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ISBN : 2701154502
Éditeur : Editions Belin (10/08/2010)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 541 notes)
Résumé :
Genet a choisi comme personnages "Les Bonnes". Au début de la pièce, deux soeurs, Claire et Solange, seules dans la chambre de Madame, "d'une dame un peu cocotte et un peu bourgeoise" , pendant son absence, jouent pour elles, et entre elles, des variations sur le thème des Bonnes et de Madame. Claire incarne Madame tandis que Solange joue de temps en temps le rôle de sa soeur Claire. Chacun des personnages menace de quitter ou de reprendre sa propre personnalité, ou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  26 octobre 2013
Une drôle de pièce que ces Bonnes ; une histoire louche qui crée du malaise et qui résiste à toute explication logique.
Il faut distinguer deux choses : d'une part, le fait divers réel, l'affaire des soeurs Papin dans les années 1930 et qui présente un intérêt qui lui est propre et auquel on n'est pas forcé d'adhérer pour aborder la pièce de théâtre ; d'autre part, le drame de Jean Genet qui en est largement inspiré et qui joue sur un autre registre que le fait divers.
Cette pièce est troublante ; on y côtoie la mythomanie, la schizophrénie et surtout la paranoïa de deux soeurs, employées en tant que domestiques dans une maison bourgeoise.
Les deux jeunes femmes ne cessent de jouer leur rôle et celui de leur maîtresse vis-à-vis de laquelle elles nourrissent une profonde haine et un désir de meurtre.
On voit se dérouler devant nous leur hystérie de duo, leur folie, entrecoupée de passages lucides et ancrés dans le réel, au milieu de ce qui est fantasmé et joué.
Je dois reconnaître que c'est assez déstabilisant, on ne sait jamais si elles se parlent réellement ou si elles rabâchent pour la millième fois un scénario échafaudé et des dialogues imaginaires avec leur maîtresse.
Jean Genet s'arrange pour faire entrer en scène la maîtresse de maison en plein milieu de la pièce afin que nous puissions mesurer la métamorphose dans l'attitude des jeunes femmes envers leur patronne, attitude qui devient subitement, maladivement déférente et qui tranche si fortement avec la violence et le fiel déversés à son propos durant tout le début de la représentation.
De même, on accède à un autre éclairage sur l'attitude plutôt bienveillante et généreuse de la maîtresse du logis et la façon dont ses comportements sont interprétés par les domestiques, comme étant méprisants, condescendants et méritant une juste haine.
Bref, une pièce intéressante, très intéressante même d'une point de vue psychologique et psychiatrique, qui m'a fait me documenter sur l'affaire originelle, mais une pièce que je n'ai pas spécialement trouvée agréable au ressenti.
Ceci dit, ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.
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Osmanthe
  08 février 2016
Très bon moment de lecture de cette pièce qui a en partie inspiré Claude Chabrol pour son excellent film "La Cérémonie". Les deux soeurs Claire et Solange sont bonnes, au service de Madame depuis de nombreuses années. Tous les soirs en l'absence de leur Maîtresse elles s'adonnent à une sorte de jeu de rôle, où Claire joue la Maîtresse et Solange joue Claire. Elle se parent des robes de Madame et jouent des scènes de dialogues tendus, où la haine, la jalousie, sont présentes, envisageant de tuer leur Maîtresse.
