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EAN : 9782012789777
351 pages
Éditeur : Hachette Littératures (25/08/1999)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 67 notes)
Résumé :
Nous nous croyons libres, autonomes dans nos choix, que ce soit celui d'une personne ou d'un objet. Illusion romantique ! En réalité nous ne choisissons que des objets désirés par l'autre, mus le plus souvent par ce que Stendhal appelle les sentiments modernes, fruits de l'universelle vanité : " L'envie, la jalousie et la haine impuissante. " Partant d'une analyse entièrement renouvelée des plus grands chefs-d'oeuvre de la littérature, René Girard retrouve partout c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Fisheye
  08 septembre 2015
On résume souvent l'apport de Girard par une formule un peu passe-partout - "le désir triangulaire" - qui, si elle permet de ranger le bonhomme dans une case de notre cerveau, ne lui rend par contre absolument pas le gigantesque mérite qui devrait lui revenir. Car ce que beaucoup prennent pour un aboutissement n'est en réalité que le point de départ d'une enquête extraordinaire au pays des "romanciers géniaux" (l'expression est de René, et dans sa candeur assumée elle est déjà merveilleuse), un modèle de pénétration et d'esprit synthétique qui part d'un commentaire littéraire pour aboutir à un diagnostique sociologique et psychologique des quatre derniers siècles de l'Occident.
Qu'en est-il en quelques mots ? Effectivement Girard s'appuie sur l'idée que personne ne choisit l'objet de son désir de façon autonome, qu'il y est toujours poussé via le désir d'un tiers, un Médiateur qui l'aiguillone, lui donne envie d'avoir envie comme chantait Johnny. Et cette idée, il la prend d'ailleurs chez Rougemont qui montre déjà dans l'Amour et l'Occident que Tristan n'aimerait pas Iseult si elle n'était pas la femme du Roi. Un peu banal tout ça me direz-vous ? Sauf que le tour de force de René, c'est de se servir de ce schéma pour analyser non pas les oeuvres, mais l'écriture même de quatre génies romanesques : Cervantès, Stendhal, Proust et Dostoïevski. Écriture d'une telle radicalité qu'elle va, à rebours, lui permettre de développer tout ce que le concept de "désir triangulaire" renfermait jalousement en son sein. Ce qui l'intéresse, ce n'est nullement de savoir qui aime qui et pourquoi dans La Chartreuse de Parme ou dans L'Idiot, c'est de retracer l'enfouissement par une civilisation d'une de ses structures de pensée (pour faire vite là où Girard analyse très finement le phénomène = on se choisit un médiateur à cause d'un orgueil démesuré couplé à une haine de soi féroce), et de montrer en parallèle comment des romanciers-voyants se sont servis du roman pour révéler ce gigantesque refoulement. Un refoulement qu'il met sur le compte de l'esprit romantique (d'où le titre de l'ouvrage) compris non comme une catégorie esthétique mais comme une obsession trans-historique à vouloir tout diviser selon la ligne Moi / Autrui.
Petit à petit, il ne s'agit donc plus tant de comprendre le désir, que de déterminer grâce au quatuor de romanciers géniaux pourquoi l'Occident passe son temps à n'y rien comprendre. L'entreprise de Girard est d'une ambition folle, mais force est de constater qu'il met en oeuvre tous les outils en son pouvoir pour la mener à bien. Jamais dogmatique, même quand il affirme, jamais monolithique même quand il synthétise, il se livre à des plongées en apnée dans les pages les plus touffues de Don Quichotte, de la Recherche ou des Démons que tout amoureux de ces romans-là se doivent de découvrir au plus vite. Il dépoussière, il traque les lieux communs, les erreurs volontaires, les aveuglements, il trace des raccourcis et lance des passerelles entre les siècles, bouleversant la chronologie pour montrer que dans la sphère du génie (et par génie il entend des auteurs qui ont su traverser l'enfer pour revenir au monde comme neufs, une rose à la main) la succession temporelle n'a plus cours, bref il perce les baudruches de tous les idéalistes naïfs refusant de voir que les mauvais romans et les critiques médiocres ne sont là que pour conforter la pusillanimité des hommes, ces pauvres animaux qui préfèrent oublier que leur illusion de liberté n'est qu'un esclavage qui s'ignore. Girard est un froid passionné, ou un rationnel amoureux, et son livre, à force de frapper l'ennemi, ne fait qu'avancer degré par degré vers la Lumière. Sa dernière phrase, qu'il emprunte comme il se doit à la fin des Frères Karamazov, est comme un ultime arrêt au seuil du souterrain, les yeux tournés vers l'horizon : « Oui, c'est vrai, nous ressusciterons, nous nous reverrons, et nous nous raconterons joyeusement ce qui s'est passé ».

