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ISBN : 207040787X
Éditeur : Gallimard (12/03/1999)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 79 notes)
Résumé :
C'est en prison, provoqué par des camarades de cellule qui s'essayaient à imaginer de médiocres pièces sentimentales, que Genet rédigea les strophes du«Condamné à mort»et la dédicace en prose à Maurice Pilorge. En prison aussi qu'il écrivit«Marche funèbre»,«La galère»,«La parade». Autant de poèmes qui sont comme des ex-votos ou comme des bouteilles à la mer.
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Critiques, Analyses & Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  15 février 2013
Difficile de prendre la plume et d'écrire son ressenti après la lecture d'un tel recueil, la poésie de Jean Genet est comme un tison incandescent qu'on ne pourrait s'empêcher de toucher malgré la menace de brûlure qu'il représente, elle a l'attrait du vide, elle opère la même fascination étrange que la lumière chez le papillon de nuit, la conscience du danger mais une irrépressible et fatale attraction.
Il faut laisser passer un peu de temps puis reprendre le recueil, le feuilleter au hasard et se laisser de nouveau happer ça et là par la beauté des phrases, on pourrait même dire se laisser culbuter par les mots, tant cette poésie virile au charme vénéneux peut se révéler troublante, tant elle vous désarçonne et vous terrasse - chevalier de l'apocalypse aspirant au sublime - par la puissance d'un vocabulaire à la fois lyrique et cru, emphatique et osé.
De l'audace, il y en a à foison chez Jean Genet surtout lorsqu'on imagine le contexte dans lequel ces vers ont été écrits et aussi à qui ils ont été adressés, «Maurice Pilorge, assassin de vingt ans »…
C'est en effet incarcéré à Fresnes dans les années 1940, que Jean Genet rédige le plus grand nombre des poèmes composant le recueil, dont le long chant d'amour qui lui donne son titre, datant de 1942, « le condamné à mort ».
Un poème superbe qui chante l'amour homosexuel avec une force incomparable et une liberté dans le ton et le choix des termes employés foncièrement remarquables.
En homme fou, passionné, ardent, épris d'un autre garçon, Jean Genet, brisant les chaînes des préjugés et de la « bien-pensance », laisse éclater son écriture vibratoire avec pour seule contrainte la recherche du Beau dans la fascination du Mal.
Il y a de la bestialité, une animalité sensuelle ; il a des muscles et des marins, du sang et des morsures, de la mort, des barreaux, des voiles au vent, tout un univers d'hommes et de fantasmes masculins, qui vous fauchent, vous bousculent, vous remuent, au gré d'une langue déliée et libérée, à la fois intense et licencieuse, indécente et impudique, mais paradoxalement tout aussi châtiée, maîtrisée et classique.
Ici, l'ange côtoie le démon. de leur accouplement torride et frénétique naît une poésie émancipée et corrosive dépourvue cependant du moindre aspect graveleux.
Rien n'est trivial chez Jean Genet. Si l'ensemble est irrévérencieux, on est bien au-delà de la vulgarité. Car ses mots savent aussi se charger de tendresse, de vénération et de souffrance lorsqu'ils évoquent le beau voyou au corps d'éphèbe et au coeur assassin, lorsqu'ils crient son amour impuissant et brûlant ou lorsqu'ils invoquent, avec tous les accents de la passion et de la séduction, la « Divine canaille » dont la tête va être tranchée.
Rares sont les poètes qui ont su concilier avec une telle force et une telle insoumission, les beautés et les valeurs de la langue française et de la poésie classique avec les aspects les plus crus de la nature humaine. Rares sont ceux qui ont pu faire l'éloge des corps et des attributs masculins avec tant d'aplomb et d'harmonie.
Ange dévoyé, Jean Genet, se confronte à sa part d'ombre et puise dans l'attrait du mal, la révélation d'un esthétisme aussi farouche qu'empli de grâce.
Pour autant, les poèmes, chants poétiques et textes en prose qui composent le recueil (Marche funèbre, La galère, La parade, le funambule) ne sont pas toujours aisément abordables. le sens de certains d'entre eux, citadelle de mots aux abords imprenables, peut se révéler sibyllin voire carrément hermétique parfois à appréhender.
Néanmoins, Jean Genet demeure un poète incontournable du 20ème siècle dont l'oeuvre impertinente mérite que l'on y revienne fréquemment et que l'on s'y attarde encore et encore et encore…
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LiliGalipette
  21 février 2013
Recueil de poèmes de Jean Genet.
Le condamné à mort est dédié « à Maurice Pilorge, assassin de vingt ans ». C'est un long poème qu'un amant adresse à son aimé, séparé de lui dans une autre cellule. Cette élégie carcérale, ce sont les dernières amours d'un condamné. « Tristesse dans ma bouche ! Amertume gonflant / Gonflant mon pauvre coeur ! Mes amours parfumées / Adieu vont s'en aller ! / Adieu couilles aimées ! / Ô sur ma voix coupée adieu chibre insolent ! » (p. 13) Aucun remords ou aucun repentir : la faute de l'amant condamné n'est rien, elle compte pour rien : seule vaut l'insolente beauté et l'arrogante jeunesse que l'amant poète ne cesse de célébrer, les érigeant en raisons, en excuses, voire en alibis. « Nous n'avions pas fini de nous parler d'amour. / Nous n'avions pas fini de fumer nos gitanes. / On peut se demander pourquoi les Cours condamnent / Un assassin si beau qu'il fait pâlir le jour. » (p. 18)
