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ISBN : 2757836102
Éditeur : Points (05/09/2013)

Note moyenne : 3.3/5 (sur 22 notes)
Résumé :
La demeure éternelle met en scène la confrontation entre deux générations, deux sortes d'hommes : Dallas Hardin, le Mal incarné, obsédé par l'argent et complètement insensible à la valeur d'une vie humaine, impose à tous sa volonté par la force et la ruse, protégé par l'impunité que lui confèrent son audace et sa cruauté. Nathan Winer, jeune et forte tête, travaille de ses mains, qu'il a costaudes, pour se nourrir, ainsi que sa mère : son père a disparu un beau mati... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
caro64
  24 novembre 2012
Après La Mort au crépuscule, la publication du deuxième roman de William Gay (en réalité son premier) prend une résonance toute particulière. La Demeure éternelle… pour un auteur qui nous a quittés en février dernier.
Nous sommes en 1933 dans le Tennessee. Thomas Hovington, cloué au lit par la maladie, ne peut empêcher Dallas Hardin, un homme sorti de nulle part, de s'installer chez lui, de prendre sa femme et son commerce d'alcool de contrebande et d'exercer sa domination sur sa fille Amber Rose. Nathan Winer, un voisin, tente de s'interposer et de mettre fin au séjour de ce parasite, mais il est tué lors de l'altercation et son cadavre précipité dans un gouffre. Ni vu, ni connu. Tous ceux qui se dressent sur le chemin de Hardin meurent en général très rapidement. Dix ans passent. Âgé de 17 ans, le fils de Winer, prénommé Nathan, est à la recherche d'un emploi. Sa route croise celle de Grande-Gueule Hodges, de Hardin et de Guillaume Tell Oliver, un vieil homme sage au passé trouble qui le met en garde contre celui qui apporte le malheur. Mais il va tomber amoureux d'Amber Rose… et osera affronter le démon.
William Gay raconte cette histoire avec la voix traînante du Sud. On pense au Ron Rash d'Un pied au paradis, et l'accent se pare d'une violence soudaine. Beaucoup de sang répandu sur une terre avide de le boire. Et cette brume de violence et de mal qui s'évapore dans l'atmosphère, contaminant les personnages et leur vie. le style de William Gay, c'est une beauté sévère, une lande de terre aride parsemée d'arbres moribonds.
La Demeure éternelle est un voyage dans une Amérique rurale en crise, pauvre et ignorante, le récit de la lutte éternelle du bien contre le mal, une Bible dans une main, un fusil dans l'autre. C'est surtout une écriture précise, poétique. Un bon roman, à conseiller plutôt aux amateurs d'ambiances qu'aux fans de thrillers.
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Commenter  J’apprécie          290
encoredunoir
  21 décembre 2012
Dans les années 1940, dans une région reculée du Tennessee, Dallas Hardin règne par la terreur sur Mormon Springs. Après avoir fait son nid dans la demeure de Thomas Hovington, s'arrogeant son commerce d'alcool clandestin et sa femme, Hardin apparaît comme intouchable, multipliant menaces, vengeances et meurtres en toute impunité. Jusqu'à ce que le jeune Nathan Winer croise sa route et celle d'Amber, la fille de Hovington. C'est que si Nathan n'a jamais su ce qu'était devenu son père, disparu dix ans plus tôt, Hardin, lui, le sait bien, puisqu'il l'a tué de ses propres mains.
Dans ce premier roman (deuxième publié en France) William Gay joue la partition classique de la lutte du Bien contre le Mal. Sous le regard de William Tell Oliver, vieux voisin qui l'a pris sous son aile et cache bien mal ses blessures et son remord de n'avoir jamais affronté Hardin, Nathan, malgré son apparente innocence, va peu à peu prendre conscience de l'inéluctabilité du combat qui l'opposera à celui qui règne sans partage sur ce bout de Tennessee abandonné par la loi des hommes et où seule la volonté de Dieu, du diable ou de quelques forces ambivalentes de la nature (le gouffre, symbole central, qui apparaît sur le terrain de Hovington en ouverture du livre sert autant à dissimuler les méfaits qu'à les faire ressurgir) peut instaurer un certain ordre.
