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ISBN : 2246123852
Éditeur : Grasset (14/11/2002)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 32 notes)
Résumé :

Les Vraies Richesses.. Titre explicite pour une manière de récit et d'essai dénonçant la vanité de la vie citadine, de l'argent, célébrant la gloire du soleil, de la terre, des collines, des ruisseaux, des fleuves " qui m'irriguent plus violemment que mes artères et mes veines ". L'ouvrage débute par une promenade parisienne à Belleville, prétexte pour l'auteur à une réflexion sur les "... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Tempuslegendae
  21 novembre 2012
Celui ou celle qui aime la Provence pense de suite à Pagnol, certes, mais ne peut délaisser de l'esprit un maître à penser sublime, auteur de «gionisme» , il s'agit de Jean GIONO. Tant pis, j'aurais pu faire durer le plaisir.
Pour pouvoir parler des «vraies richesses», il est incontournable de connaître un tant soit peu l'auteur. Évidemment, dire que le petit Jean a ouvert les yeux à Manosque ne parait pas suffisant, la richesse se trouve un peu plus loin, s'acheminant dans le sentier de sa vie.
GIONO peut faire penser à tant d'autres dont il est inutile ici de lister des noms; son oeuvre est abondante, que dis-je, multiforme. Poèmes, pièces de théâtre, scénarios pour cinéphiles, essais, pourraient constituer sa fierté dans l'ouvrage. L'homme apparaît comme un conteur inlassable; son imagination est insatiable, il est toujours prêt à tirer de son imaginaire fécond des histoires aux résonnances allégoriques pourvues de vie et de réalité.
Ce qui caractérise GIONO est sans nul doute le don de la narration; voilà qui est dit.
On s'accorde généralement à considérer trois étapes fondamentales dans son parcours romanesque: des premières oeuvres imprégnées de culture biblique et grecque (ceci ne vous rappelle rien? Giraudoux par exemple, et pour ne citer que lui), seraient nées une morale et une conception du monde qui firent le succès de GIONO, toujours en quête de valeurs spirituelles.
Mais revenons à notre roman, «les vraies richesses», une histoire qui lapide à raison l'ère citadine, synonyme de machinisme et technologie à outrance; l'auteur trouve des arguments de valeurs pour mettre en exergue la nature, ses joies et son perpétuel renouveau. GIONO nous montre par les textes son élan visionnaire et virtuose; l'amoureux du cadre bucolique parait ressusciter après chaque ballade d'épanouissement provençale.
GIONO s'improvise ainsi prophète d'une ère nouvelle dont «ses vraies richesses» constituent son crédo. de fait, en préface à son ouvrage, l'auteur nostalgique n'hésite pas à reprendre des stéréotypes à la façon de ROUSSEAU (le moyen connaisseur s'en rendra compte sans trop de peine): «Les bêtes sauvages sont admirables. Un renard saute deux mètres en hauteur, tant qu'il veut. le coeur d'un oiseau est une merveille. le poumon des canards sauvages est une joie et une richesse formidable pour le canard. La société construite sur l'argent détruit les récoltes, détruit les bêtes, détruit les hommes, détruit la joie, détruit le monde véritable, détruit la paix, détruit les vraies richesses»
De l'idéalisme, bien sûr, mais surtout une bonne dose de clairvoyance dans l'évolution du monde; GIONO avait plus que du discernement, il avait l'intelligence des mots et de l'esprit.
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Tipee
  17 novembre 2016
Dans Que ma joie demeure, nous avions laissé Bobby redescendre de sa montagne, en très mauvaise posture. Ce livre faisait l'apologie des bonheurs innocents, de vivre en communauté sur un petit plateau montagneux. de partager avec les hommes le nécessaire, de ne pas produire à outrance et de sortir du système de productivité venimeux qui n'entraine que l'argent. En gros sortir de l'esclavagisme du capital dans lequel ils commençaient à être entrainé.
Dans ce nouveau livre, Les vraies richesses, Giono nous parle directement, en montrant les bons et mauvais côtés des lieux où il se rend.
Nous le suivons dans son hôtel parisien ; il y voit les gens aller travailler, et il s'imagine aller les soutenir moralement. En tout cas, à ceux qui rêvent encore de nature. (Je vous rappelle qu'actuellement vous pouvez rencontrer des enfants parisiens qui n'ont jamais vu une vache : testé et approuvé). Il leur donne de l'espoir par les mots, un peu de nature glissé dans l'oreille.
Il nous montre la corruption de l'argent, la corruption des patrons, notre introduction dans le système. Nous travaillons doucement pour quelques bouts de papier, puis nous nous retrouvons à ne faire que ça pour subvenir à nos besoins. Il dénonce l'esclavagisme dans lequel nous sommes tombés.
C'est ensuite qu'il nous parle des hameaux environnant sa ville, où il se rend souvent. Où les gens se sont arrêtés d'aller vendre le grain. Qui vont cuire le pain ensemble. Qui le partage ensemble avec un bon petit verre de vin. Là où il fait bon vivre.
Bien sûr tout cela est utopique, mais peut fonctionner sur de court temps. Ces gens l'ont montré. Jean Giono ne nous demande pas de tout abandonner, juste de ne pas oublier que l'on pourrait être beaucoup plus heureux en revenant à la nature et en l'écoutant…
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michelangelo
  02 mars 2016
Ceci n'est pas un roman. Ceci n'est pas un essai. Ceci n'est pas une oeuvre philosophique. Ceci est du Giono !
Après avoir écrit Que ma joie demeure, hymne à la nature et à la campagne, il semble que Giono ait eu l'occasion de s'expliquer auprès d'amis intimes sur le sens qu'il donnait à la joie, confortant ainsi les bases qui ont prévalu à l'écriture de son roman (préface).
Cela donne un florilège de belles descriptions, de magnifiques envolées à la gloire de la paysannerie et de la nature, tous deux vivant en parfaire harmonie.
Malheureusement, cette belle harmonie est menacée par la ville et ses miroirs aux alouettes, son argent facile et ses valeurs tronquées. le paysan arrête de faire son pain pour vendre son blé et récolter de l'argent. Il s'éloigne alors des vraies valeurs et perd sa dignité.
Giono ne peut écrire que du Giono. Il va dans l'outrance et on lui pardonne beaucoup. Sa nostalgie bien réelle s'appuie sur un monde en voie de disparition. Les boeufs et le laboureur, les forgerons, le four banal disparaissent au profit de l'agriculture intensive après 1945 (Les vraies richesses est écrit en 1936).
Sa définition de la joie se confond avec celle du bonheur selon Giono. Il suffit de se trouver à sa place, dans le grand puzzle de la nature, au milieu des siens, pour éprouver de la joie.
La joie, c'est se sentir à sa place, en résonnance avec le monde, ne pas être anéanti par la modernité qui nous transforme en êtres malheureux, avides de fausses richesses inutiles et sans vraies perspectives.
Si j'adhère complètement à la vision de Giono concernant ce que devrait être l'humanité, avec ses valeurs d'amitiés, de solidarité et d'entraide basées sur le respect de la nature, du temps et des choses simples mais fondamentales, je suis dubitatif sur certaines envolées où l'on voit la forêt reconquérir les villes puis Paris à grands coups de germination envahissantes et sans contrôle. Je préfère considérer cela comme une gigantesque poésie dans laquelle les émotions l'emportent sur le réel, C'est cela aussi Giono, magnifier le simple ou le pathétique pour en sortir une poésie débridée qui s'écoule comme un fleuve tortueux et puissant.
Il reste un style incomparable, une générosité et une vision originales. Les vraies richesses sont celles des pages de Giono, écrivain du terroir, sincère témoin d'un monde rural maintenant disparu vers lequel tant de gens voudraient retourner, mais en vain. On ne refait pas ce qui a été défait. On refait autrement. C'est la leçon qu'on peut tirer de cet ouvrage dense et généreux. L'humanité porte en elle une intelligence du coeur qui peut entrer un jour à nouveau en résonance avec le monde dans lequel elle vit… Avant qu'il ne soit trop tard…
Michelangelo 2016

