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EAN : 9782371000759
Éditeur : Le nouvel Attila (28/08/2020)

Note moyenne : 4/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Une chronique de la vie de Black Manoo, un Ivoirien arrivé à Paris dans les années 1990, entre drogue, musique, amitiés et rencontres amoureuses.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
EvlyneLeraut
  01 septembre 2020
Magistral, un cerf-volant en plein ciel, « Black Manoo » est l'un des plus beaux livres au monde. Ce récit est une boussole, un parchemin, une nécessité. La vie est ici. Tremblante, colorée, vive, attentionnée. L'écriture est une invitation, une danse endiablée, envoûtante. Olympienne, vivifiante, humble, magnanime, elle vaut tous les outils du monde pour oeuvrer en humanité. « Pas besoin d ‘aller sur la mer de la Tranquillité pour prononcer une pareille phrase. » « Roissy est sur la lune, et Air France une compagnie spatiale pour tout Africain. » La trame est magie. Formidable, les courants s'attirent et gonflent les pages de tendresse, s'abreuvent des regards loyaux. Black Manoo est un junkie abidjanais qui arrive en France. Direction Belleville, par porte de Bagnolet ou par porte de la Chapelle ? le récit rayonne, échappe ses crayons de couleur. Nous sommes dans cette symbiose cosmopolite, urbaine, sociologique, universelle. Dans cet habitus comble de combines, d'entraides, et de sincérité. Ce récit bouillonne de l'intérieur. « Black Manoo marche dans ses rêves. Les rues désertes de l'aube exacerbent l'onirique. Chaque pas, il les plante dans le pavé pour en entendre l'écho. » Vous entendez n'est-ce-pas, cette assurance, ce diapason en osmose avec la contemporanéité, chaque minute est rassasiée de désirs, de rires, de surprises, et d'espérance. Citadin, il râcle au cutter le profond des écorces. Black Manoo enchante ce récit. Il incite à l'ouverture, à l'admirable hospitalité qui est la pierre angulaire de la fraternité. Black Manoo est aussi un cri qui déchire la nuit en mille morceaux par une révolte sourde. Un homme debout qui résiste aux courants d'air, qui cherche sa voie dans le somptueux de ses amis de coeur, des hôtes des villes, des squats et des galères, qui assemble les différences même les invisibles. « Pour un sans-papiers, le défaut de titre de transport est le pire crime. » « Et survivre, c'est au-dessus de la vie. » Voyez comme la plume de Gauz respire et attire à elle le lecteur qui voudrait apprendre par coeur ce grand récit. Il y a au profond de ce récit d'ébène et de gloire, l'énergie pour résister. Les armes pour affronter ses propres démons. Les cartographies des coeurs et des espaces. Les bruits des pas, les silences, ce qui reste dans le rare d'un crépuscule qui se renouvelle en soi. Ce récit mappemonde, arc-en-ciel, musique, est salvateur. Plus que ce bout du monde insaisissable il est la puissance de l'instant et le plus bel escompte hyperbolique du futur. Les rencontres sont des chapelles, de celles qui accueillent. Il y a les langages sources. Les couleurs et les formidables courages, le berceau de l'humanité. Apprenez par coeur la page 141, « Gus Morgan » Les réponses sont ici. Posées pierres après pierres. Respectueuses, « Dans les branches d'un arbre au milieu d'un jardin de fleurs traversé par un ruisseau d'encre noire : Gus Morgan. » Et, plus encore vous comprendrez que « Black Manoo » est une accolade N° 58. Merci Monsieur Gauz pour vos mots. Black Manoo est mon ami pour toujours. « Black Manoo » est sur la place des Grands. Publié par les majeures Editions le Nouvel Attila.
