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EAN : 9782754808620
160 pages
Futuropolis (02/11/2012)
4.14/5   21 notes
Résumé :
Les deux premiers volumes de Mattéo, réunis ici, forment un tout cohérent et indissociable. Mattéo, après avoir été versé dans les tranchées de la guerre de 14, pousse jusqu'à Saint-Pétersbourg, au moment où éclate la révolution russe. On le retrouvera en 1936, dans le troisième tome de ce grand récit romanesque. Dix-huit ans plus tard.
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
MissG
  27 décembre 2013
Jean-Pierre Gibrat et moi nous nous sommes rencontrés, littérairement parlant, il y a quelques années déjà avec la très belle couverture du premier tome du "Vol du corbeau" qui avait attiré mon regard.
Puis j'ai lu "Le sursis", j'ai adoré.
J'ai donc ré-itéré avec "Le vol du corbeau".
Et là, je me suis rendue compte que j'étais tombée éperdument et définitivement sous le charme de cet auteur, de ces dessins ressemblant à s'y méprendre à des aquarelles et de ses personnages au grand coeur auxquels on s'attache si facilement.
Il était donc tout naturel que je m'intéresse à la nouvelle grande saga littéraire de cet auteur : Mattéo.
Prévue en cinq volumes, cette série regroupe dans cette intégrale le premier cycle, à savoir la première époque 1914-1915 et la deuxième 1916-1917.
Mattéo est fils d'un anarchiste espagnol, il vit à Collioure avec sa mère veuve, travaille dans l'exploitation vinicole des de Brignac, est amoureux de Juliette.
Quand la Première Guerre Mondiale se déclenche, Juliette ne parle plus que de mobilisation et n'a de mots que pour Guillaume, le fils des de Brignac.
Mattéo en tant qu'espagnol ne fait pas partie des appelés, pas comme son ami Paulin qui va y laisser ses yeux, il ne trouve plus grâce aux yeux de Juliette et va alors s'engager volontaire dans cette guerre, mais il va très vite déchanter : "La guerre, quand elle est arrivée dans les maisons, les premières heures, faut être honnête, elle a charmé son monde comme un chiot dans son petit panier tricolore, mais elle a mal grandi, la bestiole ! On imaginait qu'elle nous ramènerait la victoire dans la gueule, en gardant le poil propre et le fusil en bandoulière ! On s'était gourés de clébard !".
Il pensait naïvement reconquérir Juliette, celle-ci ne lui enverra que son silence : "Les lettres, c'est un peu comme les obus, on les attend plus et elles vous tombent dessus ... et elles vous découpent le coeur en morceaux, sans faire de bruit, on s'en doute pas en les ouvrant.".
Jean-Pierre Gibrat avait plutôt habitué le lecteur à traiter de la Seconde Guerre Mondiale, ici il traite avec brio de la Première, montrant par l'image et le choix des couleurs toute la violence et l'horreur de celle-ci, avec en trame narrative la voix de Mattéo.
L'évolution du personnage de Mattéo est intéressante : engagé pour l'amour de Juliette il va vite déchanter et perdre ses illusions : non seulement Juliette ne s'intéresse plus à lui, mais la guerre est bien plus sanglante et meurtrière que ce qu'il aurait pu imaginer.
Loin d'être auréolé de gloire, il se retrouve à devoir obéir à des ordres absurdes et ne trouvera son salut qu'en partant à l'arrière après une blessure.
Son chemin croisera alors celui d'Amélie, une infirmière amoureuse de Guy de Maupassant, un très beau personnage qui redonnera une forme d'espoir à Mattéo.
Mais le chemin de Mattéo ne s'arrête pas aux tranchées : il déserte et part alors en Espagne, avant de partir en Russie en pleine révolution.
Après les tranchées de 1914-1915 et l'Espagne, Mattéo revient brièvement à Collioure, l'occasion de revoir Juliette, avant de partir pour la Russie, plus précisément Saint-Pétersbourg alors que la révolution bat son plein.
Il part avec Gervasio, un ami de son père et exalté par la révolution russe, tandis que Mattéo est plus réservé.
En tant que photographe, il doit immortaliser les grands moments de cette révolution enfin, ceux pour lesquels il est autorisé à prendre des photos, la misère, les pendaisons, les règlements de compte, il ne faut pas que ces images sortent de Russie.