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CatchMe
  27 décembre 2010
Il y a dans ce petit livre, une telle force, une telle puissance qu'on ne peut pas en sortir indemne. L'humanité, la générosité et toute l'indulgence de Giono pour le genre humain et ses faiblesses sont portées ici à leur paroxysme. Bouleversant, époustouflant d'émotions.
Fond et forme sont unis pour un texte de toute beauté.
C'est réellement un des plus beau écrit que j'ai pu lire jusqu'à présent. Quand je dis "beau" je veux dire que rien n'est à ajouter et qu'on doit absolument s'abstenir d'y enlever quoi que ce soit. Beau par sa puissance et son absence de concession.
Une critique de notre civilisation de citadins qui n'est pourtant pas naïve et parfois même d'une grande violence.
Lyrisme d'une puissance magnifique. du grand Giono. Je le conseille vraiment et à tous et toutes.
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lerital31
  16 juin 2015
Si vous souhaitez explorer les tréfonds de l'âme paysanne de Jean Giono, découvrir sa pensée profonde et sa conception de la vie, laissez vous tenter par la lecture des Vraies richesses.
Certains passages peuvent être assez difficiles, Giono y déploie son lyrisme et son imagination sans retenue, d'autres sont plus limpides et vous donneront des frissons (si vous partagez un tant soit peu sa vision bien sur). Ce court essai où nous suivons l'auteur en ville puis à la campagne est un pamphlet impitoyable contre la civilisation de l'argent et une apologie de la vie paysanne stoïcienne et de ses valeurs éternelles.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
lerital31lerital31   24 juin 2015
On a dû te dire qu'il fallait réussir dans la vie; moi je te dis qu'il faut vivre, c'est la plus grande réussite du monde. On t'a dit: "Avec ce que tu sais, tu gagneras de l'argent." Moi je te dis: "Avec ce que tu sais tu gagneras des joies." C'est beaucoup mieux. Tout le monde se rue sur l'argent. Il n'y a plus de place au tas des batailleurs. De temps en temps un d'eux sort de la mêlée, blême, titubant, sentant déjà le cadavre, le regard pareil à la froide clarté de la lune, les mains pleines d'or mais n'ayant plus force et qualité pour vivre; et la vie le rejette. Du côté des joies, nul ne se presse; elles sont libres dans le monde, seules à mener leurs jeux féeriques sur l'asphodèle et le serpolet des clairières solitaires.
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NomadisantNomadisant   06 novembre 2012
Pour ceux qui sont nés en captivité, la liberté n’est plus un aliment.

