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EAN : 9782072867682
Éditeur : Gallimard (12/03/2020)

Note moyenne : 3.37/5 (sur 27 notes)
Résumé :
Une femme est sauvagement assassinée dans sa villa de Cap-Martin. Ses voisins n’ont rien entendu. Pour Armel Kœstler, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase clos et luxueux où son mari et elle s’étiolent. Il faut fuir à tout prix. Mais c’est oublier les mégalodons, ces requins géants revenus de façon inexplicable du fond des âges. Personne ne s’aventure plus sur l’eau. Seule la Méditerranée est protégée par deux herses et les ultra-riches sont concentrés là... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  26 juillet 2020
L'oisiveté est la mère de tous les vices
Polar déjanté, dystopie cruelle et regard incisif sur une société d'ultrariches oisifs et prêts à tout: «Fin de siècle» est un délire férocement angoissant!
Cela commence comme dans un thriller bien noir, avec un crime particulièrement cruel. Nous sommes dans une villa de luxe de la riviera française, à Roquebrune-Cap-Martin, au milieu de la nuit. Un homme s'y introduit et à l'aide d'un long couteau attaque la femme qui avait quitté sa chambre pour s'assurer qu'il n'y avait pas de rôdeur chez elle. Son oeuvre achevée, il est tranquillement rentré chez lui en Italie voisine.
Et alors que le lecteur s'imagine suivre l'enquête sur ce crime sordide, on change totalement de registre.
Sur une plage du Portugal vient de s'échouer une espèce rare et pour tout dire que l'on croyait disparue depuis longtemps, un mégalodon. Ce requin géant est de dimension hors-norme et attire plusieurs centaines de curieux. C'est au moment où les autorités décident de faire exploser le cadavre à la dynamite pour libérer la plage que l'attaque se produit. Une dizaine d'autres prédateurs terrifiants surgissent de l'océan et font un carnage parmi les badauds. On apprendra plus tard que les gigantesques herses construites pour bloquer ces monstres hors de Méditerranée ont cédé.
Sébastien Gendron passe allègrement du roman noir à la science-fiction, d'une histoire à l'autre. Au Congo, on s'apprête à envoyer une fusée à quelque 88000 km de la terre pour réaliser le plus grand saut en parachute de l'histoire de l'humanité, tandis que des trafiquants s'apprêtent à voler des oeuvres d'art d'une valeur inestimable pour les "transformer" suivant les désirs du commanditaire qui s'ennuie dans sa propriété et s'interroge sur la visite de la police, enquêtant sur le meurtre sanglant de sa voisine.
Vous suivez toujours?
Alors que la chasse aux monstres marins s'organise pour rendre la Méditerranée à la navigation aux pêcheurs et aux touristes, Claude Carven, le touriste de l'espace s'apprête à faire son grand saut. Quant aux enquêteurs, ils sont confrontés à des phénomènes étranges, à des accidents mystérieux.
Ah, j'allais oublier de vous parler de ces happy few qui se sont réunis sur des fauteuils flottants au large de la Crète pour assister à une projection sur grand écran du film de Steven Spielberg Les dents de la mer. Je vous laisse deviner leur sort...
Oubliez toute logique, ne cherchez pas la clé de l'énigme. Si vous vous laissez entrainer dans ce roman délirant, vous passerez un bon moment. Si votre esprit cartésien n'adhère pas à cette construction, laissez tomber! Sébastien Gendron jette à la fois une ironie mordante et un humour féroce dans la bataille, même si l'avenir qu'il nous promet a tout du cauchemar, de la... série noire!

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Bazart
  19 mars 2020
"Pour tout le monde, ici c'est pareil: on vient tous du même monde, on est riches comme plus personne ne peut l'être aujourd'hui parce que l'on goinfre la plus grosse part du gâteau et que même les miettes on se les partage. Si demain la terre explose, on n'a aucun souci à se faire: on aura notre place à bord des vaisseaux qui partira répandre les spores de la race humaine à travers l'univers . Regarde ce qui se passe avec les grand requins."

