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EAN : 9782757881484
192 pages
Éditeur : Points (13/02/2020)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 101 notes)
Résumé :
« Huit ans qu’elle attendait cette entrevue, qu’elle l’imaginait jour après jour. Elle avec Hahn. Elle contre Hahn. Huit ans. Et ce jour est enfin arrivé. »

Le 10 décembre 1946, au Grand Hôtel de Stockholm, Otto Hahn attend de recevoir le prix Nobel de chimie. Peu avant l’heure, il est rejoint dans sa suite par Lise Meitner, son ancienne collaboratrice avec laquelle il a travaillé plus de trente ans. Mais Lise ne vient pas le féliciter. Elle vient rég... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  11 mars 2019
Et si le plus beau des romans n'en était pas un? Et si une fois encore la réalité dépassait la fiction? Avec «Le Prix» Cyril Gely a construit une petite merveille à partir de personnages ayant réellement existé, les scientifiques Otto Hahn et Lise Meitner. Si, au fil du récit, le lecteur va découvrir les grandes lignes de leurs biographies respectives, c'est avant tout leur rencontre dans un hôtel de Stockholm le 10 décembre 1946 qui va faire de ce récit une tragédie digne des classiques tels qu'énoncés par Boileau en 1674 dans L'Art poétique:
« Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. »
Si le deux chercheurs se retrouvent dans la capitale suédoise, c'est parce qu'Otto Hahn vient y réceptionner le Prix Nobel qui lui a été décerné deux ans plus tôt pour sa découverte sur la fission nucléaire. de fission, c'est-à-dire de l'éclatement d'un noyau instable en deux noyaux plus légers, il va en être beaucoup question dans ce huis-clos, au moins au sens symbolique. Car Otto et Lise ont travaillé ensemble durant plus de trente ans, après leur rencontre en 1907 à l'Institut de chimie de l'université de Berlin. C'est conjointement qu'ils mèneront leurs recherches et publierons jusqu'au 12 juillet 1938. Une complicité de tous les instants, même s'il n'est pas question d'amour. «Ensemble, ils faisaient des merveilles», comme lorsqu'ils interprétaient la Mélodie hongroise de Schubert.
Mais le poids de l'Histoire vient mettre un terme brutal à cette relation. Après l'Anschluss, Lise l'Autrichienne devient citoyenne allemande et sa religion juive devient alors un fardeau de plus en plus pesant. Lise doit fuir et tenter de gagner la Suède via les Pays-Bas.
Otto et Lise vont pouvoir échanger quelques lettres, faire le point sur leurs recherches. Car ils sont proches du but: «La solution, ils la tenaient. Ils l'avaient sur le bout de la langue, encore un mois ou deux, et ils allaient la révéler au monde entier.»
Mais au moment de conclure leurs travaux, Otto publiera seul l'article qui lui vaudra le Nobel.
Lise n'est pas venue le féliciter, mais demander des comptes. Passe encore qu'elle ne soit pas associée à cette distinction, mais pourquoi – maintenant que la Seconde Guerre mondiale a pris fin – ne mentionne-t-il même pas le nom de la physicienne dans son discours?
Une accusation qui fait sortir l'Allemand de ses gonds: «Je t'ai sauvée la vie, j'ai pris des risques, je t'ai confié la bague de ma mère. Et toi, tu reviens huit ans plus tard, avec des allégations pleines de fiel! Si tu n'étais pas Lise Meitner, si nous n'avions pas en commun plus de trente années de travaux, il y a longtemps que je t'aurais mise dehors! »
Mais la physicienne a du répondant. Des arguments tout aussi percutants. Jamais l'adage «derrière chaque grand homme, se cache une femme» n'a paru plus pertinent. Car il semble bien que sans Lise, Otto ne serait pas dans cet hôtel, se préparant à recevoir la plus belle des récompenses pour un scientifique. Pour faire bonne mesure, on ajoutera la collaboration avec le régime nazi à cet «oubli».
Cyril Gely, qui a derrière lui de grands succès au théâtre et comme scénariste, nous offre des dialogues ciselés, une tension dramatique qui va crescendo jusqu'à l'épilogue, sans oublier quelques clins d'oeil allant vers le Vaudeville quand on apprend, par exemple, que l'épouse d'Otto loge dans la chambre contigüe et que la porte peut s'ouvrir à chaque instant.