Une grande partie du roman, peu ou prou les deux tiers, est l'occasion pour Gay de nous montrer cet ordre des choses et de présenter une communauté profondément divisée par de vieilles rancoeurs, des peurs immémoriales et, surtout, l'absence d'hommes véritables. Partis à la guerre, partis là où il y a du travail, les hommes sont absents. Ceux qui restent sont vieux, ou bien jeunes et poussant sans une réelle autorité paternelle, prêts à dévier, fascinés, à l'image de Bille-de-Pied Chessor ou de Grande-Gueule Hodges, par la violence, mal dégrossis et tournant comme des bêtes en cage dans une communauté qui, malgré la nature immense et sauvage, a l'allure d'une prison dont il est impossible de s'extraire. Quant à ceux qui sont dans la force de l'âge et sont restés, ils rivalisent de lâcheté ou se trouvent impuissants face au lourd couvercle de silence et de peur maintenu sur les lieux par Hardin :
« Et comment pourriez-vous l'empêcher d'entrer chez vous ? À moins de le tuer, comment pourriez-vous assurer l'inviolabilité de votre logis, l'intégrité de votre famille ? Les portes brûlent, les vitres fondent et s'écoulent, visqueuses et en flammes, par-dessus les rebords de fenêtres, les serrures noircissent et gisent, inidentifiables, parmi les cendres. Si vous attendez sa venue, vous pouvez vous préparer, mais il est rusé. Quand viendra-t-il ? À quelle heure du jour ou de la nuit ? Il a tout son temps, il peut se permettre de choisir son moment, et vous, le seul temps dont vous disposez, c'est l'instant de son arrivée. C'est un rancunier, la moindre contrariété le met dans des états qu'un homme ordinaire n'a jamais connu ailleurs que dans les livres. »
De cette première partie, lente, plutôt lyrique et contemplative, émerge donc le portrait peu flatteur d'une communauté en butte à la crise, à l'individualisme, à la bêtise, et animée d'une peur quasi superstitieuse profondément ancrée en elle. Nathan s'en détache à cause de sa force de caractère, de l'opiniâtreté dont il fait preuve dans son désir de pouvoir vivre tranquille et honnêtement, mais aussi par la fascination réciproque qui s'exerce entre lui et Hardin.
Aiguillonnée par l'amour que Nathan va porter à Amber après que Hardin l'a embauché chez lui, le faisant entrer dans sa vie comme pour s'assurer qu'il peut aussi mettre sous sa coupe ce jeune esprit indépendant, l'histoire s'accélère dans le dernier tiers du roman qui voit les deux hommes s'affronter enfin.
C'est finalement une histoire d'une triste banalité que conte William Gay. Mais le lyrisme, l'empathie de l'auteur pour ses personnages dont il explore toute les facettes et dont il fait ressortir toute la complexité, le voile quasi mystique dont il pare les événements, font de la demeure éternelle un roman particulièrement fascinant et attachant. Une belle réussite.


Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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Seraphita
  28 juin 2017
Nathan Winer a 17 ans. Dix ans auparavant, son père disparaissait mystérieusement, plongeant sa mère dans une colère froide et sourde. A Mormon Springs, dans le Tennessee rural et pauvre des années 40, la vie est rude. Certains, tel Dallas Hardin, dénué de sens moral, s'en sortent au détriment des autres et prospèrent grâce au commerce illicite de l'alcool. du haut de son jeune âge, l'intrépide Nathan n'a pas froid aux yeux. Il se met en quête de son père disparu, quitte à mettre à jour des secrets enfouis au fil des années au fond des gouffres de cette rude contrée que le silence des hommes a recouvert d'un tapis étouffant. Quand les secrets se dévoilent, la mort n'est pas loin…
« La demeure éternelle » est un beau roman noir de l'américain William Gay, lauréat du Grand Prix de littérature policière 2010, représentant de la littérature du Sud.
C'est une oeuvre puissante, décrivant en un style ciselé, la violence souterraine d'une région où la nature et son climat brutal et instable viennent se faire l'écho d'hommes habités par des démons. La violence latente ressurgit çà et là quand le passé fait irruption dans un quotidien aride.
Les descriptions des paysages naturels et de celles, plus intimes, des climats émotionnels agitant chaque protagoniste sont saisissantes. Il ressort de l'intrigue une force saisissante, un lyrisme poétique qui conduit le lecteur dans les tréfonds de l'âme humaine, entre mal absolu, perversité, cynisme, remords, quête d'une rédemption, l'alcool constituant pour chacun un exutoire salutaire contre ses ombres ainsi qu'un catalyseur de ces forces obscures.
Malgré quelques longueurs, l'intrigue livre, page après page, l'éblouissement d'une quête en marche derrière la noirceur d'existences marquées par la lutte pour la survie.
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Sio
  11 octobre 2013
Tennessee, années 30. D'une voix qu'on imagine traînante et un peu voilée, William Gay narre le quotidien d'une campagne pauvre, reculée, et où la justice s'exerce étrangement. On connaît le fin mot de l'histoire dès le début, mais les personnages, eux, cherchent. le portrait est plein de finesse, juste, à l'occasion poétique, et sombre. La Demeure éternelle est un roman très noir, plus qu'un polar. Les dialogues non matérialisés par l'auteur rendent le texte très fluide, et on a l'impression de contempler une vieille photographie jaunie ; le procédé renforce à la perfection l'ambiance un peu surannée qui se dégage du portrait. Point d'enquête trépidante ici, point de mystère insondable à élucider, ce qui peut s'avérer un peu décevant. le récit est linéaire, aussi lent que le temps qui ne s'écoule pas en ces lieux et, si l'on n'est pas vraiment surpris par l'ensemble de l'histoire, on se laisse tout de même prendre par l'ambiance.
