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ISBN : 2757823531
Éditeur : Points (02/02/2012)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 104 notes)
Résumé :

Gary Gilmore est l’un des condamnés à mort les plus célèbres des Etats-Unis. Après avoir passé une partie de sa vie derrière les barreaux pour vols à main armée, il fut accusé de meurtre en juillet 1976, au moment même où la Cour Suprême, dix ans après la dernière exécution, venait d’autoriser à nouveau la peine capitale. En réclamant lui-même sa mise ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
indira95
  08 février 2016
En ce moment il faut croire que ce sont les récits autobiographiques portant sur le poids de la famille qui attirent mon attention. Soit. Après Un bon fils de Pascal Bruckner, témoignage puissant de l'auteur sur la figure honnie d'un père antisémite et violent, j'enchaîne avec Mikal Gilmore et son étrange famille, creuset de violences, de culpabilité et de rédemption, fruit du mormonisme marqué par l'expiation par le sang, saupoudré de vieilles rancoeurs et de mensonges (tout cela est très sympathique vous en conviendrez). Une famille qui - toujours selon l'auteur - fut le terreau favorable (si ce n'est la principale cause) du destin tragique de son frère, Gary Gilmore, qui fut condamné à mort, refusa de faire appel et fut exécuté (cet homme inspira le célèbre roman le chant du bourreau de Norman Mailer).
Mikal Gilmore a peu connu ce frère qui dès son plus jeune âge enchaîna vols et séjours en prison. Bien que la douleur ne s'efface jamais, l'auteur a éprouvé le besoin d'écrire sur sa famille aux destinés non moins tragiques (l'un de ses frères mourut également jeune, sa mère et son père furent un couple infernal, son père ne ménageant pas les coups de ceinturon sur ses fils) et qui façonnèrent l'Homme qu'il est devenu aujourd'hui. Est-on prédestiné dès sa naissance, de par son éducation, son milieu social/culturel/familial, à sombrer dans les affres de la délinquance ou au contraire à réussir tout ce qu'on entreprend parce que privilégié ? Peut-on aller à l'encontre de ce déterminisme ?
Mikal a réussi non sans peine à se sortir de ce gouffre de violence. Ses autres frères quant à eux sombrèrent. Tel est le récit que propose Un long silence et le moins que l'on puisse dire est qu'on entre de plain-pied dans le sordide, les non-dits mais pourtant, au coeur de ce maelstrom, régna l'amour (et oui comme quoi). Celui de 4 frères imparfaits qui s'aimèrent malgré les différences et les différends, celui d'une mère, dépassée, qui ne sut pas protéger ses fils, celui d'un père qui ne sut témoigner son amour que par les coups (excepté le jeune Mikal qui fut le seul épargné).
Long travail de mémoire qui a nécessité de son auteur de revivre des moments et épisodes douloureux, ce roman est aussi et avant tout un manifeste d'amour. Celui du benjamin de la famille qui plus protégé que ses frères, se sentit dès son plus jeune âge exclu du cercle des « élus » et donc toujours en marge. On sent à chaque page la souffrance et la peine avec laquelle Mikal a extrait chaque souvenir porté par une écriture précise et implacable.
Constat flagrant de l'échec d'une famille, Un long silence ne sombre ni dans le misérabilisme ni dans la vindicte. C'est ce que j'ai apprécié. C'est un roman dur, c'est un roman d'amour d'un frère qui voulut comprendre, le roman des Gilmore ou comment mal aimer. Roman qui frappe les mémoires. Si vous n'êtes pas prêts à cela, passez votre chemin.
Lien : http://www.livreetcompagnie...