Ces grands requins dont il est question ici , ce sont les mégalodons, ces requins géants revenus, de façon inexplicable, longer les bords de Gibraltar et de Port Saïd, Les squales géants revenus des âges se vengent des hommes jusqu'au chaos
Avec ce roman drôle, foutraque, ironique et tendre, Sébastien Gendron rit de notre société actuelle, qui est pourtant en train de tomber complètement à la renverse ( et encore il a écrit avant le coronavirus).
Son roman, barré et endiablé, ne ressemble à rien de connu. ou alors aux précédents romans de Gendron car plus que jamais , le romancier parle de notre époque- celui du Coronavirus où très vite la panique et la paranoia l'emporte avec lucidité et désenchantement mais toujours avec le sourire.
Sébastien Gendron réussit l'exploit de nous faire rire d'une humanité à la dérive
Une lecture à apprécier au 15eme degré mais salutaire pour trouver le recul nécessaire à notre crise sanitaire et économique actuelle
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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RomansNoirsEtPlus
  20 janvier 2021
Quand Sébastien Gendron revisite les Dents de la Mer, c'est du brutal comme dirait l'autre .
C'est même carrément déjanté . J'ai bien quelques hypothèses qui puissent expliquer ce mélange entre polar et dystopie , cette prose foutraque et ce ton décalé ( pour être gentil ) .
Cette allégorie écologiste pourrait en effet n'être que le fruit de quelques excès de planteurs surdosés en rhum , d'un visionnage en replay de la fonte de la banquise en Antarctique , d'une lecture ad nauseam d'un papier sur la Principauté de Monaco dans Jours de France et j'en passe .Car l'histoire que nous conte avec sensibilité et tendresse est du genre trash et sanguinaire . Imaginez un peu : des mégalodons passant de l'état de fossiles à l'état de monstres sanguinaires affamés . Eh oui depuis le temps qu'ils dorment au fond des fosses marines ( quelques millions d'années au bas mot ) ..ils ont carrément la dalle ! Leur taille qui fait passer les requins actuels pour de vulgaires sardines de Marseille , leur permet d'avaler tout ce qui se trouve sur leur passage surtout quand ça sent la chair fraîche humaine …
Pour se protéger les hommes n'ont pas d'autre choix que de se protéger de ces infâmes prédateurs en construisant de gigantesques herses en béton dont une relie l'Espagne au Maroc et une autre qui est construite à l'entrée du Canal de Suez en Égypte . La Méditerranée peut enfin afficher fièrement le label ZBSF ( Zone Big Shark Free ) attirant ainsi les milliardaires qui peuvent sans crainte ancrer leur yachts devant leurs somptueuses villa de la Côte d'Azur . Des villas où le gotha international se retrouve , qui , un peintre cannibalisant des chefs-d'oeuvre pour le revendre trois fois le prix ,qui ,des financiers , des sportifs ou des chanteuses à succès . Bon pour les dernières il faut quand même éviter de se faire trucider bêtement car on n' est pas à l'abri d'un psychopathe armé d'un couteau .
Le seul hic à tout ça c'est que la fameuse herse n'est pas si infranchissable que ça et bien des joyeux navigateurs en goguette vont l'apprendre à leur dépend …
Mais je ne vous ai pas tout dit : figurez-vous qu'en plus , nos pauvres personnages - en tout cas les survivants du carnage- vont se prendre de plein fouet une faille spatio-temporelle dans la gueule . Sans doute une bouteille de whisky après les planteurs …. Je ne sais pas ..mais il y en a qui vont prendre cher comme un des flics qui traîne dans le coin , acoquiné avec un ancien agent du FBI que les ricains nous ont balancé . Et pour terminer le bloody mary déjà entamé , je vous le donne en mille…. l'auteur nous achève avec un des protagonistes qui tente de battre un record complètement dément : sauter dans le vide depuis la mésosphère , c'est à dire , à 88 kilomètres au-dessus du plancher des vaches . Eh oui, on comble l'ennui comme on peut !
Bon en tout cas je me serai bien marré à lire ces 230 pages , pour la symbolique, je passe .
