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ISBN : 2070359972
Éditeur : Gallimard (08/01/2009)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 24 notes)
Résumé :
En 1952, une famille d'Anglais est retrouvée assassinée à quelques kilomètres d'un petit village de Lurs dans les Alpes. Gaston Dominici est rapidement arrêté, jugé et déclaré coupable au cours d'un procès retentissant. L'écrivain Jean Giono se passionne pour ce terrible fait divers et assiste à toutes les audiences.
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
ahasverus
  30 mars 2013
En 1952, Jack et Ann Drummond sillonnent le Sud-Est de la France avec Elisabeth, leur petite fille de 10 ans. Ils assistent à une corrida dans les Basses-Alpes puis, repartent vers la Côte d'Azur. Ils campent pour la nuit près de la Grand'Terre, ferme de la famille Dominici.
Au matin,Jack et Ann Drummond sont retrouvés assassinés près de leur voiture. le corps d'Elisabeth repose plus loin. L'enfant a été tuée à coups de crosse.
Après bien des rebondissements, des aveux, des mensonges et des rétractations, Gaston Dominici, 75 ans, sera déclaré coupable du triple homicide et condamné à mort.En 1973, Jean Gabin endossera la peau de Gaston et Victor Lanoux celle de son fils Gustave dans un film de Claude Bernard-Aubert (dont je n'ai rien retenu d'autre). C'est vous dire la puissance des personnages.
Jean Giono a suivi le procès Dominici. Il nous le livre avec talent sur 114 pages d'un "J'accuse" qui ne lève pas le doigt. Provençal, il dessine les taiseux d'un pays où le silence est d'or, où"L'espoir est obligatoirement fabriqué à la main et ne peut être que d'un usage personnel.". C'est par là, observe Giono, que Victor Hugo fait commencer Les Misérables. Les hommes y vivent avec une "indifférence d'insecte". Certains mentent comme on respire. Tous sont, malgré l'effort de l'écrivain, ou plutôt à cause de lui, hors de la compréhension des gens de notre société. Leur vocabulaire est réduit à l'essentiel, le leur. Il est inadapté, incompréhensible.
"""LE PRESIDENT s'adressant à l'Accusé. - Êtes-vous allé au pont ? (Il s'agit du pont de chemin de fer.)
L'ACCUSE.- Allée ? Il n'y a pas d'allée, je le sais, j'y suis été."""
Mais il comprend si peu qu'il ne sait pas qu'il ne comprend pas. C'est Kafka en Provence. le portier de la loi face au vieil homme de la campagne.
On pourrait penser "quelle importance ?", tant la prison nous paraît préférable à la Grand'Terre. Tout au moins similaire...
"Si vous ne connaissez pas la porte où frapper, vous pourrez arpenter le village, il restera désert", explique Giono. Si les Drummond l'avaient su...
Gaston Dominici sera gracié par le général De Gaulle en 1960. Malgré les doutes et le talent de Giono, il ne sera jamais réhabilité. Il mourra le 4 mars 1965. Dans une "indifférence d'insecte". Je suppose.
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elsabook
  14 novembre 2014
" A l'aube du 5 août 1952, Gaston Dominici trouve le corps d'un homme assassiné à une centaine de mètres de sa ferme de la Grand-Terre à Lurs dans les Basses-Alpes (aujourd'hui Alpes-de-Hautes-Provence). Arrivés sur les lieux, les gendarmes découvrent deux autres cadavres. Il s'agit d'un couple d'Anglais, Jack et Ann Drummond, tués par balles, et de leur petite fille de dix ans, Élizabeth, tuée à coup de crosse. Commence alors l'une des affaires judiciaires les plus mystérieuses du XXe siècles. L'enquête dure un an et demi et aboutit à l'emprisonnement et la condamnation de Gaston Dominici." Extrait à l'aube du 5 août 1952
La célébrité de Sir Jack Drummond, éminent biochimiste anglais, et le profil du coupable idéal de la personne de Gaston Dominici, agriculteur "frustre et taciturne", vont déchainer la presse française et étrangère. Cette passion populaire international va engendrer divers films et livres notamment celui de Jean Giono.