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Woland
  14 février 2013
ISBN : 9782757823538
Shot in the Heart
Traduction : Fabrice Pointeau
Extraits

Le 7 octobre 1976, Gary Gilmore, coupable de deux meurtres de sang-froid, est condamné à mort par un jury de l'Utah. Cela fait quelques mois que la Cour Suprême, cédant à la pression de l'opinion publique, a rétabli la peine de mort dans cet Etat mais personne n'est pressé de la remettre en application. Gary Gilmore va stupéfier non seulement son entourage proche mais aussi toute l'Amérique et le monde entier, en renonçant à toutes les manoeuvres que la loi met à sa disposition pour pour tenter d'échapper à sa peine. Mieux : à la profonde indignation des adversaires de la peine capitale, il exige d'être exécuté, et le plus tôt possible. Son souhait est exaucé le 17 janvier 1977, date à laquelle il est fusillé dans la cour de la prison de Draper, dans l'Utah.
Norman Mailer s'est emparé de cette histoire pour cet énorme pavé qu'est son "Chant du Bourreau". Il a fouillé, enquêté, cherché à comprendre ce destin qui, dans l'univers des tueurs, demeure exceptionnel. le livre est dans l'une de mes PALs mais je ne l'ai pas encore lu. Appréciant peu la personnalité de Mailer - je n'ai jamais très bien compris l'engouement dont il est l'objet en France face à des écrivains qui, comme Capote et Gore Vidal, lui sont à mon sens bien supérieurs - j'ai préféré attaquer le problème par le livre que Mikal Gilmore, le petit dernier de la fratrie, a consacré, après de longues années, à celui qui fut son frère.
Livre sans concession, livre qui cherche avec désespoir à se montrer totalement intègre, et envers tous, "Un Long Silence", qui aurait gagné à voir son titre traduit presque littéralement par "En Plein Coeur", recompose le destin de Gary le Petit Délinquant, de Gary le Drogué, de Gary le Tueur, en se penchant, bien des années avant sa naissance, le 4 décembre 1940, à Waco, Texas, sur les racines de ses parents : le père, Frank Gilmore, homme aux mille identités, probablement bigame à ses heures et escroc professionnel ; la mère, Bessie Brown, de vingt ans sa cadette, à l'enfance aux relents incestueux, les deux pieds solidement ancrés, pour son malheur et celui des siens, dans cette énième religion qui se veut la seule valable : la religion mormonne.
La démarche de Mikal Gilmore, si douloureuse qu'elle dût être pour lui, met en lumière toutes les erreurs - beaucoup volontaires, ce qui est fréquent chez les parents abusifs - toutes les menées de chantage affectif, tous les subterfuges, physiques mais surtout moraux, mis en oeuvre pour humilier, affaiblir, clouer au mur l'enfant auquel on a donné vie, ainsi qu'on clouerait un papillon pour en orner sa collection. Gilmore évoque d'ailleurs la phrase fameuse d'Oscar Wilde : "Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent."
Il faut espérer que les survivants de la fratrie Gilmore, dont Frank Jr - l'aîné sans cesse maltraité, l'aîné sur qui Mrs Gilmore Mère a compté jusqu'au bout - à qui est dédié le livre, réussissent, un jour ou l'autre, à pardonner à leurs parents l'incroyable égoïsme avec lequel ils n'ont jamais cessé, même dans leurs meilleurs jours, de se comporter avec leurs enfants. le lecteur, lui, n'est évidemment pas confronté à ce problème. Juger, par contre, il en sera tenté. Comment ne pas le faire devant un tel gâchis lorsqu'on se dit que, si seulement les Gilmore Père et Mère avaient mis autant de passion à aimer et protéger leurs enfants qu'ils en mirent à orchestrer l'existence de folie et de violence qu'ils leur firent mener, Gary Gilmore n'aurait probablement tué personne ?
Il serait trop long d'exposer ici, point par point, toutes les embûches que la négligence, l'égocentrisme forcené ou tout simplement la sottise de ses parents firent éclore sur le parcours de Gary. Disons, pour en donner une idée et en quelque sorte résumer leur malveillance, qu'elles naissent toutes de la certitude - infondée ou pas - de Frank que Gary n'était pas son fils mais celui du rejeton qu'il avait eu de l'un de ses mariages précédents et avec qui Bessie aurait sympathisé alors que lui, Frank, s'était enfui une nouvelle fois loin de son foyer afin d'échapper aux conséquences de l'une de ses escroqueries. Cette certitude, détail à la fois si trivial, si ridicule et si infime, a disposé de toute la vie de Gary Gilmore.
