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ISBN : 2370731702
Éditeur : Allary Editions (31/05/2018)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Trop grande, trop froide, trop isolée, la Russie n'était pas faite pour le football. Et pourtant, dès qu'il a rebondi sur la terre russe, le ballon rond a fait mieux que s'acclimater. Il est devenu l'objet d'une fièvre populaire que le Kremlin, de Staline à Poutine, cherche à instrumentaliser.

Beria était le patron du KGB, mais aussi le parrain des équipes du Dynamo de Moscou et Tbilissi, faisant de ces clubs les instruments d'une lutte sans merci con... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Polars_urbains
  02 juillet 2018
Que vous vous intéressiez au football ou à l'histoire de l'URSS et de la Russie, Futbol (Le ballon rond de Staline à Poutine – Une arme politique) est pour vous. Voici en effet un excellent ouvrage, précis, très bien documenté, fourmillant de faits historiques et d'anecdotes et proposant une belle iconographie. Régis Genté et Nicolas Jallot, respectivement journaliste et documentariste, ont enquêté sur le terrain, consulté des archives et retrouvé quelques témoins d’événements parfois lointains.
La Russie puis l'Union soviétique sont venues lentement au football (création de la fédération russe en 1912), activité considérée par les bolcheviques comme un jeu aux origines bourgeoises et donc non compatible avec l'idéal révolutionnaire. Pourtant, si les premiers véritables clubs (Dynamo, Spartak) ne se constituèrent que dans les années 1925, les responsables politiques virent très vite tout le parti qu'ils pouvaient tirer de leur développement pour la réalisation de leurs ambitions personnelles. On lira donc avec grand intérêt le récit de la création et de la progression sportive et politique, à l'initiative de Beria, du Dynamo Tbilissi, club emblématique de la fierté et du nationalisme géorgien. Autre exemple, la tournée quasiment surréaliste, en 1937, de joueurs basques issus en grande partie de l'Atletico Bilbao, sera l'occasion des premières rencontres « diplomatiques » mêlant habilement le soutien à la cause basque lors de la guerre civile espagnole et l'affirmation des qualités morales et sportives de l'homo sovieticus. le bilan – six défaites nettes, un nul et une victoire douteuse – sera toutefois accablant pour un « football rouge » encore balbutiant ! Au niveau de cette mise en avant de la fierté nationale (et de la flatterie à l'sagard du chef suprême), comment oublier la reconstitution d'un terrain grandeur nature sur la Place Rouge pour un match visant à faire découvrir à Staline - qui ne mettait jamais les pieds dans un stade - les vertus du foot à l'occasion du « jour de la Culture Physique et du Sport » de 1936. le compte rendu de la rencontre est éloquent.
S'appuyant sur des comptes rendus d'évènements parfois anecdotiques, faisant la part du vrai et de la légende, Genté et Jallot se livrent ainsi à une longue et précise analyse des enjeux que représente le football dans l'URSS stalinienne. Car si ce sport est vite devenu une source d'avantages et de revenus confortables pour joueurs et entraîneurs, le succès suscita souvent envies et jalousies susceptibles de vous envoyer tout droit au goulag, surtout si votre club était en rivalité sportive avec d'autres plus proches du pouvoir, comme le Dynamo, club du NKVD puis du KGB, par exemple ! Les frères Starostine (fondateurs et animateurs du Spartak Moscou) pourront en témoigner ; mais si le foot peut vous conduire dans les camps, c'est le foot qui vous en fait revenir.
Les chapitres consacrés à la période actuelle, en particulier sur les relations pas si conflictuelles entre les ultras et leurs clubs, ou sur la prise en main de clubs du Nord-Caucase par des oligarques locaux soucieux de gloire personnelle mais aussi de s'attirer les bonnes grâces du pouvoir central, n'en sont pas moins fort utiles.
