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EAN : 9782070362295
181 pages
Éditeur : Gallimard (17/10/1972)

Note moyenne : 3.51/5 (sur 480 notes)
Résumé :
Un homme se fuit en parcourant le monde, entrainant dans son long voyage son épouse, essayant d’oublier ses pulsions amorales.
Un matin, j'eus une curieuse révélation sur moi-même: Moktir, le seul des protégés de ma femme qui ne m'irritât point, était seul avec moi dans ma chambre.
Je me tenais debout auprès du feu, les deux coudes sur la cheminée, devant un livre, et je paraissais absorbé, mais pouvais voir se refléter dans la glace les mouvements d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
andreas50
  22 février 2020
Michel a fait acte de complaisance envers son père en épousant Marceline, jolie mais fragile jeune femme, pour qui il éprouve plus de tendresse que de véritable amour.
L'enfance de Michel a été marquée par une éducation rigoureuse et d'austères études, le jeune homme élevé par une mère huguenote, reste chargé de pudeur puritaine. le voyage de noces des époux est pour Michel surtout prétexte à visiter Carthage, des ruines romaines.
Leur périple va s'achever à Biskra où Michel, tombé gravement malade, se retrouve bloqué à l'hôtel, cloué au lit. le jeune homme échappe à la mort grâce à une Marceline dévouée et aimante. Durant sa convalescence, une série de hasards et la rencontre d'êtres d'exception vont le conduire à rejeter toutes les contraintes. Il sent naître en lui un goût furieux pour la vie, le besoin de posséder l'absolue liberté : loin de lui « L'immobilité de la mort », il veut devenir un nouvel être, il n'est plus l'homme malingre et studieux empreint d'une morale rigide et restrictive.
Alors qu'il aspire à une vie plus « ardente », Marceline perd l'enfant qu'elle attendait. Elle apparait alors à Michel comme une « chose abîmée », et lorsqu'elle tombe gravement malade, tandis qu'elle agonise, le jeune homme cède à l'invite d'une vie de liberté.
A son retour, c'est dans ses bras qu'elle rend le dernier soupir.
Michel a-t-il laissé cette mort s'accomplir dans un détestable abandon, une mort qui le libérerait ? A-t-il souhaité inconsciemment le décès de Marceline ?
Resté seul face à ses remords, le jeune homme songe un soir à réunir ses amis et à entamer une confession.
L'Immoraliste se voit comme une oeuvre autobiographique, une fiction qui permet probablement à Gide, grâce à la présence d'un personnage objectif, d'expliquer ses motivations psychologiques et morales dans son besoin de libération qu'il a pu connaître.
Au fil de cette lecture émouvante, le personnage de Michel, déviant, égoïste, se montre dans toute sa faiblesse , et c'est finalement Marceline, femme dévouée, aimante, fidèle, qui se révèle être, finalement le personnage important de ce drame.
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Sachenka
  08 juillet 2017
« Charles, tu sais parfaitement que je ne me suis moqué de personne, et si je fais ce qui me plait c'est que cela ne nuit qu'à moi. » (p. 150) Cette phrase, énoncée par le narrateur Michel vers la fin du livre, et dans un contexte bien précis, peut cependant s'appliquer à l'ensemble du roman. C'est que, tout le long, je cherchais un sens à cette histoire que me racontait André Gide. Quel sens donner à cette vie qu'il me présentait. Michel, maladif, voyage en Algérie, puis en Italie. Il frôle la mort et se reprend peu à peu. Il visite sa ferme familiale en Normandie, y reste un certain temps, afin de mettre un peu d'ordre dans les affaires. Puis il va à Paris où il occupe une charge dans un établissement d'enseignement. Puis il retourne en Normandie. Toutes ces pérégrinations, pourquoi ?
Eh bien, Michel, il fait bien ce qu'il veut, peu importe les conséquences (même pour lui-même), peu importe une quelconque morale. Non pas qu'il soit méchant et cherche à faire mal ou à nuire aux autres, non. Mais cette absence de morale est troublante. Et on le remarque dès le début. Même malade, il est en pleine possession de ses sens, il remarque des choses qui échappent à tous. Il porte une attention particulière à des jeunes garçons qui lui rendent visite. Je m'attendais à voir se développer une relation homosexuelle (au siècle dernier, n'associait-on pas la « pédasterie » à un manque de moralité ?). Mais non, fausse route.
De plus, le narrateur échange philosophie avec Ménalque, un ancien ami retrouvé. Parfois ils s'entendent, d'autres fois ils discutent violemment. Certaines des prises de positions me semblaient fortes… controversées… méprisant l'ordre établi, les conventions, les bonnes moeurs. Mais son ami part à l'étranger et le narrateur retourne en Normandie, agit de façon étrange (il traine avec un braconnier et se met à dos les paysans et la famille de son métayer, puis vice-versa). Ces péripéties bêtes, pourquoi étaient-elles là, sinon pour exprimer l'ennui du narrateur. Finalement, c'est sans doute ça, l'immoralité : une certaine inaction, un désoeuvrement qui ronge l'âme au point de la rendre inerte. Peu importe où il se trouve, la passivité, l'oisiveté le prend et lui enlève toute force vitale, tout sens de bien et de mal. Il n'en reste qu'un quelconque besoin de se divertir un peu. Ou, alors, le triomphe de la liberté, de la volonté intérieure.
Mais tout n'est pas fini. Dans ce si bref roman, c'est qu'il s'en passe, des choses ! Après tout ça, c'est la maladie de sa femme qui le pousse à retourner en Algérie. Là même où l'histoire avait commencé ! Mais les événements se bousculent, le narrateur se perd un peu… ses forces physiques et mentales l'abandonnent à nouveau, il se tourne vers l'autodestruction. Finalement, L'immoraliste, c'est l'histoire d'un type sans morale, comme si rien n'avait de prise sur lui. Ou, du moins, c'est ainsi que je l'ai perçu. Au tournant du 20e siècle, André Gide soulève plusieurs questions. Un peu prévoyant, car ne dit-on pas que la modernité a provoqué la chute de la moralité ?
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araucaria
  26 octobre 2013
Livre bien écrit, bien construit qui nous fait marcher sur les traces d'un couple frappé par la maladie et qui se perd dans l'oisiveté et les voyages. de belles descriptions, une plume agréable. Un roman honnête dans lequel André Gide nous présente un héros qui flirte avec des personnes de moralité et aux moeurs parfois douteuses, personnage peu attachant, assez insensible et recherchant le vice chez ses semblables. Un texte qui ne va pas révolutionner mon existence, mais que je ne suis pas mécontente d'avoir lu jusqu'au bout, connaissant assez peu l'oeuvre de ce grand écrivain du 20 ème siècle.
Lien : http://araucaria20six.fr/
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colimasson
  27 mai 2014
Grandiose d'énergie, mais aussi effrayé par la nouvelle morale que sa santé foudroyante lui procure, Michel réunit ses anciens amis pour plaider son innocence. Il raconte son histoire et sa longue maladie, surmontée à force de confiance et de volonté, abattue comme un ennemi physiquement appréhendable. L'ennemi disparu, Michel retrouve ses forces et se sent envahi par un appétit que même son ancienne vigueur ne lui avait permis de connaître. Vivre, ce n'est plus se reposer tranquillement sur le fil d'un temps qui se déroule à notre insu : il s'agit désormais de dompter la vie comme la maladie –d'ailleurs, la vie n'est qu'une maladie appréhendée avec toutes les forces physiques et mentales de l'individu.

