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EAN : 9782070362202
243 pages
Éditeur : Gallimard (06/10/1972)
3.78/5   1052 notes
Résumé :
Qui donc a profité des neiges pour égrainer un chapelet de cadavres? Dans ce village du Dauphiné, l'arrivée du printemps rejette ses secrets et ses morts : au bout de trois victimes, on finira par faire appel à un spécialiste, le commandant Langlois, qui découvrira bien vite la vérité. Mais pourra-t-il y survivre ?
Étranges personnages que ceux de ce récit; étrange roman, qui tient du théâtre de l'absurde, du conte séculaire et de la parabole. Parabole laïqu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (106) Voir plus Ajouter une critique
3,78

sur 1052 notes

qmike549
  04 mai 2021
Que fait-on quand l'on s'ennuie ?....Chercher un étrangleur…Partir ailleurs pour....s'ennuyer ailleurs…Que faire pour tuer le temps.....sans se tuer....!.....
Est-ce que Dieu s'ennuie ?....Mais que faire lorsque l'on s'ennuie… ?
Le romancier Jean Giono nous propose de suivre les péripéties d'un roi sans divertissementUn roi sans divertissement est un homme plein de misères… !.
« Un roi sans divertissement » est un roman de Jean Giono publié en 1947
« Un roi sans divertissement » est un titre…ce titre n'a pas été choisi au hasard par l'auteur Jean Giono….Ce titre renvoie à la phrase qui clôt le roman et que Giono emprunte aux Pensées de Pascal : un roi sans divertissement est un homme plein de misères ….
« Un roi sans divertissement » est une période….De 1843….1848…..soit six hivers successifs !.....En 43 (1800)…l'hiver avait commencé tôt…depuis…dare-dare…A midi, tout était couvert….tout était effacé….il n'y avait plus de monde….il n'y avait plus rien……
« Un roi sans divertissement » est un endroit…une région… le Trièves est une petite région naturelle située dans le sud du département de l'Isère, dans les Alpes françaises…..
« Un roi sans divertissement » est….l'hiver 1843….. Dans un petit village du Trièves que la neige a coupé du monde, une jeune femme disparaît. On a beau fouiller les environs dès le dégel arrivé, son corps reste introuvable…..
« Un roi sans divertissement » est ce petit village…menacé chaque hiver par les phénomènes de la nature… ce village menacé physiquement par la neige et la brume qui l'emprisonnent….ces phénomènes incontrôlables qui isolent les habitants dans un environnement clos….comme une prison…..c ‘est l'ennui qui arrive….l'ennui qui demeure…l'ennuie…..
Avec la durée, il n'est rien qui échappe à l'ennui…. même les plus grands plaisirs. (Giono)…..D'ailleurs nous disons régulièrement : « Je meure d'ennui »….
« Un roi sans divertissement » est le temps……le temps des saisons…le temps de l'enchaînement des saisons....l'alternance saisonnière…Ce qui n'empêche pas l'hiver 1844 d'arriver….au contraire…..le rythme de la nature est socle fondamental de la perception du temps…..
Et comme Jean Giono aime jouer avec le lecteur….le temps n'est pas non plus linéaire….retour vers le passé…retour vers le présent…puis retour vers….
« Un roi sans divertissement » est un hêtre…Oh …mais n'importe quel hêtre….il n'en existe pas de plus beau ......
C'est l'Apollon-citharède des hêtres….Il n'est pas possible qu'il y ait….dans un autre hêtre…où qu'il soit….une peau plus lisse, de couleur plus belle….une carrure plus exacte…des proportions plus justes…
Impossible…impossible de trouver plus de noblesse que cet Apollon !...
D'ailleurs…Il est hors de doute qu'il se connait et qu'il se juge…
D'ailleurs tous pensent au hêtre tout naturellement…parce qu'il était…..il est toujours près du canal. Et surtout parce que c'étaient/c'est le plus beau hêtre qu'on ait jamais vu……au printemps….c'est un hêtre divin… c'est un Dieu.. !..Le Dieu Apollon….ce dieu grec des arts, du chant, de la musique, de la beauté masculine, de la poésie et de la lumière….