Lien : http://www.senscritique.com/..
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Henri-l-oiseleur
  05 décembre 2015
On m'a fait découvrir Girard par ce livre, et j'ai longtemps cru qu'il était un critique littéraire ou un spécialiste du roman comme J.P. Richard l'est de la poésie. En fait, Girard est un philosophe qui élabora sa théorie du désir médiatisé et de la violence mimétique à travers la lecture des grands romans occidentaux, de Cervantès à Proust, avant de passer à d'autres textes. Ses lectures sont intéressantes au premier abord, et dégagent bien, au plan des généralités, ce qui fait la "vérité" du roman (sur le désir), lequel dévoile le "mensonge" romantique qui consiste à se croire le sujet de son propre désir authentique. En cela, Girard apporte quelque chose. Mais ensuite, quand on va plus loin dans la lecture de ces mêmes grands romans, cet outil de compréhension ayant démasqué l'évidence, il ne sert plus à grand chose, au plan de l'analyse littéraire s'entend. Parallèlement, l'auteur applique mécaniquement sa théorie à d'autres textes, en particulier bibliques (Job), sans grand succès car le placage y est évident et les idées de Girard sont inopérantes pour lire les textes finement.
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Tastevin
  13 novembre 2017
Que nous disent les personnages de romans sur la vie sociale, les grandes questions morales ou métaphysiques ? En accordant son attention qu'à quatre auteurs significatifs : Cervantès, Stendhal, Dostoïevski et Proust, René Girard trouve matière à conforter sa thèse sur le désir mimétique et le triangle du désir. Si les 350 pages de son essai se lisent avec attention, il n'en demeure pas moins que le lecteur rencontre fréquemment des redites. L'auteur évite la lassitude en passant au crible de sa sagacité de nombreux personnages. de ce point de vue, la lecture de son essai demeure passionnante. J'avoue que, sans cet éclairage, je n'aurais rien compris aux personnages créés par Marcel Proust. En revanche, pour Dostoïevski j'ai l'impression que Girard enfonce des portes ouvertes tant le Russe trace le contour de ses personnages avec des traits dignes de Rouault. (Je vous laisse le soin de noter le lien religieux qui unit le peintre à l'écrivain). René Girard, par ailleurs, délaisse Molière, Marivaux et surtout Balzac et Tchekhov. Balzac est brièvement cité. Un psychologue me disait : « si vous voulez apprendre la psychologie, lisez Balzac ! » Les trois autres sont, certes, des auteurs de théâtre et non des romanciers. Cela interdit-il de les rattacher à la thèse du désir mimétique ? Les auteurs qui analysent plus la psychologie des personnages qu'ils n'évoquent leur destin face à la mort semblent moins se prêter à la thèse de Girard.
Un livre à lire pour qui veut approfondir non seulement l'étude des personnages des romanciers cités mais aussi la signification profonde des liens qu'ils tissent entre eux.
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chalasse
  13 février 2020
L'ironie est que Girard a découvert le désir mimétique en lisant des romans, en particulier romantique. Flaubert se doutait il que sa chère Emma (c'était lui) inspirerait une grille de lecture assez universelle. Les gilets jaunes, c'est du pur désir mimétique. Par contre, je trouve que cela fonctionne moins bien en géopolitique. Achever Clausewitz trouve ses limites dans notre monde multipolaire.