On apprend que l'amant de Madame, qu'on appellera Monsieur, a été emprisonné sur la base de lettres de dénonciation adressées à la police par Claire, et que Solange en pincerait bien pour Monsieur, au point qu'il y a peut-être eu liaison entre eux. Et puis elles ne supportent plus d'être si bien traitées par Madame, qui pour le coup est trop "bonne". Ce soir-là, elles ont prévu de faire boire un tilleul empoisonné à leur Maîtresse à son retour, mais Monsieur appelle (Claire décroche) pour annoncer sa libération provisoire...Dès lors, Madame préférera courir rejoindre Monsieur et sabler le champagne au lieu d'avaler son tilleul...Les deux bonnes restées seules reprennent leur jeu dans un tourbillon schizophrénique.
Oeuvre troublante à plus d'un titre : beaucoup de choses sont suggérées et non vraiment dites (liaison réelle ou supposée entre Solange et Monsieur, relation peut-être homosexuelle entre les deux soeurs...), il y a un trouble sur l'identité des deux femmes qui jouent souvent quelqu'un d'autre jusqu'à une forme de dédoublement, à ne plus savoir qui elles sont vraiment et à qui elles s'adressent, trouble sur leurs intentions, malsaines et inquiétantes, et leurs motivations, obscures et absurdes. Cette ambiance de perversité confine à la folie et constitue sans doute aussi un hommage au théâtre, les bonnes jouant en quelque sorte une pièce dans la pièce.
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palamede
  12 décembre 2015
Deux bonnes,
des bonnes à tout faire,
des bonnes à rien.
Des bonnes à tuer celle qu’elles détestent
et singent par jalousie,
leur maitresse, ni meilleure ni pire qu’une autre,
le symbole de leur soumission qu’il faut mettre à mort.
Madame est servie.
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Lutopie
  31 mars 2019
Les Bonnes de Madame, deux soeurs, se livrent à un jeu de rôle criminel où elles deviennent Madame, à tour de rôle, pour le pouvoir, déjà, et pour pouvoir se haïr. Se haïr l'une l'autre, se haïr soi-même, sans oublier d'haïr Madame, évidemment. Animées par l'envie, elles volent les gestes de Madame, elle se vengent, ces Erinyes infernales, de leur orgueil blessé. Elles n'acceptent plus leur condition, d'être bonnes, alors elles deviennent mauvaises …
Cependant, elles l'adorent, Madame, elles l'aiment. Elles lui vouent un culte, un vrai. Elles l'idolâtrent : « Votre poitrine … d'ivoire ! Vos cuisses … d'or ! Vos pieds … d'ambre ! » (p.28) C'est une passion criminelle qu'elles ont pour elle. Elles la comparent à une Marie-Madeleine fantasmée, et c'est « le luxe d'être une prostituée de haut vol, une hétaïre.» Elles la comparent à la Vierge Marie, aussi. « Je suis une Vierge plus belle, Claire » et l'armoire qui préserve les robes de Madame du regard devient un tabernacle. Les bonnes sont dévouées à Madame, et oui c'est de la dévotion, mais véritable. Madame est bonne, elle a de la bonté envers elles ( elle lègue à ses servantes ses vieilles robes dans un élan de générosité, et je souligne "vieilles"). Quand Madame est bonne, elle devient une bonne dans l'esprit des bonnes, comme elles quoi.
Madame, c'est une déesse sacrée, profanée. Elles l'avilissent comme elles peuvent, en lui prêtant les mots qu'elles veulent bien lui prêter (dans un élan de générosité et oui, c'est ironique) lors de la « cérémonie ». Alors que les soeurs se mettent à nu – l'une d'elles commence la pièce en sous-vêtements - elles se déguisent avec les robes de Madame (la noire, c'est pour elles, « [l]a robe blanche est le deuil des reines » (p.21), la rouge, c'est la criminelle, la passionnelle. Madame, jouée par l'une des bonnes ordonne : « Disposez la traîne, traînée ». (p.25) mais « N'essayez pas de me ligoter ». (p.22) C'est un mépris absolu et les insultes qu'elles se lancent, c'est ce qu'elles s'adressent à elles-même. On va jusqu'à se gifler, jusqu'à se « cracher à la face ». Les fluides qui viennent de la cuisine, cette tisane - l'arme du crime - ou ces crachats, ou ces objets qui n'ont pas de place dans le salon (parce qu'ils viennent de la cuisine), comme le réveil, les gants de caoutchouc, incommodent Madame. L'odeur des servantes incommode Madame, autant dire que c'est leur présence qui l'incommode, en vérité. C'est assez poétique d'ailleurs la manière dont Genet parle de ses crachats, des« voiles de votre salive. Par la brume de vos marécages » (p.17)
