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ISBN : 2226295054
Éditeur : Albin Michel (21/08/2013)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 231 notes)
Résumé :
« L’amour, ce mot ne finit pas de bégayer en elle, violent et incertain. Sa profondeur, sa vérité ne cessent de lui échapper, depuis l’enfance, depuis toujours, reculant chaque fois qu’elle croit l’approcher au plus près, au plus brûlant. L’amour, un mot hagard. »
Pour cette rentrée littéraire 2013, l’avant Mai 68 puis sa traversée font irruption dans l’oeuvre de Sylvie Germain.
Comme une tapisserie de légende, les fils de l’intime et du tragique se ti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (89) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  31 décembre 2015
Je termine cette année 2015 sur une franche déception. J'avais entendu parler en bien de Sylvie Germain et moi qui ne m'aventure quasiment jamais sur les pentes glissantes de la littérature actuelle, je crois désormais savoir pourquoi. Voilà qui ne m'encouragera pas à renouveler l'expérience.
La quatrième de couverture d'Albin Michel est pourtant fort engageante : « Tout en évocations lumineuses, habité par la grâce et la magie d'une écriture à la musicalité parfaite. » Il n'y a pas à dire, ils n'y vont pas de main morte chez Albin Michel. Mais moi qui ai l'habitude de lire quelques classiques, qui ai lu en doublette ce livre-ci avec un de John Steinbeck, et malgré l'outrage de la traduction, force m'est de constater qu'à l'aune de ma propre sensibilité, les évocations lumineuses sont plus à chercher chez Steinbeck que chez la brave Sylvie Germain.
Quant à la " magie d'une écriture à la musicalité parfaite ", excusez-moi encore Mesdames et Messieurs de chez Albin Michel, mais il m'a semblé lire récemment un roman de Flaubert qui en impose légèrement plus dans ce registre. Mais vous n'êtes absolument pas obligés de me croire sur parole alors j'ouvre le livre, par exemple à l'amorce du chapitre 17, je cite :
« Georges-Édouard Falaize, le père des jumelles. Un jour, il est là. Là, chez eux, à table. Il n'a pas revu ses filles depuis des lustres.
Un homme de haute taille, comme Gabriel, un peu plus jeune que lui mais le front déjà dégarni, alors que le père de Lili garde intacte sa chevelure roux cuivré, légèrement ondulée. »
Okay, alors c'est donc ça la " magie d'une écriture à la musicalité parfaite ", bon, j'avais cru que c'était autre chose. Mais peut-être, me direz-vous, ai-je choisi à dessein un extrait particulièrement creux et plat. Soit, prenons l'amorce du chapitre suivant, le 18, l'un des plus importants pour le déroulé de l'histoire :
« Il fait trop beau ce dimanche-là pour rester à la maison. Un jour de printemps précoce, frais et ensoleillé. Le père propose d'aller pique-niquer. Viviane emporte son appareil photo. La photographie est depuis quelque temps sa nouvelle marotte. " Faites-vous belles ! " a-t-elle dit aux quatre filles en prévision des prises qu'elle compte faire. Et elles jouent le jeu, même Chantal que son amourette rend maussade dès qu'elle n'est pas en compagnie de Gilbert. Elles s'habillent avec soin, choisissent leurs robes préférées, des foulards assortis. »
Ouh là ! effectivement ça dépote ! Mais bon excusez-moi de ne pas m'extasier devant une telle prose aux reliefs aussi prononcés que la Zélande, la Hollande et la Frise réunies. Et ce n'est pas l'emploi par moment surabondant et imbuvable d'un lexique ronflant qui fera de cette platitude un style au sens noble du terme. Une ponctuation sans âme vient couronner le tout.
Excusez-moi une dernière fois, Mesdames et Messieurs de chez Albin Michel mais pour la " magie d'une écriture à la musicalité parfaite " vous repasserez. Vendre des livres, c'est une chose, mentir sur la marchandise, c'est autre chose. Pourtant, je ne pense pas être insensible à la musique des mots ; quand je lis du Verlaine, par exemple, il m'arrive souvent de me faire la réflexion que sa langue a une musicalité parfaite, Corneille aussi. Curieusement, Sylvie Germain, au moins dans ce livre, n'a jamais suscité en moi de tels ébahissements. Alors sûrement que cela vient de moi, n'en doutons pas et n'en parlons plus.
