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ISBN : 2070263290
Éditeur : Gallimard (15/09/1981)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 75 notes)
Résumé :
Le matelot Querelle, son frère Robert, le petit Gil Turko, Madame Lysiane, patronne de La Feria, Nono le tenancier, l'inspecteur Mario, tous les protagonistes du drame naissent pour Jean Genet du brouillard de Brest, du soleil qui dore faiblement ses façades, et de la mer semblable au mouvement intérieur très singulier qui anime l'écrivain.
"L'idée de meurtre évoque souvent l'idée de mer, de marins. Mer et marins ne se présentent pas alors avec la précision d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  28 août 2017
Genet tend des pièges à son lecteur, et ils sont tellement variés qu'on ne peut espérer les éviter tous. L'un d'eux en tous cas est visible : croire que le roman est un "plaidoyer pour la tolérance" par le seul fait que ses héros sont des malfrats homosexuels, ou plutôt, des malfrats qui ont des pratiques homosexuelles. Rien n'est plus éloigné de la pensée, du style et de la sensibilité de Genet que de réclamer la tolérance ou de plaider pour elle, de quémander l'acceptation, l'intégration. Au contraire, Genet lui-même, comme ses héros, vivent, se nourrissent, de l'intolérance et de l'opprobre, qui donnent à leur vie tout l'éclat romantique de la révolte, du Mal, tels que les Romantiques les ont exaltés en la figure de Satan, de sa beauté. La tolérance contemporaine est totalement contraire à la mythologie de Genet, comme l'avait bien vu Pasolini jugeant la révolution des moeurs de 68. On ne comprend pas Genet en lisant ses livres comme des plaidoyers pour la tolérance. On a déjà Voltaire pour cela, ce philosophe des bourgeois qui ont une âme.
Querelle, pas plus que Gil, Norbert et les autres, n'est pas homosexuel. Les homosexuels, il les tue et les dépouille (comme l'Arménien de Beyrouth), au mieux il les méprise et les manipule (comme le lyrique lieutenant Seblon, amoureux de lui). C'est justement le danger que représente Querelle, ce fauve, sa ruse, son amoralité absolue, qui lui donnent aux yeux de ses victimes tout son charme et toute sa puissance séductrice. Les victimes, elles, "sont" des homosexuels, à savoir des victimes consentantes, extasiées, des sévices qu'on leur inflige. Querelle, malgré ses pratiques sexuelles (sur lesquelles Genet est assez discret - ne caviarde-t-il pas les deux scènes les plus torrides ? -), "a" des relations avec des hommes, sans jamais s'imaginer qu'il "est" homosexuel. Tout au plus cherche-t-il à savoir s'il a changé d'être et de nature, s'il est devenu "un enculé", la première fois. Drôle d'avocat "gay" plaidant pour la tolérance...
La lecture du roman est d'autant plus difficile que son style, sa manière, se rapprochent d'auteurs comme Proust ou Bernanos : le fil de la narration est ténu, irrégulier et parfois non-chronologique, les pensées des personnages et la présence du narrateur poète et analyste, envahissent tout. Mais Proust (j'ai beaucoup pensé à lui en lisant "Querelle"), s'il donne aussi le pas sur les pensées, commentaires, sensations, rêveries, sur le récit, le fait d'une manière toujours ironique et décalée. Genet, jamais : le poème lyrique se déploie tout à son aise dans tout son sérieux, mais quand surgissent parole et événements - toujours pauvres, misérables, plats - ce n'est jamais pour produire un contrepoint ironique. Il s'agit toujours, très sérieusement, d'envelopper l'abjection dans des voiles splendides qui ne la cachent pas, mais la mettent en valeur.
Quant à Bernanos, dont la manière est assez proche (pauvreté poignante du monde "réel", splendeur d'une poésie en prose élaborée), lui aussi, comme Genet, s'attache à faire voir la profondeur mystique de la plus décevante réalité : le réalisme n'est que l'écorce du mythe et du rêve (ou de la foi) qui palpitent dessous. Cela se voit bien dans "L'imposture".
