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EAN : 9782070384280
340 pages
Éditeur : Gallimard (05/11/1991)
4.08/5   175 notes
Résumé :
Dans les forêts du Morvan, loin du monde, vivent bûcherons, flotteurs de bois, bouviers, des hommes que les forêts ont faits à leur image, à leur puissance, à leur solitude, à leur dureté. Même l'amour, en eux, prend des accents de colère - c'est ainsi par excès d'amour que Corvol, le riche propriétaire, a égorgé sa belle et sensuelle épouse, Catherine, au bord de l'eau - et la folie rôde : douce, chez Edmée Verselay qui vit dans l'adoration de la Vierge Marie ; ou ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
4,08

sur 175 notes
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Merik
  02 mai 2019
Au hameau du Leu-Aux-chênes l'univers est indiscutablement boisé, la forêt du Morvan qui entoure les humains les plonge dans des activités essentiellement liées à l'acheminement des bûches par le cours d'eau local. Mais si le lieu est défini le temps semble incertain, le titre se réfère à la liturgie médiévale « Dies irae », et l'ambiance du récit contribue à le situer dans ces zones d'un passé incertain propice aux fables cruelles et autres contes mystiques.
Le roman s'ouvre sur deux folies. La première est douce, celle d'Edmée Verselay illuminée à jamais par la Madone, quand la seconde est furieuse, celle d'Ambroise Mauperthuis tombé en adoration posthume devant le corps assassiné de Catherine Corvol. Elles se confronteront en sourdine ou en parallèle via leurs descendances aux démêlés voisins, sur le tempo liturgique de jours de colère ou de jalousie, parfois aussi de chorale mystique.
Les personnages y sont singuliers, leur patronyme suffit souvent à nous le rappeler : de Huguet Cordebugle à Reinette-la-Grasse en passant par Ephraim Mauperthuis ils ne sont pas anodins c'est certain, mais les évènements non plus ne le sont pas dans ce hameau replié sur lui-même, avec ses cinq fermes à peine pour la vie communale. Il ne faut pas s'y étonner d'une fratrie de neuf mâles éclos au rythme métronomique d'un par an, toujours un 15 Août - Assomption oblige, à des horaires croissants comme leur nombre, tous baptisés d'un nom composé avec Marie. Il ne faut pas s'étonner non plus d'un des frères, Simon-Marie né à Midi au milieu des actifs du matin ou des rêveurs de l'après-midi, qui ira s'en chevaucher un boeuf pour échapper à son malheur. Il ne faut pas s'étonner non plus d'y croiser des anges. Il faut juste se laisser porter. Mais l'écriture fine et taillée méthodiquement dans une matière comme crayeuse, à la fois précieuse et rugueuse, y aide bien malgré son exigence.
Un très bon roman de 1989 bien singulier qui m'a captivé et intrigué, même si j'ai du mal à cerner les interprétations possibles. Mais qui m'incite à continuer avec cette auteure que je découvre.
« Dans son esprit et dans son coeur les morts n'en finissaient pas de saisir les vivants, la beauté n'en finissait pas d'avoir le goût de la colère, et le désir de se nommer vengeance et guerre.»
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paroles
  19 mars 2021
Forêts magiques, forêts maléfiques. Forêts hallucinées où vit tout un peuple de bûcherons, galvachers et bouviers. Personnages aux tempéraments forts, tourmentés, obsédés par leurs lubies et vivant complètement et jusqu'au bout leurs passions.
Des personnages soigneusement dépeints par Sylvie Germain comme l'exubérante Reine, matrone imposante à l'insatiable appétit et au coeur d'or, qui accoucha chaque 15 août d'un garçon, pendant neuf ans. Comme le patriarche Ambroise Mauperthuis bouffi de colère et de passion pour une femme morte et dont l'immense richesse reste le fruit d'un secret bien enfoui au fond de sa mémoire malade. Ou encore comme Camille et Simon, amoureux fous et semblant le miroir l'un de l'autre. Mais aussi cet ambigu voisin qu'est Cordebugle, taiseux et taciturne, toujours vissé derrière sa fenêtre à observer les autres, son coq irascible posé sur les genoux...
Une histoire puissante et violente, inventive et tumultueuse, racontée avec talent par Sylvie Germain qui excelle dans la description des bois et forêts environnants, mais surtout dans la psyché des personnages où chacun d'entre eux est à lui seul un roman. Une histoire truffée de références bibliques qui créent une atmosphère presque irréelle et qui projettent des images à la fois poétiques et tragiques. Une histoire qui ne nous lâche pas !
