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ISBN : 2714479502
Éditeur : Belfond (22/03/2018)

Note moyenne : 4.52/5 (sur 115 notes)
Résumé :
Maman disait de moi que j'étais un ange.
Un ange tombé du ciel.
Ce que maman a oublié de dire, c'est que les anges qui tombent ne se relèvent jamais.
Je connais l’enfer dans ses moindres recoins.
Je pourrais le dessiner les yeux fermés. Je pourrais en parler pendant des heures.
Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler…

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude.
Prisonnière de bourreaux... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (88) Voir plus Ajouter une critique
jujuramp
  09 avril 2018
Je referme ce pavé de plus de 700 pages.
Karine Giebel est de retour.
Elle nous raconte la destinée de Tama. Esclave dans la France d'aujourd'hui chez des monstres, les Charandon, qui feraient passer les Thénardier pour des anges.
En parallèle de l'histoire de la jeune esclave, on découvre Gabriel, cet homme mystérieux. Dangereux ? Blessé ?
Un livre qui, malgré sa longueur se laisse dévorer car on VEUT savoir ce qu'il va se passer. le lecteur est pris d'une frénésie de lecture rare.
Des personnages forts, humains, qu'ils soient bons ou méchants. Une héroïne que l'on aimerait sauver des pourritures que l'on croise dans ce récit. Un roman dur, très dur où les hommes ne font pas le poids face à la puissance d'amour des femmes. Ou les livres soulagent un peu de vivre lorsque la vie est un cauchemar dans fin.
Nouvelle héroïne de Giebel, Tama va vous embraser et vos nuits ne seront plus les mêmes après cette lecture.
TOUTES BLESSSENT LA DERNIERE TUE est un livre coup de poing qui m'a bouleversé, accroché et que je referme avec la sensation de m'être pris un coup de poing dans le ventre. C'est dur comme jamais. C'est fort. C'est un putain de livre.
« VULNERANT OMNES, ULTIMA NECAT.
AT EAE QUAS AD VOS CONSUMPSI ME DELECTaVERUNT.
(…)
Toutes les heures blessent, la dernière tue. Mais j'ai aimé celles passées auprès de vous. »
J'ai aime celles passées auprès de vous, Karine Giebel.
Merci.
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Antyryia
  28 mars 2018

Vulnerant Omnes, Ultima Necat
Toutes blessent, la dernière tue.
Il s'agit des heures qui passent, jusqu'à l'ultime.
"Chaque heure fait sa plaie et la dernière achève" peut-on lire dans L'horloge, le poème de Théophile Gautier.
J'ai eu la chance d'avoir ce roman quelques jours avant sa sortie officielle, lors de ma rencontre avec Karine Giébel au salon du polar de Lens.
Un lien avec la couverture aux couleurs sang et or, comme celles du racing club ?
Probablement pas.
Je lui ai demandé si le titre avait un lien avec le temps qui passe inexorablement, mais elle n'a rien voulu me dire.
Il trouvera sa signification en temps utile.
"Mille deux cent dix huit jours que je n'ai pas mis un pied dehors."
"Il paraît que l'esclavage a été aboli depuis longtemps."
Ca, c'est ma dédicace.
Quand je pense à l'esclavage, je pense à Spartacus dans l'antiquité. A des serviteurs au Moyen-âge.
A quelque chose d'ancien, de révolu.
Plus récemment, je pense au peuple noir asservi jusqu'en 1865 dans le sud des Etats-Unis, au terme de la guerre de sécession.
En France, l'esclavage a été aboli durant la révolution, en 1794. Et interdit en 1948 par la déclaration universelle des droits de l'homme.
Evidemment, j'ai conscience qu'il se pratique toujours sous certaines formes ( je pense notamment à la prostitution ) mais jamais avant cette lecture je ne visualisais la servitude actuelle sous la forme qui nous est décrite ici.
Et qui est bien réelle.
Celle d'une domestique au service de ses maîtres, non rémunérée, privée de tous droits.
Un être humain exploité purement et simplement.