« Mon jet de salive, c'est mon aigrette de diamants » (p.41)
Ce qu'elles reprochent à Madame, je crois que c'est ce « vous ». Elles doivent de la déférence à Madame, du respect mais elles ne se sentent pas respectées, elles. Madame les confond. Madame bafoue leur identité, en se trompant de prénom quand elles les appelle. Madame prend ses distances vis-à-vis d'elles. Ce « vous » fait qu'elles se sentent seules, solitaires, parce que c'est une adresse impersonnelle, non individuelle, et elles deviennent plurielles, et elles se livrent à ce jeu de rôle, de personnalités multiples. Oui, « cela nous tue » (p.33)
Cette pièce, c'est dans doute mieux de la voir sur scène avant de découvrir le texte. En effet, dans le texte, on a le nom des personnages qui parlent, ce qui fait qu'on sait dès le début que c'est Claire et Solange qui parlent, et non véritablement Madame. le jeu de rôle est apparent. Alors qu'au théâtre, on ne sait qu'à posteriori que le début n'est qu'un jeu, une représentation. C'est bien l'avantage de la représentation de créer l'illusion. Les préparatifs prennent du temps au début, et le crime reste inachevé dans la première scène, on s'étonne sans doute de ce meurtre qui est joué dès le début, j'imagine, puis tout s'éclaire lorsqu'on comprend que les rôles ne sont pas ce qu'ils sont. Il y a un retournement de situation, les rôles s'interchangent, et on comprend peu à peu. On découvre que Madame n'est pas Madame mais Claire , et que Claire n'est pas Claire mais Solange ( et Madame n'étant pas de la partie, personne n'est Solange, parce que personne ne joue Solange).
C'est bien une crise de l'identité cette pièce. Solange, à la fin, proclame son nom, haut et fort . Il s'agit de s'affirmer.
Comment jouer « Les Bonnes » ?   Comment s'effacer – quand on est une bonne ? Comment faire preuve de discrétion ? Et comment prépare-t-on un meurtre en toute discrétion ?
« Chaque geste suspendra les actrices ». Genet préconise un « jeu un peu titubant » , comme une hésitation, comme une exaltation. Les Bonnes sont ivres de sang.
Ainsi, « [l]e moindre geste te paraît un geste d'assassin » (p.40)
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isalune
  18 juin 2013
Ça parle de deux bonnes soeurs.
Non.
Ça parle de deux soeurs qui sont bonnes.
...
Ça parle de deux bonnes qui sont soeurs, voilà, et qui jouent à ce qu'elles nomment la "cérémonie", un jeu de rôles où elles miment les relations entre Madame et ses bonnes, en exagérant l'humiliation et la condescendance supérieure...
La pièce met mal à l'aise de par ses dialogues acerbes ; mal accueillie par la critique et le public à sa sortie (1947) car inclassable et dérangeante, elle est devenue incontournable et inspiration - avec le roman L'Analphabète de Ruth Rendell, lui-même librement inspiré du fait-divers célèbre qui vit les soeurs Papin assassiner leurs patronnes - du film "La Cérémonie" où Huppert et Bonnaire rivalisent de noirceur.
Lecture intéressante.
Is@ juin 2013
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   08 février 2016
CLAIRE
Le moindre geste te paraît un geste d'assassin qui veut s'enfuir par l'escalier de service. Tu as peur maintenant.

