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Pierre Masson (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070359950
128 pages
Éditeur : Gallimard (08/01/2009)

Note moyenne : 3.36/5 (sur 59 notes)
Résumé :
Fasciné par la machine judiciaire comme par les aperçus des replis de l'âme humaine que lui apporte son expérience de juré, l'écrivain André Gide assiste pendant plusieurs semaines à divers procès : affaires de mœurs, infanticide, vols. Dans son texte dense et grave, Gide s'interroge sur la justice et son fonctionnement, mais surtout insiste sur la fragile barrière qui sépare les criminels des honnêtes gens.
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Winter-
  08 octobre 2019
Différents délits que les jurés sont amenés à juger sont exposés dans ce court récit : viols, atteintes à la pudeur, meurtres, incendies. On découvre alors la difficulté de démêler parfois le vrai du faux, la fragilité des témoignages, la capacité intellectuelle des jurés à comprendre les affaires et le poids du président du tribunal. Il arrive que les jurés aient de la compassion pour tel ou tel inculpé et même si l'affaire est entendue, qu'il n'y a pas d'équivoque sur la culpabilité, ils peuvent être amenés à ne pas déclarer le prévenu coupable car telle est la façon dont fonctionne la justice : pour que la peine soit légère, il faut voter non.
Et puis, parfois, la victime ne semble pas très sympathique, ce qui plaide en faveur de l'accusé.
Gide passe en revue toutes sortes de cas aussi pathétiques les uns que les autres.
Finalement, le crime n'est rien sans le regard bienveillant ou malveillant que l'on porte sur les protagonistes. Souvent, on juge à la tête du client et la justice, dans tout cela, est malmenée !
Récits lapidaires, l'exercice de Gide est efficace et à mettre dans les mains de tous, surtout les futurs jurés.
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moravia
  03 avril 2014
Le dicton nous dit : l'habit ne fait pas le moine.
André Gide corrige : l'habit fait le condamné. En effet il ressort de ce court texte qu'il est bien plus aisé d'être acquitté si l'on ressemble à un prince russe qu'a un misérable en guenilles.
Et pour leur malheur ce sont ces derniers qui sont toujours assis sur le banc des accusés car la société n'est guère douce pour eux.
En 1912 André Gide fut appelé à être juré au tribunal de Rouen.
Il nous décrit différentes affaires avec le constat amer que la justice des hommes est le plus souvent aléatoire et tyrannique.
Il ne faisait pas bon en ces temps-là d'être du mauvais côté du manche. Ne pas naitre bourgeois vous condamnait à l'esclavage par le travail au mieux.
Au pire une peccadille vous envoyait au bagne le restant de vos jours, aussi sûre que la pluie mouille.
On peut penser que cette expérience marqua l'auteur aux sympathies dreyfusardes et que ses luttes futures s'en sont nourries.
Un texte d'à peine soixante pages (version La Pléiade) qui vous fera apprécier la parfaite maitrise narrative d'un auteur en pleine maturité.
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Nuageuse
  15 février 2019
Ces Souvenirs de la Cour d'assises montrent une autre époque de la justice. Il est intéressant de le lire pour voir les progrès qui ont été faits. Au temps de Gide, il n'existe pas de reconstitution de la scène du délit/crime par exemple.
Le comportement des inculpés et de leur victime comptent beaucoup finalement pour le verdict. Les jurés n'en sortent pas indemne de cette mission : André Gide décrit avec justesse leurs tourments au moment de délibérer.
La Justice est intrinsèquement liée à notre condition humaine et c'est pour cela que nous pouvons nous tromper...
Contrairement à d'autres critiques, je n'ai pas ressenti le mépris de l'auteur mais un être consciencieux de sa tâche.
Commenter  J’apprécie          180
patachinha
  24 octobre 2009
Le regard d' un intellectuel sur les affaires de justice est particulièrement intéressant pour qui veut les aborder autrement que par une vision purement juridique. En 1912, André Gide fut tiré au sort pour siéger en tant que juré à la Cour d' assises de Rouen. Ce fut pour lui l' occasion d' apprivoiser la justice d' une façon tout à fait différente.
