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EAN : 9782012789777
351 pages
Hachette (25/08/1999)
4.3/5   78 notes
Résumé :
Nous nous croyons libres, autonomes dans nos choix, que ce soit celui d'une personne ou d'un objet. Illusion romantique ! En réalité nous ne choisissons que des objets désirés par l'autre, mus le plus souvent par ce que Stendhal appelle les sentiments modernes, fruits de l'universelle vanité : " L'envie, la jalousie et la haine impuissante. " Partant d'une analyse entièrement renouvelée des plus grands chefs-d'oeuvre de la littérature, René Girard retrouve partout c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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On résume souvent l'apport de Girard par une formule un peu passe-partout - "le désir triangulaire" - qui, si elle permet de ranger le bonhomme dans une case de notre cerveau, ne lui rend par contre absolument pas le gigantesque mérite qui devrait lui revenir. Car ce que beaucoup prennent pour un aboutissement n'est en réalité que le point de départ d'une enquête extraordinaire au pays des "romanciers géniaux" (l'expression est de René, et dans sa candeur assumée elle est déjà merveilleuse), un modèle de pénétration et d'esprit synthétique qui part d'un commentaire littéraire pour aboutir à un diagnostique sociologique et psychologique des quatre derniers siècles de l'Occident.

Qu'en est-il en quelques mots ? Effectivement Girard s'appuie sur l'idée que personne ne choisit l'objet de son désir de façon autonome, qu'il y est toujours poussé via le désir d'un tiers, un Médiateur qui l'aiguillone, lui donne envie d'avoir envie comme chantait Johnny. Et cette idée, il la prend d'ailleurs chez Rougemont qui montre déjà dans l'Amour et l'Occident que Tristan n'aimerait pas Iseult si elle n'était pas la femme du Roi. Un peu banal tout ça me direz-vous ? Sauf que le tour de force de René, c'est de se servir de ce schéma pour analyser non pas les oeuvres, mais l'écriture même de quatre génies romanesques : Cervantès, Stendhal, Proust et Dostoïevski. Écriture d'une telle radicalité qu'elle va, à rebours, lui permettre de développer tout ce que le concept de "désir triangulaire" renfermait jalousement en son sein. Ce qui l'intéresse, ce n'est nullement de savoir qui aime qui et pourquoi dans La Chartreuse de Parme ou dans L'Idiot, c'est de retracer l'enfouissement par une civilisation d'une de ses structures de pensée (pour faire vite là où Girard analyse très finement le phénomène = on se choisit un médiateur à cause d'un orgueil démesuré couplé à une haine de soi féroce), et de montrer en parallèle comment des romanciers-voyants se sont servis du roman pour révéler ce gigantesque refoulement. Un refoulement qu'il met sur le compte de l'esprit romantique (d'où le titre de l'ouvrage) compris non comme une catégorie esthétique mais comme une obsession trans-historique à vouloir tout diviser selon la ligne Moi / Autrui.

Petit à petit, il ne s'agit donc plus tant de comprendre le désir, que de déterminer grâce au quatuor de romanciers géniaux pourquoi l'Occident passe son temps à n'y rien comprendre. L'entreprise de Girard est d'une ambition folle, mais force est de constater qu'il met en oeuvre tous les outils en son pouvoir pour la mener à bien. Jamais dogmatique, même quand il affirme, jamais monolithique même quand il synthétise, il se livre à des plongées en apnée dans les pages les plus touffues de Don Quichotte, de la Recherche ou des Démons que tout amoureux de ces romans-là se doivent de découvrir au plus vite. Il dépoussière, il traque les lieux communs, les erreurs volontaires, les aveuglements, il trace des raccourcis et lance des passerelles entre les siècles, bouleversant la chronologie pour montrer que dans la sphère du génie (et par génie il entend des auteurs qui ont su traverser l'enfer pour revenir au monde comme neufs, une rose à la main) la succession temporelle n'a plus cours, bref il perce les baudruches de tous les idéalistes naïfs refusant de voir que les mauvais romans et les critiques médiocres ne sont là que pour conforter la pusillanimité des hommes, ces pauvres animaux qui préfèrent oublier que leur illusion de liberté n'est qu'un esclavage qui s'ignore. Girard est un froid passionné, ou un rationnel amoureux, et son livre, à force de frapper l'ennemi, ne fait qu'avancer degré par degré vers la Lumière. Sa dernière phrase, qu'il emprunte comme il se doit à la fin des Frères Karamazov, est comme un ultime arrêt au seuil du souterrain, les yeux tournés vers l'horizon : « Oui, c'est vrai, nous ressusciterons, nous nous reverrons, et nous nous raconterons joyeusement ce qui s'est passé ».

