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EAN : 9782330024864
144 pages
Éditeur : Actes Sud (06/11/2013)
3.94/5   54 notes
Résumé :
En arrivant à Paris, en juillet 1908, Gilbran jouit déjà d'une vaste renommée au Proche-Orient où ses deux recueils, Les Nymphes des prairies et Les Esprits rebelles, suscitent autant d'ennemis acharnés que de partisans inconditionnels. Il a alors vingt-cinq ans. Dans ses bagages traîne un manuscrit inachevé, Les Ailes brisées, et sans doute est-il conscient de la secousse que va provoquer cette oeuvre dont il dira plus tard qu'elle "constitue, dans la littérature a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  19 mai 2021
Quelle poignante histoire d'amour, que celle racontée dans Les ailes brisées! L'une des plus belles qu'il m'ait été donné de lire. Et, pourtant, ce n'est pas le genre qui m'attire le plus habituellement. Pourtant, ici, tout y était : l'amour, le vrai (et pas ces sentiments mièvres que l'on retrouve dans un bon nombre de romans à l'eau de rose), la beauté du monde, les destins tragiques. Et le tout dans un langage tellement poétique! Aussi, c'est court et ça va droit à l'essentiel. En effet, un jeune homme, le narrateur de cette histoire, rencontre Salma Karamé dans la maison de son père. Les deux tombent rapidement amoureux l'un de l'autre. Mais il s'agit d'un amour tendre, chaste, pur. Pas un amour passionnel qui détruit, à la Roméo et Juliette, non. N'empêche, quelque chose de fort et de puissant se produit. « Salma demeurait silencieuse, regardant tantôt vers moi, tantôt vers son père, comme si elle lisait sur nos visage le premier et le dernier chapitre du roman de la vie. » (p. 26).
C'est une formule employée souvent mais elle fonctionne très bien ici : une rencontre fortuite, une attirance soudaine et irrésistible. Et pas seulement une attirance physique, non. Leurs âmes communiquaient entre elles, communiaient. « La beauté est un mystère au contact duquel nos âmes se réjouissent. » (p. 26). Quelques lignes plus loin, cette attirance spirituelle est encore décrite. « Cette soirée-là, mon âme comprit-elle l'âme de Salma au point que cette entente me fit voir en elle la plus belle d'entre les femmes? » (p. 27). Dans les jours, les semaines qui suivirent, les rencontres se multiplièrent. le narrateur s'abreuvait de sa tendre aimée. « Chacune de mes visites me donnait à comprendre une signification nouvelle de la beauté de Salma, un mystère suprême de son âme. […] » (p. 29)
Malheureusement, tout était trop beau pour être vrai. Parfois, le destin s'amuse avec les hommes [et les femmes]. L'évêque demande la main de la jeune femme pour son neveu et, usant de tous les moyens à sa disposition (argent, influence, corruption), il obtient gain de cause. Ainsi, Salma doit épouser un inconnu qui, sitôt le mariage célébré, ne se préoccupe plus vraiment d'elle, de son bien-être, de son bonheur.
Ce que j'ai surtout aimé de cette histoire, c'est que les personnages demeurent fidèles à eux-mêmes et à leurs valeurs. Contrairement à d'autres jeunes gens qui se seraient peut-être enfuis, le narrateur et Salma se plient aux conventions religieuses et sociales. Ça peut être difficile à comprendre pour des gens à la sensibilité moderne, accrochés aux libertés individuelles, mais ça produit une belle histoire déchirante. « Je comprends maintenant… je sais tout… l'évêque en a terminé de fabriquer les barreaux de la cage qu'il a préparée pour cet oiseau aux ailes brisées. Est-ce là votre volonté mon père? » (p. 45). La jeune fille se « sacrifie » et épouse le neveu de l'évêque. Elle rencontre encore son amoureux à quelques reprises dans le jardin mais ce sont des rencontres brèves, ne menant à rien, sinon à raviver la douleur de devoir se séparer.
Cette histoire d'amour est le reflet de tant d'autres. Il est question de Qays (aussi connu sous Mejnoun et Leïla, une des plus grandes histoires d'amour du monde arabe, l'équivalent oriental de Roméo et Juliette), de Sappho, du paradis, des dieux antiques. Bref, de tout ce qui permet d'élever, de lui apporter une dimension supplémentaire. « Salma se tourna vers moi. le clair de lune illuminait son visage, son cou, ses poignets : elle ressemblait à une statue d'ivoire sortie des doigts d'un sculpteur adorateur d'Astarté, déesse de la Beauté et de l'Amour » (p. 40). À ces références incroyables s'ajoute, dès les premières lignes, des jeux de mots, des métaphores. Par exemple, « [j']écoutais le silence de sa mélancolie » (p. 29). le tout dans un Beyrouth marqué par la patine du temps, ses jardins avec ses fleurs aux parfums, le mont Sinnin, la lune qui s'élève la nuit… J'avais déjà vu cela dans d'autres romans de Khalil Gibran, le prophète ainsi que le jardin du prophète, que j'avais beaucoup apprécié. C'est avec joie que je retrouve cette plume extraordinaire.
