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EAN : 9782253259589
264 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (08/01/2020)

Note moyenne : 3.26/5 (sur 61 notes)
Résumé :
1880. Un jeune homme, Dabilly, fuit la France et une carrière toute tracée à l’usine pour tenter l’aventure coloniale en Afrique. Dans une « Côte de l’Ivoire » désertée par l’armée française, quelques dirigeants de maisons de commerce négocient avec les tribus pour faire fructifier les échanges et établir de nouveaux comptoirs. Sur les pas de Dabilly, on découvre une terre presque inexplorée, ses légendes, ses pactes et ses rituels.
Un siècle plus tard, à Ams... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
Sebthocal
  02 novembre 2018
D'une gouaille sans pareille, Gauz nous invite à revisiter l'histoire de France et du colonialisme. Charmé par ses inventions linguistiques, ça fuse dans tous les sens.
Mais le style devient vite lourd, empâté. Ça part dans les sens et on n'y comprend plus rien.
Son écriture originale et son discours engagé avait fait mouche avec son "vis ma vie de vigile immigré" dans "debout-payé", personnellement, ils retombent comme un soufflet avec "Camarade papa". Dommage.
Abandonné en octobre 2018.
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nadiouchka
  20 septembre 2018

Merci de votre patience et voici donc ma critique :
Et voilà, ma rencontre avec Armand Patrick Gbaka-Brédé, donc Gauz (né à Abidjan en 1971), a eu lieu hier soir et autant vous dire qu’elle a été plus qu’intéressante. J’ai presque envie de dire que l’écrivain « a mis le feu » à l’ambiance avec la chaleur de ses propos, son enthousiasme. De plus, avec lui, on se tutoie, à bas le « vous ». C’est ainsi et c’est plutôt lui qui a mené l’entretien tandis que ma libraire, Agnès, son cahier avec les questions sur les genoux, lançait quelques regards désespérés mais surtout amusés car elle n’arrivait presque pas à placer une parole. Mais Gauz a tout de même fini par lui donner l’occasion de parler un peu, de lui poser quelques questions par ci par là, afin d’éclairer les personnes présentes (salle comble…), celles qui avaient lu le livre et celles qui attendaient pour le faire.
Étant dans la première catégorie, il ne me restait plus qu’à prendre des notes, toujours assise au premier rang (celui des bons élèves…) pour retranscrire du mieux possible les propos de l’auteur. Chose pas facile car il était tellement emballé… Mais j’y suis parvenue (ouf !) et j’en ai rempli des pages de mon bloc-notes ! Je vais donc en garder pour moi-même car vous relater deux heures d’entretien enflammé ne serait pas aisé ici. Je vais aller à l’essentiel ce qui est déjà pas mal.
Gauz, surnommé « écrivain rouge, dans la peau d'un colonisateur blanc », pour ce deuxième roman, s’est glissé en effet dans la peau d’un colon blanc. Il s’agit d’une fresque coloniale écrite dans un langage tendre et humoristique. Le livre est composé de nombreux chapitres qui, pour certains, débutent par une petite légende (à lire) et dont les titres sont plutôt singuliers et pittoresques.
Avec cet ouvrage de la rentrée littéraire 2018, dont Gauz dit que c’est un chef-d’œuvre (tant qu’à faire sa promotion…), il nous embarque de la Hollande à la Côte d’Ivoire en passant par la France.
Deux voix principales se font entendre :
* Celle de Dabilly, un Blanc d’un petit village du centre de la France, au XIXe siècle ,
* Celle d’un gamin d’Amsterdam, un Noir (un siècle plus tard) qui va raconter le monde post-colonial avec le vocabulaire de ses parents communistes.
Pour écrire cette fresque coloniale (maître mot dans le livre), une idée qui taraudait l’auteur depuis pas mal de temps, il a choisi de le faire avec une langue musicale, exotique.
Pour commencer son livre, il s’est installé à Grand-Bassam et il assume sa double culture occidentalo – africaine ainsi que afro – occidentale. Pour lui, quand il vient en France, il est blanc et c’est ainsi qu’il a réussi à se mettre dans la peau d’un explorateur blanc du XIXe siècle.
Dans ce livre « le blabla » économiste est pour lui un « truc mou », trop politique, pas concret.
