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EAN : 9782070336487
272 pages
Gallimard (07/06/2007)
3.78/5   964 notes
Résumé :
"D'un homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges puis gauchie par le temps, hantée d'incertitudes, et un jour soudainement portée à incandescence, quelle histoire peut-on écrire ?"

Franz-Georg, le héros de "Magnus", est né avant guerre en Allemagne. De son enfance, "il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu'au jour de sa naissance". Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désaprendre ce passé qu'on lui a inventé et... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (132) Voir plus Ajouter une critique
3,78

sur 964 notes
Mais comment ai-je pu laisser un tel livre prendre la poussière sur mes étagères pendant tant de temps ? Quelle puissance dans les mots ! Quelle poésie dans le style. Si vous aimez Philippe Claudel, vous aimerez Sylvie Germain.

Le sujet est délicat. Un petit garçon allemand, Franz-Georg, doit changer un beau jour d'identité sans comprendre pourquoi. Il est bien trop jeune pour deviner que son père fait partie des médecins nazis oeuvrant dans les camps de la mort ! de plus, non content de perdre sa véritable identité, il doit partir en Angleterre avec son oncle. Son père s'est exilé au Mexique, quant à sa mère... Bref, c'est sous son nouveau nom, Adam, qu'il va tenter de se construire. Mais avec une telle histoire, le peut-on vraiment ? Heureusement, il a son ours, Magnus, qui va prendre une place importante, suffisamment d'ailleurs pour qu'il fasse le titre du roman... Mais je n'en dis pas plus

L'écriture est fine et, si j'osais (mais vous savez que j'ose !), je dirais que Sylvie Germain a une plume de fer dans un style de velours.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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C'est l'histoire d'un enfant âgé de cinq ans quand on fait sa connaissance. Il a été très malade, a failli mourir du typhus, dont il a gardé comme séquelle une amnésie complète de tout ce qui s'est passé avant. Sa mère Théa Dunkeltal l'a ramené à la vie et lui a appris avec patience toute l'histoire de son illustre famille et lui a réappris l'allemand.
Le mari de Théa est un adorateur d'Hitler, directeur d'hôpital et ses deux frères Franz et Georg sont morts à la guerre de manière illustre, c'est pourquoi elle a donné à l'enfant le prénom de Franz-Georg.
L'autre personnage important du roman est Magnus, un ours marron clair dont l'une des deux oreilles en cuir porte une trace de brûlure et sent toujours le roussi. Cet ours appartient à l'enfant qui ne veut pas s'en séparer alors que Théa ne semble pas l'aimer.
Il tient beaucoup à ses parents et son père Clemens, le fascine : il est médecin dans un hôpital et les patients viennent de loin pour le consulter, donc il doit être quelqu'un d'important. Et le soir parfois il chante des airs de Bach ou Schubert de sa belle voix de Baryton basse tandis que Théa l'accompagne au piano. C'est un moment heureux car le reste de temps, ce père souvent absent se désintéresse de l'enfant trop rêveur donc pour lui, paresseux.
Peu à peu, l'atmosphère devient lourde à la maison, et ses parents changent plusieurs fois de nom et le père finit par fuir au Mexique. On comprend alors, que le brillant médecin est en fait le directeur d'un camp de concentration, pas uniquement en admiration pour le régime Nazi, il en a été en fait une personnalité importante et il sera jugé pour crime de guerre (alors qu'il a fui au Mexique).
L'enfant entend avec horreur tout ce qui se dit sur son père et sur ceux qui étaient leurs amis avant alors que sa mère reste obstinément dans le déni. Ce sont des mensonges, les photos sont truquées. Elle s'accroche a ses chimères quand elle apprend que Clemens est mort. Dés cet instant plus rien ne l'intéresse et elle confie l'enfant à son frère Lothar, pasteur qui a fui en Angleterre pour échapper aux persécutions Nazies et dont la femme Hannelore est juive.
Une nouvelle vie va commencer pour lui, avec un changement de nom : il prend le nom de famille de son oncle et devient Adam Schmalker. Grâce à Lothar il apprend qui était réellement Clemens Dunkeltal et sa famille. Est-ce que le changement de nom suffit pour avoir une nouvelle vie ?