Mattéo, loin d'épouser les idées de cette révolution et d'admirer Lénine, se rend compte de la misère et de la poudre aux yeux jetés par les révolutionnaires sur les perspectives d'un monde meilleur : "La misère russe, j'ai pas connu plus noir. Si, dans les tranchées bien sûr, mais là, elle avait bouffé l'arrière.Un morceau de pain ou de charbon se payait le prix fort, en heures d'attente surtout. Elles y dépensaient leurs nuits, les femmes, soudées par le froid, en troupeau ou en chapelet, la longueur du trottoir décidait. Des chaudières de colère, comme de petites cheminées, leurs nez rougis par le froid crapotaient du givre révolutionnaire, un nuage sur toute la ville.".
Mattéo traverse L Histoire sans se soucier plus que cela de l'évolution du monde, il est désabusé et ne croit plus vraiment en la nature humaine.
En cela et en d'autres points, il est proche d'Amélie, qu'il retrouve d'ailleurs à Paris et à qui il raconte la nouvelle déception procurée par Juliette : "On peut passer une nuit avec quelqu'un sans partager ses rêves.", ainsi que celle de la révolution bolchevique.
Mattéo est décidément un héros comme je les aime : imparfait, fonceur, malheureux, en quête perpétuelle d'un bonheur qui lui paraît si simple et qui se révèle inaccessible ou presque.
Il est désabusé et ne croit plus en rien, ce qui le pousse à se dénoncer à la fin en tant que déserteur.
Il pensait finir au peloton d'exécution, c'est au bagne qu'il ira casser des cailloux : "J'avais fait une belle connerie. En me dénonçant, j'espérais peu de choses, juste le bénéfice d'un peloton d'exécution radical, pour solder ma petite existence accumulant les naufrages.".
Jean-Pierre Gibrat réussit à donner corps à son récit à travers un personnage charismatique : Mattéo.
Il arrive aisément à mêler la petite histoire avec la grande, à faire vivre au lecteur les événements de l'intérieur, sous le regard lucide de Mattéo.
Que ce soit la Grande Guerre ou la révolution russe, Jean-Pierre Gibrat a l'art de manier son scénario avec ses dessins toujours criants de vérité.
Il dessine aussi bien l'enfer des tranchées que l'enfer de l'hiver russe, avec des dessins tenant plus de l'aquarelle, pour le plus grand plaisir des yeux.
Et même si Mattéo a tendance à ressembler à ses précédents héros masculins, Jean-Pierre Gibrat a su trouver une diversité physique pour ses personnages, masculins comme féminins.
Ici point de copie d'un personnage à l'autre, chacun a son style bien reconnaissable et c'est en ça que je trouve que Jean-Pierre Gibrat a vraiment évolué et mûri, livrant ici l'une de ses plus grandes réussites.
"Mattéo" est une série pleine de promesses tenues qu'il me tarde d'achever tant elle montre toute l'étendue du talent de Jean-Pierre Gibrat, une valeur sûre de la bande dessinée et un auteur qui arrive chaque fois à me toucher profondément avec ses histoires et sa plume si admirable.
A découvrir de toute urgence !
Lien : http://lemondedemissg.blogsp..
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R-MDominik
  05 février 2014
Très nouveau dans le monde de la BD, je suis avant tout attiré par le dessin en général, sa qualité, sa finesse, sa crédibilité voire les couleurs choisies en particulier.
Ensuite, vient l'histoire, du moins en ce qui me concerne.
Lorsque les deux sont réunis, j'achète compulsivement !
La couverture de ce « Mattéo » premier cycle si elle avait toutes les qualités requises en matière de dessin pour m'attirer, me laissait comme une impression de « BD à l'eau de rose », une bluette.
Il ne faut jamais en rester à l'impression donnée par la couverture d'un album...
Il n'en est rien, en effet, en feuilletant, chez ma libraire quelques pages sur ses conseils, je me suis vite rendu compte de l'incongruité de mon raisonnement!
Il s'agit donc de l'histoire de Mattéo fils d'anarchiste Espagnol réfugié en France au début du XXéme siècle, à travers le film épouvantable des évènements du début de ce siècle, première guerre mondiale puis révolution Russe.
Certes, histoire d'amour il y a, mais Jean-Pierre Gibrat, très intelligemment met plutôt l'accent sur L Histoire en ce qu'elle forge ou broie les individus, provoque et malaxe les plus belles idées.