Genet ne cache pas la réalité abjecte de ses pauvres héros (pauvres hères) au moyen du lyrisme : il ne serait alors qu'un romancier kitsch plaidant pour la tolérance. Il fait voir dans son poème en prose que ces pauvres hères dangereux sont vraiment des héros admirables, en raison même de leur pauvreté et de leur abjection. Non malgré elles, car on tomberait dans Zola et sa moraline.
Ce romantisme du Mal est devenu presque incompréhensible dans notre monde de prêcheurs et de professeurs de morale. C'est ce qui ternit un peu le plaisir du lecteur, pris sans cesse à rebrousse-poil de ses habitudes et de ses préjugés.
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CorinneCo
  25 octobre 2013
Je l'ai ouvert deux fois et la troisième fois fut la bonne ! Dépasser les premières pages et l'envie d'arrêter, j'ai vraiment aimé ce livre et l'écriture. Mais je trouve qu'il faut "s'accrocher". Genet ne vient pas vous chercher par la main...
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oblo
  02 décembre 2017
Dans le brouillard de Brest, une ombre aime et tue. Cette ombre, c'est Georges Querelle, que l'on appelle que par son patronyme. Matelot sur le Vengeur, il entraîne le lecteur à sa suite dans un Brest interlope, essentiellement masculin, où l'orgueil viril fait place à la fois à la violence et à l'amour. Querelle est ainsi une sorte de balade littéraire dans ce port qui inquiète et fascine à la fois. le roman établit aussi une sorte de mythologie marine, faite de lieux célèbres, où l'idée de meurtre est consubstantielle à celle de mer et où l'homosexualité, répandue dans le milieu car utile et nécessaire, voire esthétique, est tue en dehors de lui, car trop peu comprise et trop jugée.
Querelle a pour lui sa belle gueule, son physique avantageux et une auréole de gloire qui lui offrent le respect des matelots de son entourage. Ordonnance du lieutenant Seblon, qui éprouve pour lui une vive attirance physique ainsi qu'un amour véritable, Querelle profite de sa marginalité - inhérente à son métier ainsi qu'à son goût pour les sorties nocturnes - pour effectuer plusieurs trafics et vols dont il cache les fruits dans des lieux secrets. Pour brouiller les pistes, pour se sentir exister aussi, s'élever presque artistiquement au-dessus de sa condition, Querelle, parfois, tue. Façon de magnifier le larcin par un effet dramatique, le meurtre n'est pas source de culpabilité pour le marin, qui se voit comme deux personnes, et qui consent bien souvent à sacrifier un être cher en guise d'échange, ou de rachat : pris par la police, ou tué, l'ami et complice garantit alors à Querelle sa candeur originelle.
Par sa structure, le roman dérange. Pas de liens chronologiques ici : le narrateur, qui se manifeste par un nous de majesté, laisse aller libre le fil de sa pensée. On change de lieux, de personnages, de temporalité au fil des pages, sans perdre la cohérence d'une narration qui énumère aussi bien les événements qu'elle cherche à percer la vérité profonde qui anime les personnages. La forme du texte : alternance de paragraphes en blocs et de dialogues aérés, répond à l'ambiance du livre : lourdeur du brouillard où se commettent les meurtres, légèreté du parler argotique et des amours homosexuelles.
Car Querelle est aussi un roman d'amours. Des amours interdites, cachées, que même la morale d'un lieu aussi glauque que La Féria, ce bar brestois dont la légende est attestée dans chaque port du globe, réprouve bien inutilement. Sorte de surhomme, Querelle attire à lui les regards et les désirs. Par goût, par astuce mais aussi par envie, Querelle répond aux avances masculines. Eminemment sexuel, le roman fait la part belle à la force virile qu'il magnifie : pages après pages se déploient les dos musclés, se bandent les muscles, se dressent les phallus. Tous les personnages qui comptent sont des hommes : les femmes (Lysianne, Paulette) ne sont que des faire-valoir. Norbert, le tenancier de la Féria, Robert, le frère de Querelle, Gil Turko, le jeune maçon homicide, Mario, le flic qui flirte avec le milieu dates voyous : tous sont beaux, forts, attirants aussi par leurs faiblesses. Ces hommes, de conditions différentes, bouleversent aussi par leurs rapports amoureux la normalité sociale : les rapports entre dominants et dominés ne sont pas forcément les mêmes que dans la vie civile. Ainsi le lieutenant Seblon est-il à la merci sentimentale de Querelle quand Théo, le chef des maçons, enrage de ne pouvoir posséder Gil, l'un des membres de son équipe.