Les textes sont plutôt iconoclastes et les premiers chapitres nous laissent un peu sur le carreau.
Pour écrire, Gauz avait d’abord été invité à passer six mois à Marseille dans un superbe appartement mais où la terrasse de 100m2 était ridicule pour son travail. C’est ainsi qu’il est reparti à Grand-Bassam, première capitale de la Côte d’Ivoire. Dans son pays, on a aboli l’esclavage quand on n’a plus eu besoin de « négros ». De plus nombreux sont les « défenseurs » naturels : le moustique, la dysenterie, le vomito negro…. De quoi décourager pas mal de monde.
On retrouve donc Dabilly parti à l’aventure car pour Gauz, l’important est de « bouger », c’est-à-dire « voir plus loin », ce que font des hommes aux quatre coins du monde et même dans des régions que l’on dit inhospitalières.
Dabilly est une sorte de migrant. En arrivant en Afrique, il se met « à hauteur d’homme » et cherche « à se juxtaposer dans la société ». A partir du moment où le premier homme Noir a vu le premier homme Blanc, il a compris que l’Afrique était transformée.
Gauz dit qu’il apporte de la littérature française, lui un Noir - qu’on ne colonise pas l’Afrique mais qu’on cherche à agrandir la France – que le territoire africain a été imaginé comme une grosse usine.
Gauz joue avec la langue et comment a-t-il inventé la langue de l’enfant ? Par une juxtaposition des cultures. La langue est ré-inventée tous les jours, tout dépend des personnes que l’on a en face et cette langue est donc « élastique. »
Dans cet ouvrage, tout le monde parle français à sa façon, les cerveaux sont fabriqués pour façonner de l’esthétique.
Il y a un grand écart linguistique entre Dabilly et le petit gamin qui part d’Amsterdam, voyageant seul vers l’Afrique, désigné par Camarade Papa pour « le grand soir » africain. Ce faisant, il trouvera en Afrique la trace ce ses ancêtres.
Avec ces deux voix qui parlent à des époques différentes, on s’aperçoit que le Blanc a un complexe de supériorité tandis que le Noir, lui, a un complexe d’infériorité, mais surtout de « rabaissement » de sa personne. L’idée est de créer de la complexité : on enlève le pathos pour rester dans un discours compris par tout le monde.
Le XIXe siècle ne suffisant pas, on fabrique le XXe siècle. C’est un vrai « ping-pong » culturel. Il y a de l’anti-colonialisme, c’est-à-dire de l’internationalisme et non de la mondialisation.
L’idée forte de la migration, du racisme, est importante : il faut faire disparaître la couleur.
Avec le colonialisme, on trouve un rapport de violence et de domination. Ce n’est pas lié à la couleur de la peau mais à la position du dominant. La couleur est un filtre et on réagit toujours vis à vis d’elle qui est discriminante.
Mais une troisième voix se fait entendre de temps en temps : celle des légendes que l’on rencontre parfois au début d’un chapitre.
Dans ce livre, Gauz a donc décidé d’être Blanc : « Nous sommes tous le fruit de cette histoire de colonisation et le capitalisme fabrique du sentiment. »
Son mot de la fin : « La prochaine révolution est d’écrire de plus en plus de l’éducation populaire, de la stabilité, fabriquer des cerveaux suffisamment affûtés pour entendre l’herbe pousser. »
Joli non ?
Au final, une rencontre époustouflante de chaleur, de gestes ponctuant les mots, d’échanges et qui a bien changé de certains entretiens beaucoup plus calmes. Mais je ne me plains pas du tout, bien au contraire.
Il me reste à lire son premier roman « Debout-Payé » (avec lequel il s’est s'est fait connaitre en 2014 (Le Nouvel Attila), un court et percutant récit qui racontait la vie d'un étudiant ivoirien sans-papiers devenu vigile, portant un regard aigu et plein d'humour sur ses contemporains. Un énorme succès.), puisque j’avais d'abord lu « Camarade Papa » en vue de la rencontre et pour savoir de quoi l’on parlerait.
Un grand moment avec un écrivain passionné, entièrement plongé dans ses convictions, dans ses paroles, un peu comme « un griot. »
Merci encore Armand Patrick Gauz pour cette soirée d’où je suis ressortie dans le noir de la nuit mais avec la blancheur des propos et sans aucune barrière puisque tu avais décidé de repousser la table – présentoir avec tes livres afin d’être plus proche de nous. Tu a dit que ça faisait comme un barrage entre nous, donc tu las enlevé.