« Un roi sans divertissement » est Frédéric alias Frédéric II…le successeur de la scierie…celle sur la route d'Avers…Frédéric II y succède à son père…à son grand-père…à son arrière-grand-père…soyons clair…il succède à tous les Frédéric….
Frédéric II entendit soudain un cri dans le hêtre ?....Naturellement le hêtre était…comme à l'accoutumée…complétement effacé par la brume…On en voyait le tronc….un tronc énorme…tout le reste était complètement perdu !....Mais quel était ce bruit ? ….on ne voyait rien…mais on envoyait un bruit étrange…..
Frédéric II s'approcha tout près de l'arbre…quand soudain ce bruit…ressembla à quelques chose….un homme !...Qui descendait lentement le long des deux mètres cinquante de tronc….et qui… maintenant était visible….Qui c'était ?....Qui est ce type-là ?....Qu'est-il foutait là-haut ?....dedans ?.....
Soudain…il s'aperçut que…dans le tronc….planté de distance….à distance, de gros clous de charpentier faisaient comme un….escalier ? ….
Ce hêtre symbole…est mémoire de l'intrigue…Il ouvre le récit….il clôture l'enquête…..
« Un roi sans divertissement » est Marie Chazottes…..elle a disparu….fugue. ?...Enlèvement ?....Emportée par un ange à moustache ?...Qui qui a enlever cette Marie Chazottes... ?...si c'est un ange…c'est un ange noir ?...mais qui a pu l'enlever ?...mais mon Capitaine…c'est à vous de le découvrir ?
D'ailleurs ici on sait juste qu'elle a à peu près vingt…vingt-deux ans. Difficile de savoir…elle comment elle est …Ici, dans nos villages isolés…on dit… »C'est une belle femme »…
Je traduis pour les non-initiés…Belle ? Pour… grosse femme….Belle ? Pour gros mollets…Belle ? Pour grosses cuisses….Belle ?....Pour grosse poitrine…c'est beau…donc…on dit….c'est une belle femme. !.....Oui. Chez-nous…on ne dit pas…elle est pas mal…ou encore…elle est jolie…non non…..on dit…elle est Belle !....
« Un roi sans divertissement » est Bergues …. Lui aussi a disparu…..On ne s'en aperçut pas tout de suite….. Il est célibataire et personne ne peut dire à quel moment exactement il a manqué au monde.... Mais, en hiver 44 on s'inquiéta au bout de quatre ou cinq jours…
Chez lui, tout était placé de façon à faire craindre le pire... Sa porte d'abord n'était pas fermée….. Ses raquettes et son fusil étaient là…. sa veste, doublée de peau de mouton, était pendue à son clou…
D'ailleurs….mieux vaut excuser Bergues…ce célibataire est un peu sauvage…il ne sait pas se tenir…ni pour boire …ni pour rien….bon…un vrai célibataire quoi !
« Un roi sans divertissement » est la cherche d'un assassin…un serial killer introuvable……
« Un roi sans divertissement » est les couleurs rouge et blanc….la surface neige porte le rouge….le sang…C'était du sang en goutte….très frais…pur…sur la neige !...les traces est trace…la marque de la …mort !...les traces de sang sont indices….
« Un roi sans divertissement » est Saucisse…non…n'ayez pas l'esprit mal tourné…Saucisse…s'écrit ici avec un S majuscule…Saucisse est une personne…Saucisse est une ancienne prostituée de Grenoble….Eh oui…chacun doit bien gagner courageusement sa vie…Saucisse est la tenancière de l'auberge du Village…..Le Café de la Route….