Oui, mais il avait son libre-arbritre, me dira-t-on. C'est vrai. D'autant que Gary Gilmore présenta très jeune un QI supérieur à la moyenne, une grande sensibilité et un don remarquable pour le dessin. En fait, il aurait pu réussir sa vie sans prendre au passage celle de deux innocents. le problème, c'est que, convaincu - par son père et très tôt - qu'il n'était pas grand chose, convaincu aussi - et sans erreur possible - que son père le haïssait, et en vertu de ce curieux réflexe qui fait que les enfants les plus martyrisés, les plus détestés, les plus piétinés par leurs géniteurs, se refusent pour la plupart à admettre que ceux-ci sont dans leur tort, Gary développa également très tôt de terribles tendances auto-destructrices. Mieux vaut se transformer en démon que de laisser croire à quiconque que son père, ou sa mère, ou les deux, sont des monstres.
Vous vous en doutez, "Un Long Silence" n'est pas un livre de tout repos. Mais c'est un livre puissant, fascinant, qui vous prend au coeur et aux tripes et à qui vous songez encore longtemps après l'avoir fini. Je suis sûre que, le retrouvant, quelques années plus tard, sur l'une de mes étagères, sa vue me remuera encore le coeur et la mémoire. Je souhaite qu'il en soit de même pour vous. ;o)
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JeanPierreV
  10 janvier 2018
Gary Gilmore....un vague souvenir pour les plus anciens d'entre nous...Il fut l'homme qui exigea que la peine de mort à laquelle il avait été condamné soit appliquée. Il fut fusillé le 17 janvier 1977, et semble-t-il, ce fut lui qui donna l'ordre de tir aux cinq hommes chargés de la basse besogne "Let's do it" : ..."faites le".
Il avait tué de sang froid durant les hold-up d'une station-service et d'un motel deux jeunes pères de famille. Il les avait fait s'allonger au sol, à plat ventre, et il les avait froidement exécuté d'une balle dans la tête..pour quelques dollars
Sa volonté dernière d'être exécuté avait fortement dérangé et interrogé à la fois les hommes politiques - la peine de mort n'était plus appliquée depuis presque soixante dans l'Utah - les membres de la commission de remise de peine, sa famille, les opposants à la peine de mort, les artistes.... Comment refuser la volonté du condamné..Hypocrisie d'un système !
On retrouvera cinq impacts dans son coeur déchiré. Son frère Mikal Gilmore écrira : "La tradition de l'Utah – et peut-être aussi sa loi – veut qu'un peloton d'exécution soit constitué de cinq hommes, mais que seuls quatre d'entre eux aient des fusils chargés. le cinquième a une balle à blanc. Comme ça, si l'un des hommes a des problèmes de conscience, il peut toujours raisonnablement douter d'avoir véritablement tiré sur le condamné." Alors pourquoi cinq balles ? Étaient-ils tous fiers de cette mission, désireux de participer à cette mort de penser "je l'ai fait"?
Une longue tradition et la culture du sang dans cet état rigoriste, de religion mormone...Une religion qui prône "l'expiation par le sang" : tu as fais couler le sang, alors tu périras dans le sang, fusillé, égorgé, pendu. Dans le passé les nombreuses exécutions capitales étaient publiques, exécutions spectacles importantes pour former les jeunes enfants dans la rigueur de la foi...
Mikal Gilmore petit frère du condamné, nous trace un portrait dérangeant de l'histoire de cette culture mormone, de ses principes et interdits, et déroule la vie de la famille, une vie d'errance de ville en ville, afin de fuir la justice et les risques de condamnation du père à la suite de ses escroqueries permanentes. La famille couchait dans les hôtels minables, dans la voiture, dans des maisons hantées...Sa mère, spirite adepte des planches Ouija, ne connaissait pas le passé de son mari. Elle supposait ses mauvais coups, ignorait les noms sous lesquels il les avait fait, le nombre et les noms de ses autres enfants, de ses autres femmes. Elle a été marquée par son éducation religieuse rigide, par son père qui la forçait à assister et à regarder les exécutions publiques.