Ce que j'en pense :

C'est le premier roman de Sylvie Germain que je lis. Cela fait des mois que j'attends que son livre « petites scènes capitales » soit disponible à la médiathèque et pour patienter j'ai choisi de lire « Magnus ».
L'auteure nous raconte toute l'histoire d'Adam, cette enfance bizarre sous le règne du mensonge, sa deuxième vie chez Lothar où il apprend l'anglais et encore plus rapidement l'Espagnol qu'il adore, et poursuit ses études, avec ses premiers émois d'adolescent, son premier baiser avec Peggy Bell. Il ne se sent quand même pas le fils de la maison. Il a honte de ses parents à qui il ressemble si peu physiquement
L'auteure nous présente l'histoire d'Adam de façon très originale ; elle alterne les « fragments » de sa vie avec des renseignements historiques, ou légendaires qu'elle appelle « notule », des extraits de poèmes appelée « séquences » et enfin les « résonnances », échos des réflexions du fragment précédent. Cela rend le livre plus léger et elle commence par le fragment 2, pour nous présenter le Fragment 1 quand on est prêt à entendre le début de la vie d'Adam, au bout de presque cent pages.
L'ours Magnus tient une place importante. On ne sait pas qui s'appelle Magnus, lui ou l'enfant, car les lettres sont brodées sur un foulard noué autour du cou de l'ours. Il est le lien avec sa vraie mère et détient peut-être la clé de son identité.
Il y a un hommage rendu aux Lettres dans le roman : c'est après avoir lu un livre écrit en espagnol, que May lui a prêté, qu'il se perd dans le désert Mexicain et frôle la mort : expérience initiatique ; mais aussi l'auteure cite, dans ses « séquences », des poèmes de Supervielle ou Thomas Hardy pour ne citer qu'eux.
La musique tient aussi une place importante : la vraie musique avec le moment de communion entre Adam et Clemens quand il chantait Bach ou Schubert. Mais est-ce seulement pour ce moment magique que Sylvie Germain insiste autant ? Et le musique des mots qu'elle emploie.
Elle réussit à introduire un article qu'Hannah Arendt lors du procès d'Eichmann et son idée de « la banalité du mal » pour expliquer au passage que ces Nazis étaient férus de musique, de poésie, de peinture tout en étant inconscients d'avoir fait quelque chose de mal et se disaient « non coupable » en le croyant vraiment. Donc, une réflexion sur le bien et le mal et la limite ténue entre les deux qui peut être si facilement franchie si l'on n'y prend pas garde.
Un beau roman, bien construit, bien écrit qui nous réserve des surprises jusqu'à la fin. Un bémol quand même : c'est justement la fin qui n'en est pas une et me laisse perplexe. Sinon, il fait monter plein d'émotions car, on les voit, ces personnages, tant ils sont authentiques et paraissent crédibles avec leurs forces et leurs faiblesses.

Note : 8/10

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« Écrire, c'est descendre dans la fosse du souffleur pour apprendre à écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots, autour des mots, parfois au coeur des mots. »

