AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782070366248
640 pages
Éditeur : Gallimard (23/01/1980)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 30 notes)
Résumé :
Toute la côte de Verneresse s'effondre. Tout le dessus de Sourdie s'effondre. Tout le flanc de Chènerilles. La terre est comme du lard. Les forêts se replient dans la terre. L'eau fume le long des rochers. Les pierres coulent comme des fontaines. Il a essayé de détourner la boue. Elle a renversé la grange. Il a essayé de sauver quelque chose. La maison était comme une barrique sur un bassin ; elle dansait et il semblait qu'elle tournait, elle s'enfonçait, elle remo... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Deleatur
  11 septembre 2019
Voilà un Giono intimidant... D'abord parce qu'il fait ses six-cent-cinquante pages en petits caractères, détail qui ne me semble pas si fréquent dans l'oeuvre de l'auteur. Ensuite parce qu'il s'écarte assez nettement de ses premiers romans paysans (la trilogie de Pan). Enfin, parce que Giono lui-même l'a plus ou moins renié, ce qui complique un peu l'éloge...
L'action se déroule dans le Trièves, tout au sud de l'Isère. On ne se situe plus sur les plateaux ou les collines des Alpes de Haute-Provence, mais déjà en haute-montagne, celle que Giono retrouvera plus tard pour Un roi sans divertissement. Ni cigales ni débauche de soleil, ici : rien que les brumes pénétrantes de l'automne. Un automne inquiétant, trop humide, pas assez froid pour que le gel fasse son oeuvre de salubrité. Et tout cela sous la menace d'un monstre : le glacier qui culmine là-haut, au-dessus d'une poignée de villages isolés. Or le glacier fond ; il travaille et prépare un mauvais coup, il a déjà pris des hommes du village, autrefois. Voilà le décor planté, sombre, grandiose et oppressant.
Si le style de Giono reste inimitable, il est aussi transplanté dans un univers différent. Peut-être est-ce l'origine de cette impression d'étrangeté que j'ai ressentie tout au long de ma lecture. Les mots avec lesquels l'auteur peint la nature sont toujours aussi extraordinaires, c'est le tableau qui a changé : le livre entier est placé sous le signe de l'ombre, de l'eau et de la boue, dans un pays où le soleil ne se lève jamais. L'étrangeté peut même confiner au fantastique, lorsque le glacier se rompt brutalement et que son lac interne dévaste la vallée en un cataclysme qui épouvante le lecteur. L'eau monte et engloutit les villages ; les survivants fuient comme ils le peuvent, se rassemblent et se réfugient sur un promontoire cerné de toutes parts. Il faut s'organiser pour survivre dans le dénuement absolu. A la faveur de l'angoisse générale, de vieilles tensions refont surface. Ces paysans, néanmoins, peuvent bien s'avouer écrasés par la puissance de la nature : ils la connaissent aussi comme leur poche et n'ont pas encore basculé dans l'individualisme. Leur sens pratique et leur vieux fond de solidarité leur permettront de s'en tirer, grâce notamment au courage et au dévouement du personnage qui s'impose, page après page : Saint-Jean. La plume de Giono atteint à mon avis des sommets dans la peinture de cette apocalypse froide, où l'eau indifférente se transforme en un néant proprement terrifiant, et où la petite communauté contemple, désemparée, la disparition de son univers.
Je ne vais pas en rajouter dans l'analyse, ni gloser sur la lecture biblique, et même christique, que l'on peut faire du livre. Je ne m'interroge pas non plus sur la place qu'il faut attribuer à ce roman dans le panthéon de Giono. Non : ce qui m'a frappé pendant ma lecture, tandis que nous avons entendu parler tout cet été de canicule, de sécheresse, de forêts en feu, de débâcle record au Groenland, etc, c'est l'actualité finalement sidérante de ce texte. Nous aussi regardons monter la menace, inexorable. Mais que nous reste-t-il de notre connaissance de la nature, et de notre adaptabilité à ses excès ? Quelles ressources trouverons-nous dans ce qui nous reste de sens pratique, et quelles valeurs de solidarité conserverons-nous enfin pour faire face ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          409
Lavieestunlongfleuvetranquille
  27 avril 2015
Il n'y a qu'une seule formule pour savourer cette fiction, une seule pour s'imprégner de cette oeuvre magistrale de Jean GIONO.
Attendre le bon moment. Celui ou vous serez à l'unisson de cette douce musique pleine d'amour et d'amitiés entre les Hommes et envers la nature.
Allez...réservez quelques soirées, munissez-vous d'une bonne tasse de thé fumante au coin d'un feu rassurant.
Juste après "Que ma joie demeure", GIONO enchaine avec "Batailles dans la montagne". Il reste sur Manosque et trouve naturellement le cadre de ses vacances dans le Briançonnais pour cette nouvelle aventure qu'il souhaitait, à l'origine, appeler "Choral pour un clan de montagnards". Il n'y voyait, au début, que la couleur du livre, couleur sapin foncé, ombre de vallées, rocher de soleil, eau de torrents, barbes, mains rousses.