Subtilement, les arguments de l'un et de l'autre vont se confronter, donnant au lecteur tous les éléments pour se forger une opinion. le fruit de la passion commune est mûr au moment d'enfiler le smoking pour rejoindre la grande réception. À vous de le cueillir. Et de savourer avec moi ce chef d'oeuvre, car cette confrontation pose des questions qui n'ont pas perdu de leur acuité aujourd'hui. de l'antisémitisme latent à la place des femmes dans la société, de la résistance face à un pouvoir inique à la responsabilité des scientifiques quant à l'usage qui sera fait de leur découverte.

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paroles
  13 mai 2019
Voilà un roman que j'ai adoré pour son ambiance ! Un huis-clos étouffant, captivant, intense.
Otta Hahn et Lise Meitner ne se sont pas vus depuis huit ans. Depuis que Lise, d'obédience juive, a dû quitter précipitamment Berlin pour la Suède et ainsi fuir Hitler et ses sbires, alors que leurs recherches allaient enfin atteindre leur but. Et aujourd'hui, 10 décembre 1946, Lise arrive au Grand Hôtel de Stockholm pour retrouver son ancien compagnon de recherches qui, dans quelques heures, recevra le prix Nobel de Chimie pour la découverte de la fission nucléaire.
Tous deux, grands scientifiques émérites en chimie et physique, ont travaillé de concert pendant trente ans. Trente ans de complicité intense au service d'un travail chronophage mais exaltant. Trente ans de petites et de grandes réussites pour lesquelles Hahn a reçu les honneurs. Lui seul ! Alors pourquoi ? Pourquoi Lise, l'admirable et la douée physicienne, dont le nom n'a jamais été cité, est-elle absente de ses réjouissances ?

J'ai été subjuguée par l'intensité de ce roman. Les pages se tournent rapidement, le climat est tendu entre les deux personnages et ni l'un ni l'autre ne veut perdre la face. Pas de cri, pas de colère, mais des réponses affûtées, des paroles glaciales, coupantes. La tension dramatique est palpable, et l'on comprend mieux le style lorsque l'on apprend que Cyril Gely, romancier et dramaturge, a été nommé plusieurs fois aux Molière. Un magnifique duo d'acteurs dont je rêverais de voir d'ailleurs l'adaptation au théâtre. En attendant, le lecteur compte les points.

Et savoir que ce roman est basé sur des faits réels rend la rencontre de ces deux scientifiques avec l'Histoire encore plus fascinante.
A lire absolument pour l'atmosphère bien sûr et aussi pour sortir de l'ombre Lise Meitner

Lien : http://mespetitesboites.net
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Afleurdelivres
  25 février 2019
'
Voici un livre intéressant, d'une lecture facile, fluide et captivante.
« Nul ne sait ce que nous réserve le passé ». Dès l'incipit le ton est donné.
Stockholm-1946-Grand-Hôtel-Suite301-Le roman s'ouvre sur un mauvais pressentiment du célèbre scientifique Otto Hahn, à seulement quelques heures de la remise du prix Nobel de chimie.
Sa sensation de malaise est confirmée avec l'arrivée d'une lettre de son ancienne collaboratrice et amie la physicienne Lise Meitner annonçant son arrivée imminente.
Après huit années de séparation, elle désire le revoir en ce jour mémorable mais non dans l'intention de le féliciter mais bien de régler ses comptes et rétablir justice, elle, l'oubliée, la mise de côté.
Pendant près de trente ans pourtant ils ont travaillé ensemble de façon fusionnelle et complémentaire, animés par la même passion, sur un projet qui conduira à la fission nucléaire, découverte pour laquelle lui seul obtiendra le prestigieux prix.
D'origine juive elle est contrainte de fuir l'Allemagne pour Stockholm en juillet 1938 abandonnant les recherches alors qu'elles touchaient à leur terme mais continuant de l'aiguiller à distance.
On assiste à un Huis clos ressemblant à une véritable partie d'échec, un affrontement psychologique sidérant entre les deux anciens collaborateurs ou chacun à son tour manoeuvre afin de garder l'avantage dans une atmosphère tendue, ponctuée de longs et pesants silences stratégiques et de joutes verbales âpres.
Malgré des dialogues parfois un peu convenus ou prévisibles, on a du mal à se détacher du récit car l'intrigue nous tient en haleine.
