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Citations sur L'enfant méduse (32)

colimasson
colimasson   17 mars 2015
Et de même aime-t-elle les hiboux, les effraies, les chevêches, parce que leurs faces plates ne sont qu’immenses yeux aussi fixes que lumineux. Le jour ils gardent leurs paupières closes, se tiennent impassibles et rigides dans quelque discret trou de muraille ou dans l’ombre des branchages. Mais ils ne dorment pas ; ils aiguisent leur vue sous leurs paupières, ils filent leur propre lumière à l’insu de tous, en cercles de soie orangée autour de leurs prunelles noires. Et à la nuit tombée, ils rouvrent leurs yeux, alliage de lune rousse et de soleil radieux. Alors, comme soulevés par cette clarté superbe montée du fond de leur être, ils gonflent leurs plumes, ils déploient leurs ailes, et prennent en silence leur vol. Des yeux ailés, armés d’un bec et de serres acérés.
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colimasson
colimasson   11 octobre 2015
Pour la première fois […], elle s’était sentie étrangère dans l’enclos des morts, nullement initiée à leurs mystères, comme elle avait jusqu’alors pensé l’être.
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SophiePatchouli
SophiePatchouli   28 novembre 2016
Dès les premiers jours de printemps, lorsque l'odeur de l'humus, de bois mouillé et d'eau stagnante s'exhale à nouveau, les crapauds émergent de dessous les vieilles souches où ils ont dormi tout l'hiver, et regagnent par bonds les eaux de leur naissance. Les belles eaux glauques des marais, moirées de vase, festonnées de roseaux à panache violâtres, de joncs, d'iris et de myosotis, enguirlandées d'algues et de rameaux de lenticules, et brodées de renoncules blanches, de sagittaires, de nymphéas. Les eaux profondes des marais, _ profondes comme des rêves hantés de fleurs et de plantes onduleuses, d'yeux ronds et fixes scrutant les ombres aqueuses, et de mâchoires, de langues aigües, véloces, toujours à l'affût d'une proie à happer, à croquer, déchiqueter. Les eaux de rêves anciens, sombres et verdâtres, sillonnées de traits et de bulles irisées d'or, de pourpre ou de bleu vif, et qui mêlent le chaud au froid, comme des fièvres. Des eaux mortes qui grouillent d'une vie multiple et violente. Des eaux au ras desquelles veillent les yeux des grenouilles et des crapauds, globuleux et splendides.
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SophiePatchouli
SophiePatchouli   23 novembre 2016
Des abeilles parfois s'assoupissent au creux de cette moiteur dorée. Elles ne rapporteront pas leur butin de suc à la ruche. Couchées, légères, sur le flanc, délicieusement saoules de sucre et de labeur, elles s'endorment sur leurs lits de pistils dans un rêve de miel. Et la mort se replie dans un frisson soyeux autour de leurs corps frêles qui tomberont, plus tard, sur le bois d'une table ou sur un napperon lorsqu'on aura cueilli les roses pour les mettre en bouquets dans les vases. Leurs dépouilles glisseront sans un bruit du cœur des roses fleuries l'été et qui s’effeuillent en automne. Larmes fossiles de lumière, elles brilleront d'un éclat sourd au pied des bouquets de septembre.
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colimasson
colimasson   13 mars 2015
Elle a repoussé tous ses camarades et elle refuse l’affection des adultes. […] Elle se veut seule. Elle y est parvenue, elle a instauré le vide autour d’elle. Elle est Lucie, un point c’est tout, et elle ne tolère plus la moindre familiarité.
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colimasson
colimasson   21 mars 2015
Il lui arrivait parfois de passer des heures, enfermée dans sa chambre, à scruter un miroir. Elle s’efforçait de soutenir son propre regard, de se forger un regard nouveau, un regard de guerre.
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colimasson
colimasson   19 mars 2015
Lucie rêve de voir exposée au beau milieu de l’étal de monsieur Taillefer la tête de son frère. Dans ses orbites évidées elle planterait des coquelicots, et dans sa bouche écartelée elle déposerait un crapaud.
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michelekastner
michelekastner   09 octobre 2014
Voilà, c'est ce regard-là qu'elle jette en cette aube d'été à la face de son frère gisant au pied du mur. Ce feu d'ocelle flamboyant de violence. Ce cri de défense longtemps mûri dans la souffrance, la honte. Cette arme de vengeance forgée auprès des bêtes des marais, dans l'abandon et le silence. Cet éclat de justice, de mépris et d'orgueil aiguisé auprès des morts.
C'est ce regard-là qu'elle dresse comme un spectre, un glaive, un éclair, pour foudroyer l'ogre blond. Et lui, renversé sur la terre qui n'en finit toujours pas de tourner à contre-courant du ciel, il voit ces yeux fous. Il voit ce regard accroché entre le ciel et la terre, comme un oiseau de proie, qui s'abat droit sur lui et qui fond sur son coeur pour y planter ses crocs, ses griffes et ses dards. C'est un regard qui siffle, qui grince, et saigne, et qui verse sur lui les larmes des enfants qu'il a jetées en terre. Et il sent, l'ogre déchu, il sent avec effroi qu'il n'en reviendra pas de ces énormes yeux d'enfant sorcière qui conjuguent la souffrance et la haine, la hideur et la beauté. Un regard de Méduse.
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migo
migo   16 août 2009
Elle avait tant besoin de joie, de joie où noyer ses frayeurs, ses dégouts et ses doutes, de joie où engloutir à tout jamais le corps de l'ogre demeuré si encombrant, si obsédant, jusqu'après la mort. Oui, elle avait faim de joie, faim d'oubli et d'innocence retrouvée. Elle voulait reconquérir son enfance.
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colimasson
colimasson   15 mars 2015
Oui, elle a changé. Et son regard aussi a changé. Elle ne les voit plus comme autrefois, ses deux bonnes grand-tantes. Elle les voit dans toute l’épaisseur et la mollesse de leurs chairs, dans toute l’inanité de leurs roucoulades et de leurs jérémiades. Deux vieilles bonasses qui pleurnichent en se goinfrant de gâteaux […]. Et qu’elles se bâfrent tout leur saoul, les tantes Colombe et Lolotte, pour adoucir leur chagrin rance, mais elle, elles ne l’auront pas avec leurs flans et leurs tartes nappées de crème, avec leurs gâteaux de semoule aussi mous que leurs fesses et leurs seins !
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