« Dans les forêts du Morvan, loin du monde, vivent bûcherons, flotteurs de bois, bouviers, des hommes que les forêts ont faits à leur image, à leur puissance, à leur solitude, à leur dureté. Même l'amour, en eux, prend des accents de colère... »
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LiliGalipette
  13 mai 2013
Dans les forêts du Morvan, le hameau du Leu-aux-Chênes est le théâtre de nombreuses folies. Ambroise Mauperthuis est fou d'amour pour Catherine Courvol, qu'il n'a vue et possédée que morte. Edmée Verselay est folle de dévotion mariale et folle d'amour pour sa fille, la monumentale Reine. La folie de Mauperthuis se double d'une colère sourde quand son aîné, Ephraïm, refuse d'épouser la fille Courvol et lui préfère Reine, avec qui il aura neuf fils. C'est au cadet des Mauperthuis d'achever le dessein paternel. de son union avec Claude Courvol, il aura une fille, Camille, qui est le portrait craché de Catherine, son aïeule. Ambroise Mauperthuis reporte sur cette enfant la passion qu'il a eu pour la morte, mais sa nature rageuse lui coûtera le précieux objet de sa folie.
Sylvie Germain s'y connaît pour dépeindre des familles fabuleuses. Son premier roman, le livre des nuits, était une merveille. Ici, l'arbre familial se fonde sur un père despotique qui, sous le coup d'une colère aux accents d'évènement fondateur, chasse un fils qui repeuplera la terre. Mais entre le père originel et la descendance, il n'y a rien. « Les fils d'Ephraïm n'avaient en commun avec lui que leur nom. Il avait tranché trop violemment tout lien de parenté avec eux avant leur naissance pour qu'ils puissent le considérer comme leur aïeul. » (p. 93 & 94) Et à la folie courroucée d'Ambroise s'oppose le culte de la Vierge, mère adorée et toute puissance qui comble de sa douceur les êtres repoussés.
Le jour de colère, dans le culte catholique, c'est le Dies irae qui ouvre la liturgie des défunts. du haut de sa folie, Ambroise Mauperthuis n'est pas un dieu miséricordieux et il entend que son courroux soit retentissant, à tel point que le sentiment qu'il porte à son adorée petite-fille ressemble surtout à un anathème d'amour : c'est l'amour d'Ambroise qui maudit Camille. « Lui, qui depuis toujours et à jamais revendiquait le droit exclusif d'amour autour de Camille, – lui qui se considérait comme le destin de Camille. » (p. 242)
Ce qui frappe également dans le texte de Sylvie Germain, c'est la propension des êtres à s'affubler ou à se faire affubler de surnoms qui prolongent leur identité et qui les ancrent dans le réel en accentuant leurs singularités. On flirte avec le merveilleux, mais ce roman n'entre pas dans le genre du réaliste magique même s'il a beaucoup du conte et de la légende. Une légende sombre et noire comme les profondes forêts du Morvan et qui raconte la malédiction née d'un bien mal acquis.
La langue de Sylvie Germain est riche et ciselée comme un joyau, superbe sans être jamais ostentatoire. Les phrases se déploient comme les ailes d'un papillon fantastiquement chatoyant et nous racontent des amours monstrueuses à force d'emportement et d'exclusivité. Il est question de beauté rude et de folie sublime. Sylvie Germain est une reine de l'oxymore et des unions contradictoires. le plaisir de lire un roman de cette auteure est intense et durable.
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zabeth55
  16 octobre 2018
Je reviens de loin.
D'un hameau de cinq fermes au coeur des forêts du Morvan.
C'était il y a longtemps, l'époque était rude.
Tellement rude que tout prend accent de colère. Colère à laquelle se mêle la folie.
Quelques familles, Les Mauperthuis avec l'horrible père, les Corvol, les Verseley…… toutes sur le fil tangent de la colère, de la folie ou de l'amour.
C'est toujours un immense bonheur de lire Sylvie Germain.
Elle nous entraîne avec poésie et beauté dans des univers souvent sombres qu'elle réussit à magnifier.
Chaque personnages de cette histoire est exceptionnel, qu'il soit dans la noirceur ou dans la grâce.
