait tout seul.
Mais le garçon a de la ressource et de la bonne volonté à revendre.
Désormais pianiste amateur et troisième lieutenant sur l'Ambassador, fier bateau à aubes (et non à daube, cf le Titanic) sillonnant le Mississipi, il n'en reste pas moins tributaire des Weller et mettra donc un point d'honneur à retrouver leur fillette coûte que coûte.

Très joli moment offert par un Tim Gautreaux fort inspiré.
Pas que le récit soit démonstratif en terme d'action pure et de twists endiablés, le rythme est à l'image fidèle de l'Ambassador traçant sereinement son sillon sur les eaux saumâtres du Mississipi, mais il est un domaine dans lequel l'auteur excelle, l'ambiance.
Sur fond de jazz mystique et enjoué déversé dans de bien sombres salles enfumées, l'auteur nous emporte dans une quête, une inaccessible étoile - certain que quelqu'un en fera une chanson, un jour - celle de la vie plus forte que l'affliction et la désolation planant sur ces bien tristes hères.

Une galerie de portraits divers et variés, tant sur le plan humain que celui de l'inculture dangereusement crasse qui parfois les habite, fera le bonheur des petits et des grands.
Comme ça, de visu, je tablerai sur une fourchette de 1,62m à 1,93m histoire de répondre à une interrogation plus que légitime.
Les protagonistes enchantent -souvent déchantent- tout comme le contexte original qui ne cesse de vous envelopper de ses mélopées jazzy égrenées au rythme de l'eau.
Un bonheur de lecture qui se marie, paradoxalement, fort bien avec une sombre trame habilement troussée.

Nos disparus est un récit passionnant aux ramifications multiples.
La famille, l'héritage, la descendance, l'inné et l'acquis, un questionnement douloureux de tous les instants qui saura vous séduire pour peu que vous daigniez embarquer à bord de l'Ambassador, fier bateau à au...
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tynn
  23 octobre 2014
Les armes à feu doivent rester au vestiaire!

Après avoir décimé une forêt dans son précédent livre, Tim Gautreaux nous invite en croisière à bord de l'Ambassador, bateau à aubes décrépi sur le majestueux Mississippi.
Car cette salle de concert flottant est bien un des personnages de cette peinture sociale et historique des années 20 aux Etats Unis.

Quel conteur, monsieur Gautreaux!
On s'y croit, sur les parquets cirés, tapant du pied sur de la Blue Grass music au rythme du banjo de "Turkey in the straw".
On participe aux bagarres générales de culs-terreux avinés au tord-boyau de contrebande, au rythme des quadrilles de musique country et du fox-trot. Un monde joyeusement violent, de bourgeois élégants, de petits métiers miséreux, de bougres primaires et immoraux, de cousettes à aigrettes, de joyeux fêtards en canotiers et de musiciens déchaînés. Les années folles remontant le grand fleuve depuis la Nouvelle Orléans, sous fond de prohibition et avant la Grande Dépression.

Dans cet univers de plaisirs et de musique de jazz, Sam Simoneaux se retrouve embarqué à double titre d'employé et de détective sur les traces de rapt d'enfant.
Sam, cajun ancien combattant, orphelin d'hier, et père de jeune descendance disparue, porte en lui un sentiment de perte si fort qu'il s'implique et s'investit en compassion et empathie. Chercher les traces d'une petite fille le fera s'égarer dans les trous reculés de l'Arkansas et du Mississipi, ses habitants frustres et sa végétation luxuriante. Il y retrouvera la piste de sa propre tragédie familiale.

En dépit de la violence du contexte, il y a une gaité débridée, une énergie vivifiante dans la narration. Moins sombre que son livre précédent, l'auteur nous offre une histoire forte avec des personnages attachants, racontant magnifiquement sa région et les hommes qui l'ont construite.
En dépit d'un lourd contexte de vengeance et de culpabilité, on referme le livre avec l'espoir que vivre sans haine peut être la plus belle vertu humaine.

Très beau voyage musical!
Et remerciements à Masse critique et aux Editions Seuil (www.seuil.com) pour ce partenariat
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isabelleisapure
  24 juin 2015
Quel magnifique livre ! J'ai un énorme coup de coeur pour ce roman de Tim Gautreaux et le referme à regret. Mélange de quête et d'intrigue à suspense, ce roman fleuve, qui suit les méandres du Mississipi, contient tous les ingrédients nécessaires pour séduire le lecteur : une trame bien ficelée, des dialogues accrocheurs, une peinture de l'époque précise, des personnages attachants et des décors somptueux – ici le Mississipi, ses forêts et son arrière-pays.