J’ai relevé cette phrase, je ne sais plus où : « Pour l’enfer colonial, Camarade Papa a raison et demi : aucun diable, juste la chaleur. »
****************************************
Bon, ce n’est pas tout mais ce soir j’ai une autre rencontre au même endroit et je vous en parlerai dès que possible, j’espère demain sinon lundi et on verra l’ambiance…. Donc à suivre pour un autre écrivain avec un autre livre : pas du tout le même genre, vous verrez.
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Fandol
  07 février 2019
La colonisation de l'Afrique, beaucoup en parlent, plus ou moins bien, mais Gauz qui avait étonné par son talent dans debout-payé, confirme avec Camarade Papa, une oeuvre originale qui éclaire sur les méthodes employées par Français et Anglais pour s'approprier les territoires africains.
Mêlant deux époques qui pourraient se rejoindre, Gauz m'a beaucoup amusé avec cet enfant formaté par un père militant communiste ardent, admirateur de Mao et de la révolution. Son vocabulaire est hilarant, ses formules sont tendres, réalistes, jouant avec les mots. Yolanda, la prostituée qui est derrière sa « vitrine à bisous », à Amsterdam où vit notre gamin, est comme une mère, la sienne n'étant plus là : « Quand elle m'a serré fort sur ses grands bonbons pour messieurs, j'entendais son coeur battre le tam-tam des Boni-marrons. »
Quand on laisse ce jeune homme qui part retrouver sa grand-mère en Afrique, l'auteur nous ramène subitement en 1880 avec un certain Dabilly qui traverse la France pour aller embarquer à La Rochelle afin de gagner les rivages de la Côte d'Ivoire.
Ça foisonne d'anecdotes, de rencontres avec des titres de chapitres peu conventionnels, quelques légendes africaines concoctées par Gauz pour agrémenter le tout.
Camarade Papa est un roman déroutant, emballant, passionnant souvent. Il réussit à faire le lien entre la colonisation de la Côte d'Ivoire et le retour d'un jeune noir élevé en Europe chez sa grand-mère africaine.
Même si je me suis perdu un peu avec tous les noms et les dialectes, j'ai aimé ces pages détaillant la découverte du pays. Sont bien décrits les appétits coloniaux et la soif de l'or des Européens qui ne reculaient devant aucun danger, aucune maladie pour s'adjuger de nouveaux territoires.
Enfin, je dois redire combien les aventures du protégé de Yolanda m'ont fait rire avec, en point d'orgue, la séquence de l'aéroport : désopilante !
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Cancie
  24 janvier 2019
J'avais été emballée par Debout Payé, aussi me suis-je réjouie quand est paru Camarade Papa, deux romans signés Gauz.
L'écrivain ivoirien nous livre ici une histoire de la colonisation inédite au travers de deux regards : celui d'un jeune homme blanc qui quitte son village, Abilly, près de Châtellerault, pour l'Afrique, à la fin du dix-neuvième siècle, et celui d'un enfant métis, issu de l'époque coloniale. À la mort de sa mère, en 1977, depuis Amsterdam, ce dernier est envoyé en Afrique retrouver ses racines.
C'est une histoire de la colonisation comme je n'en avais jamais lue. Sans mâcher ses mots, avec une écriture et un vocabulaire truculents, Gauz nous entraîne à Grand Bassam, première grande ville coloniale, de manière très originale, avec énormément d'humour mais aussi beaucoup de tendresse.
J'ai beaucoup appris et j'ai souvent souri à la lecture de ce roman, même si je me suis parfois perdue dans les personnages.
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AudreyT
  08 décembre 2018
*
La Côte d'Ivoire... C'est le point de rencontre des deux histoires de ce roman. La première est celle de Dabilly, un français qui se rend dans ce pays d'Afrique pour fuir sa ferme à la mort de ses parents. La seconde raconte la vie d'un enfant d'origine africaine et qui vit à Amsterdam avec ses parents.
Leur regard se croise malgré les années qui les séparent. le colonialisme, le communisme, le commerce et les tribus d'Afrique noire sont autant de thèmes abordés par Gauz dans ce roman qui l'a laissé sur le bord de la route...