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solennlevant
  09 septembre 2020
Black Manoo débarque de son Abidjan natal à Paris. Ses papiers sont « provisoirement en règle » : A peine a-t-il foulé le sol de Roissy, son passeport repart direct pour faciliter le passage d'un autre. le junky se trouve sans le sou, ni justificatif de sa présence en France, dans le quartier de Belleville mais croise la main salvatrice de son ancien dealer, le premier personnage qu'il rencontre d'une population haut en couleur qui peuple ce quartier. A travers les yeux de Black Manoo, on vibre au rythme des tracas, des travers, des victoires et des joies de ses habitants. Leurs noms chantent dans nos oreilles: Solo-des-grands-B, Seksy, Lass Kader… On suit leurs péripéties d'un squat d'autonomes cohabitant avec des familles africaines, en passant par le "Moukou" havre des soirées afroparisiennes situé sous l'ombre protecteur du siège imposant du PCF, à une guinguette clandestine où on danse le zouglou… En arrière fond la Côte d'Ivoire avec les flashbacks du passé de Black Manoo. Ce livre est une ode à la vie, aux liens qui se tissent les uns les autres qui lui donnent du sens.
Ce polaroïd bellevillois est mis en valeur par l'écriture innovante de Gauz. Il joue avec les mots, un pur styliste comme Céline ou Romain Gary en leur temps. J'ai ri tout le long de la lecture et ai trouvé ma révélation 2020 ! Un petit plus pour la photo de couverture de l'artiste Aïda Muluneh.
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Flaubauski
  28 août 2020
Deuxième lecture dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2020
Lorsque Black Manoo, Ivoirien qui a besoin d'échapper à son pays natal, toxicomane notoire, arrive par avion à Paris, il se fait vite embarquer par le tumulte de la vie de la capitale en retrouvant son ami dealer, Lass Kader, qui avait disparu il y a plusieurs années sans laisser de traces, dans les rues de Belleville, lieu de son nouvel univers.
J'ai franchement aimé la prose de Gauz, qui nous propose un rythme vif, puissant, que l'on a du mal à lâcher, notamment en raison d'un phrasé enlevé, drôle ou mordant quant aux mots choisis pour raconter et décrire Black Manoo et ses rencontres, son passé…. L'auteur a un style que je n'avais encore jamais rencontré ailleurs, rendant à merveille les pérégrinations multiples et tortueuses de son personnage, et avec lui le monde tout aussi multiple et tortueux qu'il côtoie.
Malgré tout, je suis restée sur ma faim : en effet, je n'ai pas réussi à pénétrer derrière cette plume que j'ai pourtant appréciée. La succession de rencontres, d'évènements présents vécus, ou passés racontés, a été justement un peu trop tortueuse pour que je parvienne complètement à adhérer à ce que je lisais.
Lien : https://lartetletreblog.com/..
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TambaMera
  28 août 2020
Une pierre deux coups, un visage deux corps, un homme deux facettes, c'est l'histoire de Black Manoo un I-Vois-rien à Belleville (Blague de Malien pas vraiment originale), qui pose ses valises dans un squat trois étoiles, avec vue sur l'amer et service de "consoeurgerie".
De belleville au Quai de Valmy, Black Manoo trace sa route pour se faire une place au soleil. Autour de lui, se succèdent des personnages tout aussi désorientés que lui, et parfois mieux "intégrés" car se sont faufilés entre les mailles du filet.
Au milieu d'effluves de mafé à base de Dakatine et fumées de cigarettes, la petite guinguette, qu'il parvient à ouvrir, prend des allures de réceptions d'ambassadeurs de l'afro-groove. On y chante ! On y danse ! Et on y discute "le vous et le nous".
Troisième roman de l'auteur, tout aussi dense et riche que les deux précédents, on y retrouve un style "barbesque" tenue par une langue "cocodienne". Les deux mènent le lecteur sous des câbles "haute tension" sans jamais court-circuiter l'attention.
Le tout forme une ambiance Cocoti Kouadio de Gun Morgan, mais dans le sous-sol d'un immeuble bellevillois.
Roman à découvrir !
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Charybde2
  15 septembre 2020
Un Ivoirien à Paris, un maquis clandestin, une vie en avance rapide : une fable contemporaine foncièrement poignante, subtilement politique, et toujours diablement enjouée.
Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2020/09/15/note-de-lecture-black-manoo-gauz/
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
« Refusé » dans un passeport a la même signification que la fleur de lys déposée au fer rouge sur l’épaule de l’esclave des Caraïbes au temps du code noir de Colbert : nègre fuyard ! Couper une jambe en cas de récidive ! À chaque refus de visa, il ne faut pas seulement changer de stratégie, il faut aussi changer de passeport, donc de nom. Après sept tentatives donc sept identités différentes, le Black Manoo qui obtient le visa Schengen s’appelle François-Joseph Clozel, entrepreneur en visite au salon du BTP, porte de Versailles. Il est invité par Jean Lefebvre ; l’ancienne entreprise coloniale, pas le comédien. Le consulat est moins méfiant avec ses partenaires historiques. Le berner par l’orgueil est séduisant. Page 5, un timbre argenté clame Affaires, entrées multiples, durée 3 mois. Mais la photo dans son passeport lui ressemble autant qu’une otarie à un rhinocéros. En plus, le document lui donne le double de son âge.
– Je ne passerai jamais avec ça !
Black Manoo est défaitiste. Mais le canonnier n’est pas un vulgaire passeur, un salaud qui se nourrit seulement de l’espérance des autres. Le canonnier sait lever les doutes, raffermir les convictions. Il est un menteur en scène qui transforme la plus infime probabilité en immense espoir. On l’appelle canonnier parce qu’il envoie le boulet loin au-dessus de la défense consulaire. Il est un auxiliaire indispensable des dispositifs migratoires vers l’Occident. Il rappelle que la voie méditerranée, dramatique et spectaculaire, reste une exception. Le principal bleu par lequel débarquent la majorité des migrants est celui de la gomme brûlante des trains d’atterrissage sur le bitume des pistes d’aéroports. Par milliers, les consulats de France délivrent chaque jour des visas affaires, tourisme ou diplomatiques dans des pays où on gagne moins d’un dollar par jour. Ces documents sont vrais, ce sont leurs histoires qui mentent : celles que fabrique le canonnier.
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Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
MOON WALK
« Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’Humanité. » Pas besoin d’aller sur la mer de la Tranquillité pour prononcer pareille phrase. Roissy est sur la lune, et Air France une compagnie spatiale pour tout Africain. Quand l’Airbus s’arrime à un satellite du terminal 2E, la first class ouvre la procession d’astronautes. Couloirs de verre et d’aluminium. Les tapis roulants hâtent le pas. Puis les chemins se séparent : à droite, les passeports européens ; à gauche, le reste du monde. La zone internationale s’arrête à la ligne jaune, la France commence après. Gun Morgan a prévenu, si ce n’est pour voyager, il ne met jamais les pieds dans un aéroport.
Les taxis à la sortie du hall arrivées appartiennent majoritairement à la tribu des Toyota Hybride. Mi-essence mi-électrique, ils roulent au pétrole et au nucléaire. Hybridation des consommations, hybridation des pollutions. Black Manoo tend au chauffeur le papier avec l’adresse.
– Pour Belleville, vous préférez par porte de Bagnolet ou par porte de la Chapelle ?
Ce chauffeur a la couleur et les traits d’un oncle, sauf que son accent, plein d’ « r » rabotés, évente les alizés. Martiniquais ? Guadeloupéen ? Black Manoo ne peut pas savoir. Pas plus que celle des portes à choisir. Mais première leçon en jungle urbaine, ne jamais paraître ni surpris ni décontenancé. Ce sera « Porte de la Chapelle… s’il te plaît », plus solennelle à la prononciation. Routes, ponts, chemins de fer entortillés sur l’horizon urbain. Régiments de panneaux signalétiques en rangs le long des routes ou en escadrilles au-dessus. À peine aperçu, un support écrit disparaît, et il faut déjà lire le suivant. L’un d’eux se répète souvent, alors le regard l’accroche. « A1, Paris par porte de la Chapelle. » Le client est roi, l’Hybride suit ses voies.
