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EAN : 9782070380541
128 pages
Gallimard (25/05/1988)
3.47/5   36 notes
Résumé :
Étranges prisonniers réunis par Genet dans la cellule d'un quartier de haute sécurité ! Loin de souhaiter échapper à leur condition, ils constituent à eux trois un petit monde clos dont ils exagèrent l'enfermement. Yeux-Verts, le seul assassin du groupe, est un pôle attractif pour les deux autres : ils n'aspirent qu'à l'honneur de l'imiter, sinon de le rejoindre dans le ciel héroïque du crime et de la mort pour lequel la prison se révèle le meilleur tremplin.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique

Toute cette pièce n'est que la mise en scène d'un seul mot, « l'expiration ». le verbe est profondément ambigu derrière ce mot (page 60). Expirer c'est rejeter de l'air chargé de CO2 et d'humidité dans le cadre de la respiration vitale, mais c'est aussi mourir, donner son dernier souffle, expirer son dernier souffle.

Mais qu'est-ce qui respire et donc vit – encore – ici sur cette scène ?

Une cellule de forteresse plutôt moyenâgeuse où évolue trois prisonniers tous pour des crimes devant entrainer la déportation au bagne de Cayenne – ou d'ailleurs – ou bien l'exécution par la guillotine. Ils sont promis donc à la mort tranchante de la lame – qui est une dame punisseuse – ou bien lente du bagne. Un quatrième personnage est évoqué avec insistance, un noir, appelé nègre et surnommé Boule de Neige, une dénomination tout juste raciste, et pourtant il est affirmé comme étant le grand maître de la forteresse, s'entend des prisonniers. Il représente la jungle sauvage, voire le cannibalisme, et à ce titre pour ces prisonniers il est comme un dieu supérieur.

Les trois prisonniers de cette cellule sont Yeux-Verts, qui a une épouse qu'il est en voie d'abandonner puisqu'il va mourir d'une façon ou d'une autre, Maurice qui a tué, et Lefranc qui n'a peut-être pas tué mais aura tué à la fin de la pièce. Trois condamnés à mort qui sont sous surveillance de la part d'un gardien et d'un gardien-chef qui révèlent à la fin qu'ils ont suivi toute l'action de la pièce par le judas ou oeilleton de la porte, ce qui pour eux est un divertissement.

Les trois hommes sont réduits à une solitude extrême car confrontés à la mort certaine il n'y a pas d'autre solution que de l'affronter seul à seul car on meurt toujours seul, même si c'est entre les mains d'une ou plusieurs autres personnes. Cette solitude est si extrême que les échanges entre les trois hommes sont totalement dérisoires. Ceci étant, Yeux-Verts est illettré, analphabète et c'est Lefranc qui a écrit les lettres à son épouse, des lettres d'amour qui ont détourné cette femme de son mari pour l'orienter vers cet intermédiaire. Cela donne une rivalité majeure entre Maurice et Lefranc car Maurice veut récupérer la femme.

En arrière plan il y a la relation entre Yeux-Verts et Boule de Neige, une relation qui a une dimension érotique, émotionnelle au moins, et cette relation émotionnelle se retrouve entre Yeux-Verts et Maurice, ce qui amplifie encore la rivalité entre Lefranc et Maurice.

Le reste est alors une descente dans un enfer que seules la prison et son isolation, parfois à deux ou trois, produisent. Ces hommes sont enfermés dans leur individualité absolue qui devient une solitude contrainte et sans aucune alternative. Cette solitude de l'homme face à sa mort annoncée et totalement artificielle pour des actes qu'il ne nie pas produit un solipsisme infini. le monde n'est plus que moi et ma mort annoncée. Cela produit alors un narcissisme égotiste car la seule valeur qui demeure face à cette mort annoncée, c'est le retour sur soi et l'enfermement en soi, même si en plus il y a du regret, de la culpabilité. L'homme doit accepter son sort et son narcissisme devient alors un onanisme mental qui ne peut que causer de la violence avec d'autres prisonniers qui essaieraient d'entrer en contact avec cette bête furieuse qui n'est contenue que par la promesse de la mort, car la mort devient alors une promesse.