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zazimuth
  09 mai 2017
Etudié à la fac, cet essai est particulièrement intéressant pour expliquer le schéma de la cristallisation au sein du triangle amoureux.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
KirsikkaKirsikka   01 mai 2015
Plus la distance diminue entre le médiateur et le sujet, plus la différence s’amenuise, plus la connaissance se précise, plus la haine se fait intense. C’est toujours son propre désir que le sujet condamne dans l’Autre mais il ne le sait pas. La haine est individualiste. Elle nourrit farouchement l’illusion d’une différence absolue entre ce Moi et cet Autre que plus rien ne sépare. La connaissance indignée est donc une connaissance imparfaite. Non pas nulle comme le prétendent certains moralistes mais imparfaite car le sujet ne reconnaît pas dans l’Autre le néant qui le ronge lui-même. Il fait de lui une divinité monstrueuse. Toute connaissance indignée de l’Autre est une connaissance circulaire qui revient frapper le sujet à son insu. Ce cercle psychologique est inscrit dans le triangle du désir. La plupart de nos jugement éthiques s’enracinent dans la haine d’un médiateur, c’est-à-dire d’un rival auquel nous nous rendons semblables. Losque le médiateur est encore éloigné, le cercle est vaste ; il est très facile de confondre la visée du jugement éthique avec la ligne droite. Cette confusion est de règle chez le sujet désirant. L’espace du désir est « euclidien ». Nous croyons toujours nous mouvoir en ligne droite vers l’objet de nos désirs et de nos haines. L’espace romanesque est « einsteinien ». Le romancier nous montre que la ligne droite est en réalité un cercle qui nous ramène invinciblement sur nous-mêmes.
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monochromemonochrome   13 mars 2015
L'écrivain parle pour nous séduire, comme par le passé. Il guette toujours dans nos yeux l'admiration que nous inspire son talent. Il fait tout, dira-t-on, pour se faire détester. Sans doute, mais c'est parce qu'il ne peut plus nous faire la cour ouvertement. Il lui faut d'abord se convaincre qu'il ne cherche pas à nous flatter. Il nous fera donc une cour négative à la façon des passionnés dostoïevskiens.
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zazimuthzazimuth   10 juillet 2017
La structure triangulaire n’est pas moins apparente dans le snobisme mondain que dans l’amour-jalousie. Le snob, lui aussi, est un imitateur. Il copie servilement l’être dont il envie la naissance, la fortune ou le chic . (...) Le snob n’ose pas se fier à son jugement personnel, il ne désire que les objets désirés par autrui. C’est pourquoi il est l’esclave de la mode. (p38)
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zazimuthzazimuth   10 juillet 2017
La passion chevaleresque définit un désir selon l’Autre qui s’oppose au désir selon Soi dont la plupart d’entre nous se targuent de jouir. Don Quichotte et Sancho empruntent à l’Autre leurs désirs en un mouvement si fondamental, si originel, qu’ils le confondent parfaitement avec la volonté d’être Soi . (p17)
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zazimuthzazimuth   10 juillet 2017
Le triangle réapparaît toutes les fois que Stendhal parle de vanité, qu’il s’agisse d’ambition, de commerce ou d’amour. (...)
Pour qu’un vaniteux désire un objet il suffit de le convaincre que cet objet est déjà désiré par un tiers auquel s’attache un certain prestige. (p20)
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Videos de René Girard (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de René Girard
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=58265
L'ALTER DE MON EGO
Empathie, mimétisme et éducation
Joël HILLION
Professeur d'anglais pendant 40 ans, l'auteur a pratiqué ce qu'il appelle la pédagogie du lien. Sous l'influence de René Girard, d'Antonio Damasio, et plus récemment des découvertes de neurones miroirs, il a appliqué une pédagogie originale où l'empathie tient une place centrale. L'apprentissage s'appuyant sur un mécanisme mimétique l'auteur donne des pistes pour valoriser l'imitation et tirer profit de l'empathie spontanée dans un cadre scolaire.
Joël Hillion a enseigné en lycée et classes préparatoires. Il est l'auteur de plusieurs essais sur l'éducation. Il est également traducteur des Sonnets de Shakespeare et de plusieurs essais à son sujet.
Broché - format : 13,5 x 21,5 cm ISBN : 978-2-343-13623-3 ? 1 décembre 2017 ? 160 pages
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>Littérature : généralités>Biographie littéraire>Oeuvres de fiction, romans (119)
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