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EAN : 9782702166475
400 pages
Éditeur : Calmann-Lévy (17/06/2020)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Berlin, hiver 1946, le plus froid que la capitale ait connu au XXe siècle. La guerre est certes finie mais l’Allemagne commence à peine à panser ses plaies, et les Berlinois manquent de tout, surtout de nourriture. Dans cette atmosphère très tendue, des corps mutilés font mystérieusement surface aux quatre coins de la ville. Chacun a la peau couverte de mots écrits à l’encre, et une liste de noms inconnus fourrée dans la bouche. Le commissaire Oppenheimer est alors... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
bibiouest
  04 décembre 2020
Harald Gilbers est de la même veine que Philip Kerr, très documenté mêlant Histoire et fiction avec brio, ce quatrième roman des aventures du commissaire Oppenheimer est une réussite.
On ressent à travers ce roman la vie des Berlinois après la guerre en 1946, les privations, la survie de chacun dans une ville en ruines, la faim, la peur, le froid, la dénazification, l'injustice... Des milliers d'Allemands n'y survivront pas.
J'ai hâte de lire la suite...
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umezzu
  29 décembre 2020
Ce quatrième tome des enquêtes de l'ex-commissaire Oppenheimer est autant un roman policier classique, avec tueur en série et enlèvements, qu'un récit historique sur le Berlin de l'immédiat après-guerre, un moment où la population pourrait espérer reprendre son souffle après des années de fascisme.
Germania, le premier tome de la série, avait surpris en lançant dans le Berlin de la toute fin de la guerre, un ex-policier juif, chassé de son emploi par les nazis, et néanmoins requis de nouveau par le régime en raison de ses compétences. Les liens avec la série de Philip Kerr sur Bernie Günther semblaient évidents, mais, plus les tomes ont passé, plus le personnage de Richard Oppenheimer a pris de la consistance. Oppenheimer n'est pas un héros, c'est un survivant. Quelqu'un qui a du se cacher, accepter tous les emplois. Il a pactisé avec Ed le Mastard, le trafiquant, qui a pris des risques pour lui dans Derniers jours à Berlin. Ses amis, comme l'aristocrate Hilde, étaient engagés contre le nazisme. Elle a fait de prison et a échappé de justesse à l'exécution dans Les fils d'Odin. La guerre est finie, Berlin est en ruines et des mois après la libération, la maison d'Hilde a été requise pour loger en plus d'Oppenheimer et de quelques amis de Hilde, des inconnus. Tous souffrent des problèmes d'approvisionnement et de la pénurie d'électricité. L'hiver 1946 arrive et le froid s'installe.
Oppenheimer a trouvé un petit emploi au service des des personnes disparues, que leurs proches espèrent retrouver. Comme ses collègues, il frisonne de froid en classant des fiches. Mais le colonel Aksakov des forces russes qui occupent Berlin, qui a pu déjà apprécier les compétences d'Oppenheimer, lui demande de suivre une enquête de la police allemande. Un dirigeant communiste allemand, réfugié pendant la guerre à Moscou, a été interpellé à côté d'un cadavre dénudé, le bras gauche curieusement tatoué de nombreux noms. L'homme avait manifestement été enlevé. le dirigeant communiste est le suspect numéro un. Une situation inacceptable pour les Russes. Oppenheimer reprend donc du service aux côtés d'un de ses anciens collègues. Et le tueur frappe de nouveau. Ses victimes ont toutes leurs secrets.
Gilbers dans les tomes précédents réussissait parfaitement à rendre la vie quotidienne à Berlin à l'époque, mais la partie policière était parfois moins concluante. Ce tome concilie ces deux aspects. L'auteur déroule une vraie enquête, prenante, angoissante, et non dénuée d'ambiguïtés. Toujours très documenté, il montre comment, un an et demi après la fin de la guerre, la vie quotidienne reste profondément affectée par les évènements. Les Berlinois subissent les ordres et contre-ordres des forces d'occupation. Les alliés sont désormais divisés. L'Union Soviétique cherche à imposer ses poulains, restés tranquillement à Moscou pendant les années de nazisme. La dénazification ne concerne pas ceux qui peuvent être utiles à un camp ou à l'autre. La ville voit arriver des trains bondés d'Allemands « de l'étranger », expulsés de Prusse Orientale ou de Silésie. Ils sont réorientés vers d'autres destinations et ne peuvent rester à Berlin, où la population les voit comme des nuisibles. Certains subsistent comme ils peuvent dans les ruines, sans tickets de rationnement. Les trains amènent aussi les derniers survivants des camps de concentration. Derniers des derniers, regroupés dans un camp de fortune. Pas mieux traités que la population locale…