Saucisse est notion de temps…elle est symbole du passé…
« Un roi sans divertissement » est un étrange capitaine de gendarmerie Langlois….Il s'installe dans l'auberge d'un village isolé par la neige pour rechercher un tueur mystérieux…..Ce Langlois pose des questions d'enquêteur…
Ce récit a été écrit dans un contexte particulier….le romancier Jean Giono a été incarcéré en 1939……en raison de ses activités pacifistes…est reproché sa participation à un journal collaborationniste nommé « La Gerbe »….
Pour les non-initiés……La Gerbe est un journal collaborationniste français, publié du 11 juillet 1940 au 17 août 1944. Il a été fondé par l'écrivain Alphonse de Châteaubriant….
Jean Giono est incarcéré pendant deux mois….. Il sera libéré grâce à une intervention d'André Gide et bénéficiera d'un non-lieu… ni actes…ni discours en faveur de l'occupant ni appartenance politique de collaboration ne pourront lui être reprochés...Il rentre à Manosque……
A sa libération…Jean Giono est inscrit…sur une liste noire d'écrivain…Il lui est interdit de publier de nouvelles oeuvres…..Jean Giono…De cette malheureuse expérience…Jean Giono est meurtri….
Jean Giono adopte une nouvelle façon d'écrire. Finies les tendances dites tendances « rousseauistes » d'avant-guerre….Giono est persuadé….avec raison…que l'homme a une part de sombre en lui…..
Jean Giono…ne nous décrit pas la Provence lumineuse…Cette Provence tant aimée de tous…mais plutôt….une montagne…disons : Imaginaire. D'ailleurs…on s'en fiche du vrai…peu importe…ce qui compte… est l'imaginaire…..
Le récit s'étale sur quatre années dotées d'un système narratif très complexe…Jean Giono aime jouer avec les nerfs du lecteur….ce récit de Jean Giono est basé sur un mélange des genres….. du réalisme…. du baroque….de l'humour…. de la poésie, tous les ingrédients sont réunis pour dérouter le commun des lecteurs….
A noter que ce roman est classé par les éditeurs dans les romans contemporains…alors que cet ouvrage a été publié…il y a plus d'un demi-siècle ?....comme quoi….certains ont une définition bien curieuse du « contemporain »….Pour moi…le contemporain – selon la définition – regroupe les ouvrages des vingt dernières années….mais peut-être ai-je tort ?.....
Terminons par cette maxime « le divertissement permet de s'aveugler sur notre monde »……..
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Woland
  04 novembre 2011
Ah ! Ecrire comme Giono ! Qui n'en a pas rêvé au moins une fois ? ... Simplicité, quiétude, bon sens, aisance, familiarité, naturel, tout cela recouvrant une complexité de pensée qui fascine et ouvre l'esprit à l'universel.
Paré de toutes ces qualités, "Un Roi Sans Divertissement" est l'un des grands romans de Giono, une réponse subtile et hautaine aux mesquineries et aux lâchetés de ce prétendu Comité national des écrivains qui, à la botte des communistes et de leurs proches, l'avaient interdit de publication alors qu'il ne s'était jamais compromis avec l'occupant nazi. "Ces haineux", comme les désigne Albert Paraz dans son merveilleux "Gala des Vaches", n'avaient comme raison précise de placer Giono à l'index, que la jalousie qu'ils éprouvaient envers le génie de l'écrivain. Avec son "Roi Sans Divertissement", Giono remet les pendules à l'heure et prouve à ces juges improvisés et dégoulinants de fausse vertu qu'ils ont bien tort d'imputer les horreurs du dernier conflit mondial à l'esprit prétendument maléfique de tel ou tel homme, à la lâcheté de tel ou tel peuple. A ses yeux d'anticonformiste fier de "marcher seul", à ses yeux d'humaniste, l'instinct qui a amené à commettre toutes ces monstruosités n'est pas un mais multiple car il pousse comme du chiendent dans le coeur de tout homme.
