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EAN : 9782754830492
248 pages
Éditeur : Futuropolis (05/05/2021)
4.54/5   12 notes
Résumé :
Soixante-dix ans se sont écoulés depuis le déclenchement de la guerre de Corée. Depuis 1953, la Corée est divisée en deux pays distincts, la Corée du Sud et la République populaire démocratique. Des familles entières ont été séparées. La mère de la narratrice n’a jamais revu son premier mari et son fils. Aujourd’hui encore, des démarches sont entreprises pour retrouver des proches disparus. Saisie par un sentiment d’urgence alors que la génération qui a connu la gue... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Francinemv
  04 juin 2021
« Il y a des gens qui attendent toute leur vie des retrouvailles avec leur famille » L'attente … Cela va bientôt faire soixante-dix ans qu'ils attendent dans l'espoir de revoir un fils, une fille, un mari, une femme, un père, une mère, un frère, une soeur … Dans L'attente, Une famille coréenne brisée par la partition du pays, album paru aux Éditions Futuropolis, la manhwaga Keum Suk Gendry-Kim pose la question de la séparation des familles et, surfant sur les époques, prête sa voix à Jina qui va nous conter l'histoire de sa mère Guja. Superbe récit, ô combien poignant, conjuguant Histoire avec un grand H, tragédie familiale et chronique de vie quotidienne actuelle !
« J'ai abandonné ma mère »
2020, Ile de Ganghwa, ouest de la Corée du Sud, non loin de la frontière de la Corée du Nord
Cette histoire à deux voix commence de nos jours par une séparation : celle d'une mère et d'une fille. Suite à des problèmes de loyer, Jina, romancière depuis une vingtaine d'années, décide de quitter Séoul et va s'installer à la campagne. Elle se sent coupable d'abandonner sa mère Guja âgée de 92 ans dans la capitale, coupable également de ne pas avoir tenu sa promesse de l'aider à retrouver son fils.
Cette séparation fait écho à deux autres : l'une, familiale également, mais autrement plus dramatique puisque définitive et l'autre, celle d'un pays, qui après avoir été sous le joug du Japon de 1910 à 1945 fut scindé en deux à l'issue de la guerre fratricide qui opposa de 1950 à 1953 les forces de la Corée du Nord soutenues par L'URSS et la Chine et celles de la Corée du Sud soutenues par les Américains.
Séoul, deux ans plus tôt
Rentrant chez elle après avoir rencontré une amie qui, contrairement à elle, a eu la chance d'avoir été tirée au sort pour participer à ce qui va être la 21ème réunion des familles séparées lors de la partition, Guja croise un enfant rappelant à lui son chien Chaussette.
Chaussette ...
Nous ne sommes plus à Séoul en 2018 mais à Kapsan en 1937 et retrouvons Guja sous les traits d'une fillette enjouée à la recherche de son chien. Et cette fois, c'est la mère qui raconte : son enfance sous l'occupation japonaise, son mariage très jeune afin d'échapper aux prédateurs nippons, quelques trop courts moments de bonheur avec la naissance de ses deux enfants avant que suite à l'offensive des troupes communistes du Nord, la famille ne se voie contrainte à prendre la route de l'exode vers le sud pour fuir les combats jusqu'à ce que l'irréparable n'arrive et que, avec tout bagage sa fille de quelques mois sur le dos, elle ne se trouve séparée de son mari et de son fils alors âgé de 4 ans …
Plus tard, elle refera sa vie et de cette nouvelle union naîtra Jina mais toujours demeureront au fond d'elle le manque, l'espoir, l'attente …
Retour aux sources et devoir de mémoire
Ce récit à large connotation autobiographique est une fiction qui s'appuie cependant sur des faits et témoignages bien réels : ceux de la propre mère de la manhwaga séparée de sa soeur aînée à jamais et d'un homme et d'une femme ayant bénéficié du programme de réunion des familles en 2018.
L'autrice sud-coréenne qui pratique le dessin depuis l'âge de 12 ans a étudié la peinture à l'université de Sejong à Séoul. En avril 1994, à l'âge de 23 ans, elle quitte la Corée pour la France où après avoir complété sa formation artistique à l'ESAD (école supérieure des arts décoratifs) de Strasbourg, elle séjournera pendant 17 ans avant de rejoindre sa terre natale en 2011. A travers ce one-shot, elle
continue son exploration de l'histoire du Pays du Matin Calme commencée 9 ans plus tôt. Auparavant, elle avait tout d'abord publié aux Éditions Sarbacane deux albums dans lesquels elle évoquait l'exode rural de sa famille dans les années 1970 et les désillusions qui s'en suivirent à travers le récit autobiographique le chant de mon père ( 2012), puis un évènement tragique lors du retrait des troupes américaines en 1948 par le biais de l'adaptation du film Jiseul (2015). Elle se pencha ensuite sur le sort dramatique des « femmes de réconfort » à travers le destin de Lee Oksun esclave sexuelle de l'armée japonaise dans Les mauvaises herbes (2018), album multi primé qui connut un succès international paru aux Éditions Delcourt et enfin la vie pendant la guerre de Corée à travers l'adaptation du roman inspiré d'une histoire vraie de Park Wan-seo L'arbre nu (2020) édité chez Les Arènes BD.