Sam Simoneaux est un jeune catholique honnête et travailleur marqué par un drame terrible. Sa famille tout entière a en effet été massacrée lorsqu'il était enfant par le clan des Cloat, des fermiers sans foi ni loi qui hantent encore les comtés de leur région. Après la Grande Guerre, Sam rentre à la Nouvelle-Orléans et devient responsable d'étage aux grands magasins Krine. Il pense avoir trouvé un peu de paix auprès de son épouse. Hélas, sa vie bascule à nouveau le jour où Lily Weller, une fillette de 3 ans, est enlevée sous ses yeux. Licencié et incapable d'oublier cette tragédie, il se fait engager sur l'Ambassador, le bateau à bord duquel travaillent les époux Weller, et va tout tenter pour retrouver la trace de Lily en enquêtant à chacune de leurs escales. C'est ainsi que les Cloat réapparaissent dans la vie de Sam, qui va devoir affronter ses pires démons, poursuivant ses ennemis jusque dans les étendues sauvages de l'Arkansas.
Tim Gautreaux parvient brillamment à redonner vie à cette époque fascinante où les bateaux à aubes descendaient le fleuve et où l'on swinguait sur les premiers airs de jazz, dans une nation en pleine expansion dont les étendues les plus reculées étaient en proie à la loi du plus fort. Nos disparus est à la fois l'histoire bouleversante d'une rédemption et une méditation profonde sur la loi, la culpabilité, la force des liens du sang et l'inutilité de la vengeance.
Un immense bonheur de lecture.
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Shan_Ze
  29 janvier 2018
Quand Sam Simoneaux rentre en 1921 à la fin de la Grande Guerre, il est traumatisé. Il devient responsable dans un magasin Krine et son chef le rend responsable de la disparition d'une petite fille de trois ans. Pour essayer de s'amender, il va partir à la recherche de la fillette en s'engageant du même coup sur l'Ambassador, un bateau à aubes qui organise des soirées musicales, parfois assez agitées.
Nos disparus, c'est l'histoire personnelle de Sam, son enfance, son passage en France à la fin de la guerre, la recherche de Lily. Nous sommes en Louisiane, dans les années 20, une bonne partie de l'histoire se passe sur l'Ambassador, l'ambiance est spéciale entre les fêtes et l'attente des parents de Lily, la musique jouée par l'orchestre. C'est un roman foisonnant, la guerre, la musique, l'alcool, les attentes, les pensées sur la perte, le deuil… Nos disparus, c'est une époque, la vie des Cajuns en Louisiane, l'appartenance à une famille. Pas un rythme trépidant mais l'intérêt est toujours là, tenu par la belle plume de Tim Gautreaux. Je reviendrai vers cet auteur qui m'a marqué de jolie façon.
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encoredunoir
  30 août 2014
Tim Gautreaux était une des belles découvertes de l'année 2013 avec son Dernier arbre. Il confirme avec Nos disparus tout le bien que l'on pouvait penser de lui.
Comme dans son premier roman, nous sommes en Louisiane après la Première Guerre mondiale. Débarqué à Saint-Nazaire le 11 novembre 1918, Sam Simoneaux n'a pas connu les combats mais est resté plusieurs mois pour mener une tâche absurde : tenter de déminer les champs de batailles en récoltants obus, bombes, mines et grenades non explosés pour les faire sauter définitivement. Un travail éprouvant et à l'image de toute la guerre, traumatisant.
C'est ce jeune cajun intelligent mais un peu timide, pétri d'une éducation catholique, que Tim Gautreaux nous propose de suivre à son retour. Devenu chef d'étage d'un grand magasin de la Nouvelle-Orléans, Sam va être incapable de retrouver une petite fille de trois ans qui a échappé à la surveillance de ses parents et dont il apparaît vite qu'elle a été enlevée. Pointé du doigt par les parents de la fillette, par son patron et même, dans une certaine mesure, par sa propre épouse pour n'avoir pas pu empêcher le drame, il décide de se lancer seul à la recherche des kidnappeurs. Une enquête qu'il va mener le long du Mississipi à bord de l'Ambassador, bateau d'excursion à aubes qui remonte et descend le fleuve le temps d'une saison avec un orchestre de jazz et sur lequel travaillent les Weller, parents de la petite disparue.

