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EAN : 9782072714931
Éditeur : Gallimard (05/04/2018)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 35 notes)
Résumé :
Depuis sa naissance, l’enfant est enfermé dans une minuscule cellule, au 804 du 5969e étage de l’Édifice.
Autour de lui, que du béton, sans ouverture sur l’extérieur. Et deux présences : le père qui s’abrutit de plus en plus et la mère qui redoute l’expulsion. Immobile dans son dortoir, l’enfant est bouleversé par une transformation qui lui révélera un horizon inattendu.

Dans une prose à la poésie implacable, Karoline Georges interroge le deven... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Luxi
  22 avril 2018
En quelle année sommes-nous ? Qu'est-il arrivé au monde que l'on connaissait ? Pourquoi cette famille est-elle emprisonnée là ? Dans ce monde dévasté, seul le Béton Total a subsisté, cet Édifice interminable doté de milliers d'étages. Il y a le père, la mère et l'enfant à qui les deux adultes n'ont pas daigné offrir un nom. Jours et nuits réunis en une même coulée grise, le père avale de « l'abrutissant » et cogne le môme tandis que la mère sanglote en murmurant qu'elle se sent pourrir.
Petits pions rangés dans leurs alvéoles, sans ouverture sur la lumière et l'extérieur, les gens nous donnent l'impression d'être interchangeables. le monde du dehors, souillé par les « expulsés » agonisants, n'est visible que sur écran. Aucun libre arbitre dans ce bunker : chaque jour sont assignées des tâches strictes à exécuter, obligatoires si l'on ne tient pas à rejoindre la horde des expulsés. Car d'après ce que l'on suppose, personne ne survit au-dehors…
L'Édifice ressemble à une immense bouche béante, un monstre gigantesque au creux duquel végète une fourmilière d'êtres anonymes dépouillés de leur nom, de leur essence et de leur pensée personnelle. C'est un pénitencier moderne, un piège complexe, assez vicieux pour vous faire croire qu'il vous protège, assez sinistre pour vous ôter toute envie de rébellion, tout désir et tout rêve. La violence surgit sans prévenir, la menace de mort reste omniprésente et les règles donnés sont insensées. Une sorte de camp d'extermination moderne dans lequel évoluent des créatures endoctrinées, surveillées, desséchées.
Et puis soudain l'impensable se produit : sans l'avoir prémédité, l'enfant se demande un beau jour : POURQUOI ? Ce simple mot signera à la fois sa libération et sa fin. Car ce « pourquoi ? » conduit à la résurrection du « je », ce « je » disparu au profit de la masse indistincte des parents et l'enfant reprend corps, il récupère conscience et âme et redevient progressivement quelqu'un. S'il pense, s'il se questionne enfin, s'il raisonne, c'est qu'il est vivant. Et qu'il a peut-être une possibilité de s'extirper du cauchemar et d'abandonner cette « non-vie ».
L'Édifice est décrit comme un abri mais on a la sensation d'une prison dans la prison. Ce béton qui les cerne de partout, n'est-ce pas un peu leur cercueil ? C'est oppressant, étouffant, asphyxiant. On ressent un profond malaise, on manque d'air, on cherche une bouffée d'oxygène mais les murs sont trop serrés et il est impossible de bouger. On pense aux films « THX1138 » de George Lucas version gris béton ou au sublime « Equilibrium » de Kurt Wimmer, on pense aussi au roman « 1984 » d'Orwell. Couleurs monochromes, non-expression des émotions et des sentiments, existences mécanisées et sans âme. Des êtres-robots évoluant dans un univers figé et découragé.
« Sous béton » porte bien son titre : on est physiquement tassé, écrasé, psychologiquement consumé. On sent presque le béton appuyer sur la poitrine, on sent le goût du gris dans la bouche, on suffoque et il n'y a jamais d'issue. Aucune échappée, aucune brèche dans ce cercueil acier. Ça ressemble à une expérience nazie, une torture longue et minutieuse… mais qui contrôle cet enfer moderne et dans quel dessein ? C'est un univers aberrant, arbitraire et halluciné au sein duquel on tue sans hésiter, on apprend sans comprendre, on vit sans espérer. Un roman court qui vous enterre dans le désespoir le plus pur et la terreur la plus glaciale. L'auteure vous séquestre et vous traumatise sans la moindre possibilité d'une respiration.