L'écriture m'a paru compliqué, fouillie et notamment pour les passages avec l'enfant qui empreinte le vocabulaire communiste de ses parents...
Merci cependant à NetGalley et aux Éditions le nouvel Attila pour leur confiance.
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critiques presse (4)
Culturebox   18 décembre 2018
Après "Debout payé", le romancier franco-ivoirien livre une fresque coloniale qui embarque le lecteur de la Hollande à la Côte d'Ivoire, en passant par la France. Du XIXe siècle colonialiste au militantisme africain des années 70, "Camarade Papa" est un roman ample, engagé qui pose un regard inédit sur la colonisation.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Actualitte   11 octobre 2018
On rit d'une beauté. On ne se pâme pas. On ne hoche pas la tête en académicien de fortune. On rit franchement après un moment interdit et les frissons du beau s'y joignent. Incongru donc. Lisez, accrochez-vous au bastingage, goûtez cette langue et cette tendresse dans la violence de la vie.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeMonde   10 septembre 2018
Roman historique et fresque initiatique, Camarade Papa rend hommage aux peuples – Agni, Kroumen, Appoloniens… – qui ont eu à faire face à des aventuriers comme Marcel Treich-Laplène et Louis-Gustave Binger, venus conquérir leurs terres au nom de la France.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Culturebox   27 août 2018
Gauz revient dans cette rentrée avec "Camarade Papa" (Le Nouvel Attila), une fresque coloniale qu'il rêvait depuis l'adolescence. Pour écrire ce second roman, l'écrivain s'est glissé dans la peau d'un colon blanc. Un livre écrit dans une langue d'une inventivité réjouissante. Un regard neuf sur la colonisation.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (108) Voir plus Ajouter une citation
martineden74martineden74   13 octobre 2020
En classe populaire, lorsque les maîtresses demandent la capitale de la France, je réponds en criant : Commune-de-Paris ! Sur le sujet, Camarade Papa est pris de fortes crises de fièvre. On ne peut pas l’arrêter. Je suis né réactionnaire. Et réactionnaire, c’est la pire des choses, car on est actionnaire deux fois. J’ai déjoué les calculs scientifiques pour arriver au monde le 18 mars, anniversaire de Commune-de-Paris, dit Camarade Papa. Je suis né le 18 janvier.

Commune-de-Paris commence dans les chants, les fleurs, et la fraternisation avec les forces rétrogrades. Ça dure soixante-douze jours de bonheur du peuple qui regrette juste le pain frais du matin à cause des boulangers obligés de dormir la nuit pour être heureux comme tout le monde. Mais Commune-de-Paris finit prématuré, comme moi à la naissance. À travers un judas, un traître a fait rentrer des milliers de versailleurs dans la ville. Cent mille ! Camarade Papa crie toujours le nombre les dix doigts en l’air. Tout cela le met dans un État. Il vire-volts quand il en parle.
Les versailleurs sont comme les tirailleurs des colonies infernales d’Afrique et d’Asie, des traîtres qui visent tellement mal qu’ils tirent sur leurs propres peuples souverains. Avec un Thiers de chef, les versailleurs tirent sur tout ce qui bouge, pendulent dans les arbres de la belle ville tout ce qui est debout. Ceux qu’ils attrapent, ils les exécutent face à un mur sur les chaises d’un cimetière pour s’éviter de transporter les cadavres. Sur le mont Martre, il y a moins d’arbres, donc moins de pendulés, donc beaucoup plus de sang du peuple souverain. Il y en a tellement que les versailleurs arrosent les vignes avec. C’est le moment où je pleure un peu et où Camarade Papa souffle tellement fort que sa tête peut toucher son ventre.