Enfin, je ne pouvais passer à côté des images, des symboles utilisés pour désigner l'amour et les relations humaines, à commencer par ces ailes brisées, qui donnent leur nom au titre. À quelques reprises, Salma parle d'elle-même comme d'un oiseau en cage. Eh bien, quand on lui annonce ses fiançailles avec le neveu de l'évêque, c'est comme si ses ailes se brisaient. Et le jeune narrateur ressent les mêmes sentiments. L'analogie se poursuit. « M'imaginant le désespoir sous la forme d'un spectre sombre serrant au cou notre amour pour le tuer à la naissance, je répondis : ‘'Cet oiseau protecteur virevoltera au-dessus de la source jusqu'à ce que la soif l'épuise et le tue ou bien que le serpent terrifiant le happe, le mette en pièces et le dévore.'' Émue, la voix tremblante et brisée, Salma dit : ‘'Non, non mon ami. Que cet oiseau vive, que ce rossignol chante jusqu'au soir, jusqu'à ce que finisse le printemps, jusqu'à la fin du monde, jusqu'à la fin des temps. Ne le réduisez pas au silence car son chant me vivifie ; n'arrêtez pas ses ailes car leur bruissement écarte les brumes de mon coeur.'' » (p. 57)
Et c'est ainsi que, malgré tout son côté tragique, le jeune narrateur peut raconter leur idylle. Après tout, même les histoires d'amour au dénouement le plus malheureux doivent être racontées. Souvent, ce sont elles qui forment les plus belles…
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Fuyating
  05 décembre 2019
J'ai beaucoup aimé ce court roman de Khalil Gibran, très touchant et poétique. L'auteur nous y narre une histoire d'amour tragique dans le Liban du début du XXème siècle, mettant en lumière la société, le poids des conventions et l'abus de pouvoir par les religieux. Nous avons également un très bon aperçu de la 0lace de la femme à cette époque, qui sert finalement d'ornement et à faire des héritiers, n'ayant absolument pas leur mot à dire.
Malgré ces tristes sujets, la plume est très belle et poétique. L'auteur a utilisé de magnifiques métaphores et comparaisons tout au long de son récit, j'ai d'ailleurs eu envie de noter de nombreuses citations. Certains diront peut-être que c'était un chouïa mièvre, mais cela m'a pluL'histoire d'amour était bouleversante ! Je garderai un très bon souvenir de cette lecture !
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Acerola13
  22 décembre 2013
Grand classique de la littérature arabe du XXème siècle, Les Ailes brisées se démarque par son côté lyrique et ses longues phrases chargées de métaphores et de poésie. Si l'ensemble charme au début du récit, l'on ne peut s'empêcher de trouver les tirades du personnage principal quelque peu grandiloquentes, à l'image du premier amour d'un adolescent éperdu...Néanmoins l'ensemble est une lecture des plus agréables, une histoire d'amour illustrée dans des tableaux oniriques du Liban du siècle dernier ; la description de la beauté de l'environnement donne au roman un côté paradisiaque, divin...Même si la chute est bien humaine.
Ce n'est sûrement pas le genre de lecture auquel je reviendrai souvent, mais "Les Ailes brisées" n'en demeure pas moins agréable à lire.
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InhiF
  24 avril 2021
Conte d'amour(s) en prose d'une poésie éclatante, Les Ailes Brisées est un court roman qui bouleverse et touche le coeur par les mots d'une richesse extraordinaire.
La question du mariage arrangé au Liban au début du XXème siècle y est abordée avec force, avec une dimension spirituelle qui transcende les religions pour retrouver l'être dans sa nature la plus simple, retrouver l'amour dans sa version la plus logique, dénudé.
Une très belle lecture, tragique mais bouleversante qui vient questionner les notions de foi, de sacrifice et de liberté.
P.S. Petite mention spéciale à la traductrice de 1972 qui permet d'apprécier ce roman écrit en arabe comme il se doit, en en conservant la poésie et l'intensité: Marie-Rose Boulad Absy.
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SarahFernandes
  03 mai 2020
Très beau roman sur le Liban du début du début du siècle dernier.
L'auteur y décrit avec émotion l'étouffement de la population par les religieux et la place de la femme qui, à forte d'insistance et par ses opinions fortes, peut se faire écouter des hommes mais toujours tapie dans l'ombre et sans jamais recueillir la reconnaissance qu'elle a mérité.
L'auteur décrit aussi un pays à la nature belle et florissante où l'histoire prend une place déterminante.
Enfin, lécriture très poétique est belle et le livre se lit vite.
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Citations et extraits (75) Voir plus Ajouter une citation
DanieljeanDanieljean   22 janvier 2016
Maintenant je sais qu'il existe quelque chose de plus haut que le ciel, de plus profond que l'océan, de plus prodigieux que la vie, que la mort et que le temps.