"Tu es à moi et seulement à moi. Je t'ai achetée, tu m'appartiens. Comme les meubles, comme mes fringues, comme tout ce qui se trouve ici."
Les romans de Karine Giébel sont réputés tant pour leur noirceur que pour leurs fins tragiques.
Je ne dirais évidemment rien de la conclusion, vous vous doutez qu'on n'est pas dans Cendrillon de toute façon. Il n'y a pas vraiment de mariage heureux avec beaucoup d'enfants à l'horizon.
Le final est juste parfait en tout cas. Et l'épilogue magistral.
Si je ne peux dire si les dernières pages seront ou non dramatiques, je peux au moins évoquer le début. Après tout, pas la peine d'attendre la fin.
Parce que ça commence mal.
Très mal.
Dès le prologue, on plonge dans l'inhumain. Les conditions de vie de cette esclave moderne nous sont décrites : Elle dort à même un vieux matelas dans une buanderie, travaille sans relâche de 5h00 du matin à 22h00, mange les restes des repas.
Elle passe ses journées à s'occuper du nouveau-né de la famille qui l'asservit, à faire le ménage, la lessive, la vaisselle, la couture. Elle ne peut pas sortir, pas même dans le jardin. Mais ça n'est pas ça le plus horrible, ce qui retourne immédiatement le coeur.
"Faire ses besoins dans une caisse, dans un seau, un sac. Comme un chien ou un chat."
Le plus révoltant, c'est son âge.
Toutes blessent, la dernière tue est centré sur cette jeune Marocaine introduite en France illégalement pour faire les corvées d'une riche famille.
"Finalement, c'est cool d'avoir une esclave."
Elle ne possède rien. Même son véritable prénom lui a été ôté.
Désormais elle s'appellera Tama.
Elle sera l'héroïne de ce roman. Attachante, forte, avec une insatiable soif d'apprendre.
Inoubliable.
Et en parallèle se déroulera une seconde histoire, plus lente.
La rencontre d'une jeune femme blessée et amnésique ( "Aucun repère, aucun souvenir auquel me raccrocher, qu'il soit bon ou mauvais." ) avec un homme solitaire et torturé prénommé Gabriel.
"L'ange qui a refusé de suivre Lucifer."
Une rencontre improbable où chacun dévoilera progressivement ses failles et ses secrets.
On tente de deviner ce qui unit ces deux récits, aux liens d'abord flous.
Il s'agit probablement du meilleur Giébel depuis Le purgatoire des innocents, avec lequel le roman présente d'ailleurs quelques similitudes. Vous vous attacherez à des individus pourtant peu recommandables. Certains hommes violents trouveront peut-être même une forme de grâce à vos yeux. Même si ça vous paraîtra contre nature.
Vous tremblerez d'effroi, de colère et de compassion.
Vous penserez peut-être aussi parfois à Meurtres pour rédemption, avec l'histoire de cette prisonnière pourtant bien différente de Marianne, tant dans sa personnalité que dans son incarcération.
Mais avec ce même mélange de force et de désespoir.
En tout cas à mes yeux il s'agit d'un livre aussi ambitieux et percutant que ces deux romans, souvent considérés comme les meilleurs dans la bibliographie de la Varoise.
Et on est totalement plongé dans l'univers de l'auteure, avec plusieurs passages qui rappellent également ses nouvelles les plus récentes.
Un peu d'espoir et de lumière avec le même genre d'amitié intergénérationnelle que celle qui est évoquée dans "L'escalier."
Un désir de vengeance qui n'est pas sans rappeler "J'ai appris le silence". Une expression d'ailleurs maintes fois utilisée dans la narration de Tama.
Et j'ai également songé à "Aleyna". Pour le choc culturel, le devoir d'obéissance, la cruauté. Et pour l'importante signification de chaque prénom d'origine étrangère.
Quelle lecture éprouvante !
740 pages au total, qui se lisent avec une rapidité déconcertante.
Mais pas d'une traite.
Parfois, vous allez devoir poser le roman. Pour respirer un grand coup.