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Delphine-Olympe
  30 décembre 2020
Le confinement aura au moins eu une vertu, celle de nous contraindre - ou de nous permettre - d'exhumer des livres de nos PAL. Sans doute en effet n'aurais-je jamais ouvert le roman de Sébastien Gendron si je n'avais été réduite à faire de ma bibliothèque et de ses excroissances ma seule et unique source de lecture - papier s'entend. Il faut dire qu'un texte de quatrième s'ouvrant sur la phrase «Une femme est sauvagement assassinée dans sa villa de Cap Martin» a généralement tendance à me faire passer mon chemin... Mais la suite laissait présager quelque chose d'assez insolite, et ma furieuse envie de délaisser un temps ma liseuse pour une pratique plus charnelle de la lecture a pris le dessus.
Dire de ce roman qu'il est insolite est un euphémisme : il est parfaitement déjanté ! Il est d'ailleurs possible que hors confinement je n'en aurais pas dépassé les premiers chapitres. Mais dans un contexte où la moitié de la population mondiale se trouvait assignée à résidence pour échapper à un virus et où l'on a pu voir le personnel médical réduit à s'affubler de masques de plongée pour s'en prémunir, la fiction avait quand même du pain sur la planche pour se hisser au niveau de la réalité.
Donc, la réapparition en Méditerranée des mégalodons, ces espèces de requins géants mesurant plusieurs mètres et pesant des dizaines de tonnes revenus du fond des âges pour gober les baigneurs comme de vulgaires cacahuètes à l'apéritif, pourquoi pas...
Pour les tenir à distance, des herses ont été profondément enfouies au fond de la mer, afin que les plus riches puissent continuer à vivre tranquillement dans leurs villas, concentrées dans une zone protégée. Mais l'entretien de ces herses a été confié à des entreprises privées qui ont au fil du temps, vous vous en doutez bien, cherché à réduire les coûts d'entretien et de maintenance, si bien que les charmantes bestioles ont fini par trouver une faille et par s'introduire dans ce qui n'est pour eux rien d'autre qu'un appétissant garde-manger...
Sur cette toile de fond, Sébastien Gendron convie une galerie de personnages improbables, tels ce richissime fils de famille ayant financé une opération de saut en parachute à 88 kilomètres au-dessus de la Terre, ces flics homosexuels refoulés mais néanmoins racistes tentant de mener une enquête, ou cet artiste faisant main basse sur des oeuvres mondialement connues pour les transformer d'une manière ou d'une autre et en faire de nouvelles oeuvres signées de son nom qui se vendront à prix d'or, sans parler de l'apparition d'Albert de Monaco qui passe tout de même un mauvais quart d'heure... Ajoutons à cela quelques failles spatio-temporelles et vous obtenez un roman absolument unique en son genre !
Certaines scènes sont totalement désopilantes, mais derrière ce tableau d'un loufoque achevé se cache une peinture de nos travers, une critique mordante de notre société que l'égoïsme et la course effrénée vers le profit finissent par mener à sa perte.
Finalement, s'agit-il vraiment d'une fiction ?
En attendant la fin du monde, rien n'empêche de s'offrir un réjouissant moment de lecture !
Lien : https://delphine-olympe.blog..
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SylvieBelgrandReims
  15 mars 2020
Complètement barré mais excellent !
Sébastien Gendron réussit l'exploit de nous faire rire d'une humanité qui est pourtant à pleurer dans un monde qui part totalement en vrille.
Attention : deuxième, voire troisième ou quatrième degré :)
À mon avis, une lecture indispensable, pour retrouver le sourire et la distance nécessaire pour ne pas crever de désespoir devant notre monde.
#FinDeSiècle #SébastienGendron #SérieNoire #Gallimard #Polar #thriller #lecture #livres #chroniques
Le quatrième de couverture :
2024, Bassin méditerranéen : depuis une dizaine d'années, les ultra-riches se sont concentrés là, le seul endroit où ne sévissent pas les mégalodons, ces requins géants revenus, de façon inexplicable, du fond des âges et des océans. À Gibraltar et à Port Saïd, on a construit deux herses immenses. Depuis, le bassin est clos, sans danger. Alors que le reste du monde tente de survivre, ici, c'est luxe, calme et volupté pour une grosse poignée de privilégiés. Mais voilà! l'entreprise publique qui gérait les herses vient d'être vendue à un fonds de pension canadien. L'entretien laisse à désirer, la grille de Gibraltar vient de céder, le carnage se profile...