En Russie, puis en URSS et à nouveau en Russie, tout est politique dans le « futbol ». Au niveau national tout d'abord, avec les rivalités (où tous les coups semblent permis) entre clubs liés à des structures étatiques (armée, KGB) ou industrielles (usines d'automobiles, manufactures de tabac), les ambitions politiques conflictuelles (Beria avec le Dynamo Tbilissi, le fils de Staline avec le club de l'armée de l'air) ou les intérêts financiers avec les oligarques (Gazprom aujourd'hui). Au niveau international, au-delà de la diplomatie du football évoquée plus haut, le pays a toujours considéré le sport comme une arme de propagande dévouée à la valorisation de la suprématie de ses valeurs, quelles soient communistes ou nationalistes, et cela même pendant les heures les plus sombres de la « grande guerre patriotique ».
Cette contribution – pour laquelle je remercie Masse critique et les éditions Allary – est publiée alors que la Coupe du monde 2018 est entrée dans sa dernière phase et que la Russie tient sa qualification pour les quarts de finale. Une occasion pour le pays de se souder derrière son équipe et pour le Président Poutine de se féliciter de l'organisation d'un évènement éminemment géopolitique pendant lequel des millions de spectateurs de par le monde ont les yeux rivés sur la Russie et ses stades. L'Union soviétique s'est disloquée en 1991, le régime a changé et évolué, mais les idéaux restent, comme en témoigne l'affiche officielle de la Coupe du monde, hommage post-constructiviste, digne de l'époque de l'agitprop, à Lev Yachine (pour la Russie soviétique, le gardien est le dernier espoir, celui qui protège) et une référence au premier spoutnik. Jusqu'à aujourd'hui, les maîtres du Kremlin ont compris que le football, même s'il n'a pas été facile de l'implanter dans un pays trop grand et trop froid, pouvait être un fantastique moyen de servir la gloire d'un pays et, à une époque, d'un système. C'est le très grand mérite de Régis Ganté et de Nicolas Jallot de le faire découvrir dans cet essai passionnant.
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ZeroJanvier79
  02 septembre 2018
Alors que la Coupe du Monde de football 2018 vient de commencer en Russie, j'ai lu ce livre repéré sur NetGalley.fr et reçu en service de presse. le thème m'a tout de suite intéressé :
Trop grande, trop froide, trop isolée, la Russie n'était pas faite pour le football. Et pourtant, dès qu'il a rebondi sur la terre russe, le ballon rond a fait mieux que s'acclimater. Il est devenu l'objet d'une fièvre populaire que le Kremlin, de Staline à Poutine, cherche à instrumentaliser.
Beria était le patron du KGB, mais aussi le parrain des équipes du Dynamo de Moscou et Tbilissi, faisant de ces clubs les instruments d'une lutte sans merci contre » l'équipe du peuple « , celle du Spartak Moscou. Pendant des décennies, deux clans se sont affrontés et tous les coups étaient permis, jusqu'à la déportation au Goulag des meilleurs joueurs de l'équipe adverse.
En Russie, le football est un sport de combat politique : dès les premières rencontres à Saint-Pétersbourg qui avaient de furieux airs de lutte des classes ; lors du » match de la mort » du 9 août 1942, opposant Ukrainiens du FC Start et nazis de la Luftwaffe ; dans la façon dont le régime mit en scène ses vedettes comme Lev Yachine ; avec le football » scientifique » qui conquit le monde pendant la guerre froide ; dans le rapport qu'entretiennent les oligarques avec ce sport, et jusqu'à l'organisation éminemment politique du Mondial 2018.
Fourmillant d'anecdotes mettant en scène grands leaders et champions soviétiques, ce livre raconte davantage qu'un siècle de football : il décrypte le pouvoir russe à travers le prisme du ballon rond.
Cela commence, dès l'introduction, par un très beau passage sur l'histoire du football en Russie et en URSS :
Ce livre raconte une histoire de l'URSS et de la Russie à travers le football. Une histoire terrible et grandiose vue depuis les tribunes, où le peuple en supportant tel club plutôt qu'un autre trouvait le moyen de s'exprimer. Comme l'a dit le génial compositeur Dimitri Chostakovitch, fan absolu de foot : « le stade de football, c'est le seul endroit en Union Soviétique où on pouvait être non seulement pour, mais aussi CONTRE ! »
La suite du livre est à la hauteur de cette introduction et de mes espoirs. Des dernières années de la Russie tsariste à l'ère de Poutine en passant par la Révolution bolchévique, la lutte contre l'Allemagne nazie et la longue période soviétique, c'est un récit captivant dans l'Histoire du football russe et soviétique. A travers ce récit historique et sportif, c'est aussi une plongée enrichissante dans ce pays et dans le quotidien souvent difficile de ses habitants.