La confiance qu'Oppenheimer et ses amis pouvaient avoir dans les alliés a disparu, la méfiance est réciproque, tous les Allemands sont catalogués comme complices des nazis, et des opportunistes commencent à s'emparer des postes importants dans l'administration et la police. En ce terrible hiver 46, l'Allemagne panse ses plaies de la seconde guerre mondiale et commence à subir la guerre froide. Avec La vengeance des cendres, Gilbers réussit un remarquable roman policier historique.
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Mavic_lit
  04 septembre 2020
Certains d'entre vous le savent mais je m'intéresse pas mal à ce qui concerne la période de la Seconde guerre mondiale que ce soit au niveau documentaire que fictif.
Après tout, il y a souvent une part de vrai dans la fiction.
Alors forcément, je me suis laissée tenter par ce polar historique et j'ai bien fait !
Tant l'intrigue que ce que j'y ai appris m'ont convaincu et m'ont permis d'apprécier ce roman à sa juste valeur.
Je vous parle aujourd'hui de la vengeance des cendres de Harald Gilbers paru aux éditions Calmann-Levy.
C'est une lecture qui est longue à se mettre en place parce qu'il faut pouvoir assimiler toutes les informations historiques que nous fournit l'auteur. Et ça il y en a un sacré paquet je dois dire !
Alors, c'est vrai, au début j'ai un peu galéré à raccrocher tous les wagons entre eux mais après cent pages, la machine était mis en route et je pouvais savourer pleinement ce polar.
Un polar qui se situe donc quelques temps après la fin de la guerre, dans une Allemagne séparée et qui doit elle aussi se reconstruire. Elle et ses habitants surtout. Des citoyens qui se retrouvent avec des tickets de rationnement, qui vivent de façon précaire et qui doivent être vigilants à ce qu'ils disent s'ils veulent pouvoir vivre le plus sereinement possible.
En effet, si la Seconde guerre mondiale est terminée, une autre prend place peu à peu : la guerre froide et le conflit qui oppose les américains aux russes.
Et dans tout ce petit bazar, un corps marqué à l'encre d'une liste de noms est retrouvé dans une cour d'immeuble.
Un suspect est arrêté parce qu'il était là au mauvais moment, au mauvais endroit.
Et c'est là qu'entre en scène le commissaire Oppenheimer qui va tenter d'éclaircir cette affaire en faisant preuve de la plus grande diplomatie possible puisqu'il va devoir côtoyer les russes et les américains.
Et entre toutes ces données historiques que l'on intègre au fur et à mesure que défile les pages, l'intrigue se place elle aussi en douceur pour monter crescendo.
Pas trop vite mais sûrement. Et c'est ce qui fait tout le charme de la vengeance des cendres.
En effet, au final on est pas dans un polar où l'enquête prime sur le reste.
Ici, c'est avec une vue d'ensemble que doivent composer nos protagonistes pour parvenir à leur objectif final. Et le lecteur également par la même occasion.
En ce qui concerne les personnages, on se prend d'affection pour eux parce qu'il respire la simplicité. Chaque personnages gravitant autour d'Oppenheimer apporte son petit quelque chose ce qui ne fait que renforcer l'intérêt naissant que j'ai pu avoir pour l'histoire.
J'avais envie de les recroiser ici et là entre deux chapitres. Ils sont toujours présents même si ce n'est qu'au second plan.
Au final, je vous parle de la période historique, des personnages mais pas vraiment de l'enquête.
Alors qu'en est-il ?
C'est simple, si au début il est difficile d'y voir clair face à la masse d'informations qu'on nous balance, peu à peu tout devient plus limpide et c'est avec une certaine délectation que j'ai suivi cette enquête.
Une enquête qui va renvoyer à de sombres moments et qui entraîne plus d'une interrogation.
Tout comme Oppenheimer, on patauge sur le début, on doute sur la moitié et on reprend confiance sur la fin.
Un dénouement où le suspens est à son comble parce qu'au final on ne sait pas vraiment ce qui nous attend sur ces dernières pages.
Surtout, je ne savais pas de quelle façon je voulais que cela se termine…
En bref,
La vengeance des cendres est un polar va vous transporter dans une autre époque, là où chaque jour est une survie et où il faut composer avec ce qu'on possède.
En plus de nous divertir à travers l'enquête du commissaire Oppenheimer, ce polar aborde plusieurs aspects socio-économique de l'époque permettant ainsi d'en apprendre plus sur l'Allemagne d'après-guerre et des conditions de vies de ses habitants.
Certes, c'est dense, il faut pouvoir assimiler toutes les informations que l'on nous transmet mais c'est surtout enrichissant. L'enquête nous mène dans des sentiers tortueux où diverses émotions vous traverseront, le meilleur comme le pire.
