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ISBN : 2070368602
Éditeur : Gallimard (08/12/1976)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 128 notes)
Résumé :

Notre-Dame-des-Fleurs fait ici son entrée solennelle par la porte du crime, porte dérobée, qui donne sur un escalier noir mais somptueux. Notre-Dame monte l'escalier, comme l'ont monté bien des assassins, n'importe lequel. Il a seize ans quand il arrive au palier. Il frappe à la porte, puis il attend. Son coeur bat, car il est résolu. Il sait que son destin s'accomplit...
--Ce texte fait référence à l'édition
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Critiques, Analyses & Avis (3) Ajouter une critique
LiliGalipette
03 mai 2013
La dédicace liminaire s'adresse à Maurice Pilorge, cet assassin de vingt ans que l'auteur pleurait déjà dans le condamné à mort.
Du fond de sa prison, Jean rêve à des « amants enchanteurs » et il convoque des hommes de papier pour combler sa solitude et son désir. Pour lui, le crime est beau et il exalte la beauté des criminels. « Je veux chanter l'assassinat puisque j'aime les assassins. […] Je l'ai dit plus haut. Plutôt qu'un vieux, tuer un beau garçon blond, afin qu'unis par le lien verbal qui joint l'assassin à l'assassinat (l'un l'étant grâce à l'autre), je sois, aux jours et nuits d'une mélancolie désespérée, visité par un gracieux fantôme dont je serais le château hanté. » (p. 107) La prison, pour Jean Genet, est une obsession : il l'a souvent pratiquée et il s'y sent chez lui. « Ma bonne, ma tendre amie, ma cellule ! Réduit de moi seul, je t'aime tant ! » (p. 121) Étrangement, il ne semble pas prisonnier et s'échappe de la geôle à force de fantasmes et d'imagination. Avec des coupures de journaux, entre réel et imaginaire, Jean recompose un univers.
Il est question d'un monde noctambule et voyou peuplé d'individus hauts en couleurs. Divine est un travesti renommé dans les bas-fonds parisiens, dingue d'un mac nommé Mignon-les-Petits-Pieds. L'étoile fulgurante de ce milieu canaille et brutal, c'est Notre-Dame-des-Fleurs, un jeune voleur éclatant de beauté, amant occasionnel de Divine et de Seck, un bel Africain. Sous la plume de Jean, on suit les liaisons souvent orageuses des tantes, des tapettes et autres pédales parisiennes.
Le narrateur, c'est Jean, très probablement Jean Genet, qui livre ses troubles et ses peines. « Ce livre, j'ai voulu le faire des éléments transposés, sublimés, de ma vie de condamné, je crains qu'il ne dise rien de mes hantises. » (p. 204) On retrouve dans ce roman les thèmes évoqués dans le condamné à mort : « Mes livres seront-ils jamais autre chose qu'un prétexte à montrer un soldat vêtu d'azur, un ange et un nègre fraternel jouant aux dés ou aux osselets dans une prison sombre ou claire ? » (p. 24) Dans sa langue si unique, qui mêle argot et poésie, Jean Genet chante une nouvelle fois les amours homosexuelles, ainsi que son obsession pour la beauté et la jeunesse masculines. C'est une littérature très particulière et un sujet qui peut en gêner, voire en choquer certains. Je ne prends pas position et je me contente d'apprécier, sans toujours la comprendre, la poésie foudroyante de Jean Genet, auteur passionné et torturé.
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johaylex
15 octobre 2011
La plus belle plume française du XXè siècle et l'une des plus grandes de tous les temps. L'histoire n'est pas essentielle, une simple confession mêlée d'imagination, mais sublimée par une langue hors du commun.
Genet pousse l'exigence d'honnêteté et surtout d'écriture à un niveau que j'ai rarement eu la chance de rencontrer. Cette faculté à donner vie au sordide avec une telle beauté, une telle fluidité, m'a vraiment troublé: l'on croit pénétrer dans une pièce remplie de fleurs aux parfums capiteux, au décor raffiné, et l'on s'aperçoit qu'en ce lieu se tiennent des funérailles, que les fleurs couvrent l'odeur du rance. Alors, il y a la beauté du rituel, cette mise en scène parfaitement codifiée, cet exorcisme de la peur de la mort. Car Genet parle assurément de la Mort, sa lecture m'a semblé mortifère, mais Genet donne au Beau une nouvelle dimension, celle où le verbe s'élève réellement au rang d'Art.
Lien : http://johaylex.wordpress.co..
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pve735
05 octobre 2014
Une prose poétique sans pareille, des images à couper le souffle, il parle d'une réalité difficile en mots féériques. Il joue avec les mots bien plus que la plupart des écrivains. C'est un écrivain de haute voltige littéraire. J'aime beaucoup.