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Probablement l'ouvrage le plus accessible de cet auteur, ce volume est le premier d'une série de livres qui tournent tous autour des mêmes sujets (le désir mimétique, le bouc émissaire, le sacré et le religieux... ) et qui pose les premiers jalons de ce qui va devenir une "théorie de l'homme" pour l'anthropologue et philosophe René Girard
Mensonge romantique et vérité romanesque est le plus facile à lire car il expose pour la première fois la théorie du désir mimétique et il le fait de la façon la plus abordable qui soit en s'appuyant sur des oeuvres romanesques (que l'on peut lire facilement : Dostoïevski, Proust, Stendhal...).
C'est éblouissant d'intelligence et l'on apprend ainsi comment l'individu se soumet inconsciemment à des modèles qu'il imite au point de vouloir un jour devenir modèle à la place du modèle (!). D'où l'envie, la jalousie et la haine qui se suivent en cortège bien rangé.
Cela paraît très simple au départ mais la réflexion permettant de mettre au jour et de reconnaître ces mécanismes dans leurs rouages les plus intimes ne l'est pas.
D'après Girard, le romantisme est porteur d'une forme de mensonge que l'individu se fait à lui même lorsqu'il se croit libre dans ses choix, libre dans ses désirs et ses passions. L'individu romantique s'affirme dans un "je" qu'il pense authentique. Il croit que tout ce qu'il pense, désire et aime ne vient que de lui. Or, nous dit Girard, c'est ici que réside l'illusion. La vérité nous est révélée dans les oeuvres romanesques où l'on s'aperçoit que tous nos désirs, même les plus intimes, ne nous appartiennent pas mais nous viennent de l'extérieur et sont empruntés à autrui (le modèle). C'est donc "l'autre" qui nous suggère toujours ce que l'on désire. Une fois l'objet convoité et possédé, il perd bien souvent son attrait et devient nul à nos yeux (l'aurions nous désiré s'il ne nous avait été indiqué par l'autre ?) renouvelant ainsi notre quête vers un nouveau désir encore une fois suggéré par un médiateur extérieur.
Les romanciers le savent nous dit Girard en montrant avec une précision chirurgicale comment les textes révèlent les mécanismes cachés du désir.
Ce livre est une introduction "simple" et passionnante à l'oeuvre de René Girard qui a écrit des volumes beaucoup plus complexes par la suite et pas vraiment faciles à lire (je pense par exemple à La violence et le sacré).
Lien : https://www.babelio.com/list..
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On m'a fait découvrir Girard par ce livre, et j'ai longtemps cru qu'il était un critique littéraire ou un spécialiste du roman comme J.P. Richard l'est de la poésie. En fait, Girard est un philosophe qui élabora sa théorie du désir médiatisé et de la violence mimétique à travers la lecture des grands romans occidentaux, de Cervantès à Proust, avant de passer à d'autres textes. Ses lectures sont intéressantes au premier abord, et dégagent bien, au plan des généralités, ce qui fait la "vérité" du roman (sur le désir), lequel dévoile le "mensonge" romantique qui consiste à se croire le sujet de son propre désir authentique. En cela, Girard apporte quelque chose. Mais ensuite, quand on va plus loin dans la lecture de ces mêmes grands romans, cet outil de compréhension ayant démasqué l'évidence, il ne sert plus à grand chose, au plan de l'analyse littéraire s'entend. Parallèlement, l'auteur applique mécaniquement sa théorie à d'autres textes, en particulier bibliques (Job), sans grand succès car le placage y est évident et les idées de Girard sont inopérantes pour lire les textes finement.