Karoline Georges m'a rendue folle. Ce roman est effectivement une véritable expérience littéraire. J'ai refermé la dernière page il y a deux semaines déjà et j'y pense encore. J'étais mal pendant ma lecture et je le suis encore lorsque j'y repense. Preuve que l'auteure a réussi son pari de m'asphyxier dans son béton à 5000 étages au-dessus du sol. Ce qu'elle a écrit est effrayant, génial, horrifique. Son écriture est sèche, abrupte et déshumanisée à l'image de ces gens. Elle est suffocation, labyrinthe, fureur et aliénation. Il y a des phrases sublimes qui m'ont rappelé le lyrisme inégalé de Cormac McCarthy et la poésie absurde d'Antoine Volodine.
Au final, je crois que je pourrai relire ce roman cinq fois, dix fois, que j'y trouverai encore une nouvelle piste, de nouvelles interprétations. C'est une expérience qu'on ne vit que peu de fois dans sa vie de lecteur. Une lente et profonde chute libre dans un monde qui se délite, qui se dévore lui-même et n'a plus rien d'humain. C'est presque un roman philosophique qui questionne la notion de liberté, l'essence même de l'être humain et son but sur Terre. C'est une allégorie des états totalitaires qui réduisent l'Homme à un jouet qu'on manipule et qu'on brise.
J'ai aimé ce fourmillement de questions que cette lecture a fait jaillir et qu'elle provoque encore aujourd'hui. de façon très honnête, c'est un roman que je n'ai pas pleinement compris mais dont je sais qu'il recèle mille réponses à mille questionnements sur l'être humain, le monde, la vie et la mort. C'est une lecture impitoyable teintée d'ésotérisme qui vous laisse une sensation de malaise constant, quelque chose qui hurle, qui perd le sens et l'esprit, une angoisse qui n'a ni nom ni adresse et l'horreur toujours, absolue, endurée les yeux grands ouverts.
Un grand merci aux éditions Folio pour la découverte de ce roman – et mention spéciale pour cette couverture oppressante dans laquelle on discerne... un visage coulé dans du béton...
Lien : https://lechemindeslivres.wo..
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Aryia
  27 mai 2018
Parfois, on se retrouve confronté à des ouvrages tellement atypiques que l'on passe complétement à côté … Et c'est bien ce qui m'est arrivé avec Sous béton. le résumé me promettait un huis clos mystérieux et angoissant, mais ne me préparait pas à ce que j'allais véritablement trouver derrière cette couverture assez intrigante, qui exprime finalement bien ce qui finit par arriver - je crois - dans l'histoire. A vrai dire, je ne suis certaine de rien à propos de ce roman : j'ai la vague impression de ne pas avoir tout compris. Mais y a-t-il véritablement quelque chose à comprendre ? J'ai comme le sentiment que le sens de ce livre ne m'apparaitra clairement que dans quelques jours, quelques semaines, quelques mois peut-être. Message à retardement. Ou bien message perdu à jamais dans le néant, comment savoir ?
L'enfant n'a pas de nom, juste son matricule et son numéro d'identification médicale. A quoi bon lui donner un nom ? Il sera comme la mère, comme le père, comme tous les autres résidants de l'Edifice. Il nait, il grandit, il se putréfie. S'il n'est pas expulsé avant. L'enfant est le même que les milliers d'autres enfants de l'Edifice. Il est le même que les milliards d'individus parqués dans cet immense bâtiment en Béton Total. Quotidien immuable, cycle sans cesse renouvelé. Réveil, avalage des nutriments, absorption du Savoir, sommeil. Et ainsi de suite. Jusqu'à ce que l'abrutissement ou la pourriture s'empare de l'esprit et du corps. Jusqu'à ce que la répétition incessante soit perturbée par une disparition. Celle de l'enfant.