"Un Roi Sans Divertissement" traite en effet, et uniquement, de cet instinct qui sommeille, dit-on, tout au fond de notre cerveau reptilien : l'instinct de tuer, comme ça, pour le seul plaisir - une caractéristique exclusivement humaine.
Dans un paysage dont, malgré le fil des saisons qui passent, le lecteur ne retiendra que la neige - une neige épaisse, silencieuse et glacée, qui étouffe la terre et les hommes - un mystérieux inconnu, aussi insaisissable que la bise qui descend des montagnes, aligne un nombre de plus en plus grand de cadavres : hommes, femmes, enfants, tout lui est bon et rien ne l'apaise. Il faudra un hasard tout à fait inattendu, un villageois qui sort de chez lui un peu plus tôt que prévu, pour que le monstre soit identifié et finalement arrêté. Il s'agissait d'un habitant du bourg voisin. Langlois, le gendarme qui, l'hiver précédent, l'avait traqué sans relâche mais en vain, se charge de le ramener en prison. Mais, sur la route du retour, il l'abat froidement, déclarant à ses compagnons que c'était un accident et envoyant le jour-même sa démission à ses supérieurs.
Commence alors la partie la plus énigmatique mais aussi la plus subtile du roman, celle qui retrace le lent mais résolu cheminement de Langlois, cette personnalité en apparence solide et tout d'une pièce, vers cette vérité impitoyable : comme le tueur en série qu'il a abattu, lui aussi abrite en son coeur ce terrible instinct de mort. Pire : hormis tuer, rien ne l'intéresse, rien ne le calme - rien ne le réjouit. Pour échapper à ce démon intérieur qu'il est le seul à voir et à comprendre (ou pour échapper à l'ennui qu'il ressent ? ) , Langlois finit par se faire sauter la cervelle.
Giono ne donne jamais le point de vue intime de l'ancien gendarme. Il se contente de faire raconter les faits par les villageois qui, depuis sa première apparition dans leur hameau, ont appris à l'apprécier et se sont même liés avec lui. Et leur vision, simple, qui ne s'embarrasse pas d'analyses freudiennes avant la lettre mais tient compte du sens aigu qu'ils ont de l'Homme et de sa place au sein d'une Nature qui, elle aussi, est capable de tuer, constitue le prisme idéal. Attention cependant : "Un Roi Sans Divertissement" demande beaucoup à son lecteur. Celui qui s'y intéresserait seulement pour découvrir le récit, forcément captivant, de la traque d'un meurtrier multirécidiviste, celui-là risque d'être très, très, très déçu et de passer à côté de l'un des romans les plus puissants et les plus complexes de la littérature française du XXème siècle. ;o)
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PhilippeCastellain
  29 février 2020
Je connaissais le film de 1963 de François Leterrier, pas encore le livre. Les deux s'avèrent fort différents. le film condense, aussi bien dans la durée que des personnages. Il explique également, un peu trop peut-être, là où le livre laisse tout le champ des possibles ouvert à l'interprétation, et ne fait que distiller des indices.

Un petit village dans la montagne, en hiver. La neige recouvre tout. La vie est comme arrêtée. Chaque jour passe, blanc de neige et semblable au précédent. Jusqu'au jour où une jeune fille disparaît. Pas une trace, rien. Elle s'est comme volatilisée. Quelques jours plus tard, un porc est bizarrement mutilé, un jeune gars manque de se faire tuer par un homme surgi de nul part, aussi vite disparu et dont personne n'a pu voir le visage. La peur s'installe sur le hameau. Un chasseur se prend d'organiser la surveillance, de patrouiller, monter la garde. Vient le printemps. On respire. Mais l'hiver suivant, le chasseur disparaît...

Cette fois, c'est la panique. de Grenoble, le procureur du roi envoie un peloton de gendarme. A leur tête, un dénommé Langlois. Homme de peu de mots et de beaucoup de silence. Mais pour trouver l'assassin, il faut comprendre pourquoi il fait ça. Rentrer dans sa tête. Voir les choses comme il les voit. Et après cela, peut-on les voir comme on les voyait avant ? Pas sûr...