Pour ceux qui aiment les polars historiques et cette période de l'histoire je ne peux que vous le conseiller.
Lien : https://maviclit.wordpress.c..
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BooksnPics
  20 août 2020
« La vengeance des cendres », quatrième enquête du commissaire Oppenheimer, nous fait découvrir Berlin au cours de l'hiver 1946. Oppenheimer est désormais employé par la Croix Rouge, Caritas et la Mission protestante de Berlin au catalogage permettant de retrouver des disparus et aider à la réunification des familles. Bien loin de ses activités précédentes au sein de la KRIPO (kriminalpolizei), il va néanmoins très vite remettre le pied à l'étrier de manière très officieuse lorsque plusieurs corps mutilés vont refaire surface aux quatre coins de la ville.
« Quelques années plus tôt, il avait imaginé naïvement que les gens cesseraient de souffrir une fois que la guerre serait terminée. Malheureusement, la réalité était tout autre. Les nazis avaient été vaincus mais le nombre de personnes en détresse était loin d'avoir diminué. Pour beaucoup, la fin du conflit n'avait pas changé grand-chose. Les hivers étaient tout aussi durs qu'auparavant ». (p. 270)
Avec ce quatrième opus, Harald Gilbers nous entraîne dans les rues de Berlin recouvertes de millions de m³ de ruines, il nous raconte les difficultés d'approvisionnement, les aides accordées aux personnes persécutées sous le national-socialisme à cause de leurs convictions politiques, il nous narre les difficultés liées aux querelles existant entre les alliés s'étant répartis la ville par secteur. L'auteur ancre profondément son enquête dans le contexte historique de l'époque et nous prend comme témoins.
A la fois roman policier et roman historique très bien documenté..A la fois complexe et sombre, « La Vengeance des Cendres » touche à tous les aspects de la vie quotidienne de l'époque. Touchant à l'historique, au politique, au social, à l'humain, l'auteur nous offre un roman très noir, passionnant qu'il est difficile de lâcher.
Une très belle réussite!
Je remercie les éditions Calmann-Lévy pour cette lecture.
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Bigmammy
  06 novembre 2020
Quatrième épisode de la vie mouvementée de l'ex-inspecteur de la Kripo Richard Oppenheimer dans Berlin dévasté, placé désormais sous la férule des puissances alliées en cet hiver 1946 – 1947, celui justement de ma naissance.
En Allemagne, cette période fut connue sous le nom d'« hiver de la faim » et il faut se représenter ce que pouvait être la survie des habitants de cette capitale où les conduites d'eau ont intégralement gelé, où les coupures de courant sont constantes, le charbon une denrée rare, les façades des maisons éventrées, le rationnement notoirement insuffisant, le marché noir omniprésent.
Richard Oppenheimer a trouvé refuge avec son épouse Lisa dans la propriété de son amie médecin Hilde. Il travaille désormais à la recherche des familles déplacées, au milieu du maelström des réfugiés des territoires de l'est et des rescapés des camps de concentration.
Il est à nouveau contacté par le colonel Aksakov pour tenter de disculper Georg Hüttner, un allemand très impliqué dans les sphères communistes – un moscoutaire – d'un meurtre étrange commis en secteur américain. Oppenheimer va donc enquêter de façon non officielle en collaboration avec son vieux camarade de la police criminelle Billhardt. Cependant, ce cadavre, retrouvé nu mais le corps recouvert d'inscriptions à l'encre indélébile, va s'avérer le premier d'une longue série.
J'ai jadis appris l'Allemand en première langue car mon père disait que si nos deux peuples se connaissaient mieux, ils cesseraient de « se foutre sur la gueule ». Je me souviens aussi des confidences du père de ma correspondante Karen Ostertag, m'expliquant comment, revenu blessé du front de l'est, il avait commencé à photographier les survivants au milieu des décombres de la capitale du Reich déchu. Sa fille, avec laquelle je suis toujours en contact, est devenue une grande photographe … Il m'avait fait visiter Berlin, peu après l'érection du Mur …
Mais à travers un roman de cette qualité, on ressent ce qui devait se passer pendant ces premiers mois après l'effondrement, comment les berlinois se sont « débrouillés » pour survivre, comment des milliers de personnes n'ont pas survécu aux privations et aux séquelles de cette guerre perdue, même après la cessation des combats, la chasse aux anciens nazis et les procédures incertaines de dénazification. Harald Gilbers fait oeuvre d'historien autant que de dramaturge. J'attends avec impatience les prochains épisodes de cette saga.
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
JulitlesmotsJulitlesmots   24 juin 2020
Prologue

