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EAN : 9782371000759
Éditeur : Le nouvel Attila (28/08/2020)
3.95/5   46 notes
Résumé :
Une chronique de la vie de Black Manoo, un Ivoirien arrivé à Paris dans les années 1990, entre drogue, musique, amitiés et rencontres amoureuses.
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
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Litteraflure
  19 octobre 2020
Une femme floue fait l'avion par terre. Traduction : une femme pas très jolie est complètement ivre. J'ai toujours adoré la manière dont les Africains réinventent la langue française. de ces trouvailles, Black Manoo est truffé. Les agents de la RATP sont appelés les « Cetelem » parce qu'ils sont verts. Les putes chinoises qui font des passes à 30 euros sont des « tlenteulos ». On cuisine le poulet bicyclette (poulet élevé à l'air libre et non en cage) de toutes les manières mais la spécialité de Black Manoo reste le cou-cravate (cou de poulet avec une patte dedans…)
Black Manoo est une figure de la communauté africaine de Paris, là où les Ghanéens se moquent des Nigérians et réciproquement mais pourvu qu'un blanc passe par là, et la fierté noire calme les esprits batailleurs. C'est bien de se mélanger, de ne pas trop se regarder le nombril. Black Manoo leur a dit : « faut pas trop rester entre vous, sinon vous devenez cons ». Black Manoo vent de la drogue, ouvre un restaurant, fait le jardinier, pardon le paysagiste (parce que les métiers « ier », ça pue la misère). Bref, il se débrouille. Il y a les femmes qu'il séduit et celles qu'il entretient. Des femmes qui en bavent après des grossesses à répétition (« Ses années de nécessité ont enterré toute légèreté, habillé l'urgence en modèle ») mais qui ne perdent jamais leur sourire. Elles portent la culotte et le squat à bout de bras boudinés.
Entre combines et maraboutages, la vie de Black Manoo, le gentleman de Cocody, se termine dans la douleur parce que la morphine n'a pas d'effet sur les camés. le crabe l'emporte. Les lettres d'adieu à ses amis sont émouvantes, comme un dernier rappel de ces acteurs hauts en couleurs qui font la chair et le ciment de ce roman foutraque.
Bilan : 🌹
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EvlyneLeraut
  01 septembre 2020
Magistral, un cerf-volant en plein ciel, « Black Manoo » est l'un des plus beaux livres au monde. Ce récit est une boussole, un parchemin, une nécessité. La vie est ici. Tremblante, colorée, vive, attentionnée. L'écriture est une invitation, une danse endiablée, envoûtante. Olympienne, vivifiante, humble, magnanime, elle vaut tous les outils du monde pour oeuvrer en humanité. « Pas besoin d ‘aller sur la mer de la Tranquillité pour prononcer une pareille phrase. » « Roissy est sur la lune, et Air France une compagnie spatiale pour tout Africain. » La trame est magie. Formidable, les courants s'attirent et gonflent les pages de tendresse, s'abreuvent des regards loyaux. Black Manoo est un junkie abidjanais qui arrive en France. Direction Belleville, par porte de Bagnolet ou par porte de la Chapelle ? le récit rayonne, échappe ses crayons de couleur. Nous sommes dans cette symbiose cosmopolite, urbaine, sociologique, universelle. Dans cet habitus comble de combines, d'entraides, et de sincérité. Ce récit bouillonne de l'intérieur. « Black Manoo marche dans ses rêves. Les rues désertes de l'aube exacerbent l'onirique. Chaque pas, il les plante dans le pavé pour en entendre l'écho. » Vous entendez n'est-ce-pas, cette assurance, ce diapason en osmose avec la contemporanéité, chaque minute est rassasiée de désirs, de rires, de surprises, et d'espérance. Citadin, il râcle au cutter le profond des écorces. Black Manoo enchante ce récit. Il incite à l'ouverture, à l'admirable hospitalité qui est la pierre angulaire de la fraternité. Black Manoo est aussi un cri qui déchire la nuit en mille morceaux par une révolte sourde. Un homme debout qui résiste aux courants d'air, qui cherche sa voie dans le somptueux de ses amis de coeur, des hôtes des villes, des squats et des galères, qui assemble les différences même les invisibles. « Pour un sans-papiers, le défaut de titre de transport est le pire crime. » « Et survivre, c'est au-dessus de la vie. » Voyez comme la plume de Gauz respire et attire à elle le lecteur qui voudrait apprendre par coeur ce grand récit. Il y a au profond de ce récit d'ébène et de gloire, l'énergie pour résister. Les armes pour affronter ses propres démons. Les cartographies des coeurs et des espaces. Les bruits des pas, les silences, ce qui reste dans le rare d'un crépuscule qui se renouvelle en soi. Ce récit mappemonde, arc-en-ciel, musique, est salvateur. Plus que ce bout du monde insaisissable il est la puissance de l'instant et le plus bel escompte hyperbolique du futur. Les rencontres sont des chapelles, de celles qui accueillent. Il y a les langages sources. Les couleurs et les formidables courages, le berceau de l'humanité. Apprenez par coeur la page 141, « Gus Morgan » Les réponses sont ici. Posées pierres après pierres. Respectueuses, « Dans les branches d'un arbre au milieu d'un jardin de fleurs traversé par un ruisseau d'encre noire : Gus Morgan. » Et, plus encore vous comprendrez que « Black Manoo » est une accolade N° 58. Merci Monsieur Gauz pour vos mots. Black Manoo est mon ami pour toujours. « Black Manoo » est sur la place des Grands. Publié par les majeures Editions le Nouvel Attila.
