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EAN : 9782070378067
336 pages
Éditeur : Gallimard (01/04/1987)

Note moyenne : 4.3/5 (sur 213 notes)
Résumé :
Parti des confins de la terre et de l'eau, Victor-Flandrin Péniel, portant au cou les larmes de son père dont le visage fut sabré en 1870 par un uhlan, et toujours accompagné d'une mystérieuse ombre blonde, viendra s'établir dans un hameau perdu au bout du territoire et encerclé de forêts où rôdent encore les loups. C'est dans ces terres frontalières, par où la guerre sans cesse refait son entrée au pays, et dans la vie et la mémoire des hommes, que Victor-Flandrin,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
sylire
  29 octobre 2012
Voilà p lus de vingt ans que Sylvie Germain publie des romans et que la critique se montre unanimement admirative de son talent. Avant la lecture de ce livre, je ne la connaissais que de nom. On a beaucoup parlé de son dernier ouvrage "Magnus" .

Je suis ravie de l'avoir découverte avec" le livre des nuits", son premier roman. En effet, dans une interview assez récente pour Evène, elle dit ceci en parlant du "Livre des nuits" : « je pense que dans ce livre il y avait en germe et en concentré toutes mes obsessions et ce qui s'est développé après ».

L'histoire :

Le personnage central du roman est Victor-Flandrin PENIEL, né de l'union d'un père et de sa fille. Ses parents sont morts alors qu'il était enfant et sa grand-mère, une femme âgée mais courageuse, l'a élevé.
Il est issu d'une famille « de l'eau douce » qui a vécu et travaillé sur une péniche. Les mauvais tours du destin et la guerre de 1870 ont contraint la famille a quitter la péniche alors qu'il était tout jeune.

A la mort de la grand-mère, il est tout juste adolescent. Au terme d'une sorte de parcours initiatique à travers les champs et les forêts, il s'installe dans une ferme et se passionne pour le travail de la terre. Il y restera toute sa vie malgré les épreuves qui le marquent dans sa chair et dans son âme. Les femmes de sa vie meurent les unes après les autres. Sa nombreuse descendance est frappée par la folie, la maladie et les guerres : celle de 14-18, puis celle de 39-45. Mais Nuit-d'or-gueule-de loup (c'est son surnom) reprend toujours le dessus grâce à sa soif de vivre, insatiable.

Mon avis :

J'ai résumé le livre pour vous donner une idée de l'histoire, mais il me semble qu'elle n'est pas essentielle. Ce qui importe, ce sont les mots merveilleux de Sylvie Germain et surtout les messages qu'elle veut nous faire passer.

L'écriture est très poétique, comme le sont les titres des six chapitres : Nuit de l'eau, Nuit de la terre, Nuit des roses, Nuit du sang, Nuit des cendres, Nuit nuit la nuit.

Il existe également, dans ce livre une dimension fantastique : des yeux qui pleurent des perles de verre, des tempes qui transpirent du sang quand un malheur va arriver, une ombre blonde qui suit Victor Flandrin partout ou il va, et ces mystérieuses malédictions qui s'abattent sur la famille…

La première partie du livre m'a demandé un effort car l'atmosphère est assez noire, comme le laisse entrevoir le titre. En outre, il n'est pas toujours aisé pour nous adultes, d'entrer dans l'univers du conte. Mais peu à peu, je me suis intéressée au destin de cette famille et surtout j'ai accepté la vision pessimiste de Sylvie germain sur notre monde, une vision dérangeante mais malheureusement juste. Il faut bien admettre que la cruauté des hommes et leur folie sont sans limites.

Sylvie Germain met l'accent sur le thème de l'histoire qui se répète sans cesse : les trois guerres qui marquent cruellement cette famille, comme bien d'autres d'ailleurs, en sont la preuve. le dernier chapitre, évoquant la guerre 39-45 et l'holocauste est absolument terrible. On referme le livre bouleversé.