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Citations & extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
Gwen85Gwen8501 septembre 2012
Je veux chanter l’assassinat, puisque j’aime les assassins. Sans fard le chanter. Sans prétendre, par exemple, que je veuille obtenir par lui la rédemption, encore que j’en aie grande envie, j’aimerais tuer. Je l’ai dit plus haut, plutôt qu’un vieux, tuer un beau garçon blond, afin qu’unis déjà par le lien verbal qui joint l’assassin à l’assassiné (l’un étant grâce à l’autre), je sois, aux jours et nuits de mélancolie désespérée, visité par un gracieux fantôme dont je serais le château hanté. Mais que me soit épargnée l’horreur d’accoucher d’un mort de soixante ans ou qui serait une femme, jeune ou vieille. J’en ai assez de satisfaire sournoisement mes désirs de meurtre en admirant la pompe impériale des couchers de soleil. Assez mes yeux s’y sont baignés. Passons à mes mains.
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UnityUnity11 février 2013
Bien m’en prit d’élever l’égoïste masturbation à la dignité de culte ! Que commence le geste, une transposition immonde et surnaturelle décale la vérité. Tout en moi devient adorateur. La vision extérieure des accessoires de mon désir m’isole, très loin du monde.
Plaisir solitaire, geste de solitude qui fait que tu te suffis à toi-même, possédant les autres intimement, qui servent ton plaisir sans qu’ils s’en doutent, plaisir qui donne, même quand tu veilles, à tes moindres gestes cet air d’indifférence suprême à l’égard de tous et aussi cette allure maladroite telle que, si un jour tu couches dans ton lit un garçon, tu crois t’être cogné le front à une dalle de granit.
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UnityUnity20 janvier 2013
Mon esprit continue de produire de belles chimères, mais aujourd'hui aucune d'elle n'a pris corps. Jamais. Pas une fois. Maintenant, il suffit que j'entreprenne une rêverie, ma gorge sèche, le désespoir brûle mes yeux, la honte me fait baisser la tête, ma rêverie se casse net. Je sais qu'un possible bonheur m'échappe encore et m'échappe parce que j'ai rêvé.
L'accablement qui suit me fait semblable au naufragé qui, à la vue d'une voile, se croit sauvé quand, tout à coup, il se souvient que le verre de sa lunette porte un défaut, une buée : cette voile qu'il apercevait.
Mais alors ce que je n'ai rêvé demeure accessible, et comme je n'ai jamais rêvé de malheurs, ce ne sont guère que des malheurs qu'il me reste à vivre. Et des malheurs à mourir, car je me suis rêvé des morts splendides à la guerre, en héros, ailleurs couvert d'honneurs, jamais par l'échafaud. Il me reste donc.
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Gwen85Gwen8501 septembre 2012
Déjà l’assassin force mon respect. Non seulement parce qu’il a connu une expérience rare, mais qu’il s’érige en dieu, soudain, sur un autel, qu’il soit de planches basculantes ou d’air azuré. Je parle, bien entendu, de l’assassin conscient, voire cynique, qui ose prendre sur soi de donner la mort sans en vouloir référer à quel-que puissance, d’aucun ordre, car le soldat qui tue n’engage pas sa responsabilité, ni le fou, ni le jaloux, ni celui qui sait qu’il aura le pardon : mais bien celui que l’on dit réprouvé, qui, en face que de soi-même, hésite encore à regarder au fond d’un puits où, pieds joints, en un bond d’une risible audace, il s’est, curieux prospecteur, lancé. Un homme perdu.
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UnityUnity11 janvier 2013
La nuit n'est plus immonde. Léger, il court à un petit hôtel qui se trouve être un hôtel de passes et et loue une chambre. Là, pour l'assoupir, la vraie nuit, la nuit des astres vient peu à peu, quelque peu d'horreur soulève son coeur : c'est le dégoût physique de la première heure, de l'assassin pour son assassiné, dont m'ont parlé bien des hommes. Il vous hante, n'est-ce pas ? Le mort est vigoureux. Votre mort est en vous ; mêlé à votre sang, il coule dans vos veines, suinte par vos pores, et votre coeur vit de lui, comme germent des cadavres les fleurs du cimetière... Il sort de vous par vos yeux, vos oreilles, votre bouche.
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Videos de Jean Genet (52) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Genet
"Un chant d'amour" de Jean Genet, 1950, moyen métrage de 25 minutes.
Enfermés dans leurs cellules, deux prisonniers communiquent à l'aide d'un trou creusé dans le mur, sous l'œil du gardien qui les observe par le judas.
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