Et l'expiration devient alors le souffle de la vie dans la dernière expiration de la mort programmée au couteau, à la lame. Mourir pour mieux ne pas survivre car survivre ne peut être que dans le regret de ne pas avoir pu vivre sans côtoyer la mort. Et le cercle totalement vicieux de cet enfermement en soi est alors bouclé par Lefranc étranglant Maurice. « J'ai fait ce que j'ai pu, pour l'amour du malheur. » On ne peut pas être plus narcissique que Lefranc à ce moment-là. Et c'est comme une auto-vengeance, un auto-châtiment car Lefranc qui écrivait les lettres à l'épouse de Yeux-Verts avait commis un crime de narcissisme altruiste comme il le dit en cinq mots. « J'entrais dans ta peau. » Et cela est intolérable et Maurice le dénoncera à la fin, et il en mourra d'un acte désespéré de Lefranc qui ainsi se punit en tuant et donc en se condamnant à mourir.

Poignant d'une certaine façon et ce drame n'a pas la moindre once d'espoir. Nous sommes tous soit des prisonniers dans la forteresse ou des matons qui matent le spectacle par l'oeilleton de la porte. Et cet oeilleton fait de nous des exécuteurs systématiques car un oeilleton c'est un petit viseur circulaire qui joue le rôle de cran de mire sur certaines armes.

Dr. Jacques COULARDEAU

VERSION ANGLAISE

The whole play is only the staging of a single word, "expiration." The verb is deeply ambiguous behind this word (page 60). To exhale is to throw out air loaded with CO2 and humidity as part of vital breathing, but it is also to die, to give one's last breath, to exhale one's last breath.

But what is breathing and therefore living – still – here on this stage?

A rather medieval fortress cell where three prisoners are evolving, all for crimes that should lead to deportation to the penal colony of Cayenne – or elsewhere – or to their execution by the guillotine. They are thus promised to the sharp death of the blade – which is a lady punisher – or the slow death of the forced labor camp. A fourth character is insistently evoked, a black man, called Negro and nicknamed Snowball, a racist name, and yet he is affirmed as being the great master of the fortress, and we understand the prisoners. He represents the wild jungle, even cannibalism, and as such he is like a superior god to these prisoners.

The three prisoners of this cell are Yeux-Verts, who has a wife that he is in the process of abandoning since he is going to die one way or another; Maurice who has killed; and Lefranc who may not have killed but will have killed at the end of the play. Three condemned to death are under surveillance by a guard and a head guard who reveal at the end that they have been following all the action of the play through the peephole of the door, which for them is entertainment.

The three men are reduced to an extreme solitude because faced with certain death there is no other solution than to face it alone, because one always dies alone, even if it is at the hands of one or more other people. This loneliness is so extreme that the exchanges between the three men are totally pitiful and pathetic. This being said, Yeux-Verts is illiterate, analphabetic, and it is Lefranc who wrote the letters to his wife, letters of love which diverted this woman from her husband to direct her towards this intermediary. That gives a major rivalry between Maurice and Lefranc because Maurice wants to recover the woman.

In the background, there is the relation between Yeux-Verts and Snowball, a relation which has an erotic dimension, emotional at least, and this emotional relation is found between Yeux-Verts and Maurice, though inverted from Yeux-Verts dominated by Snowball to Yeux-Verts dominant over Maurice. And this amplifies still the rivalry between Lefranc and Maurice.

The rest is then a descent into a hell that only the prison and its isolation, sometimes with two or three inmates, produce. These men are locked up in their absolute individuality which becomes a forced solitude without any alternative. This solitude of the man facing his announced and totally artificial death for acts that he does not deny produces infinite solipsism. The world is only me and my announced death. This produces an egotistical narcissism because the only value that remains in front of this announced death is the return on oneself and the enclosure in oneself, even if in addition there is regret, guilt. Man must accept his fate and his narcissism then becomes mental onanism that can only cause violence with other prisoners who would try to come into contact with this furious beast that is only contained by the promise of death, because death then becomes a promise, the promise of liberation.