Il existe une suite, « Nuit-d'Ambre », que je lirai assurément.
Lien : http://sylire.over-blog.com/..
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thedoc
  24 mai 2020
Je termine ce roman comme une jolie parenthèse enchantée.
Venez.
Ecoutez l'histoire de Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup.
Ecoutez l'histoire de Victor-Flandrin Péniel, né sur les eaux douces, là-haut dans les plaines du Nord de la France, à la limite de tout. Adulte, c'est au hameau de Terres Noires qu'il s'établira, c'est à la Ferme-Haute qu'il prendra épouse, par quatre fois. Mélanie, Blanche, Sang Bleu, Ruth : chacune lui donnera de nombreux enfants, toujours par pair, toujours marqués du sceau de leur père : une tâche d'or au fond des yeux.
A travers cette fresque familiale qui tourne autour du personnage fédérateur, Victor-Flandrin Péniel, Sylvie Germain nous entraîne aux confins du réel, là où rêverie et conte se dessinent, là où la réalité se pare de tout ce qu'elle a de merveilleux et de légendaire. Car l'histoire de Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup et de sa descendance ressemble bien à une légende. Mais ces personnages de conte qui parcourent les années, de la fin du 19e siècle jusqu'aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, affrontent aussi les affres de leur époque, celle qui apporte son lot de deuils et de souffrances lorsque la folie des hommes l'emporte.
Au delà de l'Histoire, « Le livre des Nuits » est aussi une histoire de famille où malgré le grand nombre de participants, chacun trouve sa place et sa marque aux yeux du lecteur. Qu'ils sont nombreux les enfants Péniel ! Mais tous, du mal-aimé, du non-voulu, du préféré ou de l'adopté, du fou ou du raisonnable, tous nous touchent. Tous, jusqu'au dernier,
J'ai retrouvé dans ce premier roman de Sylvie Germain toute la magie qu'opère sur moi le style de l'auteure, une écriture entre réalisme et onirisme où une histoire aux allures de conte rejoint l'Histoire et ses monstres bien réels. Tout se fond, l'un en l'autre. Tout se tient et nous tient, jusqu'au bout. Les récits de l'auteure offrent l'alliance parfaite du roman, de la poésie et du conte, et nous proposent une narration sublime où les mots nous délectent de leur beauté nous transportent d'émotion.
C'est de cet effort d'écriture, de cette exigence d'allier le beau au sens que l'on reconnaît les grands auteurs, ceux qui travaillent leurs phrases autant que leur histoire.
Un roman magnifique sur les hommes et leurs racines, sur leur pouvoir de résilience, sur l'amour qui naît, qui meurt, qui dure toujours.
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Malaura
  07 mai 2011
De la fin du 19ème siècle aux lendemains de la seconde guerre mondiale, le sombre destin de la famille Péniel. Victor Flandrin dit "Nuit d'Or Gueule de Loup" a quitté les bords du fleuve et s'est installé dans le hameau de Terre-Noire où il a engendré une nombreuse descendance marquée de gémellité et de tempéraments fougueux. Générations après générations, c'est le récit tragique de cette famille broyée par les guerres et l'histoire qui nous est magistralement conté.
Magnifique roman, salué par la presse lors de sa sortie et couronné de nombreux prix littéraires. Sombre et envoûtante, une saga familiale transcendée par un style admirable plein de poésie et de lyrisme. Tragique et dur, passionné et ombrageux à l'image des protagonistes portant tous la marque de la gémellité, ce récit d'une destinée familiale est un pur chef d'oeuvre d'émotions brutes.
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ATOS
  16 mai 2012
Il est des livres que nous avons l'impression de retrouver. Les retrouver alors que c'est la première fois que nous les lisons.
Le Livre des Nuits est un de ceux là.
De ces rares instants de lecture qui nous appartiennent.
Alors évidement ,il y a l'écriture de Sylvie Germain, Il y a cette sève, cette tourbe, ces odeurs qu'elle sait extraordinairement nous offrir, il y a ces personnages forts, énormes, et toutes ces vies qui s'écoulent, qui saignent, qui s'écaillent, qui se mélangent de page en page : les Livres, les livres de toutes nos vies.
Faut il aimer follement les hommes pour en parler avec autant de douceur et de poésie. Les hommes sont beaux dans les livres de Sylvie Germain. Terriblement beaux, cruellement beaux enchevêtrés comme des lierres, emportés par leur destin, recouverts de cendres. Faut il avoir conscience de la puissance de la vie pour nous donner, parmi ces nuits, envie d'y croire encore, y croire toujours.
Croire que la vie est plus forte que tout. Il y a du Albert Cohen dans cet élan.
Un livre important.