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Premier essai de René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque développe son idée du désir mimétique, ou désir métaphysique, analysé à travers les oeuvres de Cervantès, Stendhal, Dostoïevski et Proust.
Ou comment on désire à partir du désir de l'autre, le médiateur, qu'il soit externe (éloigné, la meilleure configuration, car alors, point de rivalité), ou interne (proche, à la fois rival et modèle adoré).
La notion de désir mimétique n'est bien évidemment pas un outil de critique littéraire ; René Girard montre comment le roman est un outil de compréhension de l'âme, ou de la psychologie humaine.
Son analyse est brillante, intéressante, j'adore quand il tape sur les critiques contemporains, même si on ne comprend pas toujours à quoi il fait référence, car son essai date un peu.
Est-ce qu'une analyse de romans écrits par des femmes aboutirait à des conclusions différentes, me suis-je demandée ? Car littérature rime souvent avec grands auteurs masculins, ce qui laisse de côté sans doute une vision différente, du moins il faudrait une analyse plus poussée pour s'en assurer.

René Girard ne donne pas d'ailleurs de définition de ce qu'est le désir, même si on comprend au fil de la lecture qu'il est très différent de la passion, laquelle serait le mouvement d'une personnalité libre, tandis que le désir est l'imitation, la volonté de saisir quelque chose d'inatteignable, devenir l'Autre.

Et que le désir n'est pas ce que Freud définit comme la libido, la psychanalyse n'ayant pas les faveurs de René Girard, d'une façon générale.

"Soyez vous-même, tous les autres sont déjà pris" disait Oscar Wilde. Un bon résumé, peut-être, du propos de cet essai.
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Que nous disent les personnages de romans sur la vie sociale, les grandes questions morales ou métaphysiques ? En accordant son attention qu'à quatre auteurs significatifs : Cervantès, Stendhal, Dostoïevski et Proust, René Girard trouve matière à conforter sa thèse sur le désir mimétique et le triangle du désir. Si les 350 pages de son essai se lisent avec attention, il n'en demeure pas moins que le lecteur rencontre fréquemment des redites. L'auteur évite la lassitude en passant au crible de sa sagacité de nombreux personnages. de ce point de vue, la lecture de son essai demeure passionnante. J'avoue que, sans cet éclairage, je n'aurais rien compris aux personnages créés par Marcel Proust. En revanche, pour Dostoïevski j'ai l'impression que Girard enfonce des portes ouvertes tant le Russe trace le contour de ses personnages avec des traits dignes de Rouault. (Je vous laisse le soin de noter le lien religieux qui unit le peintre à l'écrivain). René Girard, par ailleurs, délaisse Molière, Marivaux et surtout Balzac et Tchekhov. Balzac est brièvement cité. Un psychologue me disait : « si vous voulez apprendre la psychologie, lisez Balzac ! » Les trois autres sont, certes, des auteurs de théâtre et non des romanciers. Cela interdit-il de les rattacher à la thèse du désir mimétique ? Les auteurs qui analysent plus la psychologie des personnages qu'ils n'évoquent leur destin face à la mort semblent moins se prêter à la thèse de Girard.