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MadameTapioca
  30 octobre 2020
Je n'ai pas lu Camarade Papa, je n'ai pas lu debout-payé mais ça y est j'ai lu Gauz avec Black Manoo ! Et le voyage entre Abidjan et Paris fut des plus agréables.

Black Manoo débarque à Paris avec un visa d'affaire falsifié. Il erre dans Belleville et dans ses pas on rencontre toute une galerie de personnages : des immigrés comme lui, des sans papiers, des dealers et des consommateurs, une tenancière de bar clandestin, des vieux anars, des musiciens et même un authentique bougnat.
Ces chroniques parisiennes d'un ancien junkie Abidjanais nous plongent dans les quartiers populaires. Dans une succession de courts chapitres comme autant de saynètes on oscille entre fresque sur l'immigration africaine et radioscopie du Belleville des années 90. Black Manoo pose un regard qui transcende la question de la couleur de peau pour raconter les invisibles. On sent derrière tout ça un ton caustique, plein d'humour avec un style d'une inventivité réjouissante. Jolie découverte.
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dgidgil
  05 avril 2021
C'est la suberbe couverture qui a attiré mon regard. Je ne connaissais ni l'auteur, ni cette oeuvre. Un roman court, au style incisif et dont l'écriture riche et imagée comme régulièrement chez des auteurs africains francophone.
Nous découvrons le quotidien de Black Manoo, un junkie ivoirien, qui vient de débarquer à Paris.
Embrumé par la consommation de drogue, par le manque de repères aussi dans ce nouvel environnement et cette autre culture, on le suit qui tente de se débrouiller et survivre, au gré des rencontres, des événements, de la chance, de ses déboires comme sans papiers.
J'ai apprécié ce livre, et encore plus la fin, son réalisme et sa justesse. C'est sans doute un livre à lire très vite car parfois quelques liens m'ont manqué. Sans doute sont-ils volontaires et synonymes de la perte de repères de Black manoo, mais m'ont parfois éloignés du récit.
#challenge globetrotter
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Flaubauski
  28 août 2020
Deuxième lecture dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2020
Lorsque Black Manoo, Ivoirien qui a besoin d'échapper à son pays natal, toxicomane notoire, arrive par avion à Paris, il se fait vite embarquer par le tumulte de la vie de la capitale en retrouvant son ami dealer, Lass Kader, qui avait disparu il y a plusieurs années sans laisser de traces, dans les rues de Belleville, lieu de son nouvel univers.
J'ai franchement aimé la prose de Gauz, qui nous propose un rythme vif, puissant, que l'on a du mal à lâcher, notamment en raison d'un phrasé enlevé, drôle ou mordant quant aux mots choisis pour raconter et décrire Black Manoo et ses rencontres, son passé…. L'auteur a un style que je n'avais encore jamais rencontré ailleurs, rendant à merveille les pérégrinations multiples et tortueuses de son personnage, et avec lui le monde tout aussi multiple et tortueux qu'il côtoie.