Giono interroge le lecteur, revient et appuie sur les zones sombres de ce dossier. Des éléments pertinents-percutants ont été volontairement laissé de côté, l'absence de preuve flagrantes vont mettre au premier plan la présomption d'innocence, sur lequel les journalistes exercent un pouvoir fort. Les notes de Giono nous plonge au coeur même de l'affaire avec des témoignage pris sur le vif. On découvre un procès qui se base sur le langage n'ayant aucunes voir très peu de preuves physiques. " Il y a des preuves formelles qui démontrent la culpabilité de l'accusé que de preuves formelles qui démontrent son innocence"
L'accusé Gaston Dominici, paysan de 76 ans, utilise un vocabulaire réduit à l'essentiel, le sien. Il est inadapté, incompréhensible et se compose entre 35 et 40 mots en tout et pour tout. Il comprends si peu qu'il ne sait pas qu'il ne comprends pas.
""Le Président s'adressant à l'accusé - Etes-vous allé au pont? (il s'agit du pont du chemin de fer)
L'accusé - Allée? il n'y a pas d'allée, je le sais, j'y suis été""
Ces malentendus idiots irriteront les deux parties au point de ne plus s'entendre. On décrit l'Accusé comme brutal, cruel, sujet à de terribles colère et solitaire. Mais on ne prendra pas en compte son état de solitude, on en vient même à s'attacher à ce personnage tout à fait commun.
Un livre exceptionnel qui met en lumière les failles de la justice française.
En 114 pages, Giono soulève des questions auxquelles personnes à ce jour, n'a encore répondu. Et surtout une : Gaston Dominici est-il réellement coupable?
A vous d'en décider...
Lien : http://lavaguelitteraire.blo..
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brigetoun
  27 avril 2010
J'ai retrouvé le souvenir de conversations des parents autour de la table du salon de la maison de vacances, à cette heure entre chiens et loups où, enfants et presque grandes, nous attendions, sans trop d'agitation, dessinant ou faisant semblant de lire, l'heure du dîner, et un vague souvenir d'effroi. Je crois avoir retrouvé aussi la lecture de ces articles, oeuvre de commande, regard qui cherche l'honnêteté et parle de Giono, de sa façon de vivre ce pays et ces gens... j'ai reconnu cette impression, avant tout, de la rencontre de deux univers, de deux langues et de l'incompréhension qui en résulte,
et, déjà dans cette partie, les portraits et celui qui se dessine peu à peu de l'Accusé, avec ses zones d'opacité, ses contradictions, les tentatives de le comprendre, portrait splendide et peut-être fantasmé
Et il y a ce petit texte, gionitissime et merveilleux : «essai sur le caractère des personnages» où, amplifiant cette ébauche de portrait, l'éclairant, le justifiant par une tentative de reconstitution de la vie de Gaston Dominici - et ce que cela a fait, à sa suite ou en réaction, des fils – il raconte, il chante avec retenue, la haute Provence (schématisant un peu trop en passant l'autre, dont je découvre maintenant qu'elle n'est pas uniquement dans l'image pour visiteurs).
Il y a des pages admirables sur la description de ces «pays», les nuances entre Brunet, caché dans l'ombre, accroché à mi-chemin sur «le flanc noir du plateau de Valensole», la solitude et la vue que l'on a des pâturages sur la vallée de la Durance et l'ouverture sur le monde, Ganagobie et les durs contreforts de la montagne de Lure, les bois et la sauvagerie, et la petite et encore ingrate «Grande Terre», toute proche, mais proche également de la route, du chemin de fer, même si la gare désaffectée n'est plus que l'»aboutissement d'un téléphérique qui transporte le charbon des mines de Sigonce».
Pages dans lesquelles il y a l'amour du vieux pour ces terres dures à la richesse cachée, et surtout l'amour qu'a pour elles l'habitant de la déjà plus douce Manosque.
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hellza24
  18 juin 2016
Après ma lecture de Affaire Dominici : La contre-enquête de Jean-Louis Vincent, j'étais curieuse de lire les notes de Jean Giono qui a été témoin direct des événements : il était présent au tribunal, a vu les témoins et l'accusé. Son témoignage direct était intéressant dans la mesure où il donne une couleur et une épaisseur incomparable aux faits (je parle du procès ici, pas de l'enquête). Un livre qui se lit très vite, on en vient à oublier qu'il s'agit de faits réels : quand on aime la façon d'écrire de cet auteur, il pourrait aussi bien nous présenter certains de ses personnages.