Michel ne veut se fixer à nul endroit mais il est contraint de se discipliner au rythme de vie plus apaisé souhaité par sa jeune femme. Séjournant en Algérie puis en Italie, il fait mine de s'installer en Normandie, puis en Suisse, mais finit irrémédiablement par souhaiter un retour en Algérie alors qu'entre-temps, la maladie a changé de camp pour frapper son épouse. Comment un individu ayant triomphé de la maladie peut-il accepter le rythme de vie languissant d'une femme affaiblie ?

« Ce qu'elle appelait le bonheur, c'est ce que j'appelais le repos, et moi je ne voulais ni ne pouvais me reposer. »

S'il n'avait pas traversé cette phase de dépression physique et mentale avant de recouvrer son énergie, Michel aurait peut-être accompagné sa femme calmement dans sa convalescence. Désormais, il n'accepte plus aucun sacrifice qui ne lui soit pas destiné. Héritier des nouvelles conceptions physiologiques de son époque, André Gide relie le corps à l'esprit, et donc à la morale : « Il me semblait avoir jusqu'à ce jour si peu senti pour tant penser, que je m'étonnais à la fin de ceci : ma sensation devenait aussi forte qu'une pensée ». L'homme nietzschéen se dresse et se prétend impitoyable, brandit sa fierté et son amour-propre à la façon d'une revanche qu'il s'agit de prendre sur les souffrances morbides surmontées : « J'ai horreur de la sympathie ; toutes les contagions s'y cachent ; on ne devrait sympathiser qu'avec les forts ».