Comme le dernier arbre, Nos disparus est d'abord le roman d'un monde en train de disparaître, la Grande Guerre étant le marqueur d'un passage définitif à un vingtième siècle dans lequel il faudra désormais que les protagonistes trouvent leur place. de l'Ambassador lui-même qui, comme une vieille putain trop maquillée finit de naviguer sur le Mississipi avec des couches de plus en plus épaisses de peinture qui masquent mal son délabrement jusqu'à la découverte d'une famille de hors-la-loi qui achève de se décomposer en passant par ces villes du bord du fleuve survivantes du temps de l'industrialisation glorieuse dont elles ne semblent avoir gardé que la fumée et la pollution tandis que la population, lumpenproletariat ravagé par l'alcool frelaté, se meurt lentement, le monde saisissant que dépeint Gautreaux est l'expression même de ce changement qui, s'il est peut-être plus lent que dans l'Europe qui a vécu la guerre, n'en est pas moins inéluctable.
C'est dans se monde que Sam Simoneaux se débat avec sa culpabilité. Pour avoir laissé la petite Lily Weller se faire enlever, pour avoir survécu au massacre de sa famille quand il n'avait que six mois, pour avoir laissé derrière lui, en France, une orpheline blessée par sa faute. le poids de cette culpabilité et celui de l'absence de ces disparus pèse sur ses épaules tout au long de ce roman. Pour autant, et même s'il semble parfois, dans un bien catholique exercice d'auto flagellation, se résigner à supporter ce fardeau, Sam n'en démontrera pas moins une impressionnante force de caractère et, surtout, une belle capacité à l'empathie et à lutter contre les sentiments les plus sombres qui pourraient le guider.
Car si Gautreaux reprend comme dans son précédent roman sa réflexion sur les liens familiaux – ceux dont on hérite et ceux que l'on crée – il pousse ici plus que dans le dernier arbre une autre thématique importante de son oeuvre qui n'en fini pas de bouleverser Sam Simoneaux et de nourrir ses atermoiements : la question de l'inanité de cette vengeance qui, chez Gautreaux, dresse une frontière entre sauvagerie et civilisation.

Tout cela se dessine dans un roman constamment en tension dans lequel s'enchaînent les scènes surprenantes ou poignantes derrières lesquelles se dessine une société en plein changement dans laquelle certaines choses ne changent cependant pas : le racisme et la discrimination à l'égard des minorités, qu'il s'agisse ici des musiciens noirs embarqués sur l'Ambassador ou des Cajuns, l'impunité dont bénéficient les plus violents et les plus riches. Sans que pour autant Sam Simoneaux abandonne tout espoir de vivre lui aussi avec sa famille le rêve américain. Un rêve dont l'Ambassador, au sortir d'une séance de rafraîchissement de ses peintures, représente une belle métaphore sous les yeux de Sam :

« Il leva la main, puis la laissa retomber.
-Je n'y comprends rien. Il y a quelques jours encore, c'était une épave puante. Aujourd'hui, il me donne envie de partir en croisière au clair de lune. »

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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bilodoh
  04 juillet 2017
Un Cajun de la Louisiane, un gars qui n'aspire qu'à un petit job tranquille dans un grand magasin, mais dont le destin ne cesse de troubler l'existence.

Il est hanté par le passé, sa survie au massacre de sa famille, sa découverte de la guerre lorsqu'il se rend sur en Europe en 1918. La guerre est finie, mais des hôpitaux accueillent les estropiés et il faut nettoyer les champs qui sont d'immenses cimetières parsemés d'obus, de mines et de grenades.

Revenu au pays, Sam Simoneaux se concentre sur son travail, mais l'enlèvement d'une fillette l'amène à naviguer sur le Mississippi, sur un des grands bateaux qui offrent des divertissements musicaux aux riverains.

C'est un portrait très dur du pays et de l'époque : des bourgades isolées, affligées de violences gratuites et où la richesse permet souvent d'acheter les consciences. Mais où on trouve aussi des gens honnêtes et travailleurs, des artistes de talent et des perles de sagesse.

Notre héros trouvera-t-il son chemin en parcourant les méandres du fleuve et galopant à travers la campagne hostile? Et saura-t-il résister au désir de vengeance qui peut transformer une victime en meurtrier?