Magnus, c'est le récit d'un enfant à la mémoire lacunaire, que l'on voit grandir, qui devient homme, en quête d'identité, la sienne, celle des autres qui lui furent proches, les siens, celle d'un passé à jamais recouvert sous les décombres de ses origines.
Franz-Georg est né avant la guerre en Allemagne, mais il ne se souvient plus des cinq premières années de son existence, à cause peut-être d'une grave maladie, le typhus dont il a failli mourir.
Il grandit dans cette famille allemande qui voue un culte immodérée à Hitler, son père est un médecin tortionnaire nazi, grand serviteur du IIIème Reich. Quand la seconde guerre mondiale scelle la capitulation de l'Allemagne nazie, le père s'enfuit au Mexique, tandis que sa mère et l'enfant se réfugient en Angleterre. On change le prénom de l'enfant qui devient Adam... Là-bas, cette mère si dévouée, - trop dévouée peut-être, va s'efforcer d'aider l'enfant à reconstituer sa mémoire en lui réapprenant sa langue, l'allemand, son histoire familiale, ce passé qui ne passe pas...
Dans les pas de l'enfant, seul témoin qui pourrait tout raconter à son fidèle ami, il y a Magnus, petit ours en peluche à l'oreille roussie, qui va l'accompagner tout au long du récit.
Franz-Georg va devenir Magnus...
Magnus, c'est la mémoire impossible à reconstruire sur les désastres de la guerre.
C'est un roman autour des secrets, de la mémoire et de l'oubli.
Qui suis-je ? C'est la question qu'il se pose tout au long du roman, dans cette fuite éperdue allant à la rencontre de lui-même. Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désapprendre ce passé qu'on lui a inventé...
Les souvenirs se dissipent en vrac. S'ils lui reviennent au gré de belles rencontres, c'est souvent en désordre, la mémoire en cours de recomposition présente un étrange caractère de fragmentation. C'est un endroit où il continue de se sentir otage des secrets et du mensonge des autres, où il ne voit pas toujours comment s'en délivrer.
Magnus découvre que L Histoire fait mal.
D'un âge à l'autre, d'un amour à l'autre, d'une identité à l'autre, - identité accidentelle, identité imposée, identité choisie -, Magnus se promène dans les décombres de sa mémoire où gît peut-être la vérité. Mais faut-il vraiment tout savoir sur ses origines ? C'est un chemin fait d'impasses, de sentiers en perdition, d'ombres et de lumières en embuscade...
Certaines révélations ne sont pas forcément toujours bonnes à entendre. Est-ce là le prix à payer pour se délivrer du joug de l'amnésie ?
Et c'est sous cette forme de fragments recueillis comme des îles en perdition que Sylvie Germain construit la narration du récit, faisant de l'édifice de son texte une véritable allégorie du destin de son personnage principal. L'ordonnancement de ces fragments ne suit pas toujours la chronologie des faits, mais cela ne nuit nullement à la lecture, il s'agit plutôt d'une sorte de processus intime, la confrontation du réel au vide de sa mémoire...
J'ai trouvé l'écriture de Sylvie Germain incroyablement belle, poétique, travaillée. Peut-être trop travaillée justement, au point de me perdre dans un dédale de résonances où il m'a manqué des émotions et des respirations...
C'est sans doute pour cela que je suis resté au bord du texte, regardant passer Magnus et son errance.
J'aurais aimé que Sylvie Germain ouvre l'espace, déchire le ciel, fasse de la mémoire lacunaire de ce jeune homme, un gros roman, une odyssée, une constellation de vertiges et de sensations.
Et pour tout vous avouer, la fin m'a laissé sur ma faim...
Aussi, cette première rencontre avec Sylvie Germain est-elle plutôt mitigée. Son écriture magnifique m'incite cependant à revenir dans son univers littéraire.

" Ce qui n'a pas été dit en temps voulu est perçu, en tant d'autres temps, comme une pure fiction. "
Aharon Appelfeld
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Franz-Georg, petit garçon, né avant la guerre de 1940-1945 se raccrochera toute sa vie à Magnus, nounours, seul lien avec le passé oublié de son enfance. Il n'a aucun souvenir avant ses cinq ans ! Sylvie Germain raconte de façon magistrale, la quête d'identité de Franz-Georg qui se fera appeler Magnus.
L'écriture de Sylvie Germain est très belle, une auteure que je découvre, une auteure dont je lirai d'autres romans.
Magnus de Sylvie Germain à lire sans modération !
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"Magnus est un ourson de taille moyenne, au pelage très râpé, marron clair faiblement orangé par endroits. Il émane de lui une imperceptible odeur de roussi et de larmes.
[...]
Magnus est un homme d'une trentaine d'années, de taille moyenne, aux épaules massives, au visage taillé à la serpe. Il émane de lui une impression de puissance et de lassitude."

Mais alors, qui est Magnus ?
Voilà la question centrale du roman.

Franz-Georg est un petit garçon âgé de cinq ans lorsque le lecteur fait sa connaissance.
Un enfant qui a perdu la mémoire de ses premières années.
Un enfant qui ne sait pas qui il est, et que son entourage n'aide pas à trouver la vérité.
Un enfant qui se pose des questions bien légitimes : "Comment ne pas tout suspecter, jusqu'à soi-même, quand on a distillé en vous tant de mensonges ?"

Sylvie Germain utilise une construction originale que j'ai beaucoup appréciée car elle permet de raconter de façon non linéaire et de mettre en place petit à petit les éléments qui permettent au lecteur de comprendre, tels les morceaux d'un puzzle qui, bien placés, font apparaître l'image au fur et à mesure.
Elle alterne des "fragments" qui racontent la vie de Franz-Georg, des "notules" qui apportent des compléments historiques et des "séquences" poétiques. Elle glisse aussi de temps en temps des "résonances" ou des "échos".
Cette composition en apparence un peu chaotique convient à merveille pour raconter la vie d'un homme amputé de sa mémoire, à qui la vérité sur son histoire n'apparaitra que par bribes.
Le récit semble un paysage qui serait dans l'ombre et ne serait éclairé que fugitivement par petits flashs lumineux dévoilant à chaque éclair une nouvelle petite zone, ou éclairant une zone déjà vue sous un autre angle.

