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EAN : 9782757889350
160 pages
Points (14/01/2022)
3.8/5   73 notes
Résumé :
Une chronique de la vie de Black Manoo, un Ivoirien arrivé à Paris dans les années 1990, entre drogue, musique, amitiés et rencontres amoureuses.
Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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Croquignolle
  26 janvier 2022
Black Manoo, c'est comme un combat de boxe dans lequel s'affrontent la tendresse à l'état brut et la violence dans tous ses états.
Un crochet du gauche et v'lan j'en prend plein la figure devant le drame des sans-papiers et de la précarité de la vie sans existence officielle.
Puis un coup de poing du droit qui me balance presque avec douceur la beauté de l'amitié, de la fidélité et de la bienveillance de personnes insoupçonnées qui me font penser que l'humanité est si belle.
Et bam'... Alors que je m'étais laissé attendrir, voilà un nouveau coup qui me rappelle que la vie d'un toxico est téléguidée par la peur du manque.
Paf !... Et encore un autre coup qui dénonce la manipulation des jeunes engagés malgré eux pour défendre militairement des causes absurdes.
Bim ! Tiens, prends-ça, Croquignolle ! Toi qui n'a même jamais imaginé ce que devait être la vie d'un immigré ivoirien sans papiers posé entre Stalingrad et Belleville
Aïe... Me voilà sonnée... Je peine à reprendre mes esprits.
Mais c'est sans compter l'énergie vitale de l'humour de Gauz qui vient me revigorer et me remettre debout pour continuer jusqu'au bout cette lecture qui m'a prise aux tripes.
Gauz, par son écriture "coup de poing" comme des punchlines indispensables m'a fait sortir de ma zone de confort, m'a tendu mes gants de boxe pour que je puisse affronter à ses côtés les hasards d'une vie pas toujours heureuse mais si empreinte de tendresse.
Alors au final, qui gagne ???
Le lecteur !!!
Celui qui a eu la chance de pouvoir se plonger dans ce livre décapant, original, dépaysant, passionnant et foncièrement doux !
Même si mon voyage aux côtés de Black Manoo s'arrête là, je ne regarderai plus jamais les "Tlenteulos", La Porte de la Chapelle et les bières Tiger de la même manière.
Un grand merci aux Editions Points et à Babelio pour cette découverte inoubliable !
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Litteraflure
  19 octobre 2020
Une femme floue fait l'avion par terre. Traduction : une femme pas très jolie est complètement ivre. J'ai toujours adoré la manière dont les Africains réinventent la langue française. de ces trouvailles, Black Manoo est truffé. Les agents de la RATP sont appelés les « Cetelem » parce qu'ils sont verts. Les putes chinoises qui font des passes à 30 euros sont des « tlenteulos ». On cuisine le poulet bicyclette (poulet élevé à l'air libre et non en cage) de toutes les manières mais la spécialité de Black Manoo reste le cou-cravate (cou de poulet avec une patte dedans…)
Black Manoo est une figure de la communauté africaine de Paris, là où les Ghanéens se moquent des Nigérians et réciproquement mais pourvu qu'un blanc passe par là, et la fierté noire calme les esprits batailleurs. C'est bien de se mélanger, de ne pas trop se regarder le nombril. Black Manoo leur a dit : « faut pas trop rester entre vous, sinon vous devenez cons ». Black Manoo vent de la drogue, ouvre un restaurant, fait le jardinier, pardon le paysagiste (parce que les métiers « ier », ça pue la misère). Bref, il se débrouille. Il y a les femmes qu'il séduit et celles qu'il entretient. Des femmes qui en bavent après des grossesses à répétition (« Ses années de nécessité ont enterré toute légèreté, habillé l'urgence en modèle ») mais qui ne perdent jamais leur sourire. Elles portent la culotte et le squat à bout de bras boudinés.
Entre combines et maraboutages, la vie de Black Manoo, le gentleman de Cocody, se termine dans la douleur parce que la morphine n'a pas d'effet sur les camés. le crabe l'emporte. Les lettres d'adieu à ses amis sont émouvantes, comme un dernier rappel de ces acteurs hauts en couleurs qui font la chair et le ciment de ce roman foutraque.
Bilan : 🌹
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croquemiette
  09 janvier 2022

Lu dans le cadre du Prix du Meilleur Roman Points. Merci !