Querelle n'est pas un roman que l'on étiquette facilement. S'il l'on essaie de lui trouver des filiations littéraire, tout au plus pourra-t-on trouver des aspects balzaciens et proustiens. Proustiens, car Genet tâche de décortiquer la mécanique de l'âme, les choses secrètes de la personnalité. En cela, Querelle ne peut symboliser aucune attitude, aucune façon de vivre. On trouverait enfin des accents balzaciens, tant Genet semble compléter, par sa galerie de personnages, l'état-civil dressé par Balzac. Avec Genet prend vie une ville, une catégorie sociale, un réseau d'hommes liés entre eux par l'amitié, la tension sexuelle, une même façon d'appréhender la vie.
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Tocmontes
  26 mai 2016
Jean Genet signe ici avec Querelle de Brest un roman peu ordinaire, un chef d'oeuvre malheureusement trop méconnu de la littérature française du XXème siècle. Ce livre est d'une harmonie exceptionnelle: il brille tant par le style que par le fond. Même si il est vrai que Genet demande un certain effort et se montre exigeant envers son lecteur, cela en vaut largement la peine. En effet, une fois que vous aurez apprivoisé le style, vous serez plongé dans l'univers mystérieux de la vie portuaire de Brest, où vous attend une ambiance sombre et sale mais jamais vulgaire. C'est justement la "saleté" dont l'auteur fait l'éloge à travers ses protagonistes aux actions peu légales. Je pense que c'est là où réside la puissance de cette oeuvre qui est un veritable plaidoyer en faveur de la tolérance. Plus que cela, c'est une révélation de l'homme et ses vices, sans tentative de dissimulation de la vérité. Genet parvient avec talent à établir un rapport psychologique complexe entre ses personnages et son lecteur.
En bref, Jean Genet pourvu d'une grande sensibilité et tel un alchimiste, parvient à faire du "Beau" avec du "sale". Lisez cette oeuvre, ne serait-ce que pour découvrir l'auteur.
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cldtte
  06 mars 2011
Un livre "dur" une écriture étonnante et forte
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   28 août 2017
Pendant quelques heures il (le policier Mario) devait être celui qui doit découvrir la faille des hommes, leur péché, la légère indication pouvant, le plus sûrement possible, conduire l'homme le plus insoupçonnable, au châtiment le plus terrible. Métier sublime qu'il serait fou de rabaisser à la pratique d'écouter aux portes, ou regarder par le trou des serrures. Mario n'éprouvait aucune curiosité à l'égard des gens, ni ne désirait commettre d'indiscrétion, mais ayant enfin décelé ce léger indice du mal, il devait procéder un peu comme l'enfant avec la mousse de savon : de l'extrémité d'une paille choisir le fragile élément capable d'être travaillé jusqu'à devenir une bulle irisée. Mario connaissait alors un sentiment d'exquise allégresse quand il allait de découverte en découverte, quand il sentait, comme de son propre souffle, le crime se gonfler, se gonfler encore,, enfin se détacher de lui et monter seul dans le ciel.

p. 247
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   26 août 2017
Ces pensées (non à l'état définitif où nous les rapportons, mais dans leur informe moutonnement), rapides, se chevauchant, se détruisant, l'une pour renaître grâce à l'autre, déferlaient en lui, et dans les membres et le corps de Querelle plutôt que dans sa tête. Il marchait sur le chemin, soulevé, bousculé par cette houle de pensées informes, jamais retenues mais qui laissaient d'elles, au passage, un sentiment pénible d'inconfort, d'insécurité et de peur. Querelle ne quittait pas son sourire qui le retenait au sol.

