AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782070743605
176 pages
Éditeur : Gallimard (23/01/1996)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 33 notes)
Résumé :
Ludvík M. avait quitté Prague quand son pays souffrait d'une « cécité de l'âme ». À l'Ouest, il avait connu un grand amour avec Esther. Puis Esther l'avait trahi et il s'était ensuivi un exil à rebours. Il était revenu à Prague. Là désormais, tout devient étrange, se pare d'irréalité. Tandis que celui qui fut son maître très admiré dans sa jeunesse, Joachym Brum, entre en une longue agonie et ne meurt qu'au jour qu'il a choisi, Ludvík ne cesse de faire des rencontre... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
LiliGalipette
  30 novembre 2017
Ludvik vient de quitter son ancien professeur, Joachym Brum, un entêté qui a décidé du jour de sa mort. Auprès de cet homme, Ludvik a appris bien des choses, mais depuis longtemps il traîne une indifférence morne : il ne voit plus le mystère des choses. « Il manquait à Ludvik cet élan, cette inépuisable générosité que seul octroie l'oubli de soi. Plus l'oubli est profond, plus le coeur est prodigue. Ludvik était simplement las de lui-même, et donc de tout et de tous. » (p. 21) le lecteur découvre peu à peu la vie de cet individu : il est revenu dans son pays après 11 ans d'exil volontaire, d'une part pour vivre le renouveau de sa patrie, mais surtout pour échapper à la blessure d'un amour malheureux. « Il montait en chute libre dans le désert de l'amour même. » (p. 29) Il effectue donc un exil à rebours : il quitte la femme perdue pour le pays retrouvé, mais il n'est en rien un enfant prodigue, ne retrouvant pas sa place et ne se sentant pas accueilli avec chaleur. « Il était repu de liberté, mais infirme d'idéaux, et amèrement insatisfait de l'être. » (p. 27) Rien ne l'intéresse désormais que la traduction d'un ouvrage hanté par la figure de Rabbi Loew. Mais alors qu'il croise d'étranges personnages au gré de ses pérégrinations et qu'il écoute leurs récits abscons et douloureux, il retrouve en lui une étincelle qui n'est autre que le goût, le sens et la conscience de la vie en tant que chose à expérimenter et à savourer, pas seulement en tant que matière à penser.
Le sel est ici la valeur de la vie, sa saveur et son éclat. « le sel ! Feu délivré des eaux, grain de pure lumière extrait des antres de la terre. » (p. 62) En cristaux, en grains, en fleurs ou en larmes, le sel a une dimension mythique, biblique. Elle transfigure celui qui en consomme et celui qui en offre. Cet or cristallin se mérite et Sylvie Germain en fait une nouvelle offrande christique. Je ne me lasse pas de la puissance et de l'émotion qui se dégage du de cette auteure. Elle parle du chagrin avec la voix de ceux qui l'ont éprouvé au fond d'eux et le portent comme une part d'eux-mêmes. « Que savons-nous d'ailleurs des pleurs cachés des uns et des autres ? Rien ! Et des larmes des anges qui boitent dans nos ombres de pécheurs désinvoltes ? Moins que rien ! Quant aux larmes que Dieu verse au plus secret de sa solitude, nous en ignorons tout ; au mieux nous les nommons silence, au pire, nous les taxons de mutisme. » (p. 136)
Enfin, je ne répéterai jamais assez la beauté que je trouve aux voyages en train : dans ce roman, ils ouvrent et ferment l'intrigue, comme des rideaux de théâtre mouvant sur le rail. Les trois coups y sont sifflés par le chef de gare. Sur la première de couverture de l'édition de poche, le portrait est une parfaite illustration du texte. Je ne sais pas vraiment l'expliquer. C'est peut-être le regard de cet homme, cette démarche qui fuit le cadre, cette résignation triste. La photo est une oeuvre de Tadeusz Kluba, et elle est belle.
Lisez Sylvie Germain, laissez-vous emporter par Immensités, Jours de colère, le livre des nuits ou encore La pleurante des rues de Prague.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          133
oree
  07 juin 2020
Un grand livre malgré sa petite taille. Il parle du désenchantement du monde après les horreurs du siècle et de la difficulté de remonter la pente vers la vie et ses joies. L'approche est symbolique : les signes, coïncidences, statues, vers des poètes, paroles d'inconnus surgis et disparus, sont les signes à décoder pour retrouver la paix du coeur après le chagrin et la dépression.
Prague est le décor pour cette peinture de l'âme humaine. L'amitié et la quête de sens à nos vies au travers de la transmission par nos aînés les plus éclairés et notamment nos professeurs montrent une voie de transmission importante pour les générations qui suivent. Très beau!
Commenter  J’apprécie          83
CraboBonn
  28 décembre 2012
C'était ma première rencontre avec Sylvie Germain il y a plus de 10 ans je pense. le titre m'avait accroche et je le trouve toujours aussi beau. Peut-être pas le roman le plus représentatif de Sylvie Germain mais un très beau roman tout de même. Un homme que l'on accompagne pour quelques pages et qui continue sa vie une fois le livre referme ... pour d'autres rencontres sans doute. Ainsi va la vie.
Commenter  J’apprécie          63
aimeryjoessel
  01 novembre 2019
Un livre si riche dont il m'est sincèrement impossible de faire une critique, mais se ne sera pas me dérober facilement que de dire qu'il faut juste alors le lire, le relire et le garder pour se plonger à l'envie dans ses brumes et sa lumière, car nous pouvons tous nous retrouver dans ce voyage intime, ces pensées, cette poésie, cette solitude, par ce train qui nous fait fuir et mieux nous ramener à nous-même.
Commenter  J’apprécie          50
Flocava1
  15 novembre 2019
Curieux état dans lequel m'a mis la lecture de ce livre quasi hypnotique, à la limite de l'ennui, presque au delà de moi car je n'en ai pas retenu véritablement le fonds. Une balade étrange, entre rêve et réalité, méditative, presque à la Modiano, portée par l'écriture poétique et lyrique de MMe Germain...
Commenter  J’apprécie          10

Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
MoovanseMoovanse   02 mars 2015
Je m’applique à faire taire en moi les vieilles rumeurs qui continuent à s’y répandre pour ne pas perdre de l’ouïe les infimes résonnances qui traversent le silence. C’est peut-être cela, tout ce qui reste à accomplir, apprendre à s’émerveiller de petits riens, à prêter l’oreille à des soupirs montés très discrètement de l’horizon, vagabonder à l’infini entre les quatre murs de sa chambre, se retrouver soi-même là où l’on ne s’attendait pas, autrement que l’on s’imaginait être. Sentir en soi bruire et frémir le temps qui passe, la vie à l’œuvre en sourdine dans notre sang, renouveler sa vision du monde et des autres, l’air de rien mais de fond en comble.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
oreeoree   06 juin 2020
Ludvik fouilla, fouit, explora et scruta dans tous les recoins de sa mémoire, de son coeur, de sa conscience ; la jalousie, la colère, le dégoût, la rancoeur jonchaient encore sa pensée d'Esther, il ne parvenait toujours pas à l'évoquer sans ressentir une émotion pénible, -- un mélange de désarroi et de chagrin acide. Mais il tint bon, il creusa dessous tous ces débris, ces braises, ces scories, et soudain, dans ses mains nues il sentit qu'il tenait le visage d'Esther ; son visage, non plus seulement d'amante, mais de personne humaine unique parmi la multitude d'autres uniques. Son visage aussi nu, vulnérable, que l'étaient ses propres mains éprises seulement de tendresse, sans garde ni mesure. Son visage comme une eau claire au creux des paumes, au milieu du désert. Et il sut qu'il l'avait aimée, bien plus encore que de passion, bien davantage même qu'il ne l'avait soupçonné. Il compris qu'il l'avait aimée jusqu'à un point de non-retour. Alors , pour la première fois, toute colère, toute rancoeur, tombèrent de lui, et la beauté , la gratitude d'avoir aimé se révélèrent telles qu'elles dépouillèrent son vieux chagrin de tout ressentiment. Son chagrin demeura, mais à la façon d'un animal blessé, éreinté de fatigue, qui se coucherait sur le seuil d'une merveille et y ferait patience, sans geindre ni gronder, sans rien attendre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
genieblancgenieblanc   27 juin 2010
Chacun a surtout son grain de folie, plus ou moins développé, plus ou moins tendre ou fossilisé, semé dans un recoin de son cerveau. On ne voit pas celui qui nous germe dans la chair et qui rampe dans nos veines et nos nerfs, furtivement, comme un lierre invisible, et qui finit par buissonner dans notre coeur et nos pensées, mais on remarque celui qui sort ses petites pousses chez les autres.
Commenter  J’apprécie          70
MoovanseMoovanse   02 mars 2015
L’histoire de nous, de chacun, toujours recommencée : marcher, marcher jour après jour sur la terre, défier la pesanteur et l’immobilité, arpenter les chemins du temps, du réel et du rêve, scruter la nuit et la lumière, prêter l’oreille aux dits du vent, aux paroles des autres, au sourd chant de la terre, aux clameurs de l’Histoire, au bruit confus de son propre sang charriant tant de mystères, d’échos et de questions.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
genieblancgenieblanc   27 juin 2010
Il n'y a pas de pire mal que l'ennui qui, l'air de rien, en catimini, nous écoeure et nous détache de tout, des autres, de nous-mêmes. C'est une rouille aussi sournoise que vorace qui peu à peu nous grignote l'intelligence et du coeur et de l'esprit, nous mine la mémoire où n'émergent à la fin que quelques ilôts de souvenirs indurés ainsi que des tumeurs, des verrues- ainsi les chagrins d'amour par exemple. Et ça corrompt la vue; on perd de vue l'essentiel, et ce qu'on continue à voir, c'est bien souvent par le petit bout de la lorgnette, ou dans le flou, ou d'un seul oeil.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30

Videos de Sylvie Germain (25) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sylvie Germain
Sylvie Germain - Le vent reprend ses tours
autres livres classés : quête de sensVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Sylvie Germain

Née à Châteauroux en ?

1934
1944
1954
1964

10 questions
19 lecteurs ont répondu
Thème : Sylvie GermainCréer un quiz sur ce livre