Je sais maintenant ce que j'ignorais auparavant.

Il y a des choses plus grandes et plus pures que celles que prononce la bouche. Le silence illumine nos âmes, murmure à nos coeurs et les rassemble. Le silence nous sépare de nous-même, nous fait naviguer dans le firmament de l'esprit et nous rapproche du ciel.

Toute beauté - Toute grandeur en ce monde naît d'une simple pensée ou d'une simple émotion en un homme.

Tout ce que nous voyons aujourd'hui, accompli par les générations passées, était, avant de se manifester, une pensée dans l'esprit d'un homme ou une impulsion dans le coeur d'une femme.

Une pensée vous vient au milieu de la nuit, et elle peut vous emporter vers la gloire ou vous mener vers l'asile.

Un regard dans les yeux d'une femme peut faire de vous l'homme le plus heureux du monde.

Il est faux de croire que l'Amour naît d'une longue compagnie et d'une cour assidue. L'Amour est le rejeton d'une affinité spirituelle, et si celle-ci ne se crée pas en un moment, elle ne se créera ni pendant des années, ni même pendant des générations.

Le coeur d'une femme ne change pas avec le temps ou la saison. Même s'il agonise sans arrêt, il ne périra jamais. Le coeur d'une femme est comme un champ transformé en champ de bataille. Après que les arbres aient été déracinés et l'herbe brûlée, après que les rochers aient été rougis de sang et que la terre soit parsemée d'os et de crânes, il redevient calme et silencieux comme si rien ne s'était passé. Car le printemps et l'automne viennent à leur tour et reprennent leur travail.
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DanieljeanDanieljean   22 janvier 2016
Je ferai de mon âme une enveloppe pour votre âme, de mon coeur une résidence pour votre beauté, et de ma poitrine un tombeau pour vos chagrins.

L'automne, l'Amour et moi, nous nous rendrons dans la vigne, nous nous assoirons prés du pressoir, nous regarderons les treilles dénudées de leurs ornements d'or, et les troupes d'oiseaux migrateurs voleront par-dessus nos têtes.

Ceux que l'Amour n'a pas choisi comme adeptes n'entendent pas lorsqu'ils les appelle.

Les montagnes, les arbres et les rivières changent leur apparence selon les caprices du temps et des saisons, comme l'homme change avec ses aventures et ses émotions. Le peuplier élancé qui a, dans le jour, l'aspect d'une fiancée ressemble, le soir, à une colonne de fumée. L'immense rocher qui, à midi, se dresse, imprenable, ressemble le soir à un pauvre miséreux, avec la terre pour lit et le ciel pour couverture. Et le ruisseau que nous voyons briller dans le matin et que nous entendons chanter l'hymne de l'Éternité, se transformera, le soir, en un courant de larmes pleurant comme une mère à qui ont aurait arraché son enfant.

La civilisation moderne a rendu la femme un peu plus sage, mais elle a accru ses souffrances à cause de la cupidité de l'homme. La Femme d'hier était une épouse heureuse, mais la femme d'aujourd'hui est une misérable maîtresse-femme. Dans le passé, elle marchait aveuglément dans la Lumière. Aujourd'hui, elle avance les yeux ouverts dans l'obscurité. Elle était belle dans son ignorance, vertueuse dans sa simplicité et forte dans sa faiblesse. Aujourd'hui, elle est devenue laide dans son ingéniosité , superficielle et sans coeur dans sa connaissance.