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FritzLangueur
  04 juin 2015
Tout le charme du conteur réside dans sa manière d'exprimer le récit ; choisir la bonne intonation, les bons mots, cultiver le suspens et aimer profondément ses personnages au point tel de les faire exister à nos yeux. Sylvie Germain est une bonne conteuse et ses « Jours de colère » est un roman puissant, rugueux et palpitant. En situant l'action dans le fin fond d'un hameau excentré du monde en plein coeur du Morvan, on pouvait s'attendre au plus à une picaresque histoire, au pire à la sempiternelle fable où biniouserie, Korrigan et autre superstition ne rivalisent pas d'originalité. Il en est tout autre. Sylvie Germain a trempé se plume au coeur du pays breton pour en tirer sa quintessence et nous livrer une histoire, certes à la limite du surréel, forte et profondément ancrée dans cette magnifique région. Cette saga sur deux générations, se passe vers la fin du 19ème siècle jusqu'après la « grande guerre », où le destin de deux familles ne va cesser de se croiser, dans une trame qui s'avère aussi complexe, robuste et toxique qu'une toile d'araignée. Et Sylvie Germain, de tisser méticuleusement chaque fil du récit, en imageant affectueusement l'ensemble de ses personnages (chacun ayant son originalité) à grands renfort de descriptions séduisantes, les plaçant au coeur d'une nature vivante, les faisant évoluer vers un destin inéluctable. L'approche naturaliste de ces « Jours de colère », est indéniablement sa première qualité, tant le style est élégant et incisif, chaque mot semblant peser, au point parfois de recourir au néologisme pour soutenir plus de précisions. A cela, s'ajoute cette extravagante et magnifique histoire, tout aussi réfléchie et parfaitement orchestrée. Ces femmes et ces hommes, apparentant à un monde du passé que le 20ème siècle fera disparaître totalement, vous hantent pendant toute la lecture. On ne cesse de se demander comment cela va évoluer, on prend parti avec l'auteur, et l'on anticipe la suite. C'est un véritable suspens littéraire qui vous saisit de bout en bout, jusqu'aux dernières lignes frissonnantes d'angoisse. « Jours de colère » est un livre sombre et vivant, véritable reflet d'une époque, il ne peut qu'enthousiasmer le lecteur emporté dans ce tourbillon de passion, de malveillance, de pureté et de courage. Un grand, un beau roman populaire, dans le sens le plus noble du terme.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
patatarte2001patatarte2001   12 septembre 2014
Elle savait qu'un rien suffisait pour blesser, pour détruire, faire souffrir ou damner. L'épine d'une ronce, la morsure d'une vipère, une colchique ou une gousse de cytise, un bris de verre pouvait suffire à faire pourrir et se tarir le sang d'un homme, à le priver de la vie. Un mot cruel, un regard méchant, un sourire de mépris, une trahison, un mensonge, pouvaient suffire à rancir le cœur d'un homme, à noircir ses pensées, à lui saccager l'âme. Elle savait cela comme un animal sait d'instinct, quel est son lieu, (son gîte, son nid, sa tanière, quel est son mouvement,) courir, nager, grimper, voler, quelle est sa nourriture, et quel est son ennemi. Elle avait l'instinct de la vulnérabilité humaine, corps et âme. Et à la mesure de cet instinct elle était douée du sens de la tendresse. Elle avait nourri ses fils de cette tendresse, elle avait veillé à la droiture, à la clarté de leurs cœurs
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parolesparoles   19 mars 2021
Elle [Reine] s’était levée tôt pour assister à la cuisson du pain, cérémonie buccale qui l’enchantait plus qu’aucune autre. Ce four rougeoyant, crépitant, brûlant, s’ouvrait devant ses yeux éblouis comme une bouche magique. Une bouche à la mesure de sa faim, où la pâte s’engouffrait sur une large pale pour se mettre à gonfler, à craquer, à prendre saveur et consistance. Sa propre bouche se confondait à la gueule écarlate du four et sa langue à la pale qui allait bientôt y glisser la pâte. La salive montait comme une houle jusqu’à ses lèvres. Et la faim s’exaltait dans son corps.
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LiliGalipetteLiliGalipette   13 mai 2013
« Les fils d’Ephraïm n’avaient en commun avec lui que leur nom. Il avait tranché trop violemment tout lien de parenté avec eux avant leur naissance pour qu’ils puissent le considérer comme leur aïeul. » (p. 93 & 94)
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aldowinaldowin   23 décembre 2013
Il avait installé ses courtils de mouches à miel derrière la ferme, non loin de l'orme carillonneur que son frère Louison-la-Cloche faisait tinter trois fois par jour.Cette manie de son frère de venir sonnailler en piaillant de ses rires aigus lui plaisait, car, disait-il, le chants des abeilles est vif et joyeux, c'est un chant solaire qui vole et danse en bris lumineux et l'allègre musique de mon frère-carillonneur les enchante. Les abeilles, disait-il, ne sont en vérité rien d'autre que les éclats du rire des anges. Il croyait à l'invisible présence des anges auprès des hommes, et, disait-il, leur joie d'avoir vu Dieu est si grande qu'ils aiment la partager avec toutes les autres créatures en l'essaimant en doux fous rires d'or et de feux à travers toute la terre.
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nadejdanadejda   30 décembre 2010
Quand je regard un champ, une forêt, la fumée d'un feu, un écureuil ou un oiseau, je vois une image, et si elle me plaît je la conserve. Je garde tout ce que je vois. Je crois que nous avons beaucoup d'yeux, plein, plein d'yeux. Et tous ces yeux se rouvrent la nuit. Les rêves, ce sont nos yeux de la nuit.
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Vidéo de Sylvie Germain
Qui sont ces étranges créatures qui peuplent les romans ? D'où surgissent-elles ? Avec quelle matière sont-elles façonnées et comment prennent-elles chair et voix par l'entremise de la main qui écrit ? Sylvie Germain plonge dans l'introspection, étudie son travail d'autrice et explore ce mystère insoluble de la création des personnages. /
La romancière française a lu elle-même en 2006 des extraits de son essai littéraire « Les Personnages » dans la collection de livres audio « La Bibliothèque des voix » des éditions des femmes-Antoinette Fouque. Cet enregistrement exclusif est disponible pour la première fois au format numérique en janvier 2021. /
Musique : « Spiegel im Spiegel » d’Arvo Pärt. /
Le texte imprimé a paru en 2004 aux éditions Gallimard. Directrice artistique : Michelle Muller.
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