Astrid SHRIQUI GARAIN
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Melancoly
  23 août 2020
Après avoir lu, il y a peu, son dernier livre, j'ai eu envie de retrouver Sylvie Germain, que j'apprécie, dans ce premier roman écrit en 85 et qui lui valut le prix (entre autres) du livre Insolite, largement mérité , roman d'une singularité toute particulière, où elle nous montre toute l'étendue de son extraordinaire imaginaire.
Un petit temps d'acclimatation...pour pouvoir nous 'imbiber' de cet univers au réalisme magique et tragique un peu déroutant, pénétrer ce monde fantasque et fantastique où tous nos sens sont âprement sollicités, nos repères chahutés, notre conscience élargie (un vrai "trip" écrit).
Une lecture, certes, pas de tout repos, car intense et dense en permanence, mais un roman si abouti que l'on se demande si Mme Germain n'aurait pas vécu mille vies !
Proprement prodigieux, à mes yeux !
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
StelphiqueStelphique   20 janvier 2021
Et de même étaient tendus leurs cœurs, sombres et pleins d’endurance.
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MelancolyMelancoly   20 août 2020
Des couleurs jaillies de son seul désir. Le corps d'Hortense qu'il dessina ainsi se mit alors à se distordre en images folles, ivres de couleurs crues, en perpétuelle métamorphose. Tantôt il multipliait ses bras et ses jambes, tantôt mettait le feu à ses cheveux ou les chargeait d'essaims d'abeilles, tantôt crevait son corps de bouches énormes. Parfois ce corps fleurissait comme un jardin sauvage; des coquelicots s'ouvraient à la pointe de ses seins, des chardons orangés lui brûlaient aux aisselles, des campanules et des ronces s'entortillaient à ses membres, des grappes de groseilles s'écroulaient de ses lèvres, des libellules aux ailes bleu pervenche s'envolaient de dessous ses paupières, des renoncules jaune vif et des lézards vert acide s'enlaçaient à ses doigts. Sur ses fesses il écrasait des fraises, son sexe, il l'embroussaillait et le couvrait de lierre, l'étoilait de bleuets et laissait toujours percer au milieu de ce buissonnement un bulbe rond et charnu comme un bouton de rose prêt d'éclore. Il couvrit des pages et des pages de tels dessins.
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LiliGalipetteLiliGalipette   03 août 2011
"Nul ne savait vraiment d'où il venait, ni pourquoi ni comment il était arrivé là. Les légendes et les ragots les plus fantasques couraient au sujet de son teint noirci par la poussière de charbon, des taches d'or de son oeil qu'il se mettait maintenant à distribuer à sa progéniture, de son ombre blonde qui hantait toute seule les chemins, de son accointance avec les loups, de sa voix dont l'accent différait de celui de la région, de son regard capable d'éteindre les miroirs et de sa main mutilée." (p. 94)
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VALENTYNEVALENTYNE   19 mars 2016
Au petit jour, tandis que son mari s’était déjà levé pour aller s’occuper des chevaux, Vitalie enfanta au fond de la cabine, toute seule, adossée contre les oreillers. C’était un fils. Il cria plus fort que la veille en traversant le corps de sa mère et son cri affola les chevaux serrés les uns contre les autres sur la berge encore ombrée de nuit. Le père, en entendant ce cri, s’affaissa sur ses genoux et se mit à pleurer. Par sept fois, l’enfant cria, et par sept fois les chevaux se cabrèrent, dressant leurs cous au ciel en balançant leurs têtes. Le père pleurait toujours et par sept fois il sentit son cœur s’arrêter.

Lorsqu’il se releva et retourna dans la cabine il vit dans la pénombre luire le corps de sa femme d’un blanc crayeux et, posé entre ses genoux, l’enfant encore tout ruisselant d’eau et de sang. Il s’approcha du lit et caressa le visage de Vitalie bouleversé de fatigue, de douleur et de joie. Ce visage, à peine le reconnut-il. Il semblait s’être détaché de lui-même, soulevé sous un assaut de lumière monté depuis les tréfonds de son corps et transfondu en un sourire plus vague et blanchoyant qu’un clair de demi-lune. Puis il prit son fils dans ses bras ; le petit corps nu pesait un poids immense. Le poids du monde et de la grâce.
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thedocthedoc   20 mai 2020
Il éprouvait pour les livres une immense curiosité et les aimait tout autant pour leur poids dans ses mains, pour l'odeur doucereuse et le grain de papier, pour l'écriture imprimée noir sur blanc, que pour les illustrations qui venaient renforcer les mots. Et très vite il se prit à rêver à travers les livres et les images.
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