Quel que soit le genre abordé – autobiographie, adaptation de film ou de roman, témoignage, docu-fiction – , c'est criant de vérité. Keum Suk Gendry-Kim fait preuve par une construction rigoureuse du récit d'une remarquable maîtrise de la narration donnant vie à ses personnages et nous faisant vibrer au rythme de leurs émotions sans jamais tomber dans le pathos.
Histoire en noir et blanc
Contrairement aux Coréens friands de webtoons, sa préférence va au roman graphique où elle fait des merveilles grâce à l'usage du pinceau et du « meok », l'encre traditionnelle coréenne. Son trait d'une extrême élégance s'épaissit, se tord, envahit la page de sa noirceur lors des épisodes tragiques. Et puis, il y a sa science du découpage et du cadrage qui épousent le propos du récit à la perfection : les arbres et paysages de toute beauté qui tirent leur source d'inspiration de l'art traditionnel coréen, les cadrages sur les jambes lors de l'exode, sur les mains lors des rencontres et les gros plans pleine page sur les visages juste avant la séparation… Une totale réussite graphique !
Il y avait urgence. Les derniers témoins de cette tragédie sont aujourd'hui très âgés et d'ici quelques années, auront entièrement disparu. Cette histoire à la narration subtile et la mise en images superbe leur rend justice ainsi qu'à toutes les tigresses édentées de par le monde.

Lien : https://laccrodesbulles.fr/2..
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Fuyating
  14 mai 2021
Waou quel livre bouleversant. L'attente est tout simplement magnifique. Nous y découvrons la douleur des familles coréennes séparées par le 37ème parallèle depuis des décennies sans aucune nouvelle les uns des autres. L'attente est donc celle de soeurs, de frères, de maris, de femmes, de fils ou de filles attendant sans cesse un appel de la croix rouge qui leur permettrait de participer à ces rares réunions organisées au cours desquelles les familles séparées peuvent se retrouver le temps d'un repas.
Quelle tristesse que celle ressentie par ces personnes, séparées par l'histoire avec un grand H. Ce peuple meurtri a vécu l'occupation japonaise avant de connaitre une guerre civile sanglante aux conséquences cruelles. Certaines familles ont réussi à fuir, mais beaucoup se sont retrouvées séparées sans savoir qu'elles ne se reverraient plus jamais...
L'auteure s'est inspirée de l'histoire de sa propre mère et de celles de deux autres personnes, mais cela est en réalité celle de milliers de personnes. Elle met des mots et des images sur cette attente douloureuse, cette attente parfois veine, mais cette attente finalement incessante, cet espoir ténu qu'un jour peut-être. Elle a réussi à dépeindre cette horreur sans nom, ce manque, cette tristesse.
Les illustrations toujours en noir et blanc (la marque de fabrique de cette auteure) sont poignantes, certaines même extrêmement fortes, je pense notamment aux illustrations de la séparation qui m'ont profondément marquées et que j'ai trouvé incoryable.
Le noir et blanc donne une certaine sobriété au récit et un côté j
Un peu solennel qui correspond assez bien au sujet dur abordé.
Je continue donc à être émue et touchée par les romans graphiques de cette auteure qui s'intéresse à des sujets forts (massacre, femmes de réconfort etc.)
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clemia
  03 mai 2021
L'attente. L'attente de revoir un visage dont les contours se sont estompés au fil des ans. L'attente de cette main à serrer enfin et de cette sensation autrefois familière de bras autour de soi. L'attente des retrouvailles tant espérées, après toutes ces années. L'attente d'un fils, d'un mari, d'une soeur, d'une famille.
Quand la guerre de Corée éclate en 1950, alors à peine libéré du joug japonais, la population se retrouve sur les routes, parfois du jour au lendemain, sans presque aucun bagage, juste quelques vêtements et à peine de quoi manger. Tout le monde tente alors de descendre vers le sud, de remonter vers le nord, d'échapper aux tirs, de ne pas se perdre et de surtout ne pas mourir.