Un roman très bien écrit et tout en finesse sur la quête d'identité, qui a obtenu le prix Goncourt des lycéens en 2005 : les lycéens ont bon goût, et sont capables d'apprécier des textes exigeants.
Enfin, certains lycéens...
Cette année (2022), un extrait de roman de Sylvie Germain tombé au bac de français a déclenché des torrents d'insultes et même de menaces de mort sur les réseaux dits sociaux, les élèves l'ayant trouvé trop difficile.
Triste époque où des jeunes incultes se permettent sans complexe d'invectiver à tout-va à l'abri derrière leurs écrans.
https://www.huffingtonpost.fr/life/article/apres-le-bac-de-francais-sylvie-germain-repond-aux-lyceens-en-colere_197920.html
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critiques presse (4)
Lecturejeune
01 mars 2006
Lecture jeune, n°117 - Après Un Secret de Philippe Grimbert en 2004, Magnus s’est vu décerner le Goncourt des lycéens, ce qui prouve bien que les adolescents sont sensibles au thème de l’holocauste comme à celui de la quête d’identité. Un roman très sombre, très bien écrit, qu’il faut prendre le temps d’apprécier malgré de courts chapitres. Juliette Buzelin
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Lecturejeune
01 mars 2006
Lecture jeune, n°117 - L’écriture de Sylvie Germain, fluide, travaillée et poétique, est un délice. La quête d’identité du héros et ses liens avec d’autres identités, elles-mêmes en «souffrance», en souvenir, ou en devenir, donne au récit force et profondeur. Par rapport à d’autres textes de l’auteur, totalement noirs, celui-ci a le mérite d’offrir au ténébreux personnage principal des moments lumineux, des tranches de vrai bonheur. La forme du roman, en revanche, pourrait gêner certains lecteurs. Le récit de vie de Magnus est en effet entrecoupé de courts chapitres, nommés «fragments» ou «interludes». Constitués de points historiques ou d’extraits d’oeuvres littéraires, ils ont le mérite de donner du rythme et de mettre l’intrigue en perspective. On émettra une légère réserve sur la fin, un peu trop ésotérique. Mathilde Valognes
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Lecturejeune
01 mars 2006
Lecture jeune, n°117 - Qu'est-ce qui fait l'identité d'un homme : le nom ? la langue ? le pays d'origine ? la famille ? Dans sa quête, le personnage de Sylvie Germain éprouve chacun de ces déterminismes sociaux. La réponse sera d'ordre mystique – même si l'amour tient une place spéciale. Dans un style soutenu aux accents parfois lyriques, un puzzle existentiel se compose sous nos yeux, à partir de fragments agencés de manière plus ou moins chronologique. Loin de cette «littérature minimaliste» typiquement française, Sylvie Germain plonge au coeur de l'humain et offre un roman qui résonnera fortement chez les amateurs de bonne, très bonne littérature. Isabelle Debouvère
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Lecturejeune
01 mars 2006
Lecture jeune, n°117 - Magnus, c’est le nom d’un ours en peluche dont le héros ne se séparera jamais avant la fin du roman, seul témoin de ses cinq premières années. Franz-Georg, dès le début du livre, est happé dans la tourmente de l’histoire de l’Allemagne de 1945, arraché à la sécurité d’un foyer bourgeois : son père, Clémens Dunkeltal, médecin mélomane, disparaît et sa mère Théa n’y survivra pas. Exilé en Angleterre chez un oncle, il est rebaptisé Adam Schmalker. Drames et errances continuent de bousculer sa vie ; il part au Mexique sur les traces de son père puis aux Etats-Unis, pour enfin revenir en Allemagne. Sa vie amoureuse est ponctuée d’autant de rencontres que de deuils, qui paradoxalement lui font retrouver des lambeaux de mémoire… Les jurés du prix Goncourt des lycéens accordent toujours leur prix à des livres forts : cette année, ils n’ont point dérogé ! Magnus déroule la presque impossible construction d’un être rendu amnésique par les fracas de la guerre et totalement égaré par les mensonges d’une «légende» familiale – les horreurs de la Shoah et des guerres en général sont un leitmotiv de l’oeuvre de S. Germain. Mais l’auteur rend possible une certaine réversibilité des situations. Le lecteur n’est pas enfermé dans le cycle infernal d’une tragédie : un espoir de reconstruction existe, fût-ce au prix de paradoxes. Une fois la douloureuse quête de ses origines menée à bien, le héros met autant d’énergie à vouloir encore une fois tout effacer de son passé en un énigmatique dénouement. Le texte se construit autour de fragments numérotés, de notules, échos, résonances savamment agencés, miroir à la fois de cette mémoire émiettée et de ces violents éclats de souffrance. L’écriture polyphonique convoque des textes extraits de la Bible et des oeuvres de P. Celan, M.L. King, C. Delbo, F. Schubert, Shakespeare, T. Hardy, etc. En bref, un grand livre ! Marie-Françoise Brihaye
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Citations et extraits (128) Voir plus Ajouter une citation
Livres 4.00/5Par Eve-Yeshe le 09/06/2014