Après la forme, le fond. Là, à cet endroit précis, une vraie critique vous sortirait une phrase bien sentie, un petit truc percutant qui vous ferait saisir en un mot les qualités de l'œuvre. En ce qui me concerne, le premier et le seul mot qui me vient à l'esprit c'est : PFFFF !
Qu'est-ce que j'ai trouvé ce livre pénible, mal construit, grosses ficelles, fourre-tout et sans intérêt ! Toutes proportions gardées, j'avais l'impression que l'auteur faisait avec son héroïne comme Stephen King dans Shining quand il rajoute louche sur louche pour bien nous spécifier que c'est de l'horreur qu'il s'agit. Avec Sylvie Germain, on fait dans le misérabilisme à deux balles.
La mère morte, bling ! la grand-mère qui calanche sous ses yeux, bling ! l'exhibitionniste, bling ! la famille recomposée avec les méchantes jumelles qui prennent toute la place (façon Cendrillon), bling ! le décès de la sœur, bling ! le frangin qui veut rentrer dans les ordres, bling ! (elle a failli nous faire le coup de l'homo, elle y a pensé très fort et s'est retenu au dernier moment) le père qui couche avec la sœur, bling ! la sœur qui accouche d'un bébé " phoque ", bling ! l'amour pendant mai 68 et la vie en communauté, bling ! (on a échappé au Larzac mais c'était pas loin), l'ancien amour devenu malfaiteur (un peu à la façon d'Action Directe), bling ! le frangin qui en fait est un Juif et que sa mère a juste eu le temps de refiler avant de se faire assassiner sous les yeux de la belle-mère, bling ! le cancer, bling ! le village englouti avec tous les souvenirs à cause de la construction d'un barrage, bling ! etc., etc., etc.
N'en jetez plus Sylvie Germain, la cour est pleine ! Non, franchement, un peu de sérieux, c'est quoi cette surenchère de mauvais goût ?! C'est Forrest Gump à la sauce franchouillarde qui vit tous les événements de la seconde moitié du XXème siècle en y prenant une part active ou en y vivant quelque chose de fort et de significatif.
Sans oublier, bien sûr de combiner des origines très diverses, la grand-mère espagnole, la belle-mère roumaine, le père en Nouvelle-Zélande au milieu des Maoris, le frère juif devenu catho, la sœur en Allemagne, l'autre en Suisse. C'est vrai que vous n'avez pas eu peur, ma chère Sylvie, on se croirait revenu aux plus belles heures de la publicité façon Oliviero Toscani et du slogan " United Colors of Benetton ".
Que vais-je retenir d'un tel salmigondis ? Un grand moment d'ennui et une nouvelle désillusion générée par la littérature française actuelle, cruellement en quête d'auteurs dignes de ce nom, d'auteurs dont on parlera encore dans cinquante ou cent ans. En somme, en ce qui me concerne à propos d'une éventuelle réconciliation avec la littérature actuelle, comme dit le perroquet de L'Oreille Cassée : « Caramba ! Encore raté ! »
Mais tout ceci n'est bien évidemment que l'expression de mon avis, n'ayant rien de capital, autant dire qu'il ne représente pas grand-chose.
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cicou45
  06 décembre 2013
Vous n'allez certainement pas me croire si je vous dit que Lili est le diminutif de Barbara ? Vous auriez à la fois tord et à la fois raison. Notre héroïne, que son père a toujours appelé Liliane (pour faire court Lili) depuis sa plus tendre enfance, découvre dès son entrée à l'école, que son vrai prénom (son premier prénom disons puisqu'elle en a trois) est Barbara. Celui-ci lui a été donné par sa mère à sa naissance, une mère qu'elle n'a jamais connue puisqu'elle a déserté le toit conjugal lorsque Lili Barbara avait onze mois et qu'elle s'est noyée en mer trois ans plus tard.