Curieusement l'état civil ne connaissait pas Gary: à sa naissance ses parents le déclarèrent sous le nom de Faye Robett Coffman...il ne sut jamais pourquoi. Comment voulez-vous avoir la tête qui tourne rond dans ces conditions?
Le père de Gary, ancien artiste de cirque, se déclarait fils d'Houdini, le prestidigitateur. Il s'imposait par une violence quotidienne envers ses enfants et son épouse, coups de ceintures, coups de cuir pour affuter les rasoirs...Des coups jusqu'au sang, qui loin d'éduquer les gamins ont fait d'eux très tôt des petits délinquants. "L'enfer, c'était la famille". Gary était battu jusqu'au sang, pour un oui ou un non, il connut tôt les maisons de redressement, leur violence, les viols. Afin de s'imposer, il devint lui aussi de plus en plus violent. Les condamnations successives étaient sans effet. Au retour de la prison, les mauvais coups permettaient de gagner quelques dollars, les coups du père reprenaient.Gary devenait de plus en plus dangereux pour la société
Les frères aussi furent délinquants, connurent la prison, eurent des morts violentes..
Mikal Gilmore, bien plus jeune que ses frères, devint rédacteur en chef du magazine Rolling Stones. Lui aussi a frôlé la délinquance. Il écrit un livre dérangeant par bien des aspects et toujours présent à mon esprit. Un livre qui connait quelques longueurs, quelques redites, des retours en arrière faisant parfois perdre la chronologie des événements. Un livre qui, malgré ces petits défauts, fournit une information utile sur l'histoire américaine, sur une certaine société américaine, violente, sur cette justice américaine, punissant, réprimant, violente elle aussi. Un système judiciaire dont les décisions, loin de remettre dans le bon chemin, imposent au condamné, au fils des peines successives, d'être de plus en plus violent, y compris en prison pour s'imposer et éviter le viols collectifs.
On est bien loin du rêve américain, du bling-bling, du fric qui s'étale partout... C'est peut-être là que se trouve la source de toute cette violence, dans ce Dieu dollar..Un vrai démon.
On ne peut empêcher de transposer ces situations, cette violence dans ce que nous appelons maintenant pudiquement "les quartiers".
Ce cercle de violence qu'il faudra bien briser un jour. Par la violence ?
Livre utile et dérangeant.
Mikal Gilmore fait souvent référence dans ce livre à un autre livre qui obtint le Prix Pulitzer : "Le chant du bourreau" de Norman Mailer...Je viens de le commander en occasion sur Recyclivre. J'en parlerai bientôt.

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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syannelle
  01 mai 2012

"Les enfants commencent par aimer leurs parents;
en vieillissant ils les jugent;
parfois ils les pardonnent."
Oscar Wilde, le portrait de Dorian Gray
Cette histoire est celle de Mikal Gimore, petit frère de Gary Gilmore (qui a assassiné deux hommes en 1976, après avoir passé une grande partie de sa vie en prison ou derrière les barreaux, et dont Norman Mailer avait relaté l'histoire dans le chant du bourreau en 1981). C'est le témoignage poignant d'un homme qui cherche à comprendre son passé en racontant, sans larmoiement ni pathos, mais avec beaucoup de finesse et de générosité, ce qui a pu mener sa famille dans le gouffre de noirceur dans lequel elle a fini.
La transmission d'un sentiment de malédiction.