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Lirio
  27 novembre 2012
Inutile d'espérer une fin heureuse à ce roman sombre et âpre, tout au plus un épilogue en demi-teinte. Dans un état du Sud profond des Etats-Unis, durant la Seconde Guerre Mondiale, la misère, le désespoir et la violence font des ravages. C'est dans ce contexte que s'épanouit Dallas Hardin, trafiquant d'alcool, proxénète et meurtrier. Usant d'intimidation, de brutalité, et de corruption pour imposer sa loi, il règne sans partage sur le comté de Mormon Spring. Sa rencontre avec le jeune et innocent Nathan Winer, dont il a assassiné le père, va avoir des répercussions inattendues... L'ambiance envoûtante de ce roman d'une noirceur absolue rappelle celle des écrits de Ron Rash et de William Faulkner, et dépeint avec talent la lutte éternelle du bien contre le mal.
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Les critiques presse (1)
Telerama   27 novembre 2012
[L'auteur] oppose une écriture lyrique et incandescente à la banalité des jours, dans un monde crépusculaire, et rejoint ainsi des écrivains comme Harry Crews pour la folie, et Ron Rash pour l'ampleur historique.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations & extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
encoredunoirencoredunoir   21 décembre 2012
Et comment pourriez-vous l’empêcher d’entrer chez vous ? À moins de le tuer, comment pourriez-vous assurer l’inviolabilité de votre logis, l’intégrité de votre famille ? Les portes brûlent, les vitres fondent et s’écoulent, visqueuses et en flammes, par-dessus les rebords de fenêtres, les serrures noircissent et gisent, inidentifiables, parmi les cendres. Si vous attendez sa venue, vous pouvez vous préparer, mais il est rusé. Quand viendra-t-il ? À quelle heure du jour ou de la nuit ? Il a tout son temps, il peut se permettre de choisir son moment, et vous, le seul temps dont vous disposez, c’est l’instant de son arrivée. C’est un rancunier, la moindre contrariété le met dans des états qu’un homme ordinaire n’a jamais connu ailleurs que dans les livres.
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Commenter  J’apprécie          40
jeandubusjeandubus   21 février 2013
"Une vieille écrevisse borgne qui feignait d'être invisible le surveillait avec appréhension depuis fond de l'eau à présent de plus en plus claire puis elle battit en retraite sous une pierre"

poignant et indispensable pour le développement de l'intrigue. JD
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SeraphitaSeraphita   28 juin 2017
Un chagrin ancien, qui aurait dû être apaisé depuis belle lurette par le passage du temps, lui fouailla brusquement les chairs comme un coup de couteau. Un chagrin vieux de dix ans, les débris des jours auraient dû l’avoir enterré à présent. Dix ans. Dix ans passés qui savait où ? (p. 330-331.)
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SeraphitaSeraphita   28 juin 2017
Et ce silence semblait distillé, parfaitement pur, un silence qui s’amplifiait de lui-même. Les murs écoutaient, la pièce retenait son souffle. Elle attendait. Dans cette absence de bruit, Winer avait l’impression d’être réceptif à tout un univers d’expériences, chaque sensation multipliée par d’autres fondant sur lui comme s’il était calé sur la longueur d’onde d’un vaste flot d’informations le bombardant de tous côtés. (p. 272.)
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SeraphitaSeraphita   28 juin 2017
Cet après-midi-là, quand il se rendit au bastringue, Grande-Gueule s’y trouvait toujours. Il n’avait pas cessé de boire depuis son arrivée, et peut-être avait-il bu avant de venir. Il semblait avoir atteint quelque sinistre avant-poste de l’ivresse, une étrange lucidité en ruine, et Hardin pensa qu’il n’avait jamais vu un homme aussi proche de la mort, que ce fût la sienne ou celle de quelqu’un d’autre. (p. 290.)
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Videos de William Gay (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de William Gay
Cercle Polar : de Cape Cod au Tennessee via le désert de l'Utah, la crème du roman noir américain .Quels sont les bons polars américains du moment ? En voici trois, très différents, trois romans d'écrivains véritables, princes des atmosphères à la limite de l'étrange, capables de faire vibrer les paysages autant que de faire vivre leurs personnages. Même si nous avons des réserves sur l'un d'entre eux, ils méritent tous votre attention. N'hésitez pas, après lecture, à partager vos impressions. "Petite soeur la mort" de William Gay (Seuil, coll. "Cadre noir") "Un moindre mal" de Joe Flanagan (Gallmeister, coll. "Noire") "Desert Home" de James Anderson (Belfond)
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