Malgré tout, je suis restée sur ma faim : en effet, je n'ai pas réussi à pénétrer derrière cette plume que j'ai pourtant appréciée. La succession de rencontres, d'évènements présents vécus, ou passés racontés, a été justement un peu trop tortueuse pour que je parvienne complètement à adhérer à ce que je lisais.
Lien : https://lartetletreblog.com/..
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Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
« Refusé » dans un passeport a la même signification que la fleur de lys déposée au fer rouge sur l’épaule de l’esclave des Caraïbes au temps du code noir de Colbert : nègre fuyard ! Couper une jambe en cas de récidive ! À chaque refus de visa, il ne faut pas seulement changer de stratégie, il faut aussi changer de passeport, donc de nom. Après sept tentatives donc sept identités différentes, le Black Manoo qui obtient le visa Schengen s’appelle François-Joseph Clozel, entrepreneur en visite au salon du BTP, porte de Versailles. Il est invité par Jean Lefebvre ; l’ancienne entreprise coloniale, pas le comédien. Le consulat est moins méfiant avec ses partenaires historiques. Le berner par l’orgueil est séduisant. Page 5, un timbre argenté clame Affaires, entrées multiples, durée 3 mois. Mais la photo dans son passeport lui ressemble autant qu’une otarie à un rhinocéros. En plus, le document lui donne le double de son âge.
– Je ne passerai jamais avec ça !
Black Manoo est défaitiste. Mais le canonnier n’est pas un vulgaire passeur, un salaud qui se nourrit seulement de l’espérance des autres. Le canonnier sait lever les doutes, raffermir les convictions. Il est un menteur en scène qui transforme la plus infime probabilité en immense espoir. On l’appelle canonnier parce qu’il envoie le boulet loin au-dessus de la défense consulaire. Il est un auxiliaire indispensable des dispositifs migratoires vers l’Occident. Il rappelle que la voie méditerranée, dramatique et spectaculaire, reste une exception. Le principal bleu par lequel débarquent la majorité des migrants est celui de la gomme brûlante des trains d’atterrissage sur le bitume des pistes d’aéroports. Par milliers, les consulats de France délivrent chaque jour des visas affaires, tourisme ou diplomatiques dans des pays où on gagne moins d’un dollar par jour. Ces documents sont vrais, ce sont leurs histoires qui mentent : celles que fabrique le canonnier.
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Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
MOON WALK
« Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’Humanité. » Pas besoin d’aller sur la mer de la Tranquillité pour prononcer pareille phrase. Roissy est sur la lune, et Air France une compagnie spatiale pour tout Africain. Quand l’Airbus s’arrime à un satellite du terminal 2E, la first class ouvre la procession d’astronautes. Couloirs de verre et d’aluminium. Les tapis roulants hâtent le pas. Puis les chemins se séparent : à droite, les passeports européens ; à gauche, le reste du monde. La zone internationale s’arrête à la ligne jaune, la France commence après. Gun Morgan a prévenu, si ce n’est pour voyager, il ne met jamais les pieds dans un aéroport.
Les taxis à la sortie du hall arrivées appartiennent majoritairement à la tribu des Toyota Hybride. Mi-essence mi-électrique, ils roulent au pétrole et au nucléaire. Hybridation des consommations, hybridation des pollutions. Black Manoo tend au chauffeur le papier avec l’adresse.
– Pour Belleville, vous préférez par porte de Bagnolet ou par porte de la Chapelle ?
Ce chauffeur a la couleur et les traits d’un oncle, sauf que son accent, plein d’ « r » rabotés, évente les alizés. Martiniquais ? Guadeloupéen ? Black Manoo ne peut pas savoir. Pas plus que celle des portes à choisir. Mais première leçon en jungle urbaine, ne jamais paraître ni surpris ni décontenancé. Ce sera « Porte de la Chapelle… s’il te plaît », plus solennelle à la prononciation. Routes, ponts, chemins de fer entortillés sur l’horizon urbain. Régiments de panneaux signalétiques en rangs le long des routes ou en escadrilles au-dessus. À peine aperçu, un support écrit disparaît, et il faut déjà lire le suivant. L’un d’eux se répète souvent, alors le regard l’accroche. « A1, Paris par porte de la Chapelle. » Le client est roi, l’Hybride suit ses voies.
Le chauffeur parle. Beaucoup. Tous les taxis du monde font pareil. Au démarrage : tirades météorologiques ; pour l’accélération : lourdeur des taxes ; au virage : résultats sportifs, football, bien sûr ; au moment du freinage : questions.