Le chauffeur parle. Beaucoup. Tous les taxis du monde font pareil. Au démarrage : tirades météorologiques ; pour l’accélération : lourdeur des taxes ; au virage : résultats sportifs, football, bien sûr ; au moment du freinage : questions.
– Vous venez d’où ?
En entendant « Côte d’Ivoire », changement de régime, vitesse supérieure. Moteur et logorrhée s’emballent. Abidjan, il en a souvent entendu parler à Port-au-Prince. L’homme est haïtien, donc ouragans plutôt qu’alizés. Il se présente, « Pierre Étienne ». Vraiment haïtien. Il n’y a qu’eux pour avoir des prénoms déguisés en noms, voire en surnoms. Comme Gary Victor, Hermione Léonard, James Noël… Entre les noms sur les panneaux et ceux des Haïtiens, des autos, des routes…, Black Manoo flotte dans un espace sidérant.
Le chauffeur poursuit son monologue et sa trajectoire. Une superstructure à gauche : le Stade de France. La coupe du monde est fraîche dans les mémoires, Pierre Étienne éclabousse le pare-brise de postillons jaillis des contrôles et des passements de jambe d’un joueur chauve en maillot bleu. Les essuie-glaces balayent d’approbation. Complicité homme-machine ou capteurs ultra-sensibles.
Porte de la Chapelle apparaît au bout d’un tunnel. Direction Est. L’Haïtien faufile la voiture sur le périphérique, ceinture noire en forme de haricot autour de Paris. Embouteillage. L’Hybride passe du diesel à l’électricité, de la raffinerie à la centrale nucléaire. Pare-chocs contre pare-chocs, les files de voitures sont quatre serpents de métal côte à côte. Ils glissent lentement, très lentement. Apesanteur sur macadam.
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Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
La porte est fermée, seul Black Manoo détient la clef. Un appel de Karol, trois coups et il ouvre. Ne pas attirer la curiosité, rester loin des regards délateurs et inquisiteurs des Yass, les contrôleurs sanitaires. L’extrême discrétion n’empêche pas que se répande la rumeur chez les Ivoirisiens, les Ivoiriens de Paris : « Black Manoo, le vieux père de Cocody, a ouvert un restaurant ! »
La rumeur est con. Black Manoo n’est « vieux » que de ses frasques de délinquant minable sous héroïne qui ont fait sa réputation dans le quartier où il est né. « Père » ? Aucun de ses spermatozoïdes n’a bien voulu lui donner l’irresponsabilité de « père » malgré des pratiques sexuelles sans le latex recommandé par les massives campagnes anti-HIV qui ont accompagné ses années adolescentes et jeune adulte. Elles étaient tellement traumatisantes qu’il hésitait même à mettre un masque au moment d’embrasser une fille. Il ne voulait pas finir comme Freddy Mercury, son chanteur préféré après Gun Morgan. Quant à l’histoire du « restaurant », les 12 m² plantés au fond de Ivoir Exotic n’ont pas cette prétention.
Autour d’une table basse tout en longueur, on se serre sur des fauteuils au cuir élimé ou sur des tabourets pliables. Tant qu’on peut glisser un dos ou une paire de fesses, il y a de la place. Comme la porte, la petite fenêtre sur cour reste fermée. La voix d’un être humain en conversation normale est mesurée autour de 70 décibels. Un Ivoirien ne parle pas en dessous de 100. Les débats d’une dizaine d’Ivoiriens à propos de politique ou d’histoires de quartier tutoient aisément le niveau sonore d’une base aérienne. Les voisins pourraient croire à un raid et appeler le GIGN, les gendarmes d’élite. Mais l’inventeur du double vitrage a rencontré des Ivoiriens. On n’ouvre la fenêtre qu’au moment de la trêve. Quand la fumée des cigarettes est trop épaisse pour voir le deuxième voisin, Black Manoo crie : « Trêve ! » Les causeries s’arrêtent, la musique baisse. Personne n’a intérêt à ce qu’une plainte alerte la police. Personne n’a de papiers. « Rapatrié pour tapage nocturne » manque singulièrement de panache.