C'est l'histoire d'un enfant âgé de cinq ans quand on fait sa connaissance. Il a été très malade, a failli mourir du typhus, dont il a gardé comme séquelle une amnésie complète de tout ce qui s'est passé avant. Sa mère Théa Dunkeltal l'a ramené à la vie et lui a appris avec patience toute l'histoire de son illustre famille et lui a réappris l'allemand.
Le mari de Théa est un adorateur d'Hitler, directeur d'hôpital et ses deux Frères Franz et Georg sont morts à la guerre de manière illustre, c'est pourquoi elle a donné à l'enfant le prénom de Franz-Georg.
L'autre personnage important du roman est Magnus, un ours marron clair dont l'une des deux oreilles en cuir porte une trace de brûlure et sent toujours le roussi. Cet ours appartient à l'enfant qui ne veut pas s'en séparer alors que Théa ne semble pas l'aimer.
Il tient beaucoup à ses parents et son père Clemens, le fascine : il est médecin dans un hôpital et les patients viennent de loin pour le consulter, donc il doit être quelqu'un d'important. Et le soir parfois il chante des airs de Bach ou Schubert de sa belle voix de Baryton basse tandis que Théa l'accompagne au piano. C'est un moment heureux car le reste de temps, ce père souvent absent se désintéresse de l'enfant trop rêveur donc pour lui, paresseux.
Peu à peu, l'atmosphère devient lourde à la maison, et ses parents changent plusieurs fois de nom et le père finit par fuir au Mexique. On comprend alors, que le brillant médecin est en fait le directeur d'un camp de concentration, pas uniquement en admiration pour le régime Nazi, il en a été en fait une personnalité importante et il sera jugé pour crime de guerre (alors qu'il a fui au Mexique).
L'enfant entend avec horreur tout ce qui se dit sur son père et sur ceux qui étaient leurs amis avant alors que sa mère reste obstinément dans le déni. Ce sont des mensonges, les photos sont truquées. Elle s'accroche a ses chimères quand elle apprend que Clemens est mort. Dés cet instant plus rien ne l'intéresse et elle confie l'enfant à son frère Lothar, pasteur qui a fui en Angleterre pour échapper aux persécutions Nazies et dont la femme Hannelore est juive.
Une nouvelle vie va commencer pour lui, avec un changement de nom : il prend le nom de famille de son oncle et devient Adam Schmalker. Grâce à Lothar il apprend qui était réellement Clemens Dunkeltal et sa famille. Est-ce que le changement de nom suffit pour avoir une nouvelle vie ?