Ce ne sont plus les collines de "Regain" et le plateau de "Que ma joie demeure". Nous sommes dans la montagne abrupte, la vraie, celle des Hautes-Alpes, au sud de Trièves. Il y découvre un site avec quatre hameaux séparés qui deviendront le cadre de l'histoire.
Ensuite, et comme dans "Que ma joie demeure", il fait revivre le mythe du héros étranger, sauveur de la communauté. Saint-Jean est venu d'au-dessus de Vallognes.
Après, il faudra lire, sinon vous en saurez trop. Enfin, il y a quelques longueurs. Soyez patient. GIONO excelle dans la description minutieuse de la nature. Elle devient vivante. Il la rend bouillonnante, infernale, implacable.
La vallée se trouve inondée. Les Hommes sont perdus, au désespoir.
Mais ils feront ce que tous les Hommes font quand il n'y a plus d'espoir : ils nous donneront une grande leçon d'amitié, de générosité et de sacrifice.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Cronos
  04 mars 2020
J'ai toujours aimé le style de Jean Giono et même si celui-ci n'échappe pas à la règle, je garde une préférence pour Que ma joie demeure.
Les descriptions sont, pour moi, le point fort de l'auteur, dans ce roman c'est le tout qui m'a plu. Ce groupe qui tente de survivre au milieu d'une guerre, les descriptions donc et la profondeur que Giono inculque à son intrigue. Pourtant, de nos jours, elle pourrait paraître classique s'il n'y avait pas le talent.
Le livre n'est pas un coup de coeur, j'ai eu dû mal à me mettre dans l'ambiance, c'est dur de parler de l'intrigue sans réécrire la quatrième de couverture ou divulguer des éléments importants donc pour faire court, ce n'est pas une épopée épique plutôt de la subtilité dans la survie.
Mon livre a dû vivre les batailles vu son état, je suis content de lui offre une retraite paisible dans la pile de livre lu.
Commenter  J’apprécie          50
laurentgui
  13 novembre 2016
Ce roman raconte l'histoire de quelques petits villages confrontés à une brusque inondation qui transforme leur vallée en un lac qui engloutit presque tout. On suit alors divers personnages en prise avec cette situation inédite, hébétés, ayant perdu beaucoup et essayant de comprendre et gérer ce qui leur arrive. Nous sommes plongés dans cette nature montagnarde, rugueuse, et parmi ces personnages du cru, grâce à une écriture, des descriptions et une poésie éblouissantes. Comme souvent chez Giono, parmi les personnages, à côté d'une nature souveraine qu'on doit écouter, on trouve de véritables héros de la vie ordinaire, des « grands hommes » sans renommée, mais vrais. J'ai trouvé ce livre vraiment très touchant et très fort, un de mes préférés !
Commenter  J’apprécie          50
lehibook
  21 juin 2019
. L'affrontement d'une communauté humaine avec une catastrophe naturelle , c'est un schéma romanesque bien connu . Giono situe l'action dans les Alpes , en un lieu qu'il connait bien car il y passe ses vacances et il en remodèle la géographie à son gré , privilège de romancier oblige . le ton est celui de l'épopée , de l'héroïsme , avec en prime , la grande histoire d'amour désespéré de Saint-Jean . le verbe de Giono , très biblique sur ce roman , rend à merveille la puissance des forces naturelles qui sont les divinités auxquelles s'affrontent les hommes et à laquelle ils ne peuvent résister qu'en s'unissant . Une leçon pour les temps à venir , amis lecteurs ?
Commenter  J’apprécie          30

Citations et extraits (5) Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   13 novembre 2009
Les rames se relevaient sans bruit, sans même un grincement de taquets et plongeaient ; alors, devant le radeau l’eau craquait légèrement comme de la paille ou comme si on avait écrasé une gerbe de blé. Le froid avait maçonné toutes les cloisons du nez. Il n’y avait plus d’odeur et c’était tout de suite une chose qui donnait l’idée d’un grand désert ; car il y avait déjà cette pureté et immobile sur laquelle l’œil s’étonnait, puis on ne pouvait rien entendre ; alors il fallait sentir une odeur, mais le froid avait franchement aboli cette dernière ressource…. Sur la paroi gauche de Sourdie où ils devaient aller toucher bord et qui s’était rapprochée, agrandissant lentement ses couleurs pures dans le vide du ciel comme une tache d’huile, apparut brusquement, avec tout le détail du crépitement de ses branches nues, un grand fayard tout glacé. Le givre qui couvrait ses branches grouillait de lueurs étincelantes ; l’arbre était comme une construction de braises sur laquelle souffle le vent
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
brigetounbrigetoun   17 novembre 2011
Dieu sauveur ! Il ne fallait rien dire contre le nuage, ni contre la pluie, ni contre le soir. Le nuage était là-haut dessus et la pluie n'était pas si forte que ça pour empêcher de voir à travers. Elle n'était pas serrée du tout. Elle était bien éclaircie, au contraire, cette pluie qui ne tombait pas en taillis, mais se dressait comme une futaie avec des arbres d'eau, à travers leurs avenues bleues, drus et droits qui laissaient bien voir. Rien qu'en bougeant un peu la tête de droite à gauche. Pendant que les grandes ombres marchaient sur ce plomb mou, poussant devant elles des rides qui élargissaient de grands cercles
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
LavieestunlongfleuvetranquilleLavieestunlongfleuvetranquille   27 avril 2015
"Veux-tu que je te le dise ? Pour trouver un couillon comme toi il faudrait chercher dans le monde entier, au centimètre et à la loupe. Et puis, on serait obligé de revenir, de te saluer comme ça et de te dire : "Pancrace, je n'en ai pas trouvé. Tu es seul."