Pour vous éloigner un instant de ce cauchemar. Le temps que vos yeux cessent d'être brouillés par des larmes naissantes.
Certains passages sont extrêmement durs. D'une rare violence, qu'elle soit physique ou morale. Votre colère et votre douleur atteindront leur paroxysme.
Je me suis parfois senti comme un voyeur. Quelqu'un qui n'est pas censé voir ça. Qui est gêné d'y assister. Comme un accident au bord de la route. Le premier réflexe est de vouloir regarder avant de se rendre compte à quel point c'est inapproprié et de détourner les yeux.
Mais Karine Giébel ne nous laisse pas regarder ailleurs et ignorer la souffrance endurée par son héroïne. Nous devons y faire face. Elle nous la fait vivre dans les moindres détails. Avec peut-être un peu de surenchère dans l'horreur.
C'est à mes yeux quasiment le seul défaut de ce grand roman. Vouloir en ajouter encore et encore dans la monstruosité au point de finalement la considérer presque comme normale.
Et d'en réduire légèrement l'impact en la banalisant ainsi.
"Sa peau était un parchemin sur lequel un récit d'horreur s'inscrivait en relief."
Mais attention, il n'y a aucune complaisance.
C'est un roman où l'amour et la haine s'enlacent, où l'on comprend toute la proximité de ces sentiments.
La haine, vous la ressentirez jusque dans vos tripes.
Vous perdrez toute foi en l'être humain, trop souvent méprisable. La lie de l'humanité est ici présente sous ses pires incarnations. Son aspect le plus mauvais.
Comme si la majorité des hommes avait quelque chose de sale, de pourri.
Alors que Tama, celle qui n'est pourtant pas traitée en tant que telle, est en revanche celle qui rayonne le plus.
Un rayon blafard dans ces ténèbres opaques.
Elle ne sera pas la seule. Différents personnages vont quand même redonner un peu d'espoir et permettre de reprendre votre souffle.
Pas très souvent.
Et comme à chaque fois dans les oeuvres de Karine Giébel, ce sont les personnages les plus ambiguës, tiraillés entre l'ombre et la lumière, difficiles à cerner autant qu'à juger, qui tireront le plus leur épingle au jeu de notre intérêt.
En s'intéressant à son tour au sort de certains migrants vulnérables, l'auteure de Juste une ombre nous plonge dans un nouveau cauchemar dont elle seule a le secret. Plus engagée, elle nous fait prendre conscience de l'existence d'un esclavage moderne qu'elle dénonce avec véhémence pour une totale prise de conscience, en nous obligeant à l'affronter.
Pour notre plus grand malaise.
Elle nous fait réfléchir sur la notion même d'être humain, ses droits et ses devoirs moraux, en confrontant Tama à peine considérée comme une bête à des tortionnaires qui ont tout du chien enragé.
A partir de quand perd-on son humanité ?
La violence engendre-t-elle toujours la violence ?
Jusqu'où a-t-on le droit d'aller par amour ?
Intense, percutent, dense, habilement construit, émouvant, éprouvant ... Autant de qualificatifs qui pourraient s'appliquer à Toutes blessent, la dernière tue.
Du très grand Giébel.
Qui, à l'instar des fantômes qui peuplent le livre, vous hantera encore longtemps une fois la dernière page tournée.

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Deslivresalire
  22 avril 2018
On l'appelle Tama. Ce n'est pas son nom.
C'est celui que cette femme lui a donné lorsqu'elle l'a achetée à son père, à 8 ans, en lui promettant qu'elle aurait une vie meilleure qu'au Maroc.
Mais après tout, son nom, on s'en moque, car de vie meilleure il n'en est pas question.
De travaux en labeurs, de brimades en tortures physiques et psychologiques, de famille maudite en famille sadique, elle ne connaîtra que l'enfer.
L'enfer de l'esclavage purement et simplement.
Parfois, une éclaircie lui fait entrevoir que la nature humaine peut aussi être bienfaitrice, mais bien trop rarement.