Ce que j'en pense :

C'est le premier roman de Sylvie Germain que je lis. Cela fait des mois que j'attends que son livre « Petites scènes capitales » soit disponible à la médiathèque et pour patienter j'ai choisi de lire « Magnus ».
L'auteure nous raconte toute l'histoire d'Adam, cette enfance bizarre sous le règne du mensonge, sa deuxième vie chez Lothar où il apprend l'anglais et encore plus rapidement l'Espagnol qu'il adore, et poursuit ses études, avec ses premiers émois d'adolescent, son premier baiser avec Peggy Bell. Il ne se sent quand même pas le fils de la maison. Il a honte de ses parents à qui il ressemble si peu physiquement Dévoiler le texte masqué
L'auteure nous présente l'histoire d'Adam de façon très originale ; elle alterne les « fragments » de sa vie avec des renseignements historiques, ou légendaires qu'elle appelle « notule », des extraits de poèmes appelée « séquences » et enfin les « résonnances », échos des réflexions du fragment précédent. Cela rend le livre plus léger et elle commence par le fragment 2, pour nous présenter le Fragment 1 quand on est prêt à entendre le début de la vie d'Adam, au bout de presque cent pages.
L'ours Magnus tient une place importante. On ne sait pas qui s'appelle Magnus, lui ou l'enfant, car les lettres sont brodées sur un foulard noué autour du cou de l'ours. Il est le lien avec sa vraie mère et détient peut-être la clé de son identité.
Il y a un hommage rendu aux Lettres dans le roman : c'est après avoir lu un livre écrit en espagnol, que May lui a prêté, qu'il se perd dans le désert Mexicain et frôle la mort : expérience initiatique ; mais aussi l'auteure cite, dans ses « séquences », des poèmes de Supervielle ou Thomas Hardy pour ne citer qu'eux.
La musique tient aussi une place importante : la vraie musique avec le moment de communion entre Adam et Clemens quand il chantait Bach ou Schubert. Mais est-ce seulement pour ce moment magique que Sylvie Germain insiste autant ? Et le musique des mots qu'elle emploie.
Elle réussit à introduire un article qu'Hannah Arendt lors du procès d'Eichmann et son idée de « la banalité du mal » pour expliquer au passage que ces Nazis étaient férus de musique, de poésie, de peinture tout en étant inconscients d'avoir fait quelque chose de mal et se disaient « non coupable » en le croyant vraiment. Donc, une réflexion sur le bien et le mal et la limite ténue entre les deux qui peut être si facilement franchie si l'on n'y prend pas garde.
Un beau roman, bien construit, bien écrit qui nous réserve des surprises jusqu'à la fin. Un bémol quand même : c'est justement la fin qui n'en est pas une et me laisse perplexe. Sinon, il fait monter plein d'émotions car, on les voit, ces personnages, tant ils sont authentiques et paraissent crédibles avec leurs forces et leurs faiblesses.

Note : 8/10


Lien : http://eveyeshe.canalblog.com/archives/2014/06/09/30045446.html
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Avant, éperdumment avant.

Avant, au vif de l'instant présent.


Il entend le mugissement d'un orgue colossal, d'assourdissants coups de cymbales, le vrombissement de millions de tambours. Un orchestre fou joue dans le ciel, il joue avec des instruments d'acier, de feu. Son tumulte s'engouffre jusque dessous la terre, qui tremble et hurle.
C'est un chœur discordant d'hommes et de femmes de tous âges, d'enfants, de nourrissons, de chiens, qui hurlent en répons au fracas de l'orchestre, et ce chœur qui se tenait blotti, compact sous la terre, se disperse subitement dans une bousculade éperdue. Sa clameur se répand au-dehors, elle court au ras de la terre, se déchire. Il est un des lambeaux de cette clameur pulvérisée, il court en criant et pleurant.

Il voit le ciel se déflagrer, se rompre comme une digue et des torrents de lave noire, de météorites rutilants, d’éclairs blanc soufré jaillir d’entre les brèches. L’orchestre fou joue du feu à outrance.
Il voit des humains et des bêtes se transmuer en torches vives, d’autres se fondre à l’asphalte liquéfié qui clapote dans les rues éventrées, d’autres encore être déchiquetés.
Il voit des arbres s’élancer à l’oblique, énormes javelots échevelés de flammes qui se fichent dans les façades des maisons tandis que giclent les vitres, volent les cheminées, les tuiles, les poutres.

Il voit l’eau s’embraser, dans le port, les canaux, les rivières, les bassins, les caniveaux. Partout l’eau prend feu et s’évapore en chuintant ; elle s’enflamme jusque dans les larmes sur les visages des égarés, des mourants.
Il sent l’âcre pestilence des chairs brûlées, la fadeur nauséeuse des chairs bouillies, la puanteur du sang et des viscères. Les pierres, les pavés, les charpentes ne sont plus que sable noir, gravier, bouts de charbon.