Le premier tiers de ce roman est intriguant. Comme le sont tous les romans d'anticipation à penchant dystopique. Une humanité enfermée dans un immense édifice de béton, condamnée à l'immuabilité, à l'immobilité, à l'impassibilité. Dehors, le néant, le chaos. du moins, c'est ce que l'on dit, ce qu'on l'on apprend, ce que montre les informations quotidiennes. C'est ce que répète le père à l'enfant trop curieux, avant de le punir pour cette curiosité, pour cette pensée. Car au sein de l'Edifice, on ne pense pas. Penser, se questionner, poser des questions, c'est mettre en danger tout l'équilibre de l'Edifice. L'Edifice est là pour les protéger de l'extérieur, de la violence et de la mort qui y rôdent. J'ai plutôt apprécié cette première partie, elle était assez intéressante, car on était finalement dans un système dystopique poussé à l'extrême avec l'enfermement de tous dans une petite cellule « familiale » en béton pour protéger ce qu'il reste de l'humanité. On s'interroge sur les causes de cette organisation, sur sa naissance, sur ses dirigeants …
Le second tiers, quand à lui, est surprenant. Un tournant survint : l'enfant nous raconte comment, un jour, une question s'est imposée brusquement à lui. « Pourquoi je me demande pourquoi ? ». La passionnée de philosophie que je suis s'est brusquement écriée : la naissance de la conscience ! A ce moment-là, même si je commençais à trouver ce roman vraiment très étrange, j'étais encore suffisamment intéressée par « l'histoire » pour me réjouir. de grands questionnements métaphysiques, existentiels, étaient résumés par l'apparition du « semblable », cet « oeil au cerveau », cette présence au fond de lui qui n'était pas un organe, pas de la chair, mais quelque chose d'autre, d'indéfinissable, qui n'était jamais mentionné dans le Savoir. L'enfant prenait conscience de lui-même, de sa propre pensée, de sa propre existence, non pas en tant que corps mais en tant qu'esprit. Ça commençait à devenir bizarre, cette histoire.
Mais le dernier tiers, lui, est carrément déroutant, troublant, dérangeant. Une des découvertes que l'enfant fait, une fois libéré de la frontière physique de son corps, une fois libre de parcourir en esprit l'intégralité de l'Edifice, m'a tout simplement écoeurée. C'est révoltant, rebutant … mais on sent confusément qu'il y a un sens, un message, derrière cette situation. En creusant un petit peu, on peut ainsi s'interroger sur notre système économique, que la guerre rend fleurissant même si on se voile la face. La mort des autres permet de faire tourner notre système. C'est cruel à dire, mais c'est bien ce que montre ce livre d'une façon bien plus imagée, mais surtout bien plus répugnante encore. Surtout, ne lisez pas ce livre pendant les repas, c'est un conseil que je vous donne ! Mais ce que je reproche vraiment à cette ultime partie, c'est d'être parfaitement incompréhensible du point de vue de « l'histoire ». Je n'ai pas réussi à saisir ce qui arrivait réellement à l'enfant, ce qu'il se passait véritablement. La narration, très particulière j'en conviens, n'est vraiment pas claire. du coup, je n'ai rien compris à la fin. Et par extension, je n'ai rien compris à « l'histoire » (si histoire il y a !) …
En bref, un roman qui débutait plutôt bien, mais qui finit en bouillie littéraire inintelligible. C'est oppressant, c'est angoissant, mais surtout, c'est déconcertant. Je suis à la fois très perplexe et très frustrée : j'ai le sentiment d'avoir le cerveau anesthésié par cette plume trop atypique pour raconter une histoire compréhensible. Alors, on tourne les pages, plus par automatisme qu'autre chose, sans véritablement savoir ce que l'on lit, sans en saisir le sens. Une expérience littéraire, certes, mais qui n'est à mes yeux pas concluante du tout. Ce livre aurait écrit en chinois que cela m'aurait fait le même effet : mais qu'est-ce que ça veut dire que tout cela ? C'est dommage, mais c'est vraiment la seule chose qui ressort de cette lecture, fort heureusement assez courte !
Lien : http://lesmotsetaientlivres...
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Enavant123
  26 octobre 2018
La vie en noire sombre de K. Georges :
une alienation répétitive menant à la dépression (mère) ou à la violence domestique (père)
le mensonge de l'image qui nous offre ce que l'on veut voir,
un enfermement sous pression, travail abrutissant futile,
un contrôle quotidien des faits et gestes,
un disparition complete des liens sociaux, de l'écrit,
un contrôle des naissance (attention c'est du lourd),
la disparition de la nature, du soleil, du vent,
le recyclage à outrance à la soleil vert (j'arrête le vin !),
le savoir pour le savoir ne sert à rien sans but,
un rejet de complet l'extérieur (manipulation nous voila !)
la mort, une vision plus classique d'un tout supra-unifié (seul petit bémol).