Elle pourtant, elle garde espoir. Et elle tombe aussi amoureuse, d'un amour qui ne l'a sauvera sans doute pas...
Gabriel vit en reclus, tourmenté par son passé et rongé par la vengeance.
Lorsqu'une jeune inconnue bien mal en point et amnésique s'invite chez lui et le menace, il a vite fait de tourner la situation à son avantage... et elle pourrait bien en souffrir, si elle ne meurt pas de ses propres blessures... et si elle retrouve la mémoire...
A mon avis :
Deux récits se déroulent en même temps dans ce roman de Karine Giébel ; celui de Tama, cette jeune esclave moderne et celui de Gabriel, cet homme torturé et isolé.
On ne voit pas bien en quoi ils sont reliés à première vue... puis les idées se mettent en place. Et comme d'habitude avec KG, de petits détails que l'on prend pour des indices nous éloignent de la vérité, nos idées simplistes ne se vérifient pas, on est donc forcément surpris.
Une première partie (un tout petit peu longue à mon goût) installe les protagonistes et leurs histoires, difficiles, terrifiantes, abominables... que Karine Giébel sait parfaitement décrire et nous faire vivre de l'intérieur.
Puis le roman prend du muscle. Et là c'est la tension psychologique qui nous dévore, on est happé par le suspense, la brutalité des situations, la crasse, la douleur, l'horreur.
Et au milieu de ce chemin pavé de sang, coulent des histoires d'amour qui remettent du baume au coeur du lecteur... avant de repartir en enfer. Un jeu subtil de sentiments biens dosés.
Encore une fois avec cet auteur, un roman bien écrit, facile à lire mais parfois dur et qui laisse des traces profondes dans nos cerveaux innocents...
Il faudrait s'arrêter pour marquer quelques pauses dans la lecture et souffler un peu, mais on ne le fait pas, on tourne encore une page, puis une autre et on vit avec eux cette histoire terrible d'un grand réalisme, jusqu'à la dernière page... déjà.

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diablotin0
  16 avril 2018
Le thème de l'esclavage moderne est un sujet dur mais romancé par K. Giébel, vous imaginez aisément combien le lecteur devient à son tour "esclave" du roman. Il ne pourra le poser qu'une fois terminé.
Certains passages sont durs car K. Giébel ne nous épargne rien et on souffre avec Tama,( jeune marocaine esclave en France) mais comme dans tous ses romans, le sordide, la cruauté, les tortures, côtoient l'amour, la tendresse, l'amitié, les sentiments "purs". Cela permet aussi au lecteur de reprendre son souffle et de poursuivre la lecture. Mais lorsque l'on connait son écriture, on redoute toujours, car même lorsque les tensions s'apaisent, que l'espoir revient, on sait que l'on ne va pas basculer dans "la petite maison dans la prairie" !
La plume de K; Giébel est toujours aussi affûtée et addictive. Je vais devoir maintenant m'armer de patience pour attendre son prochain livre ! ...
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Sourisetdeslivres
  09 avril 2018
Mon cher lecteur aujourd'hui mon avis sera écrit un peu différemment.
Ce soir, mon coeur saigne, j'ai lu un magnifique roman même si le mot magnifique est indécent dans ces circonstances.
J'ai retrouvé l'autrice de Meurtres pour rédemption et du Purgatoire des innocents.
Celles dont j'ai lu tous les romans.
Celui-ci ne détrône pas Meurtres pour rédemption, mais s'en approche de très près.
Grâce à elle, j'ai rencontré Tama, petite Tama, jeune Tama ; je ne t'oublierai pas.
Je vais écrire pour toutes les Tama qui existent, celles qui vivent ce que toi tu as vécu.
Merci à ta créatrice de t'avoir donné la parole.
D'avoir permis de raconter ton histoire.
Dur, sans pitié comme ta vie s'est déroulée.
Sans compromis, sans pudeur ni tabou.
Ton histoire s'entremêle à celle de Gabriel.