Lien : http://lesbouquinsdesylvie.fr
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   26 juillet 2020
Centre aérospatial de l'Union africaine
Ilebo – province du Kasaï – RDC
4°19'01.18''S / 20°34'11.09''E
Élév. 384 m.
— Tu te rends compte du chemin accompli quand même ?
— …
— Tu le vois bien. Non ? Regarde l'écran.
— …
— Vas-y, lève les yeux et regarde.
— …
— Claude, je te parle ! Regarde et vois ce que nous avons construit tous les deux.
— …
Aristide Meka peut bien insister encore et encore, c'est non! Claude Carven ne veut pas lever la tête, pas plus que regarder l'écran de contrôle. Et puis quoi encore ! Ça fait deux semaines qu'il voit ce pas de tir apparaître dans des rêves qui finissent tous en cauchemar. Aristide qui appuie sur le bouton d'allumage des moteurs, les trois réacteurs Rolls-Royce du lanceur qui crachent des flammes, le décompte qui résonne dans tous les haut-parleurs de la base et « Final Countdown » d'Europe qui démarre au moment où la fusée quitte le sol. Et c'est là que tout vire. Trop lourd, le lanceur retombe. Le choc fissure les tuyères, le kérosène en ébullition s'échappe de partout et s'enflamme aussitôt. Une boule de feu perfore les trois étages de l'engin jusqu'à ce tout petit habitacle au sommet qui ressemble à un gland : un habitacle bourré d'électronique, au centre duquel Claude Carven est harnaché, prêt à griller comme une chipolata dans sa gaine de boyaux. Alors non, Claude Carven ne veut pas lever les yeux vers cette fusée qui, dans quelques heures à peine, l'arrachera à l'attraction terrestre si tout va bien, le propulsera à 88 kilomètres de la Terre si tout va bien. Et si tout va bien encore, il ouvrira le sas et sautera. Et deviendra ainsi le premier homme à chuter depuis la mésosphère, explosant ainsi tous les records établis jusqu'ici. D'ailleurs, le programme se nomme Mésosphère 1, c'est écrit en lettres rouge sang sur toute la longueur de la carlingue du lanceur dressé là-bas comme un monstrueux pénis entre les tours de son pas de tir.
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hcdahlemhcdahlem   26 juillet 2020
INCIPIT
Preghero
Villa Stellar, Roquebrune-Cap-Martin, France
43°45'7.20''N / 7°29'8.57''E
Élév. 35 m.
Alors qu'elle baisse la tête pour considérer le pot de Ben & Jerry's Blondie Brownie qui lui échappe des mains, Perdita Baron a le temps d'apercevoir ce bout de lame crantée qui lui surgit du plexus. Une seconde plus tôt, un violent coup de poing entre les omoplates lui a fait lâcher sa crème glacée. Deux secondes plus tard, alors que la lame crantée disparaît et qu'un peu de sang commence à couler vers son nombril, elle a le temps de penser que celui qui se tient derrière a fait le nécessaire pour la conduire jusqu'à la cuisine. Force est de constater qu'elle a parfaitement suivi la manœuvre.
À l'horloge lumineuse du four, il est 0:53 am. Il ne reste plus à la jeune femme que dix minutes à vivre.
À 0:50 am, Perdita Baron lisait paisiblement dans son lit, au premier étage de la villa Stellar. Le roman lui plaisait parce qu'il narrait à la première personne l'histoire d'une fille comme elle. Une fille qui s'était faite toute seule en bouffant son pain noir avec hargne et détermination. À seulement 22 ans, cette fille avait mis le monde à ses pieds. Comment ? Tout simplement en racontant son expérience dans un livre de 248 pages. Quatre cent cinquante mille e-books téléchargés sur Amazon, et puis juste après, les éditions Doubleday lui avait offert 4 millions de dollars d'avance pour l'achat des droits. Ce roman s'est déjà écoulé à quelque 12 millions d'exemplaires aux États-Unis et vient de se vendre à prix d'or à la foire de Francfort pour être traduit dans une vingtaine de langues. Une success story comme Perdita les aime.