Aussi, Lili (je vais me contenter de ce diminutif pour cette critique sinon, pour vous, lecteurs, cela va vite devenir lassant), n'a-t-elle connu que sa belle-mère Viviane, avec laquelle son père s'est remarié bien des années plus tard. Elle qui était fille unique, a également dû s'adapter à partager sa chambre avec les autres filles de Viviane à savoir Jeanne-Joy, l'aînée et les jumelles Christine et Chantal qui n'ont qu'un jour d'écart avec elle ; le garçon, Paul, ayant sa propre chambre.
Lili qui n'avait jusqu'alors vécu qu'avec son père Gabriel et qui était habituée à l'avoir pour elle toute seule, va devoir apprendre à partager, à faire des concessions et à s'habituer à son nouveau mode de vie.
Dans ce roman, bien des drames arrivent et le premier en date est celui de la mort de l'une des jumelles, Christine, alors qu'elle n'avait que quatorze ans. Suite à cet accident, la famille reconstituée ne sera plus jamais la même, chacun des membres de cette famille ne sera plus jamais comme avant et ce qui doit arriver arrivera, cette famille, à l'apparence heureuse, va se disperser. Chantal sera l'une des premières à partir puisqu'elle ne pourra plus vivre sous ce toit sous lequel elle a vécu tant de moments heureux avec sa moitié ; elle a besoin de s'éloigner très vite et très loin. Jeanne-Joy, Paul et Lili, partiront eux aussi, qui pour faire des études, qui pour aller s'installer à l'étranger.
Même si d'autres drames suivront (j'avais annoncé dès le départ qu'il y en avait plusieurs), sachez que ce libre n'est pourtant pas considéré (de mon point de vue) comme ce que l'on pourrait qualifier, dans le monde du théâtre ou du cinéma, comme une tragédie. Il y beaucoup de réflexions sur la vie, l'amour, les ambitions de chacun quant à savoir ce qu'il veut faire réellement de sa vie et qu'il nous amène, bien souvent, à nous remettre en question. En effet, nous qui nous plaignons souvent pour un rien, nous apprenons, en découvrant cet ouvrage, à relativiser car, malgré tous les malheurs qui s'acharne sur cette famille, chacun et chacune d'entre eux, aime la vie et sait en savourer chaque instant !
Une écriture magnifique, une histoire forte (une sorte de chronique familiale en réalité) et qui, avec ses hauts et ses bas, nous donne des magnifiques leçons de vie. A découvrir !
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Ode
  09 février 2014
Si le mal de mer se soigne avec quelques comprimés, ce livre nous apprend que le mal de mère, lui, est incurable.
Dans "Petites scènes capitales", Sylvie Germain explore la quête d'identité de Lili, une fillette née après-guerre et « plaquée par sa mère à l'âge de onze mois ». Habituée à vivre seule avec son père, Lili est chamboulée par le remariage de celui-ci avec la belle Viviane, déjà flanquée de 4 enfants. Fuyant cette envahissante fratrie, elle aime passer du temps chez sa grand-mère paternelle, seule à lui procurer l'attention et la tendresse dont elle a besoin. La seule, surtout, à avoir conservé une photo de sa maman. Mais la famille va bientôt connaître toute une série de drames…
Bizarrement, je n'avais encore rien lu de Sylvie Germain, pourtant écrivaine prolixe et régulièrement primée. Dès les premières pages, j'ai été emportée par sa prose incandescente. L'histoire m'a fait penser au Confident, d'Hélène Grémillon, pour l'époque choisie et son questionnement sur les origines. le style, quant à lui, est plus proche du lyrisme de Carole Martinez, tout en restant unique et très musical. Ici, le refrain est emprunté à un très beau poème de Prévert : « Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là Et tu marchais souriante Épanouie ravie ruisselante Sous la pluie Rappelle-toi Barbara… » Barbara, premier prénom de Lili selon l'état civil, est une des clés de cette histoire.