Bien qu'étant son oeuvre la plus connue, je pense de plus en plus que 'La trilogie de Pan' est loin d'être ce que Giono a fait de mieux. de sa plume les mots coulent comme les boisseaux de grains dans les sacs, mais il cherche à saisir son propos comme un forgeron maladroit tâtonnerait dans le feu à la recherche d'un petit morceau de fer. Ici, en quelque phrases qu'il ne dit pas, il réussit à agripper au corps et coucher sur papier ce malaise profond des campagnes, quand le silence, la neige et la solitude recouvraient tout jour après jour...
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aouatef79
  19 février 2020
"Un roi sans divertissement "est un roman fort , puissant et dense .Il a été écrit en 1946 mais il ne fut publié qu 'en 1947 car l 'Union des Écrivains français sous la férule des communistes l 'a interdit en laissant entendre que l 'auteur a collaboré avec les nazis durant l 'occupation de la France durant la Deuxième Guerre mondiale .L ' Histoire l ' a innocenté car Jean Giono certes n 'était pas un maquisard ni un Résistant mais il est resté loin de toute compromission avec les nazis . Lire les romans de cet auteur est toujours un vrai plaisir car il a des qualités qui font qu 'on respecte et on estime ce grand écrivain .C 'est un pacifiste qui est contre la guerre et toutes les guerres quelques soient les raisons avancées pour les justifier . C 'est un anticonformiste et un Humaniste C'était un homme de bonne volonté .Il est un grand ami de la Nature dans toutes ses manifestations et il fait tout pour la défendre .Un écologiste .Il est très attaché à son terroir qu 'il décrit bien dans ses livres .
Un roi sans divertissent est un roman où le principal protagoniste est l 'officier de gendarmerie Langlois .Ce dernier est envoyé avec un groupe de six agents pour élucider les mystérieuses disparitions d 'hommes , de femmes et d 'enfants dans un bourg du Dauphiné .Le tueur en série a sévi dans le village durant des années mais les gendarmes n 'arrivent pas à mettre la main sur lui .Mais c 'est par un heureux hasard qu 'il fut remarqué
par un habitant du village .L 'assassin est remis aux gendarmes qui l 'arrêtent .Le commandent Langlois est chargé de le ramener au siège de la gendarmerie mais au
cours voyage , l 'officier sort son arme de service et l 'abat.
L 'officier qui n 'arrive pas à s 'expliquer son geste se fait exploser sa tête mais avant il a donné sa démission .
Deux graves drames ! Comment expliquer qu 'une personne puisse passer à l 'acte de flinguer des innocents? l''auteur nous donne aucune explication sur ces actes démentiels .
Peut-on l 'expliquer par l 'ennui ?
La conclusion on la laisse au philosophe Passcal qui dans
Les Pensées écrivait :"Qu 'on laisse un roi tout seul sans compagnie , penser à lui à loisir ; et l 'on verra qu 'un roi
sans divertissement est un homme plein de misères ".






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Henri-l-oiseleur
  24 février 2016
Il m'a fallu du temps et de la peine pour entrer dans "Un roi sans divertissement", perturbé que j'étais par l'habitude du premier Giono, somptueux et mythologique, amant de la terre et de l'être, mais aussi par la référence pascalienne, que j'ai recherchée longtemps en vain dans le roman avant de la trouver et de comprendre qu'elle l'irrigue tout entier, sans jamais se faire voir. Comme "La condition humaine", ce roman de Giono donne chair et force à l'une des plus profondes intuitions tragiques de Pascal, mais à la façon d'un roman policier raconté sur un ton décalé, plein de digressions et de portraits savoureux de personnages. Loin d'être un roman philosophique, ce "Roi sans divertissement" montre que l'assassin, l'enquêteur et les victimes partagent avec le lecteur une connaissance et une expérience intimes de l'humain et de sa blessure essentielle. C'est ce partage d'expérience profond qui rend l'élucidation des crimes possible, mais aussi la lecture du roman et la participation du lecteur. Alors, comment lire ce roman ? Pas comme je l'ai fait : que le lecteur oublie les informations du titre, les critiques, les quatrièmes de couverture et autres, pour ne lire que le texte. Cela suffira à son bonheur, autrement dit, à son divertissement. .