Un livre à lire pour qui veut approfondir non seulement l'étude des personnages des romanciers cités mais aussi la signification profonde des liens qu'ils tissent entre eux.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Le souterrain est la vérité qui se cache derrière les abstractions rationalistes, romantiques ou "existentielles". Le souterrain est l'aggravation d'un mal préexistant, c'est une prolifération cancéreuse de cette métaphysique qu'on avait crue supprimée. Le souterrain n'est pas la revanche de l'individu sur la froide mécanique rationaliste. Il ne faut pas s'y plonger comme s'il nous apportait le salut. Le héros souterrain témoigne, à sa façon, de la vocation véritable de l'individu. Il témoigne plus vigoureusement, en un sens, que s'il était moins malade. Plus le désir métaphysique se fait atroce plus le témoignage se fait insistant. Le souterrain est l'image renversée de la vérité métaphysique. Cette image se fait toujours plus nette à mesure qu'on s'enfonce dans l'abîme. Une lecture attentive interdit toute confusion entre le romancier et son personnage. Ce n'est pas une confession lyrique qu'écrit Dostoïevski mais un texte satirique d'une amère, sans doute, mais prodigieuse bouffonnerie.
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L'écrivain parle pour nous séduire, comme par le passé. Il guette toujours dans nos yeux l'admiration que nous inspire son talent. Il fait tout, dira-t-on, pour se faire détester. Sans doute, mais c'est parce qu'il ne peut plus nous faire la cour ouvertement. Il lui faut d'abord se convaincre qu'il ne cherche pas à nous flatter. Il nous fera donc une cour négative à la façon des passionnés dostoïevskiens.
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Dans la médiation double chacun joue sa liberté contre celle d'autrui. La lutte est terminée dès que l'un des combattants confesse son désir et humilie son orgueil. Tout renversement de l'imitation est désormais impossible car le désir déclaré de l'esclave détruit celui du maître et assure son indifférence réelle. Cette indifférence, en retour, désespère l'esclave et redouble son désir. Les deux sentiments sont identiques puisqu'ils sont copiés l'un sur l'autre ; ils ne peuvent donc que se renforcer à la vue l'un de l'autre. Ils exercent leur poids dans la même direction et assurent la stabilité de la structure.
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Imiter le désir de son amant c'est se désirer soi-même grâce au désir de cet amant. Cette modalité particulière de la médiation double s'appelle la coquetterie. La coquette ne veut pas livrer sa précieuse personne aux désirs qu'elle provoque mais elle ne serait pas si précieuse si elle ne les provoquait pas. La pas préférence que s'accorde la coquette se fonde exclusivement sur la préférence que lui accordent les Autres. C'est pourquoi la coquette recherche avidement les preuves de cette préférence ; elle entretient et attise les désirs de son amant, non pas pour s'y abandonner mais pour mieux se refuser.
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La structure triangulaire n’est pas moins apparente dans le snobisme mondain que dans l’amour-jalousie. Le snob, lui aussi, est un imitateur. Il copie servilement l’être dont il envie la naissance, la fortune ou le chic . (...) Le snob n’ose pas se fier à son jugement personnel, il ne désire que les objets désirés par autrui. C’est pourquoi il est l’esclave de la mode. (p38)
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Vidéo de René Girard
Le livre est disponibles sur editions-harmattan.fr : https://www.editions-harmattan.fr/livre-qui_dit_on_que_je_suis_le_mystere_jesus_joel_hillion_stan_rougier-9782336428567-78949.html ___________________________________________________________________________
L'Apocalypse de Jean commence par ces mots : « Révélation de Jésus Christ : Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. » Comment Jésus a-t-il « connu » cette révélation ? À partir de quand s'est-il lancé dans sa mission ? À quelle fin ? Pour tenter d'y voir plus clair, Joël Hillion est parti de la théorie mimétique de René Girard. L'hypothèse est simple : le christianisme est le plus grand « déconstructeur » du sacré qu'on ait connu. Qu'est-ce que Jésus apporte qu'aucun autre humain n'avait compris avant lui ? Cette compréhension du message non sacrificiel de Jésus ne va pas de soi. Après 2 000 ans, nous en sommes encore à nous interroger sur ce qu'il signifie. Conscient de l'originalité absolue de sa mission, Jésus répétait souvent : « Qui dit-on que je suis ? » C'est à nous que la question est posée.
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Bonnes lectures !
Crédit : Ariane, la prise de son, d'image et montage vidéo
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