Voici le premier roman de Gauz que je découvre après avoir entendu beaucoup de bien de ces précédents romans, «debout-payé» et «Camarade-papa».
Black-Manoo, c'est le surnom d'Emmanuel, Ivoirien qui débarque avec un faux visa à Paris dans les années 90. Il est tout d'abord charmé par les jolis noms des quartiers où il échoue (Porte des Lilas, Belleville…) mais va vite déchanter.
On suit les galères de cet immigré au costume rouge flamboyant mais pauvre, jeune homme accro à la drogue qui vit de squat en squat et qui recherche activement, du moins au début, un musicien de son pays, Gun Morgan.
Ce roman est une invitation au voyage même si on ne quitte pas la France. Dans une langue poétique et singulière, Gauz nous en met plein la vue et plein les sens, avec ses saveurs de piments et de mafé et ses personnages haut en couleurs vivant de petites magouilles. Des camés, des bougnats, des dealers, des putes à « tlentelos », des mères de famille nombreuse et même un aumônier, tous ont une histoire attachante, souvent sordide, que l'on découvre au fil de très courts chapitres qui s'enchaînent comme autant de chroniques du bitume.
Dans ce roman, on s'amuse et on sourit, on apprend des choses, on s'indigne et on pleure aussi un peu.
La fin, touchante, apporte un nouvel éclairage à ce court texte, que l'on aurait presque envie de relire une fois la dernière page tournée.
Une heureuse découverte. Une écriture riche et réjouissante.
Je recommande !
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EvlyneLeraut
  01 septembre 2020
Magistral, un cerf-volant en plein ciel, « Black Manoo » est l'un des plus beaux livres au monde. Ce récit est une boussole, un parchemin, une nécessité. La vie est ici. Tremblante, colorée, vive, attentionnée. L'écriture est une invitation, une danse endiablée, envoûtante. Olympienne, vivifiante, humble, magnanime, elle vaut tous les outils du monde pour oeuvrer en humanité. « Pas besoin d ‘aller sur la mer de la Tranquillité pour prononcer une pareille phrase. » « Roissy est sur la lune, et Air France une compagnie spatiale pour tout Africain. » La trame est magie. Formidable, les courants s'attirent et gonflent les pages de tendresse, s'abreuvent des regards loyaux. Black Manoo est un junkie abidjanais qui arrive en France. Direction Belleville, par porte de Bagnolet ou par porte de la Chapelle ? le récit rayonne, échappe ses crayons de couleur. Nous sommes dans cette symbiose cosmopolite, urbaine, sociologique, universelle. Dans cet habitus comble de combines, d'entraides, et de sincérité. Ce récit bouillonne de l'intérieur. « Black Manoo marche dans ses rêves. Les rues désertes de l'aube exacerbent l'onirique. Chaque pas, il les plante dans le pavé pour en entendre l'écho. » Vous entendez n'est-ce-pas, cette assurance, ce diapason en osmose avec la contemporanéité, chaque minute est rassasiée de désirs, de rires, de surprises, et d'espérance. Citadin, il râcle au cutter le profond des écorces. Black Manoo enchante ce récit. Il incite à l'ouverture, à l'admirable hospitalité qui est la pierre angulaire de la fraternité. Black Manoo est aussi un cri qui déchire la nuit en mille morceaux par une révolte sourde. Un homme debout qui résiste aux courants d'air, qui cherche sa voie dans le somptueux de ses amis de coeur, des hôtes des villes, des squats et des galères, qui assemble les différences même les invisibles. « Pour un sans-papiers, le défaut de titre de transport est le pire crime. » « Et survivre, c'est au-dessus de la vie. » Voyez comme la plume de Gauz respire et attire à elle le lecteur qui voudrait apprendre par coeur ce grand récit. Il y a au profond de ce récit d'ébène et de gloire, l'énergie pour résister. Les armes pour affronter ses propres démons. Les cartographies des coeurs et des espaces. Les bruits des pas, les silences, ce qui reste dans le rare d'un crépuscule qui se renouvelle en soi. Ce récit mappemonde, arc-en-ciel, musique, est salvateur. Plus que ce bout du monde insaisissable il est la puissance de l'instant et le plus bel escompte hyperbolique du futur. Les rencontres sont des chapelles, de celles qui accueillent. Il y a les langages sources. Les couleurs et les formidables courages, le berceau de l'humanité. Apprenez par coeur la page 141, « Gus Morgan » Les réponses sont ici. Posées pierres après pierres. Respectueuses, « Dans les branches d'un arbre au milieu d'un jardin de fleurs traversé par un ruisseau d'encre noire : Gus Morgan. » Et, plus encore vous comprendrez que « Black Manoo » est une accolade N° 58. Merci Monsieur Gauz pour vos mots. Black Manoo est mon ami pour toujours. « Black Manoo » est sur la place des Grands. Publié par les majeures Editions le Nouvel Attila.