Weydorf, zone d’occupation soviétique
Lundi 6 mai 1946

Oswald Klinke se figea brusquement. Il croyait avoir entendu quelque chose choisi derrière lui. Un bruit qui n’avait rien à faire là où il s’est trouvé.

Nerveux, il jeta un coup d’œil alentour. Il semblait être seul au milieu du vaste champ d’orge. Un amoncellement de nuages ​​menaçants avait masqué le soleil printanier. Le vent charriait l’odeur de l’orage naissant et faisait frémir les épis. Non loin de là se dressait un mannequin de paille, coiffé d’un chapeau et vêtu de haillons flottants. Son visage sans yeux paraissait se moquer du promeneur inquiet. Mais ce n’était pas lui qui avait attiré l’attention de Klinke. D’ordinaire, les épouvantails ne respiraient pas bruyamment.

L’inconnu était-il déjà à ses trousses? À cette pensée, Klinke frissonna. Il revenait d’un enterrement. Depuis Pâques, le glas avait déjà sonné quatre fois. Et, à présent, il devinait que la cloche ne tarderait pas à tinter de nouveau s’il ne se montrait pas vigilant.

Il avait commis une erreur en coupant à travers les champs pour rentrer chez lui. S’il avait longé la grand-route, il aurait été en sécurité parmi les habitants du village. Mais ici, il ne pouvait pas compter sur personne.

Mieux valait peut-être feindre de ne rien avoir remarqué. Maintenant qu’il était prévenu, c’était lui qui bénéficiait d’un certain effet de surprise sur son poursuivant. De manière ostensiblement nonchalante, il marcha jusqu’à un arbre qui s’élevaitau bord du chemin et se pencha pour refaire ses lacets. Du coin de l’œil, il scruta le champ d’orge.

Klinke essaya de maîtriser sa respiration. Malheureusement, il n’était pas homme de sang-froid – du moins quand était livré à lui-même.

Malgré tout, il était préparé. Un pistolet de la Wehrmacht était caché dans la poche de son costume noir. Durant les jours agités qui avaient suivi la défaite du Reich, il avait trouvé le Walther P38 et uniforme dissimulés dans un fossé non loin du village. Officiellement, les Allemands proposés plus le droit de possession d’une arme à feu. Si les occupants soupçonnaient quelqu’un de faire partie des derniers partisans d’Adolf Hitler, le malchanceux était aussitôt arrêté et disparaissait à tout jamais dans une prison soviétique. Mais comme il était très rare qu’une patrouille russe fasse irruption à Weydorf, Klinke avait préféré s’emparer du pistolet. Depuis, il le portait toujours sur lui. Après tout, il fallait pouvoir se défendre.