Il voit des torsades d’un jaune cru, des coulées vermeilles, des éclaboussures d’un orange aveuglant tomber du ciel, lacérer la nuit. Une orgie de couleurs à la fois visqueuses et limpides. De gigantesques crachats d’or et d’écarlate pour couronner la ville défunte.
Il entend tonner les crachats de couleurs, et soudain, parmi les pantins disloqués qui courent en tous sens, il voit une femme se couvrir de flammèches safran des cheveux jusqu'aux pieds, danser une valse solitaire, frénétique, en poussant des cris suraigus. Il la voit s'écrouler, se tordre encore quelques secondes et...

Et - plus rien.
Il ne sait plus, ne voit ni n'entend plus rien, plus rien que cette femme-flambeau qui se réduit à un tas informe d'un noir rougeoyant qui fume et qui pue. Sa mère ? Une fée, une sorcière, un tronc d'arbre, un ange foudroyé ? Une inconnue ?
Il la regarde, la regarde se consumer, se calciner. Il la regarde, yeux grands ouverts, s'effacer de sa vue, s'effacer de sa vie. Yeux grands ouverts, grands aveugles, il la regarde, la regarde...
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Il voit le ciel se déflagrer, se rompre comme une digue et des torrents de lave noire, de météorites rutilants, d’éclairs blanc soufré jaillir d’entre les brèches. L’orchestre fou joue du feu à outrance.
Il voit des humains et des bêtes se transmuer en torches vives, d’autres se fondre à l’asphalte liquéfié qui clapote dans les rues éventrées, d’autres encore être déchiquetés.
Il voit des arbres s’élancer à l’oblique, énormes javelots échevelés de flammes qui se fichent dans les façades des maisons tandis que giclent les vitres, volent les cheminées, les tuiles, les poutres.
 
Il voit l’eau s’embraser, dans le port, les canaux, les rivières, les bassins, les caniveaux. Partout l’eau prend feu et s’évapore en chuintant ; elle s’enflamme jusque dans les larmes sur les visages des égarés, des mourants.
Il sent l’âcre pestilence des chairs brûlées, la fadeur nauséeuse des chairs bouillies, la puanteur du sang et des viscères. Les pierres, les pavés, les charpentes ne sont plus que sable noir, gravier, bouts de charbon.
 
Il voit des torsades d’un jaune cru, des coulées vermeilles, des éclaboussures d’un orange aveuglant tomber du ciel, lacérer la nuit. Une orgie de couleurs à la fois visqueuses et limpides. De gigantesques crachats d’or et d’écarlate pour couronner la ville défunte.
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Chacun porte son poids de temps dans la discrétion ; rien n’est renié ni effacé, mais ils savent qu’il est vain de vouloir tout raconter, qu’on ne peut pas partager avec un autre, aussi intime soit-il, ce que l’on a vécu sans lui, hors de lui, qu’il s’agisse d’un amour ou d’une haine. Ce qu’ils partagent, c’est le présent, et leurs passés respectifs se décantera en silence à l’ombre radieuse de ce présent.
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Elle dit, la femme qui se tient raide, mains enfouies dans les poches de son imperméable : « Je m'ennuie avec toi, je m'ennuie à mourir. Je ne t'aime pas. Je ne t'ai jamais aimé et jamais je ne t'aimerai. Je n'aime rien de toi, ni ta voix, ni ton corps, ni ta peau ni ton odeur. Tout en toi me dégoûte et m'insupporte. Je voudrais ne t'avoir jamais connu. Jamais. »
L'homme ne dit rien, il est abruti par ces mots qui ne demandent pas de réponse, qui frappent de nullité toute autre parole. Il recule de quelques pas devant cette lapidation verbale.
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Vidéo de Sylvie Germain
Lecture de Sylvie Germain : une création originale inspirée par les collections de la BIS.
Ce cycle est proposé depuis 2017 par la BIS en partenariat avec la Maison des écrivains et de la littérature (MéL). Un mois avant la restitution, l'écrivain est invité à choisir un élément dans les fonds de la BIS. Lors de la rencontre publique, « le livre en question » est dévoilé. Chaque saison donne lieu à la publication d'un livre aux éditions de la Sorbonne "Des écrivains à la bibliothèque de la Sorbonne".
Saison 5 : Jean Lancri, Gaëlle Obiégly, Sylvie Germain et Michel Simonot
Captation, montage et générique par Corinne Nadal
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