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Bazart
  01 février 2022
Ivoirien, enrôlé de force pour se battre en Lybie, Black Manoo, de retour à Abidjan, il fait un séjour en prison puis sombre dans l'héroïne. Accumulant les dettes et menacé, il se voit contraint de quitter son pays et débarque en France dans les années 90, avec de faux papiers et plein d'espoir.
De squatts en logements précaires, il finit par louer un local à Belleville avec son amie Karol, pour en faire une épicerie de produits africains l'Ivoir Exotic, qui cache un bar clandestin dans son arrière salle, derrière la porte qui lui donne son nom, le Sans Issue.
Après debout-payé, premier roman au beau succès, chroniques hilarante et profonde qui racontait les aventures douces-amères d'un immigré ivoirien devenu vigile à Paris, Gauz aborde Black Manoo qui raconte les joies et les déboires d'un junkie ivoirien sans papier dans le Paris des squats des années 1990-2000.
Ce roman décrit la vie d'un grand nombre de sans papiers, débarquant à Paris., vivants de petits boulots au noir et mélangeant leurs coutumes ethniques aux moeurs parisiennes.
Squat, communauté, arnaque, petits boulots, tout y passe pour survivre : le regard humain de Gauz fait vivre des personnages tout en couleurs et en contraste dans un climat où l'on ressent une pointe de nostalgie pour un Paris populaire où prolétaires, militants et migrants se côtoient et souvent s'entraident.
On retrouve avec bonheur la patte Gauz qu'on aime bien depuis Debout payé et Camarade papa, ce style inventif et pédagogique pour un récit très chaleureux
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Citations et extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
« Refusé » dans un passeport a la même signification que la fleur de lys déposée au fer rouge sur l’épaule de l’esclave des Caraïbes au temps du code noir de Colbert : nègre fuyard ! Couper une jambe en cas de récidive ! À chaque refus de visa, il ne faut pas seulement changer de stratégie, il faut aussi changer de passeport, donc de nom. Après sept tentatives donc sept identités différentes, le Black Manoo qui obtient le visa Schengen s’appelle François-Joseph Clozel, entrepreneur en visite au salon du BTP, porte de Versailles. Il est invité par Jean Lefebvre ; l’ancienne entreprise coloniale, pas le comédien. Le consulat est moins méfiant avec ses partenaires historiques. Le berner par l’orgueil est séduisant. Page 5, un timbre argenté clame Affaires, entrées multiples, durée 3 mois. Mais la photo dans son passeport lui ressemble autant qu’une otarie à un rhinocéros. En plus, le document lui donne le double de son âge.
– Je ne passerai jamais avec ça !
Black Manoo est défaitiste. Mais le canonnier n’est pas un vulgaire passeur, un salaud qui se nourrit seulement de l’espérance des autres. Le canonnier sait lever les doutes, raffermir les convictions. Il est un menteur en scène qui transforme la plus infime probabilité en immense espoir. On l’appelle canonnier parce qu’il envoie le boulet loin au-dessus de la défense consulaire. Il est un auxiliaire indispensable des dispositifs migratoires vers l’Occident. Il rappelle que la voie méditerranée, dramatique et spectaculaire, reste une exception. Le principal bleu par lequel débarquent la majorité des migrants est celui de la gomme brûlante des trains d’atterrissage sur le bitume des pistes d’aéroports. Par milliers, les consulats de France délivrent chaque jour des visas affaires, tourisme ou diplomatiques dans des pays où on gagne moins d’un dollar par jour. Ces documents sont vrais, ce sont leurs histoires qui mentent : celles que fabrique le canonnier.