Les chapitres, courts et intenses, justifient le titre de petites scènes capitales ; ils s'enchaînent sans que l'on puisse s'arrêter, ou alors à regret, car la nuit est déjà bien avancée. Chacun a son importance pour reconstituer la vie Lili et des siens, à coup de souvenirs d'enfance, d'adolescence et d'instantanés de vie familiale. L'auteur cultive la sensation, le ressenti, l'émotion, et en même temps, grâce à une narration à la troisième personne, garde une distance qui lui permet d'analyser les événements. Et des événements, il y en a, plus tragiques les uns que les autres : la mort qui frappe à tous les âges, le handicap, la maladie… Certes, chaque famille a son lot de malheurs, mais chez les Bérégance, l'addition est particulièrement salée.
La quatrième de couverture et le début du livre laissaient entrevoir un mystère concernant la mère de Lili : « Car au fond, qu'est-ce qui lui prouve que sa mère est bien morte ? », se demande-t-elle. Or sur ce point, j'ai été déçue, car on en apprend bien peu. Plus tard, un lourd secret de famille nous sera effectivement révélé, mais pas du tout du côté où on l'attendait. Si bien que sa violence, ajoutée à tout ce qui précède, m'a paru presque hors sujet.
Malgré ce petit excès de pathos, j'ai été séduite par le style poétique de l'auteur, la richesse de son vocabulaire, la finesse de ses descriptions et ses réflexions sur le sens profond de la vie, l'amour, le temps qui passe et ce qu'il advient après la mort. «Faut-il que tout soit consommé, consumé, d'un vivant, pour que de l'invisible où il s'en est allé une lumière nouvelle, à la fois ténue et très pure, commence à sourdre, à s'épancher, bouleversant en secret le visible ? »
-- Livre lu dans le cadre du jury "Libraires en Seine" 2014 ; prix décerné à "Kinderzimmer" --
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nadejda
  30 août 2013
49 scènes où se déroulent la vie de Lili-Barbara qui nous fait part de ses questionnements, ses joies et ses peines, ses hésitations, ses tours et détours avant de parvenir à une forme de paix.
Elle nous dit que dans chaque vie la sienne, celle de ceux qu'elle côtoie rien n'est donné, rien n'est simple et que ce sont souvent grâce à des instants hors du temps qui surgissent brusquement au sein d'une réalité banale, des instants suspendus qui nous saisissent par leur lumière, qui nous fascinent et éclairent, bouleversent , magnifient nos vies de l'intérieur que nous finissons par trouver une certain apaisement.
Et arrivée au mitan de sa vie :
«... Elle ne rêve plus d'une autre famille, elle ne souhaite plus un autre passé que celui qui est le sien, tout semé de trébuchements et de déconvenues, de pertes et de renoncements soit-il, et jalonné de deuils. Elle n'éprouve ni regrets ni rancoeurs, elle a eu son lot de joies et de plaisirs aussi, ses jours d'allégresse, ses heures d'exultation, elle a vécu selon ses goûts et ses désirs, en liberté. Elle accepte de payer le prix de cette liberté, laquelle a parfois ressemblé à de l'indécision et à du faux fuyant, d'autres fois à des choix résolus. La liberté, comme l'amour, a un coût, celui de l'intranquillité, ni l'un ni l'autre ne sont jamais acquis.»
«Elle n'est plus dans l'urgence, elle s'est posée dans le flux du temps.....
mais, «.... la petite fille clandestine toujours tapie dans un recoin de son être refuse, elle de déposer les armes, refuse de descendre de la balançoire lancée à la volée sous la voûte d'un marronnier en fleur criblée d'insectes et de flammèches de soleil» celle que personne ne peut lui enlever qui conserve en elle la beauté entrevue, cette beauté qui fait qu'aucune vie n'est banale même si aux yeux des autres elle le parait.
C'est un très beau livre que celui-là, sobre et en même temps d'une richesse somptueuse, un bouquet éclatant d'odeurs, de couleurs et d'émotions.
«Des anémones, des roses aux paupières diaphanes, des iris infusés de bleu et de violet, des renoncules jaune soleil.»
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Eve-Yeshe
  21 août 2014
Lili se remémore les jeux avec sa grand-mère quand elle était enfant… elle vit avec son père, sa mère Fanny est partie quand elle était toute petite et elle n'a aucun souvenir d'elle.