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martineden74martineden74   13 octobre 2020
les fourous, furieux moucherons, sont engourdis par la rosée sur leurs ailes ; chouettes, hiboux, chats-huants, tous les bruyants ailés nyctalopes sont cois dans leurs arbres ou cavernes ; les insectes aux systèmes d’alerte avancés s’accordent un repos ; les ténèbres de la nuit se révulsent et laissent filtrer des bleus encore trop profonds pour chatouiller les rétines ; des toits de chaume des cases-cuisines en contrebas fument, volutes de fumée en concurrence avec les nappes de brouillard. Tout ce qui possède une surface dégouline. L’atmosphère est tellement saturée qu’on peut boire l’air. Passée la sensation d’étouffement, la forte hygrométrie installe une grisante réminiscence d’un temps placentaire. Si un jour quelque plumitif explorateur décrit l’Afrique comme le berceau d’une humanité primitive dans un éden sauvage, il l’aura imaginé dans ces instants fugaces. Déjà percent de fins rais dans les nuages indéfinis émanés de la terre, exsudés des plantes. Avec la multitude des trouées dans le couvert végétal, ils se rassemblent en faisceaux. Traverser l’eau en suspension leur fait l’effet de passer une lentille grossissante. La température frôle déjà les maxima alors que le soleil ne s’est pas encore extirpé de l’horizon de sylve. De même qu’il n’y a presque pas de crépuscule, il n’y a presque pas d’aube. Je l’observe tous les matins. Laudes à Assikasso est le miracle des aurores.
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martineden74martineden74   13 octobre 2020
En général avant le tub du matin, enfants et adultes s’adonnent à une activité commune à l’humanité entière, mais ici pratiquée après un rituel des plus curieux. Une poire rigide, vidée et asséchée, percée à son bout effilé et sur son flanc est emplie d’extraits liquides de plantes écrasées avec des piments. Les mères se saisissent des enfants, leur introduisent le pointu de l’instrument dans l’anus et, par l’orifice externe, soufflent la potion dans leurs entrailles. Une fois libres, il faut voir les minots courir se soulager au premier bosquet. Sans pudeur, les adultes s’adonnent au même manège, femmes entre femmes, hommes entre hommes, avant de s’alléger en des broussailles plus éloignées. Les flatulences s’entendent de très loin en écho. Où la première incommodité gastrique déclenche des cataractes dysentériques chez l’Européen, le transit intestinal agny a besoin d’être motivé de la sorte. Les couples formés pour s’administrer cette version de l’instrument de Molière se marquent une grande confiance. Un poison inoculé par cette voie est d’une violente efficacité. Frères de poire, à la vie à la mort ! Je trouverai d’autres moyens pour exprimer ma confiance.
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martineden74martineden74   13 octobre 2020
Elle arrive un de ces matins-là. Elle progresse, un pas après l’autre. Elle gravit lentement la colline, un palier après l’autre, une étape après l’autre. Elle devait arriver, elle est là. Je ne sais quel visage lui présenter, quelle posture lui offrir. Une lame de froid me tétanise, une vague de chaud me remue. Fondent les dernières résistances en mon corps. Fourmi au bout du petit orteil devient fourmilière dans la jambe. Perle au front devient torrent aux épaules. Notre rencontre est scellée depuis La Rochelle. Elle m’enlace, m’étreint. Un tourbillon m’aspire dans le portail de ses délires. Père romain et sa morve ultime, mère avalée dans un nuage de talc, vagues déferlantes de piments, usines dragons, cloîtres éventrés, Chassepot caméléons, plage chantante, horizon dansant, nègres vibrionnants, coloniaux démiurges, horde indolente, forêts sorcières, moustiques vampires, tirailleurs cannibales, prince en marmite, interprète pantomime, crocodile iodé, crabes-tapis… et les tresses hirsutes, le ventre étoilé, la peau sans teint, la buveuse de lumière, les jambes fuseaux… Je suis à elle. La fièvre palustre est là !
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martineden74martineden74   13 octobre 2020
Dans le palais Bourbon, l’honorable Jules Ferry hurle à gauche du perchoir :

— Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures !

Georges Clemenceau réplique du fond des bancs de droite :

— Depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue parce que le Français est d’une race inférieure, j’y regarde à deux fois avant de prononcer homme ou civilisation inférieure !
Puis surgit le Romain en Père. Aux abris ! Bien sûr qu’il y a des civilisations supérieures. Au nom de quoi Rome lance-t-elle ses légions sur la Gaule ? Au nom de quoi la France lance-t-elle ses légions vers la terra incognita Africae ? Les débats d’aujourd’hui à l’Assemblée sont les mêmes que ceux d’hier à l’agora. Ma marche en direction du ponant transporte mes pensées vers les Amériques. Comme ce jeune et lointain continent nous est familier alors que la vieille et voisine Afrique est encore inconnue.
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Gauz - On n'est pas couché 15 septembre 2018 #ONPC
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