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Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
MOON WALK
« Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’Humanité. » Pas besoin d’aller sur la mer de la Tranquillité pour prononcer pareille phrase. Roissy est sur la lune, et Air France une compagnie spatiale pour tout Africain. Quand l’Airbus s’arrime à un satellite du terminal 2E, la first class ouvre la procession d’astronautes. Couloirs de verre et d’aluminium. Les tapis roulants hâtent le pas. Puis les chemins se séparent : à droite, les passeports européens ; à gauche, le reste du monde. La zone internationale s’arrête à la ligne jaune, la France commence après. Gun Morgan a prévenu, si ce n’est pour voyager, il ne met jamais les pieds dans un aéroport.
Les taxis à la sortie du hall arrivées appartiennent majoritairement à la tribu des Toyota Hybride. Mi-essence mi-électrique, ils roulent au pétrole et au nucléaire. Hybridation des consommations, hybridation des pollutions. Black Manoo tend au chauffeur le papier avec l’adresse.
– Pour Belleville, vous préférez par porte de Bagnolet ou par porte de la Chapelle ?
Ce chauffeur a la couleur et les traits d’un oncle, sauf que son accent, plein d’ « r » rabotés, évente les alizés. Martiniquais ? Guadeloupéen ? Black Manoo ne peut pas savoir. Pas plus que celle des portes à choisir. Mais première leçon en jungle urbaine, ne jamais paraître ni surpris ni décontenancé. Ce sera « Porte de la Chapelle… s’il te plaît », plus solennelle à la prononciation. Routes, ponts, chemins de fer entortillés sur l’horizon urbain. Régiments de panneaux signalétiques en rangs le long des routes ou en escadrilles au-dessus. À peine aperçu, un support écrit disparaît, et il faut déjà lire le suivant. L’un d’eux se répète souvent, alors le regard l’accroche. « A1, Paris par porte de la Chapelle. » Le client est roi, l’Hybride suit ses voies.
Le chauffeur parle. Beaucoup. Tous les taxis du monde font pareil. Au démarrage : tirades météorologiques ; pour l’accélération : lourdeur des taxes ; au virage : résultats sportifs, football, bien sûr ; au moment du freinage : questions.
– Vous venez d’où ?
En entendant « Côte d’Ivoire », changement de régime, vitesse supérieure. Moteur et logorrhée s’emballent. Abidjan, il en a souvent entendu parler à Port-au-Prince. L’homme est haïtien, donc ouragans plutôt qu’alizés. Il se présente, « Pierre Étienne ». Vraiment haïtien. Il n’y a qu’eux pour avoir des prénoms déguisés en noms, voire en surnoms. Comme Gary Victor, Hermione Léonard, James Noël… Entre les noms sur les panneaux et ceux des Haïtiens, des autos, des routes…, Black Manoo flotte dans un espace sidérant.
Le chauffeur poursuit son monologue et sa trajectoire. Une superstructure à gauche : le Stade de France. La coupe du monde est fraîche dans les mémoires, Pierre Étienne éclabousse le pare-brise de postillons jaillis des contrôles et des passements de jambe d’un joueur chauve en maillot bleu. Les essuie-glaces balayent d’approbation. Complicité homme-machine ou capteurs ultra-sensibles.
Porte de la Chapelle apparaît au bout d’un tunnel. Direction Est. L’Haïtien faufile la voiture sur le périphérique, ceinture noire en forme de haricot autour de Paris. Embouteillage. L’Hybride passe du diesel à l’électricité, de la raffinerie à la centrale nucléaire. Pare-chocs contre pare-chocs, les files de voitures sont quatre serpents de métal côte à côte. Ils glissent lentement, très lentement. Apesanteur sur macadam.