Les Cévennes, il y vit là reclus de la civilisation depuis qu'il a perdu Lana, celle qui était toute sa vie.
Il a acheté tout le hameau perdu dans ces montagnes.
Il veut être seul, totalement seul ; ne plus jamais rien ressentir à part peut être pour son chien Sophocle et ses chevaux.
Un soir, une jeune fille gravement blessée va trouver refuge dans une des étables.
Lui laissera-t-il la vie sauve ? Peut-il se le permettre ?
Cette fille est dangereuse pour lui ; elle brise sa carapace ; il avait enfoui toutes ses émotions.
En le refaisant vivre ces sentiments oubliés depuis tant d'années elle le met en danger.
Il pensait avoir réussi à les taire à tout jamais. Il ne veut plus rien ressentir, il ne peut pas. Il n'en a pas le droit.
Toi, Tama, tu as presque 8 ans, ta maman est décédée ; depuis tu vis chez ta tante, ton père ne peut pas t'élever et puis il va se remarier.
Quand le jour de ton anniversaire une dame vient t'annoncer la merveilleuse nouvelle que tu vas pouvoir aller à l'école tous les jours, apprendre le français et mener une vie privilégiée, tu n'hésites pas longtemps à quitter ta terre natale, le Maroc.
Plus tard, tu apprendras la vérité, mais là à cet instant précis tu es heureuse, étourdie de voir tant de gens, de voitures.
Paris et ses grands boulevards, ses mille lumières, les belles maisons, tu serres ta nouvelle poupée dans tes bras, jamais tu n'as possédé d'objet plus précieux, cette dame doit être un ange, cette dame a dû être envoyée par ta maman qui t'aimait tant.
Tu vis un rêve éveillé, mais ton réveil va être le plus dur que tu n'as jamais vécu.
Si tu pensais ta tante sévère et le travail de la ferme pénible tu regretteras cette vie paisible au Maroc.
Tu es devenue une esclave, à 8 ans, tu travailles des journées de 17 h minimum.
Enfermée dans la buanderie, tu dors sur une mince couverture et un vieil oreiller.
Tes seules possessions sont Batoul, la poupée jetée à la poubelle, oubliée comme toi.
Les cauchemars à deux c'est mieux alors tu la serres dans tes bras.
Tu as pu avoir une caisse en carton et une lumière que tu gardes allumée.
Dormir n'est plus synonyme de repos pour toi, mais de terreur ; tu es enfermée dans l'antre du diable, tes premiers geôliers des enfers sont Sefana et Thierry.
Ils t'ont achetée à Afsna, la belle dame.
Tu rêves, du jour où ton papa reviendra te rechercher quand tu auras été assez punie, tu as dû faire quelque chose de grave pour mériter une telle punition, s'il n'y avait que le travail, le repas, le repassage, le nettoyage, t'occuper de Vadim le bébé, nuit et jour, ta lever à l'eau froide dans l'évier de la cuisine le pire ce ne n'est pas ça, ce sont les châtiments, les humiliations que tu subis.
Tu n'as droit qu'aux restes des enfants de la famille, si tu fais une erreur, peu importe que tu n'aies que 8 ans, tu es rouée de coups, enfermée sans manger des jours entiers.
Ton calvaire ne va faire qu'empirer, mais je ne vais pas en dire plus aux lecteurs qui vont découvrir ton histoire.
Tu es d'accord avec moi.
Ils doivent, eux aussi, connaître et apprendre ton histoire ; peut-être, qu'un jour cette histoire sera lue par une Tama comme toi, toi qui es avide d'apprentissages tu n'en as jamais assez, pour lire tu es prête à tout, tu sais que tu vas le payer si on te surprend, mais les livres sont pour toi des moments magiques où tu t'évades de ta prison.
Tes autres geôliers seront pire encore si c'est possible.
On se débarrasse de toi comme d'un objet usé, abîmé dont on s'est lassé.
Société de surconsommation, tu es devenue, toi aussi, une consommation et pourtant mon ange, ma tendre et douce Tama tu ne demandes rien, juste être aimée, peut-être que si tu fais encore mieux on t'aimera juste un peu ; c'est ce que tu te dis.