– Vous venez d’où ?
En entendant « Côte d’Ivoire », changement de régime, vitesse supérieure. Moteur et logorrhée s’emballent. Abidjan, il en a souvent entendu parler à Port-au-Prince. L’homme est haïtien, donc ouragans plutôt qu’alizés. Il se présente, « Pierre Étienne ». Vraiment haïtien. Il n’y a qu’eux pour avoir des prénoms déguisés en noms, voire en surnoms. Comme Gary Victor, Hermione Léonard, James Noël… Entre les noms sur les panneaux et ceux des Haïtiens, des autos, des routes…, Black Manoo flotte dans un espace sidérant.
Le chauffeur poursuit son monologue et sa trajectoire. Une superstructure à gauche : le Stade de France. La coupe du monde est fraîche dans les mémoires, Pierre Étienne éclabousse le pare-brise de postillons jaillis des contrôles et des passements de jambe d’un joueur chauve en maillot bleu. Les essuie-glaces balayent d’approbation. Complicité homme-machine ou capteurs ultra-sensibles.
Porte de la Chapelle apparaît au bout d’un tunnel. Direction Est. L’Haïtien faufile la voiture sur le périphérique, ceinture noire en forme de haricot autour de Paris. Embouteillage. L’Hybride passe du diesel à l’électricité, de la raffinerie à la centrale nucléaire. Pare-chocs contre pare-chocs, les files de voitures sont quatre serpents de métal côte à côte. Ils glissent lentement, très lentement. Apesanteur sur macadam.
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martineden74martineden74   03 octobre 2020
« Black Manouche, quand on s’est rencontrés la première fois, ce qui m’a frappé, c’est surtout que tu es apparu les deux mains chargées de bouteilles d’eau. Il ne te manquait que le joug au-dessus de l’épaule et tu ressemblais à mon Auvergnat de grand-père. Il était porteur d’eau. Il montait et descendait des seaux chez les riches. Les sacs de charbon aussi. On a les mollets solides chez nous, l’habitude des pentes abruptes de nos volcans. Je m’appelle Bressac comme le village où je suis né. Il y avait du savoir-faire en charbon domestique, mon gaillard. On livrait dans tout Paris. En fin de journée, on était noirs comme vous. Notre réseau d’appro et de distri, c’était les seules relations du bled. On vivait entre nous. Le quartier était un mille-feuilles de gens pauvres venus de France, Belgique, Arménie, Pologne, Italie, Espagne, Maghreb et que sais-je encore. Chacun son business, chacun son réseau. Ça ne posait de problèmes à personne. Ils me font rire les politiques d’aujourd’hui, avec leurs fantasmes d’intégration. C’est quoi l’étalon du Français ? Le Berrichon ? Le Jurassien ? Le Creusois ? Comment on peut rêver de fabriquer un homme qui n’a jamais existé ? Mes grand-parents comprenaient à peine le français. Ils n’étaient même pas fichus de prononcer “charbonnier” correctement. Ils disaient “charbougna” ! C’est pour ça qu’on nous surnomme les “bougnats” ! On était des immigrés comme vous, mais en pire. On ne venait pas de loin, mais on était plus étrangers que vous, on avait beaucoup moins d’instruction que n’importe lequel d’entre vous. Black Manouche, tu es arrivé ici plus cultivé qu’un gars du xvie arrondissement. Même dans ton horrible costard rouge ah ah ah ! »
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martineden74martineden74   03 octobre 2020
Marie-George et Sidik forment un redoutable tandem de gauchistes qui n’hésitent pas à prêcher les vertus du service public dont elles sont des ayatollahs. Elles le défendent en préparant les médicaments de la chimiothérapie. Le protocole est long et scrupuleux. Black Manoo a le temps de les écouter mono-dialoguer. Elles parlent comme une seule personne.
— L’hôpital, c’est un autre pays. Il a été créé par le régime général. Nous on l’appelle Union des Républiques Sociales Soignantes, URSS !
Elles rient à l’unisson et s’embrassent au milieu d’un nuage de la Marlboro de Marie-George.
— Les gens qui rêvent de révolution, de grand soir et tout, ils savent pas qu’elle est déjà là.
— À la fin de la guerre, ils ont rassemblé toutes les caisses en une seule, avec un taux de cotisation unique pour tous et gérée par des ouvriers et des travailleurs. Révolutionnaire !