Perdita lisait donc quand elle a entendu, en bas, la porte d'entrée s'ouvrir et se fermer. Elle a immédiatement songé à Scott parce qu'elle ne voyait pas très bien qui d'autre que lui pouvait rentrer à cette heure dans sa propre maison. Mais après coup, elle s'est souvenue que Scott se trouvait à Istanbul. Voilà pourquoi elle est sortie du lit, a chaussé ses mules et est descendue voir de quoi il retournait, non sans s'être équipée au préalable du Sig Sauer que Scott lui a offert le mois dernier après la perte du Colt qu'il lui avait offert le mois précédent. La présence au creux de sa main de cette arme au métal teinté de rose la rassure. À tel point qu'elle ne prend même pas la peine d'allumer la lumière pour descendre l'escalier. En arrivant au salon, elle actionne néanmoins l'interrupteur avec une légère appréhension. La pièce est déserte, la porte d'entrée fermée, la clenche mise, la chaîne de sécurité en place. Perdita se dirige vers la cuisine, allume la rampe de LED au-dessus du plan de travail et, ne constatant rien d'anormal là non plus, elle s'apprête à éteindre. C'est à cet instant qu'un violent claquement la fait sursauter.
Elle braque aussitôt l'arme droit devant elle et avance à pas de loup jusqu'à la porte-fenêtre qui donne sur la terrasse. Elle en est certaine, ça vient de dehors. Combien de fois a-t-elle exigé de Scott qu'il lui achète un chien. N'importe quel chien, mais un méchant, de ceux qu'on attache dans le jardin, au bout d'une chaîne de dix mètres et qui aboient après les ombres. Alors qu'elle arrive à la porte-fenêtre, une forme jaillit et frappe à toute volée le chambranle en aluminium. Perdita recule sous le choc et il s'en faut de peu qu'elle ne fasse feu. La sécurité de l'arme étant mise, elle ne peut presser la queue de détente. Fort heureusement du reste, puisqu'il ne s'agit que d'un volet qui bat au vent. Décidément, cette villa part en capilotade.
Pour calmer son cœur battant, Perdita pose le Sig Sauer sur la console de la cuisine et va fouiller le réfrigérateur. Ne trouvant rien d'appétissant dans les rayonnages, elle ouvre le congélateur. Le bonheur est là, tout auréolé de son petit brouillard givré. Elle opte pour un pot de Blondie Brownie et referme. De l'homme de haute taille, vêtu de noir et cagoulé qui se tient à cet instant à quelques mètres d'elle, Perdita ne voit rien puisqu'elle s'enfuit dans la direction opposée, à la recherche d'une cuillère.
Il s'appelle Marcello Celentano, il est né trente-trois ans plus tôt à Pise, il vit toujours chez sa mère dans une cité en banlieue lointaine d'Alassio, à 85 kilomètres de là, sur la côte ligure. Il a pris goût à la torture dès son plus jeune âge, puis, quand il en a eu la force, il a commencé à tuer. Dans sa main droite, il tient un couteau de chasse United Cutlery UC311, 30 centimètres de lame en acier inoxydable AUS-6 double denture, manche en ABS renforcé, 39,90 euros, livré avec son étui ceinture en nylon.