And expiration becomes the breath of life in the last expiration of death programmed with a knife, with a blade. To die rather than survive because to survive can only be in the regret of not having been able to live without being in close contact with death. And the totally vicious circle of this confinement in oneself is then closed by Lefranc strangling Maurice. "I did what I could, for the love of unhappiness." One cannot be more narcissistic than Lefranc at this moment. And it is like a self-vengeance, a self-blame because Lefranc who wrote the letters to the wife of Yeux-Verts had committed a crime of altruistic narcissism as he says it in five words. "I entered in your skin." And that is intolerable, and Maurice will denounce it at the end, and he will die for it with a desperate act of Lefranc who thus punishes himself by killing and thus by condemning himself to die.

Poignant in a way and this drama has not the slightest ounce of hope. We are all either prisoners in the fortress or guards watching the show through the eyepiece of the door. And this eyepiece makes us systematic executors because it becomes the eyepiece becomes the telescopic sight or scope of a sniper's gun.

Dr. Jacques COULARDEAU

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Cette petite pièce de théâtre met en scène trois jeunes prisonniers, qui enfermés dans la même cellule, se livre à une joute verbale entre jalousie et jeu de domination, qui va les pousser à bout. Après avoir lu Miracles de la rose, je n'ai pas été très touchée par cette pièce qui décline un peu le même thème.

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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation

p.44: "J'en ai assez de vous tous. Dans un mois j'aurai passé sous le couteau. D'un côté de la machine j'aurai ma tête, mon corps sera de l'autre. Alors je suis terrible. Terrible! Et je peux t'anéantir. Si ma femme te plaît, va la cueillir. Depuis longtemps tu tournes autour de moi, tu tournes, tu cherches un coin où te poser sans te douter que je peux t'assommer".

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MAURICE : Des preuves ! Les cellules sont pleines de formidables histoires. Par moments, ça flotte dans l'air qui devient épais à vous faire dégueuler. Et les plus terribles c'est encore celles qu'on invente ou qu'on rêve pour se faire mousser ? Même pas : pour rendre notre vie supportable. Des escroqueries, des trafics d'or, de perles, de diamants ! Ça fume. Les faux dollars, les casses, les fourrures ! Et les galériens !

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p. 71: "Yeux-Verts est déjà en train de se réorganiser. Je me reconstruis. Je me recolle. Je me refais à neuf. Je deviens plus fort, plus lourd qu'un château fort. Plus fort que la forteresse. Je suis la forteresse! Dans mes cellules, je garde des costauds, des voyous, des soldats, des pillards! Méfiez-vous! Je ne suis pas sûr que mes gardiens et mes chiens puissent les retenir si je les lâche!

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p. 21: "Yeux-Verts: Si je dis "mes crimes", je sais ce que je veux dire. Mes crimes. Et qu'on n'y touche pas, je deviens dangereux. Qu'on ne m'excite pas. Je te demande une chose, c'est de me lire la lettre de ma femme.

Lefranc: Je l'ai lue.

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YEUX VERTS : (...) Elle t'aurait plu, ma femme ?

MAURICE : Elle me chavirait un peu, je l'avoue. Quand déjà je la vois à travers toi, je deviens fou.

YEUX VERTS : Je suis un beau couple, hein ? Ça te trouble ?

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Jean Genet, l'auteur des "Bonnes", du "Balcon" ou des "Nègres", s'est inspiré de la vie des autres pour écrire sur la vie des minorités et des opprimés et a fait de personnages réels des personnages de ses fictions. Retour sur l'oeuvre de l'écrivain et dramaturge à travers deux romans : "Mourir avant que d'apparaître" de Rémi David, et "Par-delà l'attente" de l'avocate Julia Minkowski.
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