Dans ses autres poèmes, s'il fait référence à l'amant coupable, Jean Genet célèbre surtout les amours homosexuelles, entre félicité et douleur, comme le sont toutes les amours. « J'arrive dans l'amour comme on entre dans l'eau, / Les paumes en avant, aveuglé, mes sanglots / Retenus gonflent d'air ta présence en moi-même / Où ta présence est lourde, éternelle. Je t'aime. » (p. 84) le poète peint des tableaux où l'érotisme, voire la pornographie, se font poétiques. Mais le lyrisme reste toujours canaille et gouailleur. Sous des dehors très classiques où l'alexandrin s'installe confortablement dans des quatrains, rien n'est sage. le poète ne maîtrise les règles de l'art que pour mieux s'en jouer. Ainsi, les rimes embrassées font des pieds de nez aux murs qui séparent les amants et les rejets en début de vers sont autant d'éjaculations audacieuses.
Dans le funambule, c'est à Adballah qu'il s'adresse, son jeune amant artiste. « Ce sont de vains, de maladroits conseils que je t'adresse. Personne ne saurait les suivre. Mais je ne voulais pas autre chose : qu'écrire à propos de cet art un poème dont la chaleur montera à tes joues. Il s'agissait de t'enflammer, non de t'enseigner. » (p. 127) Ce poème en prose est un appel à l'humilité du funambule qui ne doit être superbe que sur son fil. Et l'osmose doit être parfaite entre l'homme et l'objet. « Cet amour – mais presque désespéré, mais chargé de tendresse – que tu dois montrer à ton fil, il aura autant de force qu'en montre le fil de fer pour te porter. Je connais les objets, leur malignité, leur cruauté, leur gratitude aussi. le fil était mort – ou si tu veux, muet, aveugle – te voici : il va vivre et parler. » (p. 107)
Ce recueil, je le lis et le relis depuis des années. Je n'avais pas encore osé en parler sur ce blog. Oh, ce n'est pas par pudibonderie devant le sujet. C'était plutôt l'aveu de mon incapacité à parler suffisamment bien de ces textes superbes. Maintenant que ce billet est écrit et publié, j'ai honte de mes mots si plats qui rendent si mal hommage à la sublime prose poétique de Jean Genet. Je lis peu, très peu de poésie, mais celle-ci me berce depuis longtemps.
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ATOS
  16 mai 2012
Genet, Jean Genet. Décorateur de l'enfer. amoureux,épineux, sulfureux.
Si vous lisez Genet, je vous en prie poser vos valises. Elles ne vous serviront pas.
Venez sans bagage, ici ses mots suffisent.
Il n'y a sur ces terres aucune frontière, pas de limite.
L'amour tel qu'il le vit dans un monde de "gens foutre" qui décident de condamner à mort un ange de vingt ans.
Un monde "bien pensant", indécent par sa férocité, sa cruauté.
Genet n'est jamais indécent, ni obscène, aucune vulgarité ne viendra vous heurter.
Il réussit ce qui est sans doute le rôle premier de l'art : transformer le plus noir des enfers en un lit de roses pourpres.
Un conseil : écouter l'album ( originellement mis en musique par Hélène Martin en 1964) : le condamné à mort. Etienne DAHO et de Jeanne MOREAU donnent voix aux textes de Genet. Un moment éblouissant.
"il se peut qu'on s'évade en passant par le toit. On dit que la Guyane est une terre chaude."
http://www.france-info.com/chroniques-france-info-culture-2010-11-19-le-condamne-a-mort-par-jeanne-moreau-et-etienne-daho-498176-81-336.html
Astrid SHRIQUI GARAIN
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Bequelune
  15 juin 2016
« Le condamné à mort » est sans doute un des plus beaux poèmes écrit en langue française. Jean Genet a su manier le vice et le sublime, jouer sur les mots, les images et les sonorités pour produire un – très – long poème qui m'a véritablement marqué.
Les autres textes du recueil ne sont pas à la hauteur de ce premier poème, mais de temps en temps j'ai retrouvé, dans un quatrain ou un paragraphe en prose, la lumière que Genet sait insuffler dans ses grands jours.
Ce recueil parle de désir et de mort, d'amour et de prison, d'homosexualité et de récolte. Je le garde encore au pied du lit, et j'en picore des mots, avant de dormir – et je me sens nourrit. La poésie a ce pouvoir là. Celle de Genet particulièrement.
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Catherine3
  21 juin 2015
Enfant de l'Assistance publique, évadé des maisons de correction, déserteur de la Légion étrangère, vagabond des ports, garçon de joie pour les marins, délinquant par amour de la transgression, poète, écrivain et dramaturge par amour de la langue française. La belle, la délicate et très précieuse langue française, mais l'autre aussi;
celle du sang mêlée au sperme et aux larmes.
Dans "Saint Genet, comédien et martyr", Sartre l'enciellera. Ici. Sur cette terre. Mais oui!!!
Assommé, Genet se taira des années durant.
"Le Condamné à mort" est son premier poème. Il a trente-deux ans et est détenu à la prison de Fresnes pour vol de livres...
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Citations & extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
MalauraMalaura   30 décembre 2012
Le ciel peut s'éveiller, les étoiles fleurir,
Ni les fleurs soupirer, et des prés l'herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.

Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde!
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens! Pose ta joue contre ma tête ronde.

Nous n'avions pas fini de nous parler d'amour.
Nous n'avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu'il fait pâlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs,descends, marche léger,
Vole dans l'escalier plus souple qu'un berger,
Plus soutenu par l'air qu'un vol de feuilles mortes.

Ô traverse les murs; s'il le faut marche au bord
Des toits, des océans, couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.
+ Lire la suite
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MalauraMalaura   17 janvier 2013
Transparent voyageur des vitres du hallier
Par la route du sang revenu dans ma bouche
Les doigts chargés de lune et le pas éveillé
J'entends battre le soir endormi sur ma couche.

Votre âme est de retour des confins de moi-même
Prisonnière d'un ciel aux paresseux chemins
Où dormait simplement dans le creux d'un poème
Une nuit de voleur sous le ciel de ma main.
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MalauraMalaura   22 décembre 2012
Le vent qui roule un coeur sur le pavé des cours,
Un ange qui sanglote accroché dans un arbre,
La colonne d'azur qu'entortille le marbre
Font ouvrir dans ma nuit des portes de secours.

Un pauvre oiseau qui meurt et le goût de la cendre,
Le souvenir d'un oeil endormi sur le mur,
Et ce poing douloureux qui menace l'azur
Font au creux de ma main ton visage descendre.
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MalauraMalaura   08 janvier 2013
Mais si je ne sais rien de précis sur la Mort
D’avoir tant parlé d’elle et sur le mode grave
Elle doit vivre en moi pour surgir sans effort
Au moindre de mes mots s’écouler de ma bave.

Je ne connais rien d’elle, on dit que sa beauté
Use l’éternité par son pouvoir magique
Mais ce pur mouvement éclate de ratés
Et trahit les secrets d’un désordre tragique.
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MalauraMalaura   06 janvier 2013
Je ne suis plus qu'amour
Toutes mes hanches brûlent
Si j'obscurcis le jour
En moi l'ombre recule.

Il se peut qu'à l'air pur
Mon corps sec tombe en poudre
Posé contre le mur
J'ai l'éclat de la foudre.

Le coeur de mon soleil
Le chant du coq le crève
Mais jamais le sommeil
N'ose y verser ses rêves.

Séchant selon mes voeux
Je fixe le silence
Quand les oiseaux de feu
De mon arbre s'élancent.

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Videos de Jean Genet (52) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Genet
"Un chant d'amour" de Jean Genet, 1950, moyen métrage de 25 minutes.
Enfermés dans leurs cellules, deux prisonniers communiquent à l'aide d'un trou creusé dans le mur, sous l'œil du gardien qui les observe par le judas.
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