Perdita Baron ouvre le tiroir des couverts. Le mécanisme est de si bonne qualité qu'il n'émet qu'un petit chuintement. Petit chuintement que Marcello Celentano met à profit pour la rejoindre sans attirer son attention. D'un coup sec allant du haut vers le bas, il frappe la jeune femme entre les omoplates. La lame ripe un peu sur les vertèbres, mais avec ses 490 grammes, l'arme possède un excellent taux de pénétration. Marcello a, de plus, déporté tout son poids dans ce geste si bien qu'il transperce la cage thoracique de part en part sans trop d'efforts. Perdita ouvre la bouche pour laisser échapper un souffle alors que le pot de Ben & Jerry choit sur ses mules. Lorsque la lame ressort elle a la sensation que ses jambes ne la portent plus et elle s'effondre sur le sol en béton ciré en happant l'air comme un nouveau-né. De là où elle se trouve, Perdita Baron a une vision de l'espace penchée à 25°. Elle aperçoit son assassin qui s'écarte de quelques mètres et retire tranquillement le sac qu'il porte sur ses épaules. Elle voit son propre sang dégouttant de la lame du couteau, posé à côté de son Sig Sauer sur le plan de travail, ainsi que ce minuscule filet de chair, peut-être un tendon, pris dans les dents du crantage. Elle a envie de vomir. Elle ferme les yeux. Elle les rouvre quand elle entend la musique. Devant elle, l'homme vient d'installer un de ces petits baffles portatifs tant prisés par les adolescents. En sortent les mesures d'une chanson qu'elle connaît très bien. Mais le titre lui échappe.
Lorsque le type revient à la charge, la soulève et la force à se tenir à genoux, c'est bizarrement la pochette du disque qu'elle revoit d'abord. Un 33 tours qui appartenait à son père. Quand la lame du couteau lui perfore l'intestin, la photo du chanteur assis sur le dossier d'un banc, figé dans un mouvement un peu swing, claquant des doigts, la bouche tordue comme s'il chantait, avec en arrière-plan le turquoise d'une piscine, resurgit d'un coup. Le tueur vient de remonter la lame d'un coup sec à travers les organes. La nuisette de Perdita se déchire, découvrant des seins magnifiques. Elle sent un goût de métal dans la gorge. Le titre du morceau apparaît alors devant ses yeux comme l'un de ces écrans au néon de Times Square : « Pregherò ». Oui, c'est ça. C'est « Pregherò ». L'adaptation italienne du standard de Ben E. King « Stand by me » chanté par… par…
Au rythme de la basse, le tueur retire le couteau dont la lame a gagné à présent les amygdales de sa victime. C'est le moment critique où l'hémorragie va envahir les poumons, il doit faire vite s'il veut qu'elle vive jusqu'à la toute fin. La jeune femme perd de plus en plus de tonus musculaire. Elle se tasse sur ses fesses. Il la maintient par les cheveux, le temps de la contourner. Il s'accroupit derrière elle, passe ses mains de part et d'autre de sa poitrine et plonge ses doigts dans la plaie longiligne qui va du pubis jusqu'à la mâchoire inférieure. Là, il s'accroche au sternum, plante son genou entre les omoplates et tire d'un coup sec vers l'arrière. Le tablier intercostal s'ouvre comme un cageot de bois qu'on éventre.
Adriano Celentano. C'est ça !
La cage thoracique se fend en deux. Perdita baisse lentement la tête et constate que c'est la première fois qu'elle voit son cœur. Il est là, à quelques centimètres de ses yeux, en train de battre. Ça lui revient. Son père l'a giflée quand il a découvert qu'elle avait écouté ce disque sans sa permission. Elle avait été envoyée dans sa chambre. Ça n'est pas son père qui vient de s'agenouiller en face d'elle, mais elle sait que cet homme aussi est là pour la punir. De la pire des façons. Il avait une cagoule mais il vient de l'enlever. Comme le font les méchants dans les films quand ils veulent signifier à leur otage que c'est fini pour lui.
Il est moche. Il sue. Il est un peu gras. À bien des égards, il lui fait penser à Scott. Scott qui se laisse aller depuis combien de temps maintenant ? Quelque part c'est rassurant : gras comme il est devenu, ça serait surprenant qu'il ait une maîtresse. Cela dit, ça n'est même pas sûr, vu tout le fric qu'il possède.
Le type lui parle.
Elle entend juste Adriano Celentano hurler dans le petit baffle :
Io t'amo, t'amo, t'amo
O-o-oh !