Car, oui, on veut savoir :
Pourquoi tant d'amertume ? Mais que s'est-il véritablement passé ce 12 juillet 1938 ?
La découverte de la fission (un neutron entre en collision avec un noyau d'uranium qui se divise alors en 2 éléments plus légers et libère une énergie colossale) aura finalement aussi conduit à la scission de leur amitié, à une division de leur noyau intime.
Ce roman rappelle aussi la difficulté d'être une femme en ces temps obscurs et de voir ses compétences reconnues. A lire. Instructif.

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lilibookncook
  01 juillet 2019
1946, Otto Hahn et Lise Meitner deux brillants scientifiques, anciens partenaires de surcroît, habités par une même passion se retrouvent dans une chambre d'hôtel huit ans après leur séparation forcée. Ici rien de lubrique, juste une conversation ou plutôt une confrontation entre deux amis que la guerre a séparée. Alors qu'Otto s'apprête à recevoir le Prix Nobel de chimie pour la fission nucléaire, Lise réapparaît le temps de quelques heures, le temps de régler ses comptes. Que peut bien lui reprocher son ancienne collaboratrice ? Entre un huis-clos à la tension palpable et la réhabilitation d'une figure scientifique trop méconnue, Cyril Gely a réussit à capter mon attention avec des mots comme noyau et atome et honnêtement, c'est un exploit ! A partir d'éléments réels, l'auteur remonte le fil d'une relation amicale et scientifique sous le regard de l'Histoire. Brillant ! 
Otto Hahn et Lise Meitner, deux noms qui n'évoquent peut-être pas grand chose aujourd'hui, mais sont à l'origine d'une découverte scientifique majeure : la fission nucléaire. de cette amitié fusionnelle et professionnelle entre ces deux bourreaux de travail, un événement majeur va lentement déliter cette intense relation, la montée au pouvoir d'Hitler et donc la Seconde Guerre mondiale.
Pourtant, tout avait bien commencé entre les deux amis. Trente ans de brillants travaux les conduisant à une renommée certaine, le soutien indéfectible de la communauté scientifique et d'Edith, femme d'Otto, rien ne pouvait entraver l'avancé de leur future percée. C'était évidemment sans compter le contexte historique, sonnant le glas d'une amitié imparfaite, naissance d'ambitions cachées. Car Lise est Juive et le duo touche du doigts une découverte qui pourrait changer la face du monde.
Sous l'initiative de la chercheuse, c'est ainsi que l'ancien duo se retrouve avec stupeur après huit ans de séparation. Après huit ans de silences et de non-dits suspendus, Lise peut enfin réclamer justice. Que veut-elle exactement ? Que reproche-t-elle à Otto ? Au-delà du ring où se confronte le passé commun, nulle vengeance est déclamée, mais la recherche d'une reconnaissance professionnelle dans les yeux de son partenaire, reconnu comme unique créateur.
De cette construction théâtrale, Cyril Gely évoque non seulement l'intérêt scientifique, mais aussi historique en développant le climat de suspicion au sein de la communauté scientifique allemande. La montée de la tension entre les deux personnages coïncident avec celle du regard envers les juifs et l'intérêt grandissant des nazis pour la science. Fluide et glacial, ce roman aux accents de vérité s'empare d'un fait de plus en plus évident, la méconnaissance plus ou moins reconnue de ces femmes de l'ombre, véritables instigatrices de mouvements et de découvertes. Un roman adroit et clairvoyant sur la réalité d'une époque. Coup de coeur !
Envie de connaître la pâtisserie choisie pour ce roman ? Rendez-vous sur le blog !

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mumuboc
  28 février 2020
"Nous étions les deux faces d'une même pièce. Un couple. mais la fission nous a séparés. (p177)"
Une phrase, quelques mots qui résument parfaitement l'histoire.
C'est un huis clos  de quelques heures, passionnant et soulevant bien des thèmes que j'ai découvert et beaucoup aimé. Il se déroule le 10 décembre 1946, dans le Grand Hôtel de Stockholm où résident Otto Hahn et sa femme Edith alors que le chimiste, découvreur de la fission nucléaire en 1938 va recevoir le Prix Nobel de Chimie (son prix ne lui sera remis qu'en 1946 à la fin de la deuxième guerre mondiale).