Papa, papa, quand reviendras-tu papa pardonne-moi j'ai entendus tes cris ma chérie.
Azhar, ton père et Afaq ta tante ne se doutent pas où tu es tombée.
Les reverras-tu un jour ?
Mensonges, dissimulation, profit au détriment d'un homme pauvre qui a tout perdu.
Toi, ta dignité, tu ne veux pas la perdre, ni l'espoir. Jamais !
Karine Giebel va te faire alterner les voix de Tama et de Gabriel.
Son vocabulaire s'adaptant à cet enfant de 8 ans, s'élaborant au fur et à mesure la maturité arrive très vite en captivité.
Une écriture fluide, âpre, dure, rythmée. Un tempo maitrisé de bout en bout.
Sans tabou, tu sauras tout du calvaire de Tama.
Elle m'a coupé le souffle. J'ai continué ma lecture en apnée, en ayant peur de tourner les pages de ce que j'allais découvrir, mais elle m'a aussi enchantée par la poésie qu'elle utilise pour l'imagerie de Tama. Ces moments de souffrance où elle s'envole, ces passages où elle n'arrive plus à se taire.
La véracité de ses propos tu te les prends en pleine face.
Des mots qui te pénètrent au plus profond de ton coeur.
Plus tard à peu près à la moitié du roman une troisième voix viendra se mêler à celle de Gabriel et Tama.
Un narrateur qui te raconte sa douleur, ses peurs, ses cauchemars qui reviennent chaque nuit ; pas d'oubli possible même si on passe pour invincible en journée.
La nuit, tu te retrouves seul face à tes démons.
Un autre calvaire
Je ne peux pas te dire qui, mais c'est un personnage que j'ai aimé, un protagoniste dont j'ai compris dans sa rage combien la tristesse pesait sur ses épaules. Combien ce personnage se sentait coupable d'être né, il cherchait désespérément à être aimé, à comprendre comment aimer.
« C'est fou le nombre de synonymes qu'il y a pour tuer tu ne trouves pas ? Il y a en bien plus que pour aimer. »
Tama ne sait rien de la vie en dehors de 4 murs même s'ils changent de propriétaires.
En 2018 le commerce d'esclave existe toujours, il n'y a que 5 ans qu'une loi est entrée dans le Code pénal.
Combien de Tama sont cachées ; enfermées ; brisées ; n'ayant ni papier ni moyen de s'échapper, des pays étrangers, pas d'argent, cette peur de faire honte à la famille qui les étouffe.
L'autrice m'a fait réfléchir plus d'une fois, aussi difficiles soient certains passages aussi beaux sont les mots de Tama.
Tama, je reviens à toi, tu as Batoul, mais tu as aussi, plus tard, Atek, un oiseau, en fermant les yeux tu vas voir tous les paysages qu'il a dû survoler.
Ton âme s'envole, tu es loin, plus sur terre, pas en terre.
À un moment, et je pense que c'est normal, tu vas être tentée de baisser les bras : ce n'est pas mourir qui est difficile c'est vivre, mais dans ces moments où tu ne vois plus aucune lumière au bout de ton tunnel de ta sombre prison aux barreaux acérés ta mère vient te parler, te bercer et te rappeler que tu as été aimée, tu dois tenir. Absolument. Et tu résistes encore et encore.
4 lettres pour plusieurs mots importants de ce roman.
Tuer, Izri, Tama, peur, rêve, joie, flou, papa, mère,
As-tu le droit d'aimer ? Peux-tu encore rêver ? Est-ce que tu as encore ta place dans ce monde ?
Des anges vont croiser ta route, ils s'appellent Marguerite, Vadim, Izri, plus tard, bien plus tard, deux autres que je ne nomme pas, mais je sais combien tu les as aimés ; aussi fugace a été votre rencontre.