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Nanne
  13 avril 2009
C'est à la demande du directeur de l'hebdomadaire "Arts" que Jean Giono consent à couvrir ce qui sera l'une des affaires les plus mystérieuses du 20ème Siècle. Deux raisons essentiellement le poussent à accepter ce travail. Tout d'abord, le meurtre a été commis à Lurs, petit village situé à une vingtaine de kilomètres de Manosque où vivait Jean Giono. Ensuite, l'auteur se passionne - comme beaucoup de ses contemporains - pour ce qui deviendra dans les annales de l'histoire judiciaire, l'Affaire Dominici.
Amoureux de la sémantique, Jean Giono est confondu durant tout le procès par le poids des mots qui pèseront lourds dans la balance de la Justice. Il comprend rapidement que ce procès particulier d'une affaire non moins complexe sera celui du langage, une querelle de points de vue divergents entre le Président et Gaston Dominici, le patriarche, le coupable idéal et tout trouvé. Parce que Gaston Dominici cumule tous les défauts héréditaires, toutes les tares sociales qui conforteront cette position de coupable : égoïste, rude, primitif, dur à la tâche, taciturne.
Lien : http://dunlivrelautredenanne..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
NanneNanne   13 avril 2009
Au moment où je classe ces notes prises pendant le déroulement du procès, c'est dimanche après-midi, le jury et la Cour sont en délibération dans la salle du conseil. Je suis bourrelé de scrupules et plein de doutes. Si je fais le compte, il y a autant de preuves formelles qui démontrent la culpabilité de l'Accusé que de preuves formelles qui démontrent son innocence. J'ai assisté au procès à une place qu'on m'a désignée et qui était de choix : juste derrière le Président. Je voyais très bien l'Accusé, à trois mètres de moi. J'ai vu, de face, et à la même distance, les témoins pendant qu'ils témoignaient. Je pouvais voir les visages de tous les jurés. J'ai regardé et écouté jusqu'à en être brisé de fatigue.
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brigetounbrigetoun   27 avril 2010
Les mots. Nous sommes dans un procès de mots. Pour accuser, ici, il n'y a que des mots ; l'interprétation de mots placés les uns à côté des autres dans un certain ordre. Pour défendre également... nous sommes dans un total malentendu de syntaxe
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brigetounbrigetoun   26 avril 2010
Peut-être mufle, goujat et cruel, mais incontestablement courageux, fier et entier. Une hypocrisie très fine, Renaissance italienne. La cour, les hommes habillés de rouge, les gendarmes et les soldats ne l'impressionnent guère ou, s'ils l'impressionnent, il ne le montre pas. On a vu qu'il répond du tac au tac au Président, sans insolence, avec bon sens. Même à ses risques et périls, il tient tête, et malgré tout ce que disent les enquêtes psychologiques, il tient tête sans colère. Il est rusé mais il n'est pas habile. A maintes reprises il s'est montré laid. Je le crois capable de générosité à condition que cette générosité soit un spectacle. Malgré son vocabulaire très restreint (pendant tout le temps des débats il s'est servi de trente-cinq mots. Pas un de plus. Je les ai comptés), à un moment il commence par : "Moi, on m'a pris comme un mouton dans la bergerie" et il fait sur son état de berger solitaire six phrases parfaites.
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kpotrapelioukkpotrapeliouk   30 octobre 2016
Tout Accusé disposant d'un vocabulaire de deux mille mots serait sorti à peu près indemne de ce procès. Si, en plus, il avait été doué du don de parole et d'un peu d'art de récit, il serait acquitté. Malgré les aveux. (...)
Le clown a cependant un vocabulaire de cent à cent cinquante mots. L'Accusé n'a qu'un vocabulaire de trente à trente-cinq mots, pas plus. (J'ai fait le compte d'après toutes les phrases qu'il a prononcées au cours des audiences.) Le Président, l'Avocat Général, le procureur, etc., ont, pour s'exprimer, des milliers de mots.
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NanneNanne   13 avril 2009
La haine est féroce, la colère sans frein, l'ambition démesurée. La jalousie et l'envie font des miracles. Les vertus sont sans commune mesure avec les vertus des êtres dits civilisés. La générosité épouvante ; la tendresse a la saveur d'un péché mortel; l'amitié défie les lois même naturelles [...].
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Isabelle Carré, auteure du magnifique roman "Les Rêveurs", nous parle de sa lecture du roman de Jean Giono, "Que ma joie demeure".
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