Dans cette ville où les hommes sont entassés comme si on avait râtelé une fourmilière, ce qui me frappe, me saisit et me couvre de froid mortel, c’est la viduité. Sentiment d’une avilissante solitude.

Jusqu’à neuf heures du matin, la rue sert de couloir à ceux et celles qui vont au travail. Le travail ici n’est plus à la mesure de l’homme, ni de sa joie, ni de son cœur. Il est devenu laid, inutile et dévorant. Il semble n’exister que pour user de la matière humaine. Il ne fonctionne plus suivant les lois naturelles de la transformation. Il ne se sert plus de l’admirable sens ouvrier de l’homme. Il est impersonnel, collectif ; plus que tout il donne l’impression du vide et de l’inutile, et il détruit chaque jour la beauté de la vie chez plus d’un demi-million d’être vivants. Rien de ce qu’il crée n’a de qualité. Les objets fabriqués que je touche ont d’invisibles bavures où s’accroche et s’irrite la peau de mes doigts. Aucun ne fait jouir mes mains. Leur matière est agonisante. L’ouvrier n’a eu ni le temps, ni l’envie ; il n’a plus l’esprit de conserver la vie à la matière qu’il travaille. Il est vrai que la plupart du temps celle qu’on lui donne est ingrate et de petite santé. On ne veut pas faire beau. On veut faire vite, bon marché et beaucoup. Ces pauvres choses me proposent d’intervenir dans mon confortable. Elles ne peuvent rien me donner. Mais je ne les repousse pas. Je les regarde avec tristesse comme le bois d’une croix sur laquelle on crucifie inutilement des hommes et des femmes.

Je suis le compagnon en perpétuelle révolte contre ta captivité, qui que tu sois, et si tu n’es pas révolté toi-même, soit que le travail ait tué toutes tes facultés de révolte, soit que tu aies pris goût à tes vices, je suis révolté pour toi malgré tout pour t’obliger à l’être.

Car il faudrait si peu de chose pour que soit réalisé ce que vous désirez sans le savoir, et pour vous faire exactement semblables à moi-même : vous débarrassez de votre ville.

