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Critique de Takalirsa


Takalirsa
  04 novembre 2015
J'aime beaucoup l'ambiance qui se dégage des thrillers de Karine Giebel. Son style concis, incisif, alternant points de vue externe et interne, nous plonge en quelques lignes dans une ambiance à la fois oppressante et captivante, qui fait défiler les pages à une vitesse folle. Un style qui n'est pas dénué de poésie, non plus (« Escortée par la nuit, la pluie a filé en douce vers d'autres contrées. »), et qui nous fait osciller constamment de la douceur à l'horreur, de la souffrance à la délivrance.

Rien d'extraordinaire pourtant dans ce road-trip à deux, l'un – avocat respectable mais routinier, bourgeois un peu coincé - fuyant sa vie depuis qu'il sait qu'il va mourir (d'une tumeur au cerveau), l'autre – jeune délinquant plein de vie – en cavale depuis qu'il a commis le délit de trop. Deux solitudes paumées que tout oppose mais qui s'accordent contre toute attente, développant au fil des kilomètres ce qui ressemble à une relation filiale : l'un a depuis longtemps perdu contact avec son père, l'autre n'a jamais eu de fils, et le regrette...

Il regrette beaucoup de choses, d'ailleurs, ce François, à l'aube de sa mort. Faire carrière, vivre (très) confortablement, c'est agréable... mais est-ce épanouissant ? Maintenant que le tic-tac de la Faucheuse le hante (« Je vais mourir, je vais mourir... »), il se demande s'il a fait les bons choix : « Toute sa vie, il n'a vu que lui. Enfermé dans sa tour d'ivoire, indifférent à la misère quotidienne ». Mais peut-être n'est-il pas trop tard ? lui susurre le jeune Paul, qui brûle si bien la vie qu'il a déjà plusieurs cadavres sur la conscience... Alors ? Paul est-il celui qui fera de ses derniers instants de vie un feu d'artifice, ou bien celui qui l'enfoncera dans sa propre déchéance ?

Car voilà toute la dualité du roman... Paul est-il ange, ou démon ? Victime, ou bourreau ? Quoi qu'il en soit, François le moribond est « heureux d'être accompagné dans sa souffrance » pour ce qui constitue son dernier (et étrange) voyage. Tout comme Baudelaire (dont les poèmes les plus noirs sont cités à chaque début de partie), il est hanté par le temps qui fuit et la mort qui s'annonce. Cependant il ne souhaite pas que sa compagne « assiste à sa déchéance », afin qu'elle garde « une bonne image de lui. de bons souvenirs »... le jeune auto-stoppeur est presque une bénédiction : il amène le quadragénaire à se libérer de ses carcans. Même s'il l'implique aussi dans une affaire hautement dangereuse. Mais bon, mourir d'une balle ou d'une tumeur !..

Le dernier tiers est un peu moins passionnant – classique histoire de mafieux, entre deux répits accordés par dame morphine (François plane comme un oiseau, mais il sait que l'atterrissage sera compliqué – petite allusion à « L'albatros »). L'histoire d'amitié insensée vire au scandale international étouffé, soit... Mais tout ce que l'on retiendra, c'est cette interrogation lancinante : « Qu'est-ce que je ferais s'il ne me restait que peu de temps à vivre ? »...
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