Un jour, elle apprend Fanny s'est noyée en mer, elle essaie de s'envoler sur sa balançoire pour la rejoindre au Ciel.
Ses compagnons d'enfance sont les oiseaux de la volière, à côté. Elle les connait tous, reconnait leurs chants, le temps s'écoule paisiblement. Un jour, son père agrandit la famille car il a rencontré Viviane dont il est tombé très amoureux. Viviane a une fille Jeanne Joy qu'elle a eu d'une première rencontre, un fils Paul et deux jumelles nées d'une relation avec un troisième homme.
On change tout dans la maison, l'intimité relative avec son père disparaît. Il y a désormais une chambre pour Paul, une chambre pour le couple et autre pièce avec un lit à baldaquin pour Jeanne Joy, deux lits superposés pour les jumelles et un divan pour Lili qui se sent de plus en plus seule parmi tout ce monde, mise à l'écart.
Le premier jour d'école, l'institutrice fait l'appel et elle entend Barbara… elle pense « tiens une autre petite fille porte le même nom de famille que moi », mais non, Lili apprend ce jour-là que son vrai prénom est Barbara, c'est celui que sa mère a choisi mais voilà son père n'aimait pas ce prénom et l'a appelé Lili pour Liliane) sans avoir jugé bon de le lui dire. En fait, on lui a volé son identité purement et simplement..
On assiste à l'évolution des cinq enfants et du couple, ainsi qu'à toutes les petites scènes qui semblent anodines mais vont marquer chacun de façon indélébile, ce que je vous laisse découvrir.
Ce que j'en pense :
Lili Barbara (je lui choisis ce prénom-là), est une petite fille très attachante, à laquelle on a tendance à s'identifier car elle nous rappelle des souvenirs. Elle est secrète, hypersensible à la moindre intonation dans les mots comme dans les actes, mais elle ne dit rien, elle encaisse tout, du moins en apparence.
Elle est à la recherche de sa mère : comment celle-ci a-t-elle pu l'abandonner ? ne pas vouloir d'elle. Elle ne méritait pas son amour ? Elle a compté pour quelqu'un dans sa vie : sa grand-mère qui lui a donné tout son amour, par les mots, les gestes (cf. la scène de la confiture).
La grand-mère meurt pendant que Lili est en vacances chez elle et c'est son premier contact avec la mort. Elle devine sans trop comprendre. Où est la grand-mère ? Au ciel ? Elle n'y croit plus... Une fois de plus, le questionnement dans sa tête, comme pour sa mère.
Quelque chose s'est produit, un mur protecteur s'est effondré, mais encore une fois, elle ne dit rien de sa peine ni de ses interrogations.
Les jumelles, Christine et Chantal (feu follet l'a surnommé le père de Lili occupent toute la place.
Jeanne Joy (référence au parfum de Jean Patou) grandit, apprend le violoncelle avec application car elle n'est pas douée au départ, c'est à force de répéter qu'elle progresse. Elle-aussi, son père lui manque, pour se construire, pour pouvoir s'attacher à un homme , être amoureuse.
Paul est plus discret, mais provocateur : il fait une crise mystique à l'adolescence et veut devenir moine trappiste ce qui effraie sa mère car son père est de confession juive, donc elle le vit comme une trahison quelque part. « Paul, le fils posthume né avant mariage – conçu trop tôt, né trop tard »
On sent tout de suite que certains enfants sont préférés à d'autres de façon évidente. Lili comprend vite la place que Chantal occupe dans le coeur de son père : elle est sa préférée alors qu'elle, sa fille biologique, n'est rien ou si peu.
L'auteure pose aussi d'autres questions. Est-ce que la maternité vient toute seule en voyant le bébé pour la première fois ou est-ce qu'elle s'apprend, se construit jour après jour ? Qu'est-ce qu'une mère ? Qu'est-ce qu'un père ? Peut-on donner l'amour quand on n'en a pas reçu ?
Quelle est la place des enfants dans le couple ? On peut aimer un autre enfant plus que son enfant biologique car on est très amoureux de la mère de cet enfant alors qu'il y a eu peu d'amour avec la mère de son propre enfant.