— Les directeurs des caisses sont élus par les travailleurs. L’équivalent d’un budget d’État aux mains d’une démocratie locale, sans actions, crédits, profits, etc. Révolutionnaire !
— Quand on verse une allocation à une famille, ce n’est pas du tout de la solidarité ou de la pitié pour les pauvres. Tout vient des cotisations, donc du travail. Les prestations sociales sont des salaires déconnectés des patrons, des actionnaires et de tout le bordel des capitalistes. Ça les rend dingues !
Rires, embrassades, Marlboro.
— Avant, les pauvres mouraient dans des hôpitaux où les médecins se faisaient la main pour soigner les riches dans les cliniques.
— Le régime général a renversé la situation. Tout le système de santé s’en nourrit, même les cliniques privées. Désormais, pauvre ou milliardaire, on guérit ensemble ou on meurt ensemble. Révolutionnaire !
— Croizat, le gars qui a créé ça, quand il est mort, y’avait un million d’ouvriers pour l’accompagner au Père-Lachaise.
— On n’avait jamais vu ça depuis la mort de Hugo. Ré-volu-tion-naire !
Arrive le moment de la piqûre. Black Manoo s’agite.
— Si vous avez autant peur des piqûres, comment vous faisiez avec l’héroïne ?
— Je la fumais madame.
— Vous ne fumerez pas cette seringue. Arrêtez de gigoter, ne me faites pas rater mon geste. Ce n’est pas parce que c’est gratuit que ça ne coûte rien. N’abusez pas du régime général.
Argument massue. Black Manoo place soigneusement ses fesses en offrande au service public en se disant : « Ce pays doit deux grandes choses au PCF : le régime général et le Moukou. »
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Charybde2Charybde2   15 septembre 2020
La porte est fermée, seul Black Manoo détient la clef. Un appel de Karol, trois coups et il ouvre. Ne pas attirer la curiosité, rester loin des regards délateurs et inquisiteurs des Yass, les contrôleurs sanitaires. L’extrême discrétion n’empêche pas que se répande la rumeur chez les Ivoirisiens, les Ivoiriens de Paris : « Black Manoo, le vieux père de Cocody, a ouvert un restaurant ! »
La rumeur est con. Black Manoo n’est « vieux » que de ses frasques de délinquant minable sous héroïne qui ont fait sa réputation dans le quartier où il est né. « Père » ? Aucun de ses spermatozoïdes n’a bien voulu lui donner l’irresponsabilité de « père » malgré des pratiques sexuelles sans le latex recommandé par les massives campagnes anti-HIV qui ont accompagné ses années adolescentes et jeune adulte. Elles étaient tellement traumatisantes qu’il hésitait même à mettre un masque au moment d’embrasser une fille. Il ne voulait pas finir comme Freddy Mercury, son chanteur préféré après Gun Morgan. Quant à l’histoire du « restaurant », les 12 m² plantés au fond de Ivoir Exotic n’ont pas cette prétention.
Autour d’une table basse tout en longueur, on se serre sur des fauteuils au cuir élimé ou sur des tabourets pliables. Tant qu’on peut glisser un dos ou une paire de fesses, il y a de la place. Comme la porte, la petite fenêtre sur cour reste fermée. La voix d’un être humain en conversation normale est mesurée autour de 70 décibels. Un Ivoirien ne parle pas en dessous de 100. Les débats d’une dizaine d’Ivoiriens à propos de politique ou d’histoires de quartier tutoient aisément le niveau sonore d’une base aérienne. Les voisins pourraient croire à un raid et appeler le GIGN, les gendarmes d’élite. Mais l’inventeur du double vitrage a rencontré des Ivoiriens. On n’ouvre la fenêtre qu’au moment de la trêve. Quand la fumée des cigarettes est trop épaisse pour voir le deuxième voisin, Black Manoo crie : « Trêve ! » Les causeries s’arrêtent, la musique baisse. Personne n’a intérêt à ce qu’une plainte alerte la police. Personne n’a de papiers. « Rapatrié pour tapage nocturne » manque singulièrement de panache.
Black Manoo cuisine devant tous, dans un petit coin sur le chemin des toilettes. Menu unique et invariable, le « coucou », soupe de cous et de pattes de poulet relevée au piment antillais à des concentrations criminelles.
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Gauz - Black Manoo
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