Le jour viendra-t-il jamais où la beauté et la connaissance, l'ingéniosité et la vertu, la faiblesse du corps et la force de l'âme pourront s'unir dans une Femme ?

L'esprit chagriné trouve son soulagement dans la solitude. Il a horreur des gens, comme le daim blessé s'éloigne du troupeau pour aller vivre dans une grotte jusqu'à la guérison ou jusqu'à la mort.

Je suis de ceux qui croient que le progrès spirituel est une règle de l'existence humaine, mais l'approche de la perfection est lente et pénible.
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DanieljeanDanieljean   22 janvier 2016
La solitude a les mains douces et soyeuses, mais elle agrippe le coeur de ses doigts de fer et le meurtrit de tristesse.. La solitude est l'alliée du chagrin tout autant que la compagnie de l'exaltation spirituelle.

Le printemps est beau en tous lieux, mais il est magnifique au Liban. C'est un esprit qui vogue autour de la terre mais qui s'attarde au-dessus du Liban pour converser avec Rois et les prophètes, pour chanter avec les rivières les mélodies de Salomon et pour revivre avec les cèdres sacrés.

Seules nos âmes peuvent comprendre la beauté, ou vivre et croître avec elle. Elle trouble nos esprits. Nous sommes incapables de la décrire en paroles. C'est une sensation que nos yeux ne peuvent pas voir, et qui provient à la fois de celui qui observe et de celui qui est contemplé.

La vraie beauté gît dans la communauté d'âmes que l'on appelle Amour et qui peut exister entre un homme et une femme.

L'Amour est la seule liberté de ce monde parce qu'il élève l'esprit au point que les lois de l'humanité et les phénomènes de la nature n'altèrent pas son cours.

Mais les poètes sont des être malheureux car, si haut que s'élève leur esprit, ils restent toujours enfermés dans une enveloppe de larmes.

Elle portait dans l'existence un manteau de profond chagrin qui intensifiait son étrange beauté et sa dignité, comme un arbre en fleur est plus beau à regarder à travers les brumes de l'aube.

Les âmes inquiètes trouvent le repos lorsqu'elles sont unies à une autre semblable. (...) Les coeurs qui sont unis par la tristesse ne seront pas séparés par la gloire de la joie. l'amour purifié par les larmes demeurera éternellement pur et beau.
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LUANA75LUANA75   02 août 2015
De mon âme j’envelopperai la tienne et, de mon coeur j'en ferais une demeure pour ta beauté et, de ma poitrine un tombeau pour tes tristesses.

Un raz de marée émotionnel , ces "ailes brisées" tragique histoire amour qui me fait penser à celle de Tristan et Iseult. Certains livres possèdent cette lumière divine nous ne sommes plus tout à fait la même personne après avoir plonger dans les récifs de certains écrits ( comme ceux de Khalil Gibran ) si sensibles avec une grande profondeur d'âme à fleur de mots..☺

J’ai presque tout lu de Gibran et chacun de ses livres reflète sa pensée mythique et philosophique tout en étant enrobé de poésie. Il faut connaître et lire ce grand auteur, il change nos vies.
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SachenkaSachenka   15 mai 2021
Les personnes âgées aiment à revenir en pensées au temps de leur jeunesse comme l'étranger nostalgique aime à revenir au pays natal ; elles sont enclines à conter leurs histoires d'enfance comme le poète incline à réciter ses vers les plus éloquents ; elles vivent par l'esprit dans un passé révolu car le présent passe à leur côté sans qu'elles puissent le retenir cependant que le futur apparaît à leurs yeux orné de brumes du déclin et des ténèbres de la tombe.
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Videos de Khalil Gibran (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Khalil Gibran
Khalil GIBRAN – Une Vie, une Œuvre : athée, fou, mystique ? (France Culture, 1990) Émission "Une Vie, une Œuvre" par Elisabeth Huppert, sous-titrée « athée, fou, mystique », diffusée le 6 septembre 1990 sur France Culture. Invité : Georgy Farah.Mise en ligne par Arthur Yasmine, poète vivant, dans l’unique objet de perpétuer la Poésie.
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