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martineden74martineden74   03 octobre 2020
« Black Manouche, quand on s’est rencontrés la première fois, ce qui m’a frappé, c’est surtout que tu es apparu les deux mains chargées de bouteilles d’eau. Il ne te manquait que le joug au-dessus de l’épaule et tu ressemblais à mon Auvergnat de grand-père. Il était porteur d’eau. Il montait et descendait des seaux chez les riches. Les sacs de charbon aussi. On a les mollets solides chez nous, l’habitude des pentes abruptes de nos volcans. Je m’appelle Bressac comme le village où je suis né. Il y avait du savoir-faire en charbon domestique, mon gaillard. On livrait dans tout Paris. En fin de journée, on était noirs comme vous. Notre réseau d’appro et de distri, c’était les seules relations du bled. On vivait entre nous. Le quartier était un mille-feuilles de gens pauvres venus de France, Belgique, Arménie, Pologne, Italie, Espagne, Maghreb et que sais-je encore. Chacun son business, chacun son réseau. Ça ne posait de problèmes à personne. Ils me font rire les politiques d’aujourd’hui, avec leurs fantasmes d’intégration. C’est quoi l’étalon du Français ? Le Berrichon ? Le Jurassien ? Le Creusois ? Comment on peut rêver de fabriquer un homme qui n’a jamais existé ? Mes grand-parents comprenaient à peine le français. Ils n’étaient même pas fichus de prononcer “charbonnier” correctement. Ils disaient “charbougna” ! C’est pour ça qu’on nous surnomme les “bougnats” ! On était des immigrés comme vous, mais en pire. On ne venait pas de loin, mais on était plus étrangers que vous, on avait beaucoup moins d’instruction que n’importe lequel d’entre vous. Black Manouche, tu es arrivé ici plus cultivé qu’un gars du xvie arrondissement. Même dans ton horrible costard rouge ah ah ah ! »
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martineden74martineden74   03 octobre 2020
Marie-George et Sidik forment un redoutable tandem de gauchistes qui n’hésitent pas à prêcher les vertus du service public dont elles sont des ayatollahs. Elles le défendent en préparant les médicaments de la chimiothérapie. Le protocole est long et scrupuleux. Black Manoo a le temps de les écouter mono-dialoguer. Elles parlent comme une seule personne.
— L’hôpital, c’est un autre pays. Il a été créé par le régime général. Nous on l’appelle Union des Républiques Sociales Soignantes, URSS !
Elles rient à l’unisson et s’embrassent au milieu d’un nuage de la Marlboro de Marie-George.
— Les gens qui rêvent de révolution, de grand soir et tout, ils savent pas qu’elle est déjà là.
— À la fin de la guerre, ils ont rassemblé toutes les caisses en une seule, avec un taux de cotisation unique pour tous et gérée par des ouvriers et des travailleurs. Révolutionnaire !
— Les directeurs des caisses sont élus par les travailleurs. L’équivalent d’un budget d’État aux mains d’une démocratie locale, sans actions, crédits, profits, etc. Révolutionnaire !
— Quand on verse une allocation à une famille, ce n’est pas du tout de la solidarité ou de la pitié pour les pauvres. Tout vient des cotisations, donc du travail. Les prestations sociales sont des salaires déconnectés des patrons, des actionnaires et de tout le bordel des capitalistes. Ça les rend dingues !
Rires, embrassades, Marlboro.
— Avant, les pauvres mouraient dans des hôpitaux où les médecins se faisaient la main pour soigner les riches dans les cliniques.
— Le régime général a renversé la situation. Tout le système de santé s’en nourrit, même les cliniques privées. Désormais, pauvre ou milliardaire, on guérit ensemble ou on meurt ensemble. Révolutionnaire !
— Croizat, le gars qui a créé ça, quand il est mort, y’avait un million d’ouvriers pour l’accompagner au Père-Lachaise.
— On n’avait jamais vu ça depuis la mort de Hugo. Ré-volu-tion-naire !
Arrive le moment de la piqûre. Black Manoo s’agite.
— Si vous avez autant peur des piqûres, comment vous faisiez avec l’héroïne ?
— Je la fumais madame.
— Vous ne fumerez pas cette seringue. Arrêtez de gigoter, ne me faites pas rater mon geste. Ce n’est pas parce que c’est gratuit que ça ne coûte rien. N’abusez pas du régime général.
Argument massue. Black Manoo place soigneusement ses fesses en offrande au service public en se disant : « Ce pays doit deux grandes choses au PCF : le régime général et le Moukou. »
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CroquignolleCroquignolle   26 janvier 2022
Chaussures, chaussettes, pantalon, chemise, costume, cravate, chapeau, avec en coquetterie finale le mouchoir glissé dans la poche haute du gilet... Tout est rouge. Le jour du départ, Black Manoo s'habille comme l'a exigé Marabout-Bakar. "Féticheur multiguérisseur, spécialiste en fortune, porte-monnaie magique, retour de l'être aimé, élections locales et nationales, football international, concours d'entrée à la fonction publique, visas Schengen, US Green card lotery ?" Ajouter une dizaine de maladies infectieuses réputées incurables comme l'ulcère de Buruli ou le sida, quelques cancers et on se dit que le talent premier de Marabout-Bakar est la mise en page. Toutes ces spécialités se bousculent autour du dessin anatomique d'un oeil sur une carte de visite standard 85 x 55 mm.
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