Il y a peu de place pour Lili dans le coeur de son père car ce coeur a été occupé par Viviane, puis par son chien, compagnon de vie avec lequel il veut être enterré. Au risque de choquer je dirais que l'on pourrait presque parler d'abandon au sens moral, bien entendu, mais le résultat est le même.
L'écriture est magnifique : Sylvie Germain a un vocabulaire riche avec beaucoup de nuances, de variations dans les couleurs de la vie et des choses. Tout est précis, net alors que les mots nous enveloppent de mots subtils. le ruisselet a fait tinter son eau dans l'esprit du rêveur, il a empli sa bouche de volupté et de fraicheur, éclaboussé sa raison de goutes de feu, de mots simples, d'étonnement simple. Au matin, Paul était un enfant, hors d'âge. Il était à son tour une page, très ancienne, effacée, toute neuve, un palimpseste nu, épiphanique. P 74
Le thème est fort, profond et tout a été parfaitement étudié. Les personnages sont bien construits. Elle maitrise parfaitement le sujet. On perçoit toujours son amour pour la nature dont elle parle si bien.
Note : 8,5/10
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Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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critiques presse (8)
LaPresse   19 novembre 2013
Patiemment, à petites touches, Sylvie Germain explore la psyché humaine. Son écriture tout en finesse éclaire la complexité de personnages bien étoffés.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LesEchos   16 octobre 2013
On referme avec émotion ce beau livre, qui secoue, charme et chamboule. Tout.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Actualitte   07 octobre 2013
Moins qu'une « Recherche » romanesque, Petites scènes capitales est une suite de morceaux d'écritures, de fragments spontanés et presque autonomes qui se cristallisent autour d'une impression, d'une affection ou d'une angoisse.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Lhumanite   07 octobre 2013
Sylvie Germain excelle à fouiller dans 
le lacis complexe des sensations et sentiments de la jeune fille, laissant entrevoir son âme en ébullition. Mais elle ne s’enferme pas dans les limites de ce territoire plutôt convenu du champ romanesque. Le roman familial et 
le roman de formation s’épaississent en effet du roman d’une aventure spirituelle, au fil des drames, des deuils, 
des découvertes. Et plus encore des révélations.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Lexpress   06 septembre 2013
Avoir conscien- ce que toute vie est précieuse: l'idée, généreuse, traverse ces Petites Scènes capitales, portée par la prose cristalline de Sylvie Germain.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lhumanite   02 septembre 2013
Dans ce qui ressemblerait presque à un roman de formation, avec l’histoire une nouvelle fois en arrière-plan, la spiritualité de Sylvie Germain a choisi de se tenir au ras de l’humain. Émouvant et apaisant.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Telerama   28 août 2013
Petites Scènes capitales conjugue les tragédies. Politique, familiale, amoureuse. Mais qu'elle évoque les camps et Mai 68 — parfois naïvement —, qu'elle décrive la quête obstinée de l'amour chez ces abandonnés de la tendresse, Sylvie Germain n'est jamais aussi poignante que lorsqu'elle se penche sur les mille et une rédemptions possibles.
Lire la critique sur le site : Telerama
LePoint   16 juillet 2013
Comment affronter les béances d'une enfance sans mère ? Les mystères de la disparition ? Une nouvelle fois, Sylvie Germain explore l'âme humaine avec justesse et poésie. Comme un long fleuve - jamais tranquille -, la vie de Lili se fait le miroir de la nôtre. Violente et incertaine parfois, brillante et merveilleuse souvent.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (116) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   27 décembre 2015
Le jour, elle ne prête pas attention aux façades des immeubles, mais le soir, dès que les fenêtres s'éclairent, elle les regarde avec curiosité, avec avidité. Tous ces rectangles de lumière qui s'ouvrent dans l'obscurité le mettent en émoi ; ils trouent la nuit, ils percent la pierre, les briques, le béton, ils révèlent de l'intime tout en le maintenant voilé. Ils ne révèlent rien, ils suggèrent, plutôt, ils donnent à rêver, à imaginer. Ils lui laissent entrevoir d'autres êtres semblables et ignorés, et qui lui demeureront inconnus alors même qu'ils sont ses contemporains et ses concitoyens. Si proches, et inaccessibles. Ils signalent qu'il existe d'autres destins possibles.