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Citations et extraits (89) Voir plus Ajouter une citation
MeduzanticMeduzantic   05 avril 2012
[Le feuillage du hêtre de la scierie] était d'un dru, d'une épaisseur, d'une densité de pierre, et sa charpente (dont on ne pouvait rien voir, tant elle était couverte et recouverte de rameaux plus opaques les uns que les autres) devait être d'une force et d'une beauté rares pour porter avec tant d'élégance tant de poids accumulé. Il était surtout (à cette époque) pétri d'oiseaux et de mouches ; il contenait autant d'oiseaux et de mouches que de feuilles. Il était constamment charrué et bouleversé de corneilles, de corbeaux et d'essaims ; il éclaboussait à chaque instant des vols de rossignols et de mésanges ; il fumait de bergeronnettes et d'abeilles ; il soufflait des faucons et des taons ; il jonglait avec des balles multicolores de pinsons, de roitelets, de rouges-gorges, de pluviers et de guêpes. C'était autour de lui une ronde sans fin d'oiseaux, de papillons et de mouches dans lesquels le soleil avait l'air de se décomposer en arcs-en-ciel comme à travers des jaillissements d'embruns. Et, à l'automne, avec ses longs poils cramoisis, ses mille bras entrelacés de serpents verts, ses cent mille mains de feuillages d'or jouant avec des pompons de plumes, des lanières d'oiseaux, des poussières de cristal, il n'était vraiment pas un arbre. Les forêts, assises sur les gradins des montagnes, finissaient par le regarder en silence. Il crépitait comme un brasier ; il dansait comme seuls savent danser les êtres surnaturels, en multipliant son corps autour de son immobilité ; il ondulait autour de lui-même dans un entortillement d'écharpes, si frémissant, si mordoré, si inlassablement reprétri par l'ivresse de son corps qu'on ne pouvait plus savoir s'il était enraciné par l'encramponnement de prodigieuses racines ou par la vitesse miraculeuse de la pointe de toupie sur laquelle reposent les dieux. Les forêts, assises sur les gradins de l'amphithéâtre des montagnes, dans leur grande toilette sacerdotale, n'osaient plus bouger. Cette virtuosité de beauté hypnotisait comme l'oeil des serpents ou le sang des oies sauvages sur la neige. Et, tout le long des routes qui montaient ou descendaient vers elle, s'alignait la procession des érables ensanglantés comme des bouchers.
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FortunaFortuna   23 mars 2017
Chaque soir, désormais, les murailles du ciel seront peintes avec ces enduits qui facilitent l'acceptation de la cruauté et délivrent les sacrificateurs de tout remords. L'Ouest, badigeonné de pourpre, saigne sur des rochers qui sont incontestablement bien plus beaux sanglants que ce qu'ils étaient d'ordinaire rose satiné ou du plus bel azur commun dont les peignaient les soirs d'été, à l'heure où Venus était douce comme un grain d'orge. Un blême vert, un violet, des taches de soufre et parfois même une poignée de plâtre là où la lumière est la plus intense, cependant que sur les trois autres murailles s'entassent les blocs compacts d'une nuit, non plus lisse et luisante, mais louche et agglomérée en d'inquiétantes constructions : tels sont les sujets de méditation proposés par les fresques du monastère des montagnes. Les arbres font bruire inlassablement dans l'ombre de petites crécelles de bois sec.