Commenter  J’apprécie          50
LavieestunlongfleuvetranquilleLavieestunlongfleuvetranquille   27 avril 2015
"Dis bien à Antoine, dit Saint-Jean, que je ne suis pas mort. Il est jeune et les jeunes ont tellement de force - c'est beau ça, d'ailleurs - qu'ils pensent tout naturellement à la mort pour eux et pour les autres. Dis-lui ce que je te dis : la mort c'est trop facile, c'est bien plus difficile de vivre, et c'est ce que je vais faire."
Commenter  J’apprécie          30
lehibooklehibook   21 juin 2019
"Tu embrasseras ta mère"
Il recula dans l'ombre .
"Pour moi", dit-il , de cet endroit invisible mais tout proche où il s'était retiré.
Elle s'avança et touche l'ombre avec sa main: il était parti.
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Jean Giono (41) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Giono
Jean Giono : Un Roi sans divertissement (1963 / France Culture). Photographie : Dernier portrait de Jean Giono par Jean Dieuzaide, Manosque, 1968. Diffusion sur France Culture le 8 décembre 1963. Adaptation par Alain Allioux. Réalisation de Claude Mourthé. Le titre "Un roi sans divertissement" renvoie à la phrase qui clôt le roman et que Giono emprunte aux "Pensées" de Pascal : « un roi sans divertissement est un homme plein de misères » (fragment 142 de l'édition Brunschvicg), indiquant ainsi l'interrogation moraliste de l'auteur qui veut montrer que l'homme — pour sortir de son ennui existentiel par le divertissement — peut aller jusqu'à la fascination du Mal. C'est dans le monde figé du grand silence blanc de l'hiver montagnard que cet ennui atteint son paroxysme qui peut conduire au meurtre ou au suicide. L'action du roman se déroule dans une région que Giono connaît bien, le Trièves, entre les massifs alpins du Vercors et du Dévoluy, et qui lui a déjà fourni le cadre de "Batailles dans la montagne" et d'une partie des "Vraies richesses". Cette action s'inscrit dans une période d'un peu moins de cinq années, rythmées par six hivers successifs, de 1843 à 1848 et a pour axe le capitaine de gendarmerie Langlois qui s'installe dans l'auberge d'un village isolé par la neige pour rechercher un tueur mystérieux qu'il finira par abattre. Ayant démissionné de la gendarmerie, il revient ensuite au village comme commandant de louveterie et organise une chasse au loup qui rappelle la poursuite précédente. Il veut s'installer et se marier et participe aux fêtes locales mais effrayé de sa fascination pour la beauté du sang d'une oie sur la neige, il se suicide en fumant un bâton de dynamite. Le roman est remarquable aussi par sa complexité narrative caractérisée par la multiplicité des narrateurs qui vise à restituer la tradition orale d'événements vieux d'un siècle. Ce choix narratif permet également de diversifier les tons et les points de vue sur le personnage principal, le mystérieux et troublant Langlois, et enrichit le roman en lui conférant une saveur et une originalité singulières. Interprétation : Raymond Pellegrin, Pierre Bertin, François Chaumette, Bernard Lajarrige, Marcel André, Alexandre Rignault, Margo Lion, Rosy Varte, Lise Delamare, Albert Médina, Sylvie Favre, Jacques Gripel, Bruno Balp, René Clermont, Jean Clarens, Yves Duchateau, Elsa Manet, Jacqueline Moresco, Philippe Mahrer, Jean Péméja, Yves Peneau, Lily Siou, Yvonne Farvel, Anne Wartel et Geneviève Morel.
Sources : France Culture et Wikipédia
+ Lire la suite
autres livres classés : provenceVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Jean Giono

Né à Manosque en ...

1875
1885
1895
1905

12 questions
320 lecteurs ont répondu
Thème : Jean GionoCréer un quiz sur ce livre