Scène 11.
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Nastasia-BNastasia-B   07 janvier 2016
Il était un homme d'épopée égaré dans un siècle qui ne lui convenait pas. Il était surtout de ces êtres auxquels aucun siècle, aucune société, ne peut donner satisfaction, de ces révoltés chroniques qui ne croient pas davantage au ciel et à ses dieux qu'à la terre des hommes, ce cloaque d'aigrefins, de grotesques et d'imbéciles.

Scène 41.
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Nastasia-BNastasia-B   08 janvier 2016
Après ces quelques années passées sous un même toit, […] que connaît-elle, que comprend-elle vraiment de lui, et lui d'elle ? Et chacun de soi-même aussi bien. Qu'ont-ils appris les uns des autres, et pris, donné, les uns aux autres ?

Scène 35.
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SophiePatchouliSophiePatchouli   13 février 2019
Un après-midi d'octobre surgit un arbre en gloire, dressé au fond d'une prairie, à la lisière d'un bois. Son léger retrait, qui l'isole de la masse des autres arbres comme s'il s'était détaché du troupeau forestier, met en relief sa singularité. (...)
Il se tient là, immense triangle isocèle très légèrement bancal. C'est un tulipier haut d'une trentaine de mètres, vieux de plus d'un siècle, peut-être davantage. (...)
Son écorce est brunâtre, sillonnée de crevasses et rugueuse au toucher. Les feuilles, plates et trapues, sont infusées de lumière, saturées de jaune franc, certaines sont tachetée de rouge orangé, à peine. Au moindre souffle de vent, le feuillage frémit et répand une formidable sonnaille de jaune, un cliquetis d'or, de soufre, de paille et de safran. Barbara est saisie d'une allégresse aussi pleine et nue, aussi pure que cette trémulation de lumière. Une exultation sans cause et sans mesure. Peu importe que cela ne dure pas, la joie n'appartient pas à la durée, elle apparaît où et quand ça lui chante, comme la beauté, elle fulgure, se sauve, c'est un esprit follet, mais les petites échardes solaires qu'elle lance dans sa course se piquent dru dans la chair, ne se laissent pas oublier.
Dès les premières grandes pluies de novembre, les feuilles vont se ternir , brunir, et dès les premières bourrasques, elles seront arrachées, dispersées, puis viendra le gel, le tulipier sera tout défeuillé, son écorce plus grise et plus profondément scarifiée. Mais rien ne pourra abolir cela qui a eu lieu : cet instant de splendeur jailli du fugace embrassement d'un arbre et du soleil. De la beauté se révélant à l'improviste, puis s'effaçant, de l'étreinte radiante de l'amour bientôt se desserant, de la joie entrant en crue, puis refluant, quelque chose persiste par-delà leur disparition. Tout ce qui excède en intensité, en présence, en saveur, laisse un reste.
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nadejdanadejda   30 août 2013
Un bestiaire sonore enchante sa petite enfance. Son père et elle habitent près d’une ménagerie, sa chambre donne du côté de la grande volière.
(...) Ils lui apprennent beaucoup, ces oiseaux invisibles qui à toute heure interpellent le ciel, les arbres et le vent de derrière leurs grillages, qui transmuent en nébuleuses de clameurs leurs envols interdits. Elle serait incapable de dire ce qu’ils lui apportent, elle sait juste que c’est important.
La voix du commencement, d’une attente indéfinie infusée de mélancolie, de patience et d’émois oscillant entre chagrin et ravissement. Voix de sa solitude avec son père.
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Videos de Sylvie Germain (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sylvie Germain
Sylvie Germain nous offre un sublime remède à la mélancolie. « le vent reprend ses tours » aux éditions Albin Michel, est un véritable voyage initiatique en quête de liberté.  Tout commence par un avis de recherche collé sous un abribus : un vieil homme a disparu d?un hôpital. Nathan, qui découvre l?annonce, sait de qui il s?agit : cet homme a sauvé son enfance de l?ennui et de la solitude, grâce à la poésie.
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