Lise Meitner, physicienne, avec qui il travailla pendant plus de 30 ans en Allemagne, jusqu'à sa fuite en Suède en 1938 en raison de son identité juive qui la mettait en danger, vient lui rendre visite afin de faire une mise au point concernant l'obtention de ce prix, à lui seul, sans même mention de son nom..... Qui peut revendiquer la paternité d'une découverte ?
Cyril Gely, s'inspirant de cet événement et des personnes ayant réellement existé (et que je ne connaissais pas), imagine une ultime rencontre entre les deux scientifiques, un face à face psychologique et verbal qui va se révéler violent, argumenté des deux côtés, sur le rôle de Otto pendant la guerre vis-à-vis des nazis, mais aussi de la place de Lise qui se sent évincée, frustrée, minorée parce que femme et juive;
Découpé en deux rounds parties, le roman repose sur un échange entre les deux personnages ayant tout à la fois du respect pour le travail de l'autre mais défendant sa position et son propre travail, se retrouvant tour à tour accusateur et défenseur, l'auteur nous faisant passer d'un camp dans l'autre au fur et à mesure des faits et de leurs interprétations (je dis bien au pluriel car un événement peut avoir plusieurs interprétations).
Glissant beaucoup d'anecdotes sur la mystification (religion), l'interprétation d'une oeuvre (tableau de Turner, concerto de Schubert), ou l'usurpation d'une découverte (allumette), Cyril Gely prouve que l'histoire ne retient que ce que l'on a voulu lui faire croire, comment on peut "s'accommoder" de la réalité et présenter "sa vérité", de l'initiateur, le révélateur du détail ou celui qui le met à jour qui en portera les lauriers ?
Il aborde également le thème du rôle de ces chercheurs allemands, de leurs prises de position durant la deuxième guerre mondiale vis-à-vis du nazisme et de leur récupération ensuite par les forces alliées pour utiliser leurs connaissances et mettre celles-ci à leur profit, ce qui était haïssable devient acceptable.
Grâce à une écriture très rythmée, véritable partie de ping-pong entre les deux protagonistes, chacun fort de ses vérités et de ses croyances, de la façon dont il a vécu les événements, l'auteur nous oblige nous-mêmes à prendre le parti de l'un ou l'autre même si je dois avouer que le vent de l'injustice à tout de même souffler sur Lise comme il souffla à une époque sur Marie Curie (avant de lui rendre justice), toutes deux ayant le désavantage d'être femmes et de travailler dans l'ombre d'un savant.
On ressent parfaitement le lien assez trouble entre eux, amitié, respect, amour et tout ce qui se joue pour l'un comme pour l'autre dans ces quelques heures. Une mise au point nécessaire pour apaiser sa conscience, pour pouvoir avancer ou pour rendre justice.
Le décor, l'ambiance de cette chambre d'hôtel sont parfaitement rendus, la joute verbale vous tient en haleine, elle est parfaitement maîtrisée jusqu'à sa conclusion, chacun n'hésitant pas à user de subterfuges pour arriver à ses fins.
Je l'ai lu pratiquement d'une traite, en lectrice silencieuse et attentive, admirative de la construction, du style, du rythme et surtout du fond.
"Le futur appartient à ceux qui ont une bonne mémoire. (p215)"
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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critiques presse (1)
Culturebox   09 avril 2019
Par répliques et touches successives, entre affection et amertume, l’auteur dépeint la relation ambiguë qu’entretiennent ces amis rivaux. Dans la pénombre d’une suite d’hôtel décorée de tableaux de Turner, l’histoire est en marche. Le Prix se présente comme un huis-clos tendu où tout se joue à travers le dialogue entre les deux héros. On reconnait ici le style de Cyril Gely, l'homme de théâtre, à qui l'on doit notamment les pièces Signé Dumas et Diplomatie.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   11 mars 2019
Hahn aimerait être ailleurs. A Göttingen, à Berlin, à dix mille kilomètres de Stockholm! Lise patiente. Elle n’a pas encore déplacé toutes ses pièces sur l’échiquier. Elle distingue à peine son vieil ami face à elle, et l’entend tout juste respirer. Mais si la lumière jaillissait soudain dans la pièce, elle sait que son visage porterait les traces de son affrontement. Quelques cernes plus profonds sous les yeux, les bajoues légèrement plus flasques. Hahn n’est pas un dieu. Ce n’est qu’un homme que Lise veut démettre de son piédestal 
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hcdahlemhcdahlem   11 mars 2019
INCIPIT
Nul ne sait ce que nous réserve le passé.
