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ISBN : 2070263290
Éditeur : Gallimard (15/09/1981)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 65 notes)
Résumé :
Le matelot Querelle, son frère Robert, le petit Gil Turko, Madame Lysiane, patronne de La Feria, Nono le tenancier, l'inspecteur Mario, tous les protagonistes du drame naissent pour Jean Genet du brouillard de Brest, du soleil qui dore faiblement ses façades, et de la mer semblable au mouvement intérieur très singulier qui anime l'écrivain.
"L'idée de meurtre évoque souvent l'idée de mer, de marins. Mer et marins ne se présentent pas alors avec la précision d... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
CorinneCo
25 octobre 2013
Je l'ai ouvert deux fois et la troisième fois fut la bonne ! Dépasser les premières pages et l'envie d'arrêter, j'ai vraiment aimé ce livre et l'écriture. Mais je trouve qu'il faut "s'accrocher". Genet ne vient pas vous chercher par la main...
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Henri-l-oiseleur
28 août 2017
Genet tend des pièges à son lecteur, et ils sont tellement variés qu'on ne peut espérer les éviter tous. L'un d'eux en tous cas est visible : croire que le roman est un "plaidoyer pour la tolérance" par le seul fait que ses héros sont des malfrats homosexuels, ou plutôt, des malfrats qui ont des pratiques homosexuelles. Rien n'est plus éloigné de la pensée, du style et de la sensibilité de Genet que de réclamer la tolérance ou de plaider pour elle, de quémander l'acceptation, l'intégration. Au contraire, Genet lui-même, comme ses héros, vivent, se nourrissent, de l'intolérance et de l'opprobre, qui donnent à leur vie tout l'éclat romantique de la révolte, du Mal, tels que les Romantiques les ont exaltés en la figure de Satan, de sa beauté. La tolérance contemporaine est totalement contraire à la mythologie de Genet, comme l'avait bien vu Pasolini jugeant la révolution des moeurs de 68. On ne comprend pas Genet en lisant ses livres comme des plaidoyers pour la tolérance. On a déjà Voltaire pour cela, ce philosophe des bourgeois qui ont une âme.
Querelle, pas plus que Gil, Norbert et les autres, n'est pas homosexuel. Les homosexuels, il les tue et les dépouille (comme l'Arménien de Beyrouth), au mieux il les méprise et les manipule (comme le lyrique lieutenant Seblon, amoureux de lui). C'est justement le danger que représente Querelle, ce fauve, sa ruse, son amoralité absolue, qui lui donnent aux yeux de ses victimes tout son charme et toute sa puissance séductrice. Les victimes, elles, "sont" des homosexuels, à savoir des victimes consentantes, extasiées, des sévices qu'on leur inflige. Querelle, malgré ses pratiques sexuelles (sur lesquelles Genet est assez discret - ne caviarde-t-il pas les deux scènes les plus torrides ? -), "a" des relations avec des hommes, sans jamais s'imaginer qu'il "est" homosexuel. Tout au plus cherche-t-il à savoir s'il a changé d'être et de nature, s'il est devenu "un enculé", la première fois. Drôle d'avocat "gay" plaidant pour la tolérance...
La lecture du roman est d'autant plus difficile que son style, sa manière, se rapprochent d'auteurs comme Proust ou Bernanos : le fil de la narration est ténu, irrégulier et parfois non-chronologique, les pensées des personnages et la présence du narrateur poète et analyste, envahissent tout. Mais Proust (j'ai beaucoup pensé à lui en lisant "Querelle"), s'il donne aussi le pas sur les pensées, commentaires, sensations, rêveries, sur le récit, le fait d'une manière toujours ironique et décalée. Genet, jamais : le poème lyrique se déploie tout à son aise dans tout son sérieux, mais quand surgissent parole et événements - toujours pauvres, misérables, plats - ce n'est jamais pour produire un contrepoint ironique. Il s'agit toujours, très sérieusement, d'envelopper l'abjection dans des voiles splendides qui ne la cachent pas, mais la mettent en valeur.
Quant à Bernanos, dont la manière est assez proche (pauvreté poignante du monde "réel", splendeur d'une poésie en prose élaborée), lui aussi, comme Genet, s'attache à faire voir la profondeur mystique de la plus décevante réalité : le réalisme n'est que l'écorce du mythe et du rêve (ou de la foi) qui palpitent dessous. Cela se voit bien dans "L'imposture".
Genet ne cache pas la réalité abjecte de ses pauvres héros (pauvres hères) au moyen du lyrisme : il ne serait alors qu'un romancier kitsch plaidant pour la tolérance. Il fait voir dans son poème en prose que ces pauvres hères dangereux sont vraiment des héros admirables, en raison même de leur pauvreté et de leur abjection. Non malgré elles, car on tomberait dans Zola et sa moraline.
Ce romantisme du Mal est devenu presque incompréhensible dans notre monde de prêcheurs et de professeurs de morale. C'est ce qui ternit un peu le plaisir du lecteur, pris sans cesse à rebrousse-poil de ses habitudes et de ses préjugés.
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Tocmontes
26 mai 2016
Jean Genet signe ici avec Querelle de Brest un roman peu ordinaire, un chef d'oeuvre malheureusement trop méconnu de la littérature française du XXème siècle. Ce livre est d'une harmonie exceptionnelle: il brille tant par le style que par le fond. Même si il est vrai que Genet demande un certain effort et se montre exigeant envers son lecteur, cela en vaut largement la peine. En effet, une fois que vous aurez apprivoisé le style, vous serez plongé dans l'univers mystérieux de la vie portuaire de Brest, où vous attend une ambiance sombre et sale mais jamais vulgaire. C'est justement la "saleté" dont l'auteur fait l'éloge à travers ses protagonistes aux actions peu légales. Je pense que c'est là où réside la puissance de cette oeuvre qui est un veritable plaidoyer en faveur de la tolérance. Plus que cela, c'est une révélation de l'homme et ses vices, sans tentative de dissimulation de la vérité. Genet parvient avec talent à établir un rapport psychologique complexe entre ses personnages et son lecteur.
En bref, Jean Genet pourvu d'une grande sensibilité et tel un alchimiste, parvient à faire du "Beau" avec du "sale". Lisez cette oeuvre, ne serait-ce que pour découvrir l'auteur.
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cldtte
06 mars 2011
Un livre "dur" une écriture étonnante et forte
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Citations & extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur28 août 2017
Pendant quelques heures il (le policier Mario) devait être celui qui doit découvrir la faille des hommes, leur péché, la légère indication pouvant, le plus sûrement possible, conduire l'homme le plus insoupçonnable, au châtiment le plus terrible. Métier sublime qu'il serait fou de rabaisser à la pratique d'écouter aux portes, ou regarder par le trou des serrures. Mario n'éprouvait aucune curiosité à l'égard des gens, ni ne désirait commettre d'indiscrétion, mais ayant enfin décelé ce léger indice du mal, il devait procéder un peu comme l'enfant avec la mousse de savon : de l'extrémité d'une paille choisir le fragile élément capable d'être travaillé jusqu'à devenir une bulle irisée. Mario connaissait alors un sentiment d'exquise allégresse quand il allait de découverte en découverte, quand il sentait, comme de son propre souffle, le crime se gonfler, se gonfler encore,, enfin se détacher de lui et monter seul dans le ciel.