SOLANGE
Ironise, afin de m'exciter. Ironise, va ! Personne ne m'aime ! Personne ne nous aime !

CLAIRE
Elle, elle nous aime. Elle est bonne. Madame est bonne ! Madame nous adore.

SOLANGE
Elle nous aime comme ses fauteuils. Et encore ! Comme la faïence rose de ses latrines. Comme son bidet. Et nous, nous ne pouvons pas nous aimer. La crasse...

CLAIRE, (c'est presque dans un aboiement).
Ah !...

SOLANGE
...N'aime pas la crasse. Et tu crois que je vais en prendre mon parti, continuer ce jeu et, le soir, rentrer dans mon lit-cage. Pourrons-nous même le continuer, le jeu. Et moi, si je n'ai plus à cracher sur quelqu'un qui m'appelle Claire, mes crachats vont m'étouffer ! Mon jet de salive, c'est mon aigrette de diamants.

CLAIRE, (elle se lève et pleure).
Parle plus doucement, je t'en prie. Parle...parle de la bonté de Madame. Elle, elle dit : diam's !

SOLANGE
Sa bonté ! Ses diam's ! C'est facile d'être bonne, et souriante, et douce. Quand on est belle et riche ! Mais être bonne quand on est une bonne ! On se contente de parader pendant qu'on fait le ménage ou la vaisselle. On brandit un plumeau comme un éventail. On a des gestes élégants avec la serpillière. Ou bien, on va comme toi, la nuit s'offrir le luxe d'un défilé historique dans les appartements de Madame.
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Nastasia-BNastasia-B   26 octobre 2013
CLAIRE : Je hais les domestiques. J'en hais l'espèce odieuse et vile. Les domestiques n'appartiennent pas à l'humanité. Ils coulent. Ils sont une exhalaison qui traîne dans nos chambres, dans nos corridors, qui nous pénètre, nous entre par la bouche, qui nous corrompt. Moi, je vous vomis. [...] Vos gueules d'épouvante et de remords, vos coudes plissés, vos corsages démodés, vos corps pour porter nos défroques. Vous êtes nos miroirs déformants, notre soupape, notre honte, notre lie.
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Nastasia-BNastasia-B   25 octobre 2013
CLAIRE : Je vois où tu veux en venir. J'écoute bourdonner déjà tes accusations, depuis le début tu m'injuries, tu cherches l'instant de me cracher à la face.
SOLANGE : Madame, Madame, nous n'en sommes pas encore là. Si Monsieur...
CLAIRE : Si Monsieur est en prison, c'est grâce à moi, ose le dire ! Ose ! Tu as ton franc-parler, parle.
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NanneNanne   20 septembre 2011
Car Madame est bonne ! Madame est belle ! Madame est douce ! Mais nous ne sommes pas des ingrates, et tous les soirs dans notre mansarde; comme l'a ordonné Madame, nous prions pour elle. Jamais nous n'élevons la voix et devant elle nous n'osons même pas nous tutoyer. Ainsi Madame nous tue avec sa douceur ! Avec sa bonté, Madame nous empoisonne. Car Madame est bonne ! Madame est belle ! Madame est douce !
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liratouva2liratouva2   14 juin 2010
Claire/Madame : Et ces gants ! Ces éternels gants ! Je t’ai dit souvent de les laisser à la cuisine. C’est avec ça sans doute que tu espères séduire le laitier. Non, non, ne mens pas, c’est inutile. Pends-les au-dessus de l’évier. Quand comprendras-tu que cette chambre ne doit pas être souillée ? Tout, mais tout ce qui vient de la cuisine est crachat. Sors. Et emporte tes crachats. ! Mais cesse !
Solange/Claire : Je vous hais ! Je vous méprise. Vous ne m’intimidez plus. Réveillez le souvenir de votre amant, qu’il vous protège. Je vous hais ! Je hais votre poitrine pleine de souffles enbaumés. Votre poitrine…d’ivoire ! Vos cuisses…d’or ! Vos pieds…d’ambre ! (Elle crache sur la robe rouge.) Je vous hais !
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