Questo è il primo segno
Che dà
La tua fede nel Signor
Nel Signor
La fede è il più bel dono
Che il Signore ci dà
Per vedere lui
E allor…

La main de l'homme est gantée. Elle est certaine que ça n'est pas du cuir. Peut-être du latex, comme un gant de nettoyage, mais noir et lustré. Il écarte les doigts et les passe devant ses yeux. Il lui parle. Il lui dit qu'il va lui briser le cœur. Ça elle l'entend parfaitement bien parce que ça lui rappelle ce qu'elle éprouvait quand elle écoutait ce disque, gamine. Elle ne comprenait rien à l'italien, mais ça semblait tellement douloureux ce que chantait cette voix qu'elle en pleurait, persuadée qu'une femme avait brisé le cœur de ce chanteur. Ça résonnait tellement bien avec le chagrin qu'elle-même vivait depuis que Jean-Pierre Leroy l'avait quittée parce qu'elle avait refusé qu'il lui touche les seins.
Perdita Baron ressent quelque chose. Au tout début, c'est incompréhensible parce que depuis quelques instants, à part son cerveau qui fonctionne comme un serveur Internet, elle s'est totalement oubliée, n'est plus qu'une sorte de pensée qui s'agite à l'intérieur d'une b
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BazartBazart   12 mars 2020
Pour tout le monde, ici c'est pareil: on vient tous du même monde, on est riches comme plus personne ne peut l'être aujourd'hui parce que l'on goinfre la plus grosse part du gâteau et que même les miettes on se les partage. Si demain la terre explose, on n'a aucun souci à se faire: on aura notre place à bord des vaisseaux qui partira répandre les spores de la race humaine à travers l'univers . Regarde ce qui se passe avec les grand requins.
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collectifpolarcollectifpolar   24 janvier 2021
D'où sortent-ils ? L'énigme n'a jamais été résolue. Non plus que celle concernant les tailles surprenantes que ces bêtes peuvent atteindre alors que leurs ancêtres, dans les temps préhistoriques, ne dépassaient guère les 15 à 17 mètres. Bien entendu, toutes les hypothèses ont été envisagées. La plus courante restant celle d'une mutation due aux divers fûts de boues toxiques balancés par l'homme un peu partout au hasard des fosses océanes. Ça ne répond néanmoins pas à l'interrogation principale : comment ces bestioles d'une époque amplement révolue sont-elles réapparues ? Devant le silence de la nature, il y a eu assez peu de conjectures. Un éminent spécialiste britannique a plus ou moins réglé le problème en concluant lors d'un colloque à Sofia :
— Je vous rappelle qu'il y a quelques années, on a vu réapparaître des grands pingouins sur les côtes du Yorkshire, une espèce pourtant déclarée éteinte depuis un siècle et demi 3.
En effet, comme exemple des caprices de Mère Nature, ça n'expliquait rien, mais c'était imparable.
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collectifpolarcollectifpolar   24 janvier 2021
Elle se penche et ramasse à ses pieds un objet cubique d'où pendent des sortes de câbles. Des câbles qui, à une dizaine de mètres de là, plongent dans le corps de la femelle mégalodon. Elle n'hésite pas plus de quelques secondes, plante son regard dans les yeux morts de la bête et presse un bouton rouge, au centre du boîtier. Sa dernière pensée est pour son fils : on se souviendra de lui pour les siècles et les siècles.
Lucian n'a même pas le temps de plonger au sol.
L'explosion est phénoménale.
La falaise de la plage de Brito est repeinte par des hectolitres de sang mélangés à des tonnes de chairs, de bris d'os, d'esquilles d'arêtes, de mètres carrés de peaux, de bouts de scalps. Une partie des déchets a aussi sauté en l'air et retombe maintenant tels des confettis sur les reliefs d'une fête ratée.
Quand les éléments se calment un peu, Lucian Beaverfield sort sa tête de ses bras et regarde, abasourdi, vers la plage. Au milieu du chaos, une seule chose apparaît comme certaine : tous autant qu'ils sont, ils sont morts.
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