Je vais à pied. Je me sens tout dépaysé par la dureté du trottoir et le balancement des hanches qu’il faut avoir pour éviter ceux qui vous frôlent. Je marche vite et je dépasse les gens qui vont dans ma direction ; mais quand je les ai dépassés je ne sais plus que faire, ni pourquoi je les ai dépassés, car c’est exactement la même foule, la même gêne, les mêmes gens à toujours dépasser sans jamais trouver devant moi d’espaces libres. Alors, je romps mon pas et je reste nonchalant dans la foule. Mais ce qui vient d’elle à moi n’est pas sympathique. Je suis en présence d’une anonyme création des forces déséquilibrées de l’homme. Cette foule n’est emportée par rien d’unanime. Elle est un conglomérat de mille soucis, de peines, de joies, de fatigues, de désirs extrêmement personnels. Ce n’est pas un corps organisé, c’est un entassement. Il ne peut y avoir aucune amitié entre elle collective et moi. Il ne peut y avoir d’amitié qu’entre des parties d’elle-même et moi, des morceaux de cette foule, des hommes ou des femmes. Mais alors, j’ai avantage à les rencontrer seuls et cette foule est là seulement pour me gêner. Le premier geste qu’on aurait si on rencontrait un ami serait de le tirer de là jusqu’à la rive, jusqu’à la terrasse du café, à l’encoignure de porte, pour avoir enfin la joie de véritablement le rencontrer.
Elle est comme une solitude. Mais elle est une solitude qui ne vous appartient pas, inféconde ; une solitude qui est séparation et non pas union du meilleur de l’esprit à travers les distances, une solitude qui n’est pas harmonie et divin concert, mais le silence total de l’âme par l’étouffement.

De tous ces gens-là qui m’entourent, m’emportent, me heurtent et me poussent, de cette foule parisienne qui coule, me contenant sur les trottoirs devant la Samaritaine, combien seraient capables de recommencer les gestes essentiels de la vie s’ils se trouvaient demain à l’aube dans un monde nu ?
Qui saurait orienter son foyer de plein air et faire du feu ?
Qui saurait reconnaître et trier parmi les plantes vénéneuses les nourricières comme l’épinard sauvage, la carotte sauvage, le navet des montagnes, le chou des pâturages ?
Qui saurait tisser l’étoffe ?
Qui saurait trouver les sucs pour faire le cuir ?
Qui saurait écorcher un chevreau ?
Qui saurait tanner la peau ?
Qui saurait vivre ?
Ah ! C’est maintenant que le mot désigne enfin la chose !
Je vois ce qu’ils savent faire :
Ils savent prendre l’autobus et le métro.
Ils savent arrêter un taxi, traverser une rue, commander un garçon de café ; ils le font là autour de moi avec une aisance qui me déconcerte et m’effraie.
Je suis effrayé comme je l’ai été au zoo de Berlin devant la cage du gorille quand j’ai vu la bête s’asseoir sur une chaise, en face d’une table, et attendre sa pâtée.
- Comme un monsieur, dit quelqu’un qui m’accompagnait.

Saint Jean qu’on ne voit pas, saint Jean que le peintre ne représente pas dans cette plaine qui est toute la tragédie de saint Jean – et la nôtre – la tragédie de l’entrelacement et de la multitude des routes, de la multiplication de l’incertitude des chemins et de la nudité de la richesse, ce faux désert à travers lequel celui qui ne « gagne » pas s’ensevelit comme dans des sables mouvants.

Tout roule ici dans une loi implacable de machine. Et les trains incessants alimentent les foyers. La vie brûle tout le temps dans le corps des habitants de la ville, non plus pour la joie de la flamme mais pour l’utilisation de la flamme. La vie de chacun doit produire, la vie de chacun n’a plus son propriétaire régulier, mais appartient à quelqu’un d’autre, qui appartient à la ville. Une chaîne sans fin d’esclavage où ce qui se produit se détruit sans créer ni joie ni liberté. Alors, à quoi bon ? Mais je suis seul à parler dans la rue et personne ne m’entend. Personne ne peut m’entendre car les hommes et les femmes qui habitent cette ville sont devenus le corps même de cette ville et ils n’ont plus de corps animal et divin. Ils sont devenus les boulons, les rivets, les tôles, les bielles, les rouages, les coussinets, les volants, les courroies, les freins, les axes, les pistons, les cylindres de cette vaine machine qui tourne à vide sous Sirius, Aldébaran, Bételgeuse et Cassiopée. Ils sont comme de paillettes de métal dans le corps des pièces principales. Ils ne seront jamais plus alimentés de liberté, jamais plus.