Cette phrase, Hahn l’a en tête depuis qu’il est éveillé. Il ne saurait dire pourquoi. Elle est venue, d’un coup, alors qu’il ouvrait les yeux. Les mots ont semblé danser un instant face à lui, puis ont envahi son cerveau. Impossible de se rendormir. Depuis, Hahn est à la fenêtre – qu’il a ouverte.
La lumière perce à peine à travers le ciel gris. Juste assez pour distinguer l’opéra et, face à lui, le palais royal de Stockholm. Dans l’autre chambre, Edith dort toujours. Les trottoirs sont recouverts de neige. Le toit des maisons aussi. Un étrange silence assourdit la ville. Hahn ne ressent pas le froid mordant qui lui saute au visage. Il ne l’a jamais ressenti. Même enfant, sa mère courait sans relâche derrière lui pour le couvrir. Hahn regarde sa montre, il est sept heures quarante-trois, et c’est la journée la plus importante de sa vie.
Le Comité lui a réservé une suite au Grand Hôtel. La suite 301, au troisième étage. Une large porte donne sur une entrée quelque peu étroite, où sont exposés plusieurs portraits. Puis un salon immense avec deux chambres de chaque côté. Celle de Hahn est à gauche. Edith dort encore dans celle de droite. Au-dessus du canapé en cuir, un tableau de William Turner, Tempête de neige en mer.
On pourrait croire que ce tableau a été placé sur ce mur exprès. Ce n’est pas impossible, mais rien ne le prouve non plus. Nous y reviendrons en temps utile.
Hahn a saisi les trois feuilles posées sur son bureau. Son écriture est distinguée, tranchante, sans ratures. Il relit pour la énième fois le discours qu’il a écrit. Ce discours, il le connaît par cœur. Mais ce matin, à la pâle lumière du jour, Hahn a besoin de se rassurer.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   02 décembre 2019
L'annonce du prix eut l'effet d'une bombe dans la petite communauté des scientifiques allemands. La reconnaissance de Hahn était aussi la leur. Et cette merveilleuse nouvelle venait, en quelque sort, cadenasser douze longues années de nazisme.
- Pour sa découverte de la fission nucléaire.
Les lèvres de Hahn ont remué imperceptiblement.
Il répète :
- Fission nucléaire.
Hahn se souvient d'avoir pleuré le soir du 6 août 1945, à Farm Hall, lorsque la BBC avait annoncé qu'une bombe atomique venait d'être lâchée. Hahn ce soir-là s'était senti personnellement responsable de la mort de centaines de milliers de personnes. Après tout, c'était sa propre découverte, en décembre 1938, qui avait rendu la bombe possible. La bombe nucléaire était à l'origine de tout. Un neutron entre en collision avec un noyau d'uranium, celui-ci - devenu instable - éclate aussitôt en dégageant une quantité colossale d'énergie. Hahn avait même pensé au suicide. Mais quelques doses de whisky et l'idée que la bombe A était la manière la plus rapide de mettre fin à la guerre lui remirent du baume au coeur. Il n'est pas dans le caractère de Hahn de s'apitoyer sur son propre sort.
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talou61talou61   18 janvier 2019
Hahn se souvient d'avoir pleuré le soir du 6 août 1975, à Farm Hall, lorsque la BBC avait annoncé qu'une bombe atomique venait d'être lâchée. Hahn ce soir-là s'était senti personnellement responsable de la mort de centaines de milliers de personnes. Après tout, c'était sa propre découverte, en décembre 1938, qui avait rendu la bombe possible.
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brinvilliersbrinvilliers   01 janvier 2020
- Tu vois, je ne te reproche même pas de m'avoir mise dans le train, ce jour que ni toi ni moi n'oublierons. Mais de ne pas m'avoir dit la vérité...Et si tu es resté à Berlin, ce n'était pas pour Edith ni pour Hanno, qui n'avait alors que seize ans, mais pour poursuivre l'un des mieux équipés d'Europe, t'offrait la possibilité de bombarder l'uranium de neutrons, et d'observer les résultats. Or à cette époque-là, nous étions si près du but. Si près. Voilà pourquoi tu m'as sacrifiée.
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