Comme il était le seul médecin dans cette pièce retirée, c’était lui qui avait examiné les quatre personnes mortes récemment afin d’obtenir les certificats de décès. Il avait vu les signes laissés par le meurtrier, mais il avait été incapable de les interpréter. Et maintenant qu’il comprenait ce que tout cela signifiait, il était probablement trop tard.

La principale prête à glisser dans la poche de son veston, il attendit que son adversaire se rue sur lui. Mais rien ne se passa. Au bout d’un moment, il perçut un bruit de sabots sur le sentier. Une charrette tirée par un cheval efflanqué avançait vers lui en cahotant.

Klinke poussa un soupir de soulagement. Le visage rond de l’homme qui menait la carriole lui était familier. C’était le vieux Richter. Comme toujours, ses cheveux hirsutes jaillissaient de sous le rebord de son chapeau. Vêtu de son complet du dimanche, il rentrait sans hâte chez lui. Présent lui aussi à l’enterrement, il n’avait manifestement aucune raison de se presser.

– Puis-je vous raccompagner, Herr Doktor? s’enquit-il en immobilisant sa charrette.

Le médecin s’empressa d’accepter l’invitation et grimpa sur le banc du véhicule. Richter fit claquer les rênes; pesamment, la carriole s’ébranla.

Klinke souleva son chapeau pour essuyer son front dégarni avec un mouchoir. Le malheur qui s’était abattu sur le village avait transformé sa vie en cauchemar. Toutes ses certitudes avaient été balayées. Les lieux et les gens qui l’entouraient étaient toujours les mêmes, mais plus rien ne serait comme avant.

Richter semblait ruminer des pensées similaires. Après quelques instants de silence, il émet un grognement rageur.

– Je sais, murmura Klinke en guise de réponse. C’est déjà le quatrième.

– Le quatrième d’entre nous, précisa Richter.

Klinke se contenta d’acquiescer de la tête.

Le premier cadavre avait été retrouvé dans une écurie, le crâne fracassé par le sabot d’un cheval. Le médecin avait d’abord cru à un accident tragique. Puis, cinq jours plus tard, une autre victime était décédée dans l’incendie d’une grange. À Weydorf, les pompiers volontaires étaient plus nombreux. La plupart des hommes dans la force de l’âge étaient partisans pour le front. S’ils n’étaient pas tombés pour Adolf Hitler, ils étaient portés disparus ou croupissaient dans un camp de prisonniers alliés. Tous les habitants du village avaient donc accouru pour combattre le feu. Seule une personne avait manqué à l’appel: le propriétaire de la grange. Au bout de quelques heures, on avait retrouvé son corps calciné dans les débris fumants du bâtiment.

Dès le lendemain, le bruit avait circulé dans le bourg que ces décès avaient quelque chose d’étrange choisi. Les deux suivants avaient confirmé la rumeur. Le troisième défunt s’était empalé sur une fausse, et le villageois qu’on venait d’enterrer avait eu la gorge tranchée. Klinke ne doutait plus un instant qu’un meurtrier sévissait à Weydorf.

Richter savait qu’il pouvait parler avec franchise au médecin. Tous deux partageaient de sombres secrets.

– Ce salopard ne prend même plus la peine de maquiller ses crimes, marmonna-t-il d’un ton rageur. Maintenant, il zigouille tranquillement nos gens en toute impunité. Est-ce que vous avez ordonné que le cercueil reste fermé à l’église, Herr Doktor?

Klinke opina.

– Que pouvais-je faire d’autre? Je ne voulais pas courir le risque de provoquer une panique dans le village.

Il aurait été impossible de dissimuler le cou lacéré de la victime sous le col de sa chemise. La vue de cette plaie béante avait hanté Klinke ces derniers jours. Une atroce paire de lèvres qui lui avait jeté un sourire railleur durant tout le temps où il avait examiné le cadavre.

– C’est exactement ce que cherche le meurtrier, reprit le médecin. Il veut semer la peur parmi nous. Sinon, il ne s’amuserait pas à graver ces maudits signe sur la porte des maisons où vivaient ses proies.

Richter secoua la tête avec véhémence.

– Des gamineries. Ce sont sûrement de petits vauriens des environs qui ont fait ça.