Aimer, tu n'as jamais cessé. Réduite à une chose, un objet, tu vis dans l'esclavage et la servitude. Quand cela prendra-t-il fin ? Ton corps est devenu une carte. Carte de tes différentes étapes, de tes différents enfers. Les 7 cercles de l'enfer de Dante je crois que tu les as tous parcourus.
Petite et farouche Tama, fragile et si forte à la fois, tu m'as subjuguée devant ta résilience ; par tes rébellions, celles que tu mènes en cachette et celles que tu revendiques même si tu sais ce qu'il va t'en coûter.
Tama, ma chère Tama.
Belle, autant extérieurement qu'à l'intérieur.
Une âme noble, douce, reconnaissante.
Tout ce qu'elle veut c'est lire, car lire c'est vivre ailleurs, c'est s'échapper de la réalité. Aimer, être aimée.
Butée, bornée, intelligente, elle apprendra seule cette langue qu'elle ne connaît pas, on lui refuse l'école, mais les livres, le dictionnaire sont à portée de main.

Tu es enfermée, tu portes parfois des chaînes, visibles ou pas, mais jamais ils n'ont réussi à briser la révolte qui gronde en toi. Les maillons ne sont jamais totalement fermés, ni ta bouche totalement bâillonnée.
Pour ce qui est de l'autre narrateur, je peux t'en dire très peu, il n'intervient pas souvent, le roman est braqué sur Tama.
Gabriel, et cette Lana, qui est-elle ?
Cette jeune fille réfugiée, sans aucun souvenir. Plus de présent, plus de passé, ni nom, ni prénom, même pas certaine d'un possible futur.
Gabriel est un être froid, méthodique, il accomplit tout sans remord ni aucune émotion. Quoi, tu le découvriras assez vite.
Karine Giebel va te démontrer qu'il y a plusieurs esclavages. Esclavage des apparences. Esclavage de la vengeance. Esclavage des souvenirs. Esclave de son passé impossible à oublier.

Violence, engeance, vengeance, résilience, patience
Vices, sacrifices, fils
Affres, balafres
Coup, blessures, brûlures,
Torture, ordure
Toi, si tu me lis, que tu sois comme Tama où dans une prison autre, oui des prisons il en existe aussi beaucoup, tu as le droit à être aimée, choyée et désirée, tu ne mérites en aucun cas les coups.
Tu as le droit d'être toi, de ressentir ces émotions.

Espère, bats-toi, relève-toi, fais entendre ta voix, un jour, quelque part, quelqu'un te prendra la main, ne la lâche pas.
Le monde est rempli de prédateur semant la terreur, mais même s'ils sont moins nombreux des gens honnêtes et bon, la main sur le coeur existent. Les loups règnent, mais les agneaux aussi.
Mon cher lecteur je vais te demander de découvrir par toi-même la vie de Tama et de Gabriel.
Âmes sensibles, s'abstenir ; des sévices il y en a, et plus d'un, mais la torture physique n'est rien à côté de la torture mentale.
Celle qui te brise de l'intérieur, celle qui te laisse des cicatrices invisibles bien plus profondes que celles l'on peut voir sur ton corps.
Tu verras aussi qu'un coup de poignard dans le dos est pire que dans le coeur. Confiance brisée. Retour en arrière impossible pour certaines personnes.
Gabriel est-il comme l'ange, ou un démon de plus ?
Tu verras que les hommes, hommes avec un grand H, je te parle des hommes et des femmes, sont capables des pires horreurs, au nom de quoi ?
La puissance sur un être faible ?
Ce n'est que la haine qui les habite, qui ronge leur corps.
Tu apprendras que la violence peut être sournoise, s'installer lentement quand la proie a confiance.
Quelle divinité Tama à t elle put offenser ?
Mais Dieu, quel qu'il soit, quel que soit le nom qu'on lui donne ne peut exister pour infliger pareil tortures, jour après jour, mais pour Tama, peu importe même quand la mort l'appelle, elle tourne le dos à la faucheuse,.