J'ai clairement appris beaucoup de choses sur la Russie, sur son football, ses clubs, mais aussi sur sa politique et sur les pays qui composaient l'URSS. J'ai notamment découvert avec stupeur cette anecdote, quoique le mot soit mal choisi, des joueurs du Dynamo Kiev qui n'apprennent l'incident nucléaire de Tchernobyl que quelques semaines après l'explosion du réacteur, lors d'un déplacement à Lyon pour la finale de la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe. le commentateur russe décidera alors de révéler l'accident aux téléspectateurs russes, poussant ainsi les autorités soviétiques à amplifier l'évacuation de la population à proximité de la centrale.
Le livre est rempli d'anecdotes de ce style, qui montrent bien les liens forts entre football et politique, entre sport et Histoire. Il n'est donc pas étonnant que ce livre m'ait passionné, quand on connait ma passion à la fois pour l'Histoire d'une part et pour le sport d'autre part.
Je finis avec quelques passages du livre qui m'ont marqué.
Sur la nationalisme réprimé en URSS mais exprimé à travers le football :
« J'adorais le foot bien sûr. Mais à vrai dire, c'est surtout le Dynamo que j'adorais. Et la Géorgie à travers lui. le soutenir, pour nous, c'était secrètement se rebeller contre les bolcheviques. C'était d'abord être Géorgien. Et comme on ne pouvait pas l'exprimer ouvertement, cela aurait été le Goulag assuré, on le disait en soutenant notre Dynamo, l'air de rien. Soutenir notre équipe adorée, ça, on avait le droit de le faire.
Sur le rôle du sport comme instrument de « soft power » par les dirigeants russes et soviétiques :
Depuis son arrivée au pouvoir en août 1999, Poutine s'est politiquement construit sur une seule idée : restaurer la grandeur de la Russie, la remettre au centre de la scène internationale, pour mieux épater son propre peuple notamment. « Je suis un esclave, mais mon Tsar gouverne le monde », ironisait le poète Mikhaïl Lermontov au XIX° siècle.
Mais, comme pour Staline à ses débuts, Poutine a conscience que son pays est une « puissance pauvre » et pour compenser les faiblesses structurelles du pays, les « Tsars » russes et soviétiques ont recours aux symboles, à l'image et aux rodomontades. Voilà pourquoi le sport est si important pour eux. Les fondamentaux restent, alors l'histoire se répète.
Et cette conclusion, que j'ai beaucoup aimée :
Cette histoire est celle d'un sport que les hommes qui régnaient et qui règnent aujourd'hui au Kremlin ont rarement aimé mais dont ils ont compris qu'on pouvait l'exploiter pour magnifier l'image du pays. Un pays fasciné par l'Occident, par sa puissance, et qui n'a rêvé et ne rêve encore que de se mesurer à lui. Un pays sans doute trop grand et trop froid pour bien jouer au football mais qui aura tout fait pour sauver les apparences grâce au ballon rond.
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Bazart
  12 juillet 2018
Alors que ce Mondial qui voit la France briller comme pas possible se déroule en Russie, un livre récemment paru aux éditions Allary raconte comment, de Staline à Poutine, le foot a toujours été une arme du pouvoir russe et un instrument au service d'ambitions politiques.
Régis Genté, journaliste spécialiste de l'ex-URSS nous explique de manière précise et détaillée comment Staline va utiliser ce miroir qu'est la coupe du monde pour redorer son image à l'exterieur.
Aussi documenté que captivant!