p. 247
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur26 août 2017
Ces pensées (non à l'état définitif où nous les rapportons, mais dans leur informe moutonnement), rapides, se chevauchant, se détruisant, l'une pour renaître grâce à l'autre, déferlaient en lui, et dans les membres et le corps de Querelle plutôt que dans sa tête. Il marchait sur le chemin, soulevé, bousculé par cette houle de pensées informes, jamais retenues mais qui laissaient d'elles, au passage, un sentiment pénible d'inconfort, d'insécurité et de peur. Querelle ne quittait pas son sourire qui le retenait au sol.

p. 161
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur30 août 2017
Cette sensibilité très voilée à l'égard, non de la beauté formelle, définitive, mais de l'indication fulgurante d'une manifestation sans autre nom que la poésie, le rendit certains jours pendant quelques secondes perplexe : un docker eut un tel sourire en dérobant presque devant lui du thé dans les entrepôts, que Mario faillit passer sans rien dire, il connut une légère hésitation, une sorte de regret d'être le policier et non le voleur. Cette hésitation dura peu. A peine avait-il fait un pas pour s'éloigner que la monstruosité lui apparut de son attitude. L'ordre qu'il servait devenait irréparablement bouleversé. Une brèche énorme existait. Et l'on peut dire qu'il n'arrêta le voleur que par un souci esthétique. Tout d'abord sa hargne habituelle fut mise en échec par la grâce du docker mais quand Mario eut conscience de cette résistance, et de ce qui la provoquait, on peut dire encore que c'est par haine de sa beauté qu'il arrêta définitivement le voleur.

p. 58
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur25 août 2017
Aucun acte n'étant parfait dans ce sens qu'un alibi peut nous en rendre irresponsables, comme lorsqu'il commettait un vol, à chaque crime Querelle apercevait un détail qui, à ses yeux seuls, devenait une erreur capable de le perdre. De vivre au milieu de ses erreurs lui donnait encore une impression de légèreté, d'instabilité cruelle, car il semblait voleter de roseau ployant en roseau ployant.

p. 70.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur26 août 2017
Ignorant que les deux assassinats avaient des auteurs différents, il essayait de les rattacher l'un à l'autre, d'en entremêler les mobiles. Il ne pouvait savoir que chaque meurtre obéit quant à son exécution et au mobile qui le commande, à des lois singulières qui font de lui une oeuvre d'art. A la solitude morale de Querelle et de Gil s'ajoutait la solitude de l'artiste qui ne peut trouver aucune autorité, fût-ce auprès d'un autre artiste. (Querelle était donc seul encore, de ce fait.)

p. 146
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Videos de Jean Genet (52) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Genet
"Un chant d'amour" de Jean Genet, 1950, moyen métrage de 25 minutes.
Enfermés dans leurs cellules, deux prisonniers communiquent à l'aide d'un trou creusé dans le mur, sous l'œil du gardien qui les observe par le judas.
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