Tama c'est lutter tous les jours, lutter même quand ce serait si facile de s'endormir pour toujours et rejoindre enfin sa mère, la voisine, le peu de personnes qui l'ont vraiment aimée, ce sera si simple de baisser les bras, mais non, jamais, elle doit résister même si la mort serait plus douce que la vie ; même si personne ne la pleurera.
Une sacrée leçon d'humilité, d'humanité que vont te donner les narrateurs.
Elle refuse même d'écouter la peur insidieuse et sournoise ; celle qui te fait dire que le danger n'est pas loin, elle tait son instinct, car il y a toujours cet espoir d'être aimé, de survivre et d'y arriver.

Rouge, rouge, rouge, rouge piment, rouge sang, rouge douleur, rouge enfer, rouge, rouge, rouge fureur, rouge souffrance, rouge amour, rouge coeur, rouge passion, rouge, rouge, tout est rouge, rouge sang, rouge rubis, comment une couleur peut-elle être synonyme d'autant d'opposés. La couverture et son titre prennent tout leur sens quand tu auras lu toute l'histoire.
Tu vois, mon cher lecteur, c'est un avis différent, mais Tama m'a tant marquée.
Je te le conseille vraiment, soit pour découvrir l'autrice, soit pour renouer avec ses premiers romans que je n'ai jamais pu oublier.
Tu ne seras pas épargné, mais tu es là toi bien au chaud alors quand peut-être à côté de chez toi, il y a une Tama, un Gabriel.peut-être les croises tu en rues regards baissés de peur, mais pas de toi.
Leçon de vie, leçon de survie, j'ai vécu ces 738 pages avec mes tripes. Karine Giebel y a laissé une partie de son âme. Ça se sent. Elle n'a pas écrit ce livre dans la joie, elle a dû souffrir avec ses personnages. Êtres de papiers qu'elle arrive à rendre si réels, car tout est crédible, plausible, malheureusement, existe, tu ne peux pas faire l'autruche.
Une écriture visuelle, tendre et dure, sadique et poétique.
Un rythme effréné, saccadé, des mots entrelacés, de l'amour, et la mort.
La vie plus forte que la mort, l'amour plus fort que la vie.
Des protagonistes que tu as envie de serrer dans tes bras, tu veux t'interposer entre eux et les poings, les coups de pied, les brûlures, les viols et autres sévices.
Je t'ai prévenu, c'est une lecture éprouvante, mais à mon sens nécessaire pour essayer une fois de plus d'éveiller les consciences

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Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
YuyineYuyine   26 avril 2018
A chaque livre, j’ai l’impression qu’une porte s’ouvre quelque part dans ma tête. Les verrous cèdent les uns après les autres. Un livre, c’est comme un voyage, dans l’espace ou le temps. Dans l’âme des hommes, dans la lumière ou les ténèbres. Du coup, les histoires que j’invente sont de plus en plus complexes.
Je crois que si j’étais privée de livres ça me tuerait.
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ValerieLacailleValerieLacaille   25 avril 2018
Il écouta les autres.
Parler de leur vie, car ils en avaient encore une.
Parler de leurs amis, car ils croyaient en avoir.
Parler de leur avenir, comme s'ils étaient immortels.
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NolkhbNolkhb   20 avril 2018
Apprends-moi ce qu'est la mort.
Dis-moi qu'elle est douce, qu'elle est juste.
Raconte-moi qu'elle est comme une mère qui te prend dans ses bras et te console de la vie.
Jure-moi qu'entre ses mains, il n'y a ni maître ni esclave.
Promets-moi qu'en son royaume, on oublie ses blessures et ses chaînes.
Mais jamais son amour.
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lalyMlalyM   19 avril 2018
La vie n'est qu'une série de questions ... Espérons que la mort sera une série de réponses.
Drôle de philosophie.
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lalyMlalyM   18 avril 2018
Il embrasse ma main, me regarde en souriant.
- pourquoi tu tiens tellement à moi, hein ? Murmure-t-il.
- parce que je t aime, évidemment !
- et ... pourquoi tu m aimes ?
Je réfléchis une seconde avant de répondre.
- parce que je suis faite pour ça.
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