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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JML38
  06 juillet 2018
Lire ce livre pendant la coupe du monde en Russie, en voila une bonne idée, merci à Babelio et aux éditions Allary
Les deux auteurs ont fait un très gros travail de recherche pour illustrer l'histoire du football à travers les grandes périodes de l'URSS et de la RUSSIE depuis son arrivée sous les tsars fin 1800, son évolution après la révolution de 1917 sous Lénine puis Staline, son rôle pendant le conflit mondial, son importance dans la guerre froide et ce qu'il est devenu après l'éclatement du bloc soviétique jusqu'à la présidence de Poutine.Plutôt confidentiel au début le football gagne en popularité sans toutefois pouvoir se pratiquer en véritable championnat, les rassemblements populaires étant mal vus par le régime tsariste. A partir de la prise de pouvoir bolchevique il est considéré comme bourgeois et ne correspond pas aux valeurs pronés par les dirigeants. Il va cependant devenir si incontournable que le pouvoir en place, surtout à partir de Staline, va comprendre l'intérêt de le laisser se développer et d'en profiter au niveau politique et comme moyen d'affirmer avec le sport en général sa supériorité sur l'occident.
Bien que très documenté j'ai trouvé l'ensemble un peu décousu avec des chapitres sans réelle continuité et d'un intérêt variable. J'ai par exemple pris beaucoup de plaisir à lire celui concernant Lev YACHINE seul gardien de but à avoir obtenu le ballon d'or, héros de toute une nation, qui m'a ramené dans les années soixante où tout gamin je découvrais ce grand joueur ( par la taille et le talent ). de même la rivalité entre le Spartak équipe du peuple et le Dynamo de Moscou équipe de la police et du pouvoir est passionnante.
Par contre d'autres chapitres m'ont nettement moins intéressé comme celui sur les commentateurs télé dont je n'ai pas bien compris l'utilité.
Un avis mitigé donc sur cette histoire du ballon rond de Staline à Poutine.
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famillemartinet
  10 juillet 2018
Riche en anecdotes cela nous offre un formidable décryptage du pouvoir russe et son histoire à travers le prisme du ballon rond.
C'est captivant. On part des dernières années impériales à la période actuelle en passant par la Révolution bolchévique, la lutte contre l'Allemagne nazie et la Guerre Froide.
Pour ceux qui ont vu le documentaire Red Army sur l'équipe nationale de hockey sur glace c'est sa version papier et footballistique.
Dans les 2 cas cela expose avec brio les liens inextricable entre sports, là le foot,l'Histoire et le pouvoir politique.
Une réussite, ça se lit facilement, c'est passionnant
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Polars_urbainsPolars_urbains   02 juillet 2018
Finalement, le match aura lieu entre l’équipe première et la réserve du Spartak. Tout est fait pour que la partie n’ennuie pas « le meilleur ami des sportifs. Sept buts sont prévus. Kossarev se tiendra aux côtés de Staline, et agitera un mouchoir blanc à l’intention des entraîneurs au cas où le grand leader viendrait à exprimer quelque lassitude. II n’en est rien et l’on peut même transformer la démonstration prévue pour trente minutes en une vraie mi-temps. Au coup de sifflet final, le camarade Staline applaudit chaleureusement.
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BazartBazart   12 juillet 2018
La passion du football allait s'emparer de l'âme russe, de l'âme des Russes. Très vite, les stades furent pleins à craquer, les journaux sportifs dévorés, les footballeurs érigés en vedette. Il ne restait donc plus pour les dirigeants du pays qu'à tenter de contrôler cette fichue balle...l'histoire du football soviétique et russe sera politique ou ne sera pas.
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Polars_urbainsPolars_urbains   02 juillet 2018
En russe, gardien de but se dit « vratar ». A lui seul il incarne toute l’idéologie soviétique. Depuis toujours, en URSS, le gardien de but est le joueur le plus important. Il est comparé au garde-frontière, qui a fait l’objet de tout un culte, et élevé au rang d’ultime défenseur de la patrie. Il est celui qui repousse l’agresseur étranger, celui qui protège.
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Polars_urbainsPolars_urbains   02 juillet 2018
Mais, comme pour Staline à ses débuts, Poutine a conscience que son pays est une « puissance pauvre » et pour compenser les faiblesses structurelles du pays, les « Tsars » russes ont recours aux symboles, à l’image et aux rodomontades. Voila pourquoi le sport est important pour eus. Les fondamentaux restent, alors l’histoire se répète.
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Video de Régis Genté (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Régis Genté
Installé en Géorgie depuis plus de dix ans, le journaliste Régis Genté publie un essai sur la politique de Vladimir Poutine dans le Caucase, à la veille du coup d’envoi des JO de Sotchi.
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