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mandarine43mandarine43   16 mars 2012
Chaque soir, désormais, les murailles du ciel seront peintes avec ces enduits qui facilitent l'acceptation de la cruauté et délivrent les sacrificateurs de tout remords. L'Ouest, badigeonné de pourpre, saigne sur des rochers qui sont incontestablement bien plus beaux sanglants que ce qu'ils étaient d'ordinaire rosé satiné ou du bel azur commun dont les peignaient les soirs d'été, à l'heure où Vénus était douce comme un grain d'orge.
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aouatef79aouatef79   15 février 2020
C 'est juste au virage ,dans l 'épingle à cheveux ,au bord de la route .Il y a là un hêtre ; je suis bien persuadé qu 'il n 'en existe pas de plus beau : c 'est l'Apollon-citharède des hêtres .Il n 'est pas possible qu 'il y ait ,dans un autre hêtre ,où qu 'il soit ,une peau plus lisse ,de couleur plus belle , une carrure plus exacte , des proportions plus justes , plus de noblesse , de grâce et
d 'éternelle jeunesse : Apollon exactement , c 'est ce qu 'on se dit dès qu 'on le voit et c 'est ce qu 'on se redit inlassablement quand on le regarde .
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Charybde2Charybde2   26 octobre 2014
On avait rentré le Georges. Il était d’ailleurs sur pied et il buvait un peu d’alcool d’hysope pour se remettre. Et voilà ce qu’il dit :
« J’ai tourné le coin. Je n’ai rien vu. Rien du tout. On m’a couvert la tête avec un foulard et j’ai été chargé comme un sac sur le dos de quelqu’un qui m’emportait, qui a fait quelques pas ; qui m’emportait, quoi. Mais, quand j’ai reçu ce foulard sur la figure, j’ai baissé la tête, ce qui fait que, quand on m’a chargé, au lieu que le foulard m’étrangle en même temps, il ne m’a pas tout à fait étranglé puisque j’ai pu crier. Alors, on m’a rejeté et j’ai entendu le père qui disait : « Oh ! Capounas ! » Et après, il a tiré un coup de fusil. »
Il n’avait pas pu aller jusqu’aux soues où, d’ailleurs, le tumulte continuait. On alla se rendre compte et là, alors, on vit quelque chose d’assez malpropre. Un des cochons était couvert de sang. On n’avait pas essayé de l’égorger, ce qu’on aurait pu comprendre. On l’avait entaillé de partout, de plus de cent entailles qui avaient dû être faites avec un couteau tranchant comme un rasoir. La plupart de ces entailles n’étaient pas franches, mais en zigzags, serpentines, en courbes, en arcs de cercle, sur toute la peau, très profondes. On les voyait faites avec plaisir.
Ça, alors, c’était incompréhensible ! Tellement incompréhensible, tellement écœurant (Ravanel frottait la bête avec de la neige et, sur la peau un instant nettoyée, on voyait le suintement du sang réapparaître et dessiner comme les lettres d’un langage barbare, inconnu), tellement menaçant et si directement menaçant que Bergues, d’ordinaire si calme et si philosophe, dit : « Sacré salaud, il faut que je l’attrape. » Et il alla chercher ses raquettes et son fusil.
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Pour la rentrée littéraire 2021, c'est l'immense Erri de Luca qui rejoindra Futuropolis pour L'Heure H, son premier scénario de bande dessinée, signé avec Cosimo Damiano Damato et Paolo Castaldi, dans l'Italie ouvrière des années 1970. C'est aussi l'adaptation d'Un Roi sans divertissement, de Jean Giono, par Jean Dufaux et Jacques Terpant. C'est l'histoire personnelle de David Prudhomme, qui raconte une enfance à Chateauroux où l'on attend du Bruit dans le ciel. Et c'est enfin un tour dans les coulisses d'Hollywood avec son premier géant, Fatty, raconté par Julien Frey et Nadar. Bonne rentrée !
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