Lorsque Klinke était allé présenter ses condoléances à la famille de la première victime, il avait remarqué un symbole gravé sur la porte de l’habitation. Comme le signe grossièrement sculpté n’avait aucun sens au premier regard, il n’y avait pas d’attention prêté.

La peur était venue plus tard, après le troisième meurtre. C’était à ce moment-là que le médecin avait compris. Traversant fébrilement le village, il avait observé que toutes les maisons des hommes assassinés étaient marquées d’une étrange figure.

– Je ne crois pas aux coïncidences, rétorqua-t-il. Le meurtrier sait exactement ce qui s’est passé ici. Il pense que nous sommes coupables. Et à présent, il nous élimine l’un après l’autre.

Ayant soudain du mal à respirer, Klinke desserra son nœud de cravate et ouvrit le premier bouton de sa chemise.

Richter grimaça.

– Mais que signifient ces satanés symboles? Pourquoi le salaud chercherait-il à se trahir? Pour nous pousser à alerter les flics?

– Il sait que nous n’irons pas voir la police.

Richter garda le silence. Puis il approuva lentement du chef.

Les deux hommes parcoururent le reste du chemin sans un mot. Klinke ne cessait de jeter des coups d’œil autour de lui. Mais il eut beau scruter le paysage, il ne vit aucune trace de son poursuite.

Richter tira sur les rênes en arrivant devant le domicile du médecin. Ce dernier descendant de la charrette et traversa son potager. Derrière lui, il entendit l’attelage se remettre en branle.

Au même moment, le soleil de midi perça les nuages. Légèrement ébloui, Klinke glissa la main dans la poche de son pantalon pour sortir son trousseau de clés. Lorsque ses yeux se sont habitués à la soudaine clarté, il s’immobilisa. Un symbole était gravé sur sa porte d’entrée.

S’arrachant à sa stupeur, il fit un pas en avant. C’était la même figure qu’il avait remarquée chez les quatre victimes.

Elle représentait un être humain. Cette fois, le tueur avait fait preuve de plus d’application, et Klinke s’aperçut qu’il avait voulu d’un homme porté d’une paire d’ailes.

Il frissonna. Ainsi, l’assassin voulait l’avertir. C’était la fin. Il avait trop longtemps bercé d’illusions.

Virevoltant sur lui-même, il s’élança dans la rue pour rattraper la carriole qui s’éloignait. Il agita furieusement les bras et poussa des cris.

Surpris, Richter se retourna. En voyant le médecin affolé, il arrêta son cheval.

Klinke le rejoignit et posa la main sur le flanc de la charrette.

– Il faut prévenir les habitants du village, glapit-il, hors d’haleine. C’est moi le prochain sur la liste! Nous devons partir d’ici. Sur-le-champ !
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JulitlesmotsJulitlesmots   24 juin 2020
Des experts en nutrition avaient calculé qu'un adulte avait besoin de deux mille deux cents calories par jour. Toutefois, en raison du ravitaillement médiocre, l'administration de la ville n'avait cessé de réduire la quantité de denrées alimentaires que l'on pourrait obtenir avec une carte. Les habitants de Berlin ne recevaient que la moitié de la ration nécessaire pour vivre sainement. Dans les magasins, il n'y avait plus de temps que de douleur et de pommes de terre. Dans le secteur soviétique, la ration de viande était souvent remplacée par des harengs ou du fromage blanc. On n'obtenait presque jamais de légumes frais ni de beurre.
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umezzuumezzu   28 décembre 2020
Vous devez saisir une chose : dans les camps de concentration, les détenus étaient déshumanisés. On nous a pris notre identité, nos traits distinctifs. Il n'y avait pas de règles officielles, parce qu'en principe, tout était interdit.
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umezzuumezzu   28 décembre 2020
Ce genre de nouvelles le remuait toujours autant. Quelques années plus tôt, il avait imaginé naïvement que les gens cesseraient de souffrir une fois que la guerre serait terminé. Malheureusement, la réalité était tout autre. Les Nazis avaient été vaincus, mais le nombre de personnes en détresse était loin d'avoir diminué. Pour beaucoup, la fin du conflit n'avait pas changé grand-chose. Les hivers étaient tout aussi durs qu'auparavant.
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