Malheureusement, les longs et fatigants jours de marche, les foules de réfugiés, les tirs soudain, la peur et la panique participaient bien souvent à la séparation des familles. Nombreuses sont celles qui ne se sont jamais retrouvées ? C'est le cas de la mère de notre protagoniste dont cette dernière raconte l'histoire. Elle raconte d'abord l'enfance occupée par la peur de l'envahisseur japonais, le mariage très jeune pour assurer sa sécurité, la déportation pour se battre puis l'espoir à la Libération, accompagnée des naissances bienheureuses de deux enfants. Espoir rapidement mis en danger quand la guerre éclate. Qui s'affronte ? Des Coréens contre des Coréens, chacun protégé (et manipulé) par leurs alliés extérieurs. La population doit fuir pour se protéger.
Commence alors le long périple à pied, parmi toute cette foule apeurée et désemparée. La séparation se produit quelque part sur le chemin. La mère et sa fille sont séparées du mari et du fils.
Keum Suk Gendry-Kim raconte cette séparation et ses séquelles en combinant l'histoire de sa propre mère et de deux Coréens, Mme Lee et M Kim qui avaient eu la chance d'être tirés au sort lors des réunions de retrouvailles organisées par les deux pays. A travers ce récit basé sur des témoignages, c'est l'histoire de millier de familles qu'elle raconte. de leur souffrance et leur douleur que jamais nous ne pourrons comprendre. Dans sa postface, l'autrice indique très justement que ce genre d'histoire est loin de ne toucher que les Coréens. Elle est universelle à toutes les personnes qui tentent de trouver une vie meilleure et il ne faut pas oublier que quitter son pays natal dans l'incertitude de revoir ses proches, simplement avec l'espoir de vivre une vie meilleure est loin d'être chose facile et enviable.
Comme à chaque fois, c'est dans un style très soigné, délicat, toujours en noir et blanc que Geum Suk Gendry-Kim nous délivre ce beau récit, émouvant ô combien important.
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Framboize12
  15 mai 2021
Belle et bouleversante BD de Keum Sui Gendry-kim; Une famille coréenne brisée par la partition du pays.
Vivre l'invasion des japonais puis celle des russes. Enfin, en 1950 subir la guerre fratricide qui oppose le Nord et le Sud.
Fuir, se sauver, rejoindre le flot de l'exode avec pour seul trésor les enfants portés sur le dos.
Et puis, se perdre dans cette foule, ce sauve qui peut en débandade .
Enfin, attendre toute sa vie des nouvelles des siens.
Oeuvrer durement pour sa survie.
Rever de paix et de réunification.
Cette histoire se passe en Corée, elle pourrait être transposable dans bien des pays ayant vécu des drames semblables.
A lire, à partager.
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critiques presse (4)
Bedeo   04 juin 2021
Une autofiction magistrale sur les familles séparées au moment de la guerre de Corée.
Lire la critique sur le site : Bedeo
BDGest   14 mai 2021
Album dense, L’attente est un véritable roman dans les règles de l’art qui ramène le lecteur, page après page, à l’essentiel : face à l’urgence, il faut savoir faire des choix déchirants, accepter les conséquences et, ensuite, vivre avec.
Lire la critique sur le site : BDGest
BDZoom   14 mai 2021
Keum Suk Gendry-Kim sait qu’il est urgent de raconter ce passé terrifiant : la génération qui a connu la guerre disparait et les jeunes en ignorent tout, ou presque. C’est maintenant ou jamais !
Lire la critique sur le site : BDZoom
BDGest   10 mai 2021
Après Les Mauvaises Herbes, Keum Suk Gendry-Kim s'attaque à un autre pan dramatique de l'histoire de la Corée.
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
CamLGCamLG   15 juin 2021
- Maman, pourquoi tu es encore pieds nus ? Tu n'as pas froid aux pieds ? Je t'ai acheté des chaussons l'autre jour.
- Je ne veux pas les user.
- Ils ne m'ont presque rien coûté. Mets-les et lorsqu'ils seront usés, tu les jetteras.
- Quand j'étais jeune, à l'époque…
- Maman. On n'est plus en temps de guerre. lorsqu'ils seront inutilisables, je t'en rachèterai. Alors mets-les.
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Videos de Keum Suk Gendry-kim (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Keum Suk Gendry-kim
Les grands écarts font les grandes histoires. En mai 2021, Futuropolis vous proposera le cinquième et dernier tome d'Urban, la saga de Luc Brunschwig & Roberto Ricci qui vous transpose dans un monde futuriste devenu un casino géant. Jubilatoire. Futuropolis aura le plaisir d'accueillir la plus grande autrice coréenne, Keum Suk Gendry-Kim, qui nous fera vivre l'attente d'une famille séparée par la guerre en Corée. Glaçant. Quant à Luc Bienvenu et Laurent Houssin, ils vous révéleront les secrets d'un jardin bio dans le Potager Rocambole. Réjouissant.
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