Black Manoo cuisine devant tous, dans un petit coin sur le chemin des toilettes. Menu unique et invariable, le « coucou », soupe de cous et de pattes de poulet relevée au piment antillais à des concentrations criminelles.
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Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
Aux temps immémoriaux où il ne fallait pas de visa pour la France, Gun Morgan, petit chanteur de Cocody, s’est payé un billet d’avion en rêvant de concerts à l’Olympia. Ni les tristes salles des fêtes de banlieue, ni les salons défaits des amis ne l’ont découragé. En quelques années, personne ne sait comment, il est devenu son propre producteur. La rumeur dit qu’il a fait fortune en toilettant les cadavres à la morgue, quai de la Rapée. La rumeur est con. Si la toilette de macchabées enrichissait, aucune morgue de France ne laisserait un Noir vivant toucher un blanc mort. Gun Morgan enregistre au 9, rue Hoche, dans les studios montés par « Eddy Barclay himself, je te dis, Black Manoo ! » À quelques pas de l’Olympia, les musiciens de toutes les couleurs se bousculent à ses auditions. D’abord parce que Gun Morgan paye cash. Ensuite, parce qu’ils aiment être dirigés par la jolie Colette Lacoste, frêle blondinette, ingénieure du son imaginative derrière sa console Telefunken aussi boutonneuse qu’un centre de commande à la NASA.
Chaque été, Gun Morgan revient à Abidjan avec un vinyle classé variété française dans les déclarations de droits d’auteur et afrofunk par les FM. Couvert de cuir de vache du béret aux santiags, il défie les tropiques. Chaque chanson, son pas de danse. Succès garanti dans les guinches et bals poussières. Le made in France cartonne toujours au pays. Gun Morgan invente les tubes de l’été avant l’heure.
Et puis les années 90 démocratisent les studios d’enregistrement, remplacent les bérets par les casquettes et le cuir par le polyester fluo. On ne voit plus Gun Morgan ni à la télé ni au quartier. Mais Black Manoo connaît son adresse dans la ville qui porte le plus joli nom de ville qu’il ait jamais entendu : Fleury-Mérogis. Pendant six ans, ils s’écrivent. Black Manoo conserve les lettres truffées de citations d’Ernest Gbogou. Il en connaît des passages entiers.
-… Pour se rendre chez moi depuis l’aéroport du grand blanc de Brazzaville, il faut entrer Porte des Lilas. Après, c’est tout droit jusqu’à Belleville. Tu ne peux pas te perdre.
Fleury, Belleville, Porte des Lilas… Il est convaincu que Gun Morgan choisit ses lieux de vie en fonction de la beauté de leur nom. Si lui s’est trouvé de si beaux cieux en France, pourquoi pas Black Manoo ?
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Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
Quand elle cherche à investir le pactole de l’accident qui lui fait toujours traîner la jambe droite, elle pense d’abord « restaurant africain ». En France, les cuisines du continent se résument à ce groupe nominal. Le Cameroun est à 4 000 kilomètres du Sénégal sur les cartes géographiques, mais le ndolè de Douala et le tchèp de Dakar sont voisins sur les cartes de menus. Pour la décourager, Black Manoo explique à Karol les contraintes horaires, la station debout quasi permanente, les contrôles administratifs, les redoutables Yass, Inspecteurs de l’Action Sanitaire et Sociale, le difficile approvisionnement intercontinental en denrées périssables guettées par des douaniers intègres, les clients jamais contents, surtout les blancs qui ont duré en Afrique, les clients trop contents, surtout les blancs qui n’ont pas assez duré en Afrique, et bien d’autres galères qui font des restaurateurs une caste de surhommes.
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Gauz - On n'est pas couché 15 septembre 2018 #ONPC
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