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ISBN : 2081245469
Éditeur : Flammarion (09/02/2011)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 10 notes)
Résumé :
L'Europe d'aujourd'hui ressemblerait-elle à celle de 1914 ? N'est-elle pas minée par les droits des minorités, par les particularismes religieux et linguistiques ? En Ukraine, en Russie, en Biélorussie et en Crimée, les revendications de souveraineté nationale se font une nouvelle fois entendre.
En Hongrie, les hostilités ont repris contre les Roumains au sud et contre les Slovaques au nord. Serbes et Croates se sont entretués et se sont unis pour tuer les Bo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Walktapus
  25 juillet 2013
Il n'y a pas si longtemps, l'histoire de l'antiquité tardive ressemblait à un roman de fantasy. Des peuples fiers et parlant allemand partis de la Baltique trois siècles plus tôt arrivaient en vue du limes en même temps que des cavaliers sanguinaires aux yeux bridés d'Asie, chassaient les romains décadents de leurs palais, et s'installaient sur place pour fonder des états et empires qui allaient faire l'Europe.
Sous la poussée des progrès de l'historiographie et de l'archéologie, on brosse aujourd'hui un tableau beaucoup plus complexe, (et infiniment plus intéressant : cf. l'excellent Les barbares expliqués à mon fils). Les Francs par exemple, sont vraisemblablement une construction à vocation militaire regroupant des populations diverses, qui est peut-être même apparue sous instigation romaine. Au fur et à mesure de son histoire, l'identité franque a assimilé de nombreux autres groupes (ou plutôt, ces autres groupes se sont assimilés à eux) jusqu'à avoir sous les Carolingiens une identité qui n'a pas grand chose à voir avec celle du 3ème siècle. D'autres groupes analogues ont disparu du jour au lendemain, sans qu'il faille y voir un génocide (les Vandales par exemple).
Ce processus complexe et dynamique, fluctuant, de redéfinition permanente des identités, où de nombreux groupes disparaissent sans laisser de trace, tandis que d'autres identités plus ou moins éphémères apparaissent, est la grande thèse de ce livre. Et il est toujours à l'oeuvre aujourd'hui : ces dernières années, je peux témoigner de l'ethnogenèse du peuple chti !
Ce livre se veut une réfutation de la conception de l'identité permanente des peuples fantasmée par de nombreux nationalistes. Cf. la célébration de la conversion de Clovis à l'orthodoxie chrétienne, considérée comme "baptême de la France" (sans parler de la chimère absolue que sont "nos ancêtres les gaulois"). Cette conception a d'ailleurs toujours eu cours (dès le 6e s. les Francs s'inventent une histoire remontant à la Genèse et à la guerre de Troie), mais elle aurait atteint son apogée au 19e siècle, avec l'idée de peuples homogène et permanents parlant une même langue et ayant des droits historiques sur certains territoires, idée qui aura des conséquences particulièrement dramatiques au 20e s., et qui est toujours vivace au 21e (les Serbes revendiquant le Kosovo entre autres). C'est pour réfuter cette conception figée et sacrée de la nationalité que Geary écrit cet ouvrage.
Livre engagé. Même convaincu d'avance comme je le suis, il y a dans ce livre quelques idées provocantes, comme la complicité de l'histoire et du nationalisme, et sur le rôle de la philologie dans tout ça, qui m'ont perturbé. Sur le versant historique, je regrette le parti pris systématique et l'exposition souvent biaisée des faits, présentant comme indubitable ce qui chez d'autres n'est que probable ou vraisemblable. Ca atténue énormément la force et l'intérêt historique du livre.
Livre à lire tout de même, car il parle de phénomènes universels (à la fin il fait un parallèle saisissant avec la nation zouloue, pour montrer que le phénomène n'a rien de particulièrement européen ni médiéval).
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
WalktapusWalktapus   24 juillet 2013
Cependant, certains signes indiquent que l'ancien modèle médiéval fondé sur la stratification culturelle et la diversité linguistique tend à réapparaître. C'est particulièrement évident dans les grandes villes européennes, qui sont habitées par une population caractérisée par une grande diversité linguistique et culturelle, en particulier aux deux extrémités de la société. Au sommet, les entreprises multinationales et les grandes institutions scientifiques ont adopté l'anglais comme langue principale, voire comme langue unique, sans se soucier des traditions linguistiques locales. A l'extrémité opposée de l'échelle sociale, on assiste dans ces villes à un développement important des populations originaires de Turquie, d'Afrique du Nord, du sous-continent indien et d'autres parties de l'Asie. Ces immigrés parlent arabe, turc, et d'autres langues très différentes de celles qui sont parlées par la bourgeoisie locale. Ces phénomènes, qui sont perçus comme des nouveautés effrayantes, consituent en fait un retour à un modèle très ancien de diversité ethnique. Une fois encore, l'Europe est en train de ressembler à ce qu'elle a déjà été.
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WalktapusWalktapus   23 juillet 2013
Que ce soit dans les grands Etats hégémoniques ou dans les mouvements d'indépendance, les affirmations du genre "nous avons toujours été un peuple" sont en réalité des appels à devenir un peuple - des appels qui ne sont pas fondés sur l'histoire mais qui sont plutôt des tentatives visant à donner naissance à une histoire. Selon une formule bien connue, le passé est un pays étranger, dans lequel nous ne nous trouverons jamais.
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WalktapusWalktapus   25 juillet 2013
Les peuples d'Europe, comme les peuples d'Afrique, d'Amérique et d'Asie, sont des produits de l'histoire en perpétuel renouveau, non les atomes de l'histoire. Héraclite avait raison : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Les peuples sont des fleuves dont le cours se poursuit : l'eau d'aujourd'hui n'est pas la même que celle d'hier, celle de demain ne sera pas la même que celle d'aujourd'hui. Les Européens doivent apprendre à distinguer le passé du présent s'ils veulent construire leur avenir.
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CosmopoliteCosmopolite   23 octobre 2018
Les peuples de l'Europe sont une réalité en train de se former, un projet en cours : il faut qu'ils gardent éternellement ce statut.
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