Mattéo en tant que réfugié Espagnol n'avait pas à faire cette guerre dans laquelle son pays n'est pas mêlé, seulement voilà, en ce début de siècle, tout le monde pense que la guerre ne peut durer au-delà de quelques jours, le goût de revanche, la juste cause, attire les exaltés.
Mattéo pour éviter de passer pour un lâche aux yeux de sa belle et de ses amis s'engage.
La guerre, dans ses absurdités, sa logique de mort et ses atrocités est particulièrement bien rendue, un enfer, avec quelques parcelles d'humanité noyées dans le grand bain de sang organisé.
Une belle et noble cause, la Révolution.
La révolution Russe en l'occurrence.
Qui engendrera elle aussi, et dès ses débuts, des morts au nom des idées....
Je vous laisse découvrir le reste et j'attends quant à moi avec impatience de lire la suite !
Le récit est très bien mené, même s'il y a quelques invraisemblances.
Les personnages bien rendus avec une épaisseur des personnages même secondaires qui attire l'empathie.
Les dessins sont sublimes, tout en finesse, les couleurs magnifiques avec juste ce qu'il faut de « sépia » pour rappeler que nous sommes dans les années 1914-1917.
Vraiment un très bel album.
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Acerola13
  29 décembre 2012
Un trait flou, des peintures d'aquarelles, une histoire prenante : Mattéo nous narre le parcours peu commun d'un jeune immigré espagnol en France, qui décide de s'engager sous les drapeaux lors de la Première Guerre mondiale pour séduire la jeune femme qu'il adule. Des dessins forts et remplis d'humanité se succèdent afin de conter la "sale guerre", avec un souci particulier des sentiments de ceux qui restent en arrière, dans les campagnes, et qui voient revenir leurs camarades du fronts, blessés ou enterrés.
L'intrigue se déplace ensuite en Russie, ou Mattéo tente d'aider la Révolution qui lui semble répondre à son idéal d'anarchiste. Vite désillusioné, on ressent comme lui l'amertume de la guerre, des idéeaux bafoués, de l'absurditié d'une époque que l'on oublie peu à peu.
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som
  05 août 2016
[tomes 1 à 3] Mettre les pas dans ceux de Mattéo s'apparente à une plongée au coeur de trois événements majeurs du début du XXème siècle. La boucherie des tranchées de la Première guerre mondiale, la folle espérance si vite anéantie de la Révolution russe de 1917 et le lumineux été 1936. Fils d'un anarchiste espagnol, Mattéo porte en lui les germes de la rébellion contre les nantis, le rêve d'un monde plus juste et l'amour d'une belle. En dépit de son fort caractère et de son obstination, la violence des hommes, la force inéluctable du système et sa maladresse face aux femmes auront pourtant raison de ses rêves.
Le dessin expressionniste donne rythme et énergie au récit. La luminosité des couleurs amène une heureuse respiration à un texte très dense.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
MissGMissG   27 décembre 2013
La guerre, quand elle est arrivée dans les maisons, les premières heures, faut être honnête, elle a charmé son monde comme un chiot dans son petit panier tricolore, mais elle a mal grandi, la bestiole ! On imaginait qu'elle nous ramènerait la victoire dans la gueule, en gardant le poil propre et le fusil en bandoulière ! On s'était gourés de clébard !
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AxelinouAxelinou   08 avril 2017
- J’ai besoin de réfléchir…
- Je compris plus tard que quand une femme vous demande ce genre de chose, ce n’est pas bon pour le petit commerce amoureux. Ça annonce plus la fermeture de boutique que la prolongation du bail.
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Acerola13Acerola13   14 août 2013
La misère russe, j'ai pas connu plus noir. Si, dans les tranchées bien sûr, mais là, elle avait bouffé l'arrière. Un morceau de pain ou de charbon se payait les prix fort, en heures d'attente surtout. Elles y dépensaient leurs nuits, les femmes soudées par le froid, en troupeau ou en chapelet, la largeur du trottoir décidait.
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AxelinouAxelinou   08 avril 2017
- Tu te laisses pousser la barbe ? Il nous fait son petit Lénine… C’est nouveau ça.
- Mon cher Gervasio, une révolution imberbe, ça fait pas sérieux… Ce sont les petits détails négligés qui perdent les grandes causes !
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AxelinouAxelinou   08 avril 2017
Ça chauffait dur en Russie, de l’Ukraine à la Baltique. Lénine avait signé la paix, mais la guerre était devenue civile, têtue comme elle était…
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