"... à présent je sais par expérience que c' est une tout autre chose d' écouter rendre la justice, ou d' aider à la rendre soi-même. Quand on est parmi le public on peut y croire encore. Assis sur le banc des jurés, on se redit la parole du Christ : Ne jugez point."

Lui qui connaissait certainement quelques rudiments de la justice pour avoir eu un père professeur de droit romain, plonge dans la réalité même d' un sytème redoutable pour découvrir, non sans une certaine stupéfaction, la précarité des procès à lui soumis.
Le lecteur découvre à quel point certaines affaires où l' enjeu est important pour le justiciable font l' objet d' une procédure pour le moins sommaire : des défenses mal préparées ou quasi inexistantes, des jurés limités intellectuellement qui rendent justice avec leur coeur et non avec la raison, qui se laissent facilement influencer par les opinions extérieures notamment la presse, ou pire encore les a priori et préjugés de juges qui dès le début du procès cherchent à orienter et encadrer leur vision.
On se rend compte à quel point les principes fondamentaux qui doivent être observés lors un procès sont complètement baffoués notamment le droit à un procès équitable à armes égales, le droit à un juge impartial, le droit à avoir du temps pour préparer sa défense, le droit au principe du contradictoire, le droit à un jugement motivé...etc.
C' était un autre temps, après tout l' état de la justice n' est qu' un reflet de la société qu' elle traverse ...
Aujourd' hui les critiques qu' on peut opposer à la justice des hommes, nécessairement imparfaite, existent toujours. L' affaire d' Outreau plane toujours dans les esprits... Les médias et les associations humanitaires crient haro sur les conditions dégrandantes dans les prisons françaises; Treiber continue en fuite, le procès Clearstream démarre bientôt, la Scientologie ne risque plus la dissolution à cause d' une erreur de lecture d' un nouveau texte entré en vigueur, on annonce la suppression du juge d' instruction et la main mise de l' éxécutif sur le judiciaire...
Pourtant à lire ce texte fort intéressant, mais malheureusement trop court, on peut raisonnablement estimer qu' il y a eu de grandes évolutions, presque un siècle plus tard. J' ai à la fois la sensation qu' il est très actuel sur certains aspects, et puis qu' il a valeur de relique, comme si c' était un autre monde, et pas la France d' il y a à peine un siècle.
.
Une manière de découvrir Gide. Dans la même veine je lirai bientôt La séquestrée de Poitiers.
Passionnant! Je vous le conseille!
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beeshop
  08 juin 2009
Ce court texte écrit en 1913 est extrait de Souvenirs et voyages. Il relate l'expérience de juré de cours d'assises de l'auteur mais également sa connaissance de ce domaine en tant que spectateur au sens noble du terme, sans voyeurisme.
"De tout temps les tribunaux ont exercé sur moi une fascination irrésistible. En voyage, quatre choses surtout m'attirent dans une ville : le jardin public, le marché, le cimetière et le palais de justice. Mais à présent je sais par expérience que c'est une tout autre chose d'écouter rendre la justice, ou d'aider à la rendre soi-même. Quand on est parmi le public on peut y croire encore. Assis sur le banc des jurés, on se redit la parole du Christ : Ne jugez point.
Et certes je ne me persuade point qu'une société puisse se passer de tribunaux et de juges ; mais à quel point la justice humaine est chose douteuse et précaire, c'est ce que, durant douze jours, j'ai pu sentir jusqu'à l'angoisse. C'est ce qu'il apparaîtra peut-être encore un peu dans ces notes."
Dans l'actualité, pas une semaine sans que la justice (et sa réforme) ne soit abordée, ses manquements, ses abus, ses failles, ses incompétences…
Ce livre écrit en 1913 m'a semblé très actuel, j'ai d'ailleurs eu part moment l'impression de revoir, au fil de ma lecture, « 10eme chambre d'instance » de Raymond Depardon, à la différence que les délits jugés par la la cour d'assise sont sans commune mesure avec ceux jugés par la 10eme chambre et que plusieurs décennies séparent ces deux oeuvres. Les mêmes problématiques, une justice qui parle un vocabulaire que beaucoup de prévenus ne comprennent pas, une justice de l'esbroufe en fonction du talant de votre avocat, une justice où on voit apparaitre des peines « du doute » bien trop pour un innocent, trop peu pour un coupable, des jurés qui subissent la pression médiatique, une justice engorgée…
"Les cultivateurs, de beaucoup le plus nombreux sont décidés à ce montrer très sévères ; les exploits des bandits tragiques, Bonnot, etc., viennent d'occuper l'opinion : « Surtout pas d'indulgence », c'est le mot d'ordres, soufflé par les journaux ; ces messieurs les jurés représentent la Société et sont bien décidés à la défendre."