Mikal Gilmore raconte tout d'abord l'histoire de ses parents, Bessie Brown et Frank Gilmore. Sa mère est née "dans l'Utah mormon au début du XXe siècle- un lieu qui, à de nombreux égards, était formidablement différent de l'Amérique qui l'entourait. Les mormons possédaient depuis longtemps un fort et spectaculaire sens de l'altérité et de l'unité: ils se voyaient non seulement comme le peuple élu moderne, mais aussi comme un peuple dont la foi et l'identité avaient été forgées par une longue et sanglante histoire, et par le bannissement pur et simple. Ils formaient un peuple à part - un peuple doté de ses propres mythes et objectifs, et d'une histoire d'une violence ahurissante." (P.29).

Bessie était différente de ses frères et soeurs, moins docile et plus rebelle. Elle ne voulait pas rester "enfermée" dans les lois et règles strictes des mormons mais rêvait d'un ailleurs, et c'est Frank Gilmore, beaucoup plus âgé qu'elle, qui lui a donné le sentiment qu'elle pourrait échapper à sa propre famille.
Le problème est que Frank Gilmore avait aussi ses zones d'ombres. D'ailleurs, Mikal raconte qu'il reste encore des mystères à propos de son père, dont personne n'a voulu lui expliquer la teneur.
Frank et Bessie ont fini par avoir des enfants, une "tragédie" en soi pour l'auteur, et n'ont eu de cesse de se déplacer et de changer de noms en passant d'un état à l'autre. Pourquoi? On apprend que Frank Senior était un escroc notoire. Lorsque Gary né dans les année 40 au Texas, ses parents le déclarent sous un autre nom. Et puis il y a autre chose, le passé trouble de ce père étrange. Seule Bessie était au courant de ce secret et jamais elle n'en a parlé à ses enfants. Quoi qu'il en soit, des hommes mystérieux poursuivaient la famille, mettant Frank Sr. dans un état de nervosité et de peur incroyables. Tous ces mystères ont bien sûr nourri les fantasmes des enfants, et certains d'entres eux ont commencé à avoir des problèmes avec la justice, Gary en particulier, puis ensuite Gaylen.
Au bout d'un certain moment, la famille s'est posée, après que cette fuite en avant étrange et suspecte ait cessé. Frank Senior a réussi à gagner un salaire honnête grâce à la vente d'un livre mais malgré tout, les choses ne se sont pas améliorées pour les fils Gilmore. Frank Junior, Gary et Gaylen, les trois aînés (Mikal est né plus tard, en 1951) étaient régulièrement battus par leur père sans aucun motif, hormis de la méchanceté et une paranoia déplacée. Gary s'est retrouvé dans une maison de correction, pour en ressortir un an et demi après, changé ... en pire. Il était sur la voie du crime.
Comme se le demande Mikal, sans ce passé, sans cette famille et sans la violence de son père, aurait-il fini en prison et dans le couloir de la mort? Question sans réponse, car il est impossible de trouver l'origine du crime et du mal, même si la situation dysfonctionnelle et le malaise constant qui régnait dans la famille Gilmore ont sans nul doute laissé des traces indélébiles dans l"inconscient de la progéniture. Chacun des fils a été détruit à sa façon, et aucun n'a voulu avoir d'enfants, de peur de transmettre la malédiction.
Ce qui se remarque aussi dans l'histoire de cette famille, c'est tous le folklore, les mythes, les fantasmes qui ont été transmis au fil du temps par les parents Gilmore à leur enfants, qui eux-mêmes les avaient hérités de leurs propres parents. Par exemple, à la base du drame familial maternel semble se situer une mort, celle d'Alda Brown, la soeur de Bessie, dont la fratrie ne s'est jamais remise. de cette mort est née beaucoup de malheur et de tristesse. du côté paternel, Franck Gilmore Senior ne connaissait pas clairement son père. Encore de la souffrance. Ainsi, toutes ces histoires de morts, de fantômes, de drames ont hanté l'histoire de la famille Gilmore, comme si le passé réclamait son dû. Gary Gilmore en a-il été la victime?(consciemment?)
Cela rappelle Shakespeare (Les péchés des ancêtres viennent hanter la vie des vivants, la malédiction des anciens rejailli sur leur descendance.) C'est ce qu'évoque sans cesse le narrateur, et on le comprend, tant il a peur de transmettre lui-même ce malheur. Mikal Gilmore ne croit pas aux fantômes, ni aux esprits, mais veut affronter ses démons intérieurs, et pourtant, tout reste compliqué...