Un bon gros roman, une bonne histoire, un dépaysement assuré, un merveilleux moment de lecture, que demander de plus !
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PiertyM
  02 mai 2016
Ca aurait pu être un roman d'aventures ou un roman noir, l'auteur aurait pu mettre un peu plus de tension pour émouvoir nos émotions, il aurait pu faire de son personnage principal Sam Simoneaux un héros d'une habilité de vent, d'une perspicacité à la tronche de Sherlock Holmes, d'une intelligence infaillible avec un récit mouvement de heurts, de tournures abracadabrantes à couper le souffle...he bè, il n'en est rien...et c'est aussi toute la beauté de ce livre! Sam Simoneaux n'est pas un personnage enthousiaste, un super homme, il est simplement vivant, il se retrouve dans une enquête intéressante de vol d'enfant d'une manière circonstancielle, il est attachée à une tragédie qui a frappé sa famille alors qu'il n'avait que Six, son père, sa mère, sa soeur, son père vont périr, vingt sept après aucune flamme de vengeance troublera sa vie...mais tout va se faire avec le temps...
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Tostaky61
  22 mars 2020
Il y a un moment que j'aurais dû entreprendre ce voyage sur le Mississippi,  ce livre squattait ma PAL depuis de nombreux mois.
Alors, quoi de mieux que cette période de confinement pour s'évader ?
Pour cela, j'ai dû remonter jusqu'aux années 1920.
J'ai pris ma plus grande malle, j'y ai déposé quelques costumes, ma clarinette, sans oublier quelques partitions des plus beaux morceaux de jazz de l'époque et j'ai embarqué sur ce vieux bateau à aubes, "L'Ambassador".
Bon, j'avoue qu'en posant le pied sur son plancher, je me suis interrogé sur sa solidité, selon toute vraisemblance on venait de lui donner un coup de jeune, mais la peinture ne fait pas la solidité du bâtiment.
Voilà comment Tim Gautreaux m'a emmené sur les traces de ses disparus.
Il m'a fait rencontrer Sam Simoneaux ce responsable d'étage d'un grand magasin de la Nouvelle Orléans qui a vu sa vie basculer le jour ou une petite fille a été kidnappée sous ses yeux.
Orphelin à la suite du massacre de sa famille, il se voit chargé, par les parents de l'enfant, de la retrouver.
Des recherches qui vont l'amener à se questionner sur son propre passé.
Gautreaux vous mène en bateau donc, aux sons des orchestres de jazz, au rythme des danses et des bagarres, mais il vous invite aussi à prendre le train, vous aurez même le plaisir (ou pas) de faire un bout de chemin à dos de mulet ou de chevaux qui souvent ne sont pas les plus fiers représentant de la race.
J'ai adoré ce roman.
Ce personnage tout en ambiguïté, en questionnement, en incertitude, en fragilité. 
Tous les autres qu'ils croisent, ses proches, ceux qui l'aident ou ses ennemis.
Ce rafiot où une population parfois miséreuse, vient chercher quelques heures de bonheur en se défoulant sur le parquet ou en s'enivrant d'alcool frelaté.
Cette musique aux accords divers selon la couleur des musiciens, un orchestre en harmonie avec la clientèle  embarquée.
Un récit tout en douceur, un peu comme ce fleuve sur lequel on navigue, il y a parfois des remous, un courant plus fort ou contraire, mais on ne dévie pas de sa trajectoire,  on garde le cap, on tient bon la barre.
Sam a un objectif. Sam n'est pas un héros, il ne cherche même pas à l'être, au contraire, on peut même le trouver lâche.
Tim Gautreaux nous dresse le portrait d'une certaine Amérique, entre deux siècles, pas tout à fait sortie de la violence du 19ème et pas encore entrée dans le monde moderne.
Une région ou l'on tente de survivre à la misère en exploitant un lopin de terre aride. Où les hommes aux mains calleuses se battent, au sens propre comme au figuré, pour donner à leur famille de quoi se nourrir et l'espoir de jours meilleurs.
Les visages sont marqués par les épreuves de la vie, vieillit avant l'âge, les yeux sont souvent humides, les corps sont meurtris par les tâches ou les coups, mais pourtant, on y voit parfois quelques sourires...



 
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Ellane92
  09 janvier 2017
Musique, famille, culpabilité, responsabilité et vengeance : voici les maitres mots de Nos disparus, un roman de Tim Gautreaux, qui nous propose de nous embarquer sur un bateau à escales à la recherche d'une enfant kidnappée.

Il y a plein de belles choses dans ce livre. J'ai beaucoup aimé voyager sur l'Ambassador, le bateau à aube qui parcourt le Mississippi, engrangeant et dégorgeant tout un tas de passagers venus découvrir et danser sur le jazz de l'orchestre noir en buvant du whisky de contrebande, tour à tour gredins, ouvriers, bourgeois... Les personnages qui travaillent sur l'ambassador sont bien campés. Les descriptions des paysages sont très réussies.
J'ai trouvé ceci dit un certain nombre de longueurs dans le récit. Et puis, je n'ai pas beaucoup aimé le côté sentencieux du personnage principal, Sam (et de quelques autres, comme l'oncle Claude), ni adhéré à l'accusation sans fin des Weller contre Sam. J'ai trouvé dans Nos disparus un coté moralisateur et "gentillet", à la façon de la petite maison dans la prairie. Les gentils garderont leur pureté en regardant les méchants se vautrer dans leur misère, leur saleté, et leurs regrets. D'ailleurs, ces "méchants" sont un peu bêtes, et j'ai plus d'une fois pensé aux frères Dalton en lisant les actions et pensées des frères Skadlock. Enfin, la fin tire beaucoup sur le côté sentimental, visant visiblement à tirer la larme à l'oeil.

Nos disparus est une lecture plaisante, agréable, qui aurait mérité, à mon avis, quelques coupures et un peu moins de manichéisme dans son traitement.
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