"Le malheureux fait de grands efforts pour suivre le réquisitoire de l'avocat général, dont on voit qu'il ne comprend de-ci de-là que quelques phrases."
A la fin de la lecture on comprend mieux la difficulté d'être juré, le poids de devoir porter sur ses épaules une part de responsabilité d'une condamnation ou d'un acquittement dans une justice qui ne semble pas d'une fiabilité sans faille.

Lien : http://mespetitesidees.wordp..
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
moraviamoravia   03 avril 2014
Combien de fois (et dans l'affaire Dreyfus même) ces "circonstances atténuantes" n'indiquent-elles que l'immense perplexité du jury ! Et dès qu'il y a indécision, fût-elle légère, le juré est enclin à les voter, et d'autant plus que le crime est plus grave. Cela veut dire : oui, le crime est très grave, mais nous ne sommes pas bien certains que ce soit celui-ci qui l'ait commis. Pourtant il faut un châtiment : à tout hasard châtions celui-ci, puisque c'est lui que vous nous offrez comme victime; mais, dans le doute, ne le châtions tout de même pas trop.
+ Lire la suite
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moraviamoravia   29 mars 2014
Germain R... a souillé son enfant pendant que sa femme était à l'hôpital pour de nouvelles couches.
Il est petit, laid, de triste aspect; sa tête est bestiale. Il porte, sur une vareuse de cotonnade noir jaunâtre, un épais cache-nez bleu violet.
Il nie obstinément, avec un air buté, stupide. Les témoignages recueillis sur lui sont mauvais . "Il pense à lui plutôt qu'a sa famille."
Le Président . - Il est souvent ivre ?
Le Témoin. - En grande partie tous les jours.
Et un autre témoin : - I's' soule et laisse ses enfants crever d'faim.
Ils couchent tous, le père, la mère et les deux petits de six et trois ans dans la même pièce sans lit, sur la paille.
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Winter-Winter-   08 octobre 2019
Combien de fois (et dans l'affaire Dreyfus même) ces "circonstances atténuantes" n'indiquent-elles que l'immense perplexité du jury ! Et dès qu'il y a indécision, fût-elle légère, le juré est enclin à les voter, et d'autant plus que le crime est plus grave. Cela veut dire : oui, le crime est très grave, mais nous ne sommes pas bien certains que ce soit celui-ci qui l'ait commis. Pourtant il faut un châtiment : à tout hasard châtions celui-ci, puisque c'est lui que vous nous offrez comme victime; mais, dans le doute, ne le châtions tout de même pas trop.
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moraviamoravia   29 mars 2014
Le coté CHIEN du commissaire de police, dans ses dépositions ; son ton rogue.
Et l'air GIBIER que prend aussitôt le prévenu.
L'art de lui donner l'air coupable.
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Jeanmarc30Jeanmarc30   07 novembre 2019
De tout temps les tribunaux ont exercé sur moi une fascination irrésistible. En voyage, quatre choses surtout m'attirent dans une ville : le jardin public, le marché, le cimetière et le palais de justice.
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Vidéo de André Gide
"André Gide parmi nous", par Henri Queffélec : première diffusion sur France Culture le 26 décembre 1969. Photographie : André Gide (1869-1951), écrivain français, et le masque de Giacomo Leopardi, rue Vaneau, à Paris. © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet. Dans cette conférence, Henri Queffélec nous parle, entre autres choses, de l’influence de Gide sur la jeunesse - influence plus intellectuelle que littéraire -, sa brouille avec Claudel, son retour d’URSS et les retouches qui s’en suivirent…. « Beaucoup de choses à dire aux jeunes gens trop nerveux ou trop indociles »…
Source : France Culture
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