Ce texte est très émouvant, car il est sensible et on sent la peur suinter du texte, comme si même l'écriture ne pouvait venir à bout du malheur. Point positif s'il en est, Mikal Gilmore est devenu rédacteur en chef du magazine Rolling Stone aux Etats-Unis, signe que la "résilience" existe malgré tout.
A lire, magnifique...
Une note? 10/10, car ce texte me parle, comme m'avait parlé celui de Delphine de Vigan ( Rien ne s'oppose à la nuit, voir avis ici) qui cherchait elle aussi au fond d'elle-même une réponse.
Bravo à M. Gilmore!
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Gwordia
  01 juin 2012
Mikal Gilmore a obtenu le National Book Critics Circle Award pour ce livre et, après en avoir été journaliste, fut longtemps le rédacteur un chef du célèbre Rolling Stone Magazine. A première vue, cet homme a une vie remplie de succès. Ne vous y fiez pas.
Michael - selon l'état civil - a vécu un drame depuis le berceau. Dans ce livre, confession sans concession autant qu'enquête sur sa propre famille, Gilmore nous livre son histoire tragique qu'il a désespérément tentée d'enfouir en lui mais le rongeant inexorablement. C'est donc par l'encre qu'il tente d'exorciser les liens du sang et d'enrayer ce qui ressemble à une malédiction familiale.
Impossible de sortir intact de cette lecture. Au regard de cet héritage dévastateur, l'on ne peut que saluer la force incroyable de l'auteur d'avoir simplement réussi à avancer. Si l'on nous proposait une fiction du genre, l'on ne pourrait que penser que les scénaristes en ont trop fait. Et pourtant, tout n'est ici que sombre réalité. C'est cru, mais pas impudique. C'est violent, mais pas gratuit. Ce morceau d'intimité est un hymne à l'instinct de survie et nous fait découvrir toute une époque états-unienne et un pan de sa société : les Mormons.
Un autre éclairage sur la famille Gilmore et tout particulièrement son plus célèbre membre Gary, condamné à mort, est à découvrir en lisant le chant du bourreau de Norman Mailer.
Âmes sensibles, s'abstenir.
Lien : http://gwordia.hautetfort.co..
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critiques presse (1)
LaPresse   14 juin 2011
À la frontière du roman noir, de la psychanalyse et de l'enquête journalistique, Un long silence plonge dans les zones les plus sombres de l'âme humaine.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
GwordiaGwordia   01 juin 2012
Le fait que ma mère n'ait pas quitté mon père n'est pas un cas unique. Il y a tout le temps, partout dans le monde, des gens qui restent dans des relations qui battent de l'aile. Les femmes restent avec des hommes qui les blessent émotionnellement et physiquement, et les hommes restent avec des femmes qui les blâment ou qui les excluent de leur vie. Parfois, vous restez parce que vous aimez l'autre et que vous ne pouvez pas imaginer de vivre sans revoir le visage de la personne aimée. Vous espérez peut-être que les choses vont s'arranger. Peut-être que l'amour vous rend aveugle - ou peut-être que vous ne savez pas qu'on se fout de vous. Mon frère Frank a un jour demandé à ma mère pourquoi elle avait encaissé toutes les raclées de mon père - surtout celles qui lui avaient valu de se retrouver affreusement enflée et couverte de bleus. "Bon sang, a-t-elle répondu, j'ai cherché tout ça. Je l'ouvrais trop et ton père me remettait à ma place. Je le méritais. C'est aussi simple que ça." Sa réponse - l'idée qu'elle pensait mériter ces horribles raclées - me met en colère et m'attriste, mais elle met aussi en lumière le fait que parfois nous acceptons une liaison malheureuse, et que nous ne nous imaginons pas en dehors de ce malheur. Il fait partie de notre identité. L'idée d'abandonner le malheur devient plus effrayante que la perspective de vivre avec? On risque de ne plus savoir qui on est si on quitte cette dynamique - on risque de devoir se reconstruire entièrement. Ou alors, on va devoir trouver quelqu'un d'autre avec qui reproduire les mêmes erreurs.