p. 161
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   30 août 2017
Cette sensibilité très voilée à l'égard, non de la beauté formelle, définitive, mais de l'indication fulgurante d'une manifestation sans autre nom que la poésie, le rendit certains jours pendant quelques secondes perplexe : un docker eut un tel sourire en dérobant presque devant lui du thé dans les entrepôts, que Mario faillit passer sans rien dire, il connut une légère hésitation, une sorte de regret d'être le policier et non le voleur. Cette hésitation dura peu. A peine avait-il fait un pas pour s'éloigner que la monstruosité lui apparut de son attitude. L'ordre qu'il servait devenait irréparablement bouleversé. Une brèche énorme existait. Et l'on peut dire qu'il n'arrêta le voleur que par un souci esthétique. Tout d'abord sa hargne habituelle fut mise en échec par la grâce du docker mais quand Mario eut conscience de cette résistance, et de ce qui la provoquait, on peut dire encore que c'est par haine de sa beauté qu'il arrêta définitivement le voleur.

p. 58
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   25 août 2017
Aucun acte n'étant parfait dans ce sens qu'un alibi peut nous en rendre irresponsables, comme lorsqu'il commettait un vol, à chaque crime Querelle apercevait un détail qui, à ses yeux seuls, devenait une erreur capable de le perdre. De vivre au milieu de ses erreurs lui donnait encore une impression de légèreté, d'instabilité cruelle, car il semblait voleter de roseau ployant en roseau ployant.

p. 70.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   26 août 2017
Ignorant que les deux assassinats avaient des auteurs différents, il essayait de les rattacher l'un à l'autre, d'en entremêler les mobiles. Il ne pouvait savoir que chaque meurtre obéit quant à son exécution et au mobile qui le commande, à des lois singulières qui font de lui une oeuvre d'art. A la solitude morale de Querelle et de Gil s'ajoutait la solitude de l'artiste qui ne peut trouver aucune autorité, fût-ce auprès d'un autre artiste. (Querelle était donc seul encore, de ce fait.)

p. 146
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Videos de Jean Genet (68) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Genet
Jean GENET – Une Vie, une Œuvre : 1910-1986 (France Culture, 2010)
http://www.arthuryasmine.com/ Instagram : https://www.instagram.com/arthuryasmine/ Les émissions 'Une vie, une Œuvre' à propos d'un poète : http://bit.ly/2noIk5W Dernières publications d’ÉCLAIR BRUT : http://bit.ly/2IgC72p D’autres poètes contemporains : http://ow.ly/ONcK302Mhzb Le reste est dans les plis du voleur : http://ow.ly/Zqubf
Notice : Le centenaire de la naissance de Jean Genet est, partout, l'occasion de célébrer un homme qui serait d'abord un engagé politique, que ce soit aux côtés des Palestiniens dans leur combat pour la terre ou dans les rangs des Black Panthers revendiquant leurs droits civiques. Toujours, donc, apparaît l'image d'un saint, vivant au milieu des opprimés, des humiliés, en empathie quasi mystique avec eux, comme le serait un petit frère des pauvres. Cette vision de Genet n'est pas fausse, bien évidemment, mais ne constitue qu'une facette parmi d'autres d'un homme qui ne nous a pas laissé le mode d'emploi pour le comprendre. Genet dissimulait beaucoup. Il refusait d'être récupéré. Il n'était pas un militant. Ses engagements sont plus esthétiques que politiques. La beauté d'un mouvement, d'un visage, d'une action dérisoire ou d'un combat perdu d'avance comptent plus pour lui que la signification politique et sociale de ce mouvement, de cette action, de ce combat. Pour ce désespéré, abandonné par sa mère, jeté en prison pour de quasi-broutilles, seules peuvent encore exister les quelques parcelles de beauté qu'il décèle dans le monde et adore pieusement, émerveillements furtifs et souvent douloureux qui lui permettent de survivre. C'est donc de la force du beau chez Genet dont nous parlerons en priorité, y compris quand cette passion pour l'esthétique embrasse son frère démoniaque : la fascination pour l'abjecte et, parfois, l'indéfendable.
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