….
pfff vous allez me dire « du déjà vu, du dit et redit » mais non pas ici
tout est suggéré, en petites touches avec une originalité incroyable et une écriture minimaliste et ciselée.
Un petit livre que l'on dévore en une heure mais qui nous reste nous gravé à tout jamais.
IGH de Ballard mené à l'extreme, une claque, un ovni inoubliable.
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arzak
  23 mars 2019
Au-delà du divertissement, il a toujours existé un pan de la littérature de l'imaginaire de la métamorphose de Kafka à 2001 l'odyssée de l'espace de Clarke, qui touche à l'existentiel. « Sous béton » fait partie de ces oeuvres rares, dont l'imaginaire débridé ne sert pas seulement un récit, mais un discours métaphysique sur la condition sociale et humaine.
La lecture de « Sous béton » est éprouvante et passionnante. L'avenir qui y est décrit est d'une telle noirceur qu'il violente le lecteur, l'arrache à son propre confort intime pour le précipiter dans un éclatement sensoriel ultime, là où l'esprit subsiste à la matière et où l'ignorance laisse place à une vertigineuse omniscience.
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NAGARAME
  30 septembre 2019
De ce livre, j'en ressens un sentiment très étrange.
J'étais accroché dans la lecture. Je ressentais des ambiances car mon imaginaire était captivé par ce qui était écrit.
Mais parfois, je décrochais, ne savant plus suivre.
A la fin de ce livre, je l'ai reposé dans mon étagère. Il s'est passé quelques temps depuis. Je ne me souviens plus de rien. J'estime pourtant avoir une bonne mémoire. Je ne saurai pas vraiment expliqué pourquoi mais une histoire qui échappe facilement de notre mémoire n'est pas une histoire qui nous a fortement marqué.
Il y'a tout de même de l'intrigue.
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critiques presse (1)
LaPresse   05 septembre 2011
Il se pourrait bien que Karoline Georges ait créé un nouveau genre, le roman claustrophobe, mais elle prouve que malgré toutes les contraintes, un écrivain peut créer les mondes les plus impensables par la seule force de son imagination.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
gteisseire2gteisseire2   26 août 2011
Mon nouvel oeil se posait partout avec une attention d’une profondeur affolante. S’enfonçant sous chair, sous béton, pour s’ouvrir sur quelque chose d’imperceptible. Quelque chose qui augmentait les palpitations du coeur. Qui imposait le silence en tête. Quelque chose qui semblait m’observer
en retour. Avec la même attention.
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LuxiLuxi   22 avril 2018
Ce jour-là, je me suis avancé à la limite de mon siège, le corps en suspens au-dessus du béton, et j’ai précisé d’une voix si grave qu’elle semblait surgir directement du ventre :
Je ne comprends pas pourquoi je devrais continuer.
Continuer quoi, au juste ? a demandé la mère.
Continuer tout, à patienter, à faire répétitions jusqu’à putréfaction, ai-je murmuré.
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LuxiLuxi   22 avril 2018
Ce jour-là pourtant, la question a semblé radicalement différente. Car sans avoir bougé du tout, sans que rien de nouveau ne soit venu perturber quoi que ce soit, subitement je me suis senti déplacé. Comme si je venais de basculer par-delà le regard automatique que je balayais d’ordinaire sur mon environnement, du réveil au sommeil. […]
Car ce n’était pas un pourquoi posé sur le pied fixe du père ou l’œil flou de la mère. C’était un pourquoi sans point de repère. Un pourquoi vertige.
Comme si l’Univers entier venait de se désaxer.
+ Lire la suite
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LuxiLuxi   22 avril 2018
La mère parlait parfois de liberté. Pour s’assurer que je n’avais aucune idée similaire en tête. […]
Elle m’expliquait qu’à une certaine époque la liberté avait été envisagée comme l’aboutissement de l’évolution, le pourquoi des labeurs de l’espèce depuis son apparition.
Et la mère pleurait alors en silence.
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mhvaugeoismhvaugeois   03 octobre 2011
Je me repliais sur moi-même, à comprimer mon corps jusqu'à n'être plus qu'un point de suspension qui oscillait contre le béton

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