Je crois que ma mère aimait sincèrement mon père, et je crois que mon père aimait sincèrement ma mère. Un jour, au cours de leurs entretiens, Schiller a observé : "On dirait parfois que vous étiez en admiration devant votre mari.

- Et bien, je voyais bien qu'il avait de nombreux défauts et tout. Mais j'ai continué vous savez, jusqu'au dernier jour de sa vie, j'ai continué à ressentir ce petit pincement, ce petit battement de coeur, chaque fois que sa voiture apparaissait dans l'allée. La façon qu'il avait d'être assis derrière son volant, tout souriant et plein de confiance, ou la manière qu'il avait d'être assis à son bureau. Ca me faisait vraiment fondre.

- Comment était-il assis à son bureau ?

- Oh ! comme s'il était tellement concentré qu'il ne se souciait pas que vous soyez dans la même pièce. Et alors il se levait et il traversait la pièce pour aller chercher quelque chose et il tendait le bras pour vous tapoter sous le menton ou quelque chose. Pour que vous sachiez qu'il savait que vous étiez là, même s'il donnait l'impression d'être trop occupé pour s'en rendre compte."
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GwordiaGwordia   01 juin 2012
"Tu as raison - je suis folle ! Suffisamment pour tuer. Vas-y, continue de m'accuser, essaie de me quitter. Tu verras ce que je ferai. Je suis assez folle pour attraper un couteau pointu et te trancher la gorge en pleine nuit pendant que tu dormiras, et je rigolerai pendant que ton sang coulera et que tu pousseras le dernier souffle de ta vie cruelle et abjecte."

Que ces menaces aient été sérieuses ou non, elle les proférait de manière convaincante. En de telles circonstances, elle était la chose la plus effrayante qu'il m'ait été donné de voir. Ses yeux étaient fixés sur mon père avec le genre d'aversion qu'on ne peut éprouver qu'après avoir été profondément trahi par la personne qu'on aime le plus. Et c'est à ces instants, quand je voyais l'expression menaçante de ma mère, que j'ai appris à craindre la colère. En particulier, j'ai appris à craindre la colère d'une femme blessée. Malheureusement, j'ai aussi appris à provoquer cette colère.
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StemilouStemilou   17 avril 2011
« J’ai une histoire à raconter. C’est l’histoire de meurtres : des meurtres de la chair et de l’esprit ; des meurtres nés de la douleur, de la haine, du châtiment. C’est l’histoire de la genèse de ces meurtres, de la manière dont ils ont pris forme et déteint sur nos actes, dont ils ont transformé nos vies, dont ils ont imprégné le monde et l’histoire autour de nous. Et c’est une histoire qui raconte comment la soif de violence et le meurtre prennent fin – pour autant, certes, qu’ils prennent jamais fin.
Je connais bien cette histoire, car je suis coincé dedans. […] »
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GwordiaGwordia   01 juin 2012
Je me réveille alors, avec une vive douleur me déchirant les entrailles. Et je m'aperçois que je pleure vraiment. Je reste couché là, à sangloter, et même si je sais qu'aucun enfant n'est mort, je ne peux m'empêcher de pleurer. Mon chagrin me semble réel, et j'ai l'impression que je ne peux pas vivre avec.
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NOISETTE41NOISETTE41   04 septembre 2014
parfois nous acceptons une liaison malheureuse, et que nous ne nous imaginons pas en dehors de ce malheur. Il fait partie de notre identité. L’idée d’abandonner le malheur devient plus effrayante que la perspective de vivre avec. On risque de ne plus savoir qui on est si on quitte cette dynamique, on risque de devoir se reconstruire entièrement. Ou alors, on va devoir trouver quelqu’un d’autre avec qui reproduire les mêmes erreurs.
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