Au fond, il s’agit surtout de laisser entrer la vie dans ce qui est devenu machinal et mécanique.

Ils avaient l’habitude d’attendre des ordres pour vivre. Maintenant, ils se sont décidés à vivre, humblement, de leur propre gré, sans écouter personne, et voilà que tout s’est éclairé, véritablement, comme quand on a trouvé l’allumette et la lampe, que la maison s’éclaire, qu’on sait enfin où porter la main pour trouver les choses nécessaires ; comme aussi quand l’aube s’allume dans une plus vaste habitation que la maison et qu’à l’endroit où le monde était fermé et noir sous une boue de nuit, les vallées, les fleuves, les collines et les forêts se découvrent avec toute la joie de vivre.

Il faut d’abord dire que nous sommes des paysans pauvres. Nous n’avons pas des champs immenses, nous ne sommes pas venus à cette conception moderne de la spécialisation. Nous n’avons pas des spécialités de plantes : rien que des vignes, rien que du blé, rien que des pommes de terre. Non, nous cultivons un peu de tout. Nous n’avons jamais dit : « notre exploitation agricole. » Nous disons : « notre ferme ». C’est une maison des champs qui tire toute sa vie de la terre.

On a dû te dire qu’il fallait réussir dans la vie ; moi je te dis qu’il faut vivre, c’est la plus grande réussite du monde. On t’a dit : « Avec ce que tu sais, tu gagneras de l’argent. » Moi je te dis : « Avec ce que tu sais tu gagneras des joies. »

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AlexeinAlexein   05 novembre 2017
Le monde portait les hommes quand il était revêtu de son inextricable forêt. Alors, générateurs de sources et d’ombres, ses halliers encombraient les chemins ; la paix et la joie marchaient à notre pas ; l’esprit a fait du monde ce désert nu, couvert de dunes de sable penchées de même pente l’une sur l’autre, jusque par-delà les quatre horizons. Avant de vous donner ma vraie réponse, je voulais vous faire comprendre que les hommes ne peuvent pas se passer d’habitations magiques.
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TipeeTipee   16 novembre 2016
Naturellement, pendant ce temps, au fond du pays, autour de tous ces entrepôts où l'on dénature, la foule des hommes qui meurent de faim gémit et gronde comme une forêt battue de vent, et de temps en temps des arbres s'écroulent et tombent sur la terre pour être la proie des vers; et naturellement, bientôt, le meilleur de ce peuple n'aura plus de feuillage, ni d'oiseau, ni de joie ; bientôt le meilleur de ce peuple - qui est exactement ce qu'on a appelé le populaire - n'aura plus ni force ni courage, car, pour vous qui n'êtes pas le populaire, mais qui êtes les riches et les forts, l'Etat, la société, votre société, votre social, il ne s'agit plus de manger ou de faire manger, mais votre seul souci est de faire produire de l'argent. Et on est arrivé à pervertir même parmi les meilleurs, les paysans, cette bonne partie de nous-mêmes, si bien qu'ils disent : "Je ne ferai plus de blé, je ne sèmerai plus de blé. Ça ne rapporte pas . Ça ne se vend pas. Celui que j'ai, je le donnerai aux poules. Je vais le verser dans la soue des cochons." il fut un temps où le blé était si précieux qu'on le demandait aux dieux dans les prières à côté des grandes qualités spirituelles. On le mettait sur le même pied que le pardon des offenses, la résistance aux tentations, la délivrance du mal. Voilà que vous avez été exaucés. Le pain quotidien vous est donné et vous criez : "Éloignez de nous l'abondance, faites régner la famine, ainsi soit-il!"
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philubiphilubi   24 mai 2010
Pendant ce temps, d'autres "contingentent" et "dénaturent". Ce qui devrait être abondant, gratuit, répandu sur la terre comme le limon des fleuves, ils le contingentent, ils le retiennent, le serrent dans des murs de béton, dans de gros coffres-forts à blé, ils l'enferment, ils poussent les gâches des grosses portes. Ils disent : "Ah ! enfin, c'est en sûreté. C'est des sous, ça sera des sous l'an prochain, plus tard, mais pour l'instant je suis tranquille, c'est enfermé !" Ils disent ça pendant que sur la terre des gens se sacrifient pour avoir un morceau de pain.
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