André Gide parvient à installer authentiquement son personnage dans les contradictions de sa nouvelle morale. Ses pensées et ses idées semblent elles-mêmes issues d'un parcours similaire à celui de Michel, mais peut-être parce qu'il est encore tôt, en 1902, d'avancer un individualisme aussi impudique et cruel, l'Immoraliste se réfugie derrière une platitude rhétorique qui ne permet pas à André Gide de rejoindre l'amoralisme dansant de Nietzsche. Voilà peut-être pourquoi Michel se contente de n'être qu'un « immoraliste ».

Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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PiertyM
  15 avril 2017
Un livre très émouvant! L'écriture de Gide est une merveille, elle s'affine aussi avec le choix que l'auteur fait de son héros aboulique et asthénique, un mollasson d'une santé fragile et très inconstante. Il raconte son histoire à ses amis, il leur parle de son mariage, de ces contraintes qui l'obligent d'une part à l'oisiveté pour sa santé altérable et d'autre part à voyager pour le mal qui fourmille dans sa peau. C'est à cela que la plume de Gide se déchaine avec de ces descriptions alléchantes qui s'incrustent et se refondent selon l'état physique et psychique de notre héros lymphatique, si bien que le rythme est ni accéléré, ni lent, il est simplement calme, le temps n'est pas rude, ni joyeux, il simplement paisible. Et à notre héros, on lui absous ses tendances quelque peu inconvenantes qu'il découvre lui-même, d'ailleurs, au fur et à mesure, et avec surprise ...
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Citations et extraits (97) Voir plus Ajouter une citation
SophiePatchouliSophiePatchouli   26 juin 2020
Ménalque : " (...) C'est à soi-même que chacun prétend le moins ressembler. Chacun se propose un patron, puis l'imite; même il ne choisit pas le patron qu'il imite; il accepte un patron tout choisi. Il y a pourtant, je le crois, d'autres choses à lire dans l'homme. On ose pas. On ose pas tourner la page. _ Lois de l'imitation, je les appelle : lois de la peur. On a peur de se trouver seul; et l'on ne se trouve pas du tout. Cette agoraphobie morale m'est odieuse; c'est la pire des lâchetés. Ce que l'on sent en soi de différent, c'est précisément ce que l'on possède de rare, ce qui fait à chacun sa valeur _ et c'est là ce que l'on tâche de supprimer. On imite. Et l'on prétend aimer la vie."
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SophiePatchouliSophiePatchouli   26 juin 2020
"Si encore nos médiocres cerveaux savaient bien embaumer les souvenirs! Mais ceux-ci se conservent mal; les plus délicats se dépouillent, les plus voluptueux pourrissent; les plus délicieux sont les plus dangereux dans la suite. Ce dont on se repent était délicieux d'abord."
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SophiePatchouliSophiePatchouli   26 juin 2020
Je hais tous les gens à principes.
_ Ils sont, reprit Ménalque en riant, ce qu'il y a de plus détestable en ce monde. On ne saurait attendre d'eux aucune espèce de sincérité; car ils ne font jamais que ce que leurs principes ont décrété qu'ils devaient faire, ou, sinon, ils regardent ce qu'ils font comme mal fait.
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SophiePatchouliSophiePatchouli   26 juin 2020
Moi qui d'abord ne trouvais de goût qu'au passé, la subite saveur de l'instant m'a pu griser un jour, pensai-je, mais le future désenchante l'heure présente, plus encore que le présent ne désenchanta le passé
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SophiePatchouliSophiePatchouli   25 juin 2020
(...) souvenirs ou regrets, espérance ou désir, avenir et passé se taisaient; je ne connaissais plus de la vie que ce qu'en apportait, en emportait l'instant.
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André Gide - Entretiens 8 et 29 de l'émission "Entretiens avec" (1949).
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