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Stéphane Kiehl (Autre)Johanna Pernot (Autre)
EAN : 9782330178581
Actes Sud (16/08/2023)
4/5   624 notes
Résumé :
Un enfant arrive en hiver dans une région de haute montagne. Parisien il découvre la neige pour la première fois. Un décor impensé, impensable se dresse devant lui, cerné de pics et de glaciers qui par instant se dessinent dans l'épaisseur du brouillard. Là-haut, la nature règne en maître au rythme des saisons, ces cycles immuables au cours desquels des hommes et des femmes, des gosses, aux vies modestes mais d'une humanité décuplée par le sens et la nécessité de le... >Voir plus
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sur 624 notes
La possibilité d'une île …

Roman sensoriel dans lequel l'explosion des couleurs le dispute aux fragrances de haute montagne, L'île haute de Valentine Goby explore avec sensibilité le thème du territoire, à la fois lieu d'accueil, lieu de refuge et de cachette, lieu d'apprentissage, lieu de mémoire atavique offrant des racines auxquelles s'accrocher à un enfant dont les racines deviennent précisément des menaces, donc des racines à terrer et à taire. C'est un roman aussi beau que le promet la couverture dans lequel les paysages, au-delà de l'histoire narrée, m'ont enveloppée.
Valentine Goby retranscrit avec poésie la découverte d'un paysage totalement inconnu, la sidération produite, ici par la montagne et sa force tellurique, puis l'appropriation progressive du lieu au cours de trois saisons durant lesquelles la montagne se transforme, modelant par là-même les êtres.

Vadim, devenu Vincent Dorselles afin de cacher ses origines juives, arrive en hiver 1943 dans une région de haute montagne. Parisien de douze ans, il découvre la neige pour la première fois. Son asthme explique ce voyage, mais il n'est pas la seule raison : sa mère l'a également éloigné de la capitale car les juifs se font rafler. le paysage que le garçon découvre va être pour lui un choc immense…Malgré tout ce qu'il a pu apprendre à l'école sur la montagne, il découvre, émerveillé, un décor impensé, impensable, majestueux qui se dresse devant lui, cerné de pics et de glaciers qui par instant se dessinent dans l'épaisseur du brouillard. Là-haut, la nature règne en maître au rythme des saisons, ces cycles immuables au cours desquels des hommes et des femmes, des gosses, aux vies modestes mais d'une humanité décuplée par le sens et la nécessité de leurs tâches, vont partager leur monde avec ce citadin, ébahi. C'est avec son regard de garçon sensible qui associe à chaque mot des couleurs, que Valentine Goby nous offre un véritable hymne à la montagne.

« Son regard a changé. Au début, le blanc lui suffisait. C'était si nouveau cette texture aux métamorphoses constantes, tour à tour dure, molle, craquante, poudreuse, feutrée, lourde, légères, compacte, aérée, tendue, bosselée, mouvante et rampante et volatile dans l'avalanche, inerte au fond de la vallée, qui piégeait la lumière et la réfléchissait, accueillant toutes les nuances, bleue la nuit, diamantine ou mate le jour selon l'épaisseur des nuages, rose au coucher du soleil, grise dans l'ombre de l'envers et parfois translucide, quelle bizarrerie qu'un mot unique couvre un tel éventail d'images ».

Ce lieu magique et pour lequel les mots semblent si faibles pour parvenir à le décrire, c'est la possibilité d'une île… Vincent apprend qu'il y a des millions d'années, la mer recouvrait cet endroit. Et lui d'imaginer l'océan tout recouvrir, avec seule cette montagne des Aiguilles Rouges, la toute première montagne qu'il découvre à son arrivée, transformée en île, l'île haute…Les autres montagnes sous la mer contre lesquelles ondulent des algues turquoise, qu'habitent des bélemnites, devenus désormais fossiles végétalisés d'animaux marins.
Vincent, coupé de ses parents, accueilli par une famille aimante et bienveillante, entouré de nouveaux camarades extrêmement touchants, réunit sur ses dessins, la force tellurique de la montagne avec le berceau aquatique où la vie a commencé, réunit inconsciemment son père et sa mère en ce lieux totalement nouveau où il n'a, au début, aucun repère sur lequel s'appuyer…Un pays insoupçonné rien que pour lui. Avant que cette montagne devienne finalement, peut-être, un endroit pour vivre.

La possibilité d'une île, c'est un peu l'effet que procure cet endroit isolé en plein hiver, coupé de tout, les routes et les passages recouverts d'une épaisse couche de neige suite aux différentes avalanches. Isolée comme sur une île, une île en altitude, loin de la guerre, loin des allemands, loin des dangers. Un monde parallèle avec la possibilité de se réinventer, de pouvoir devenir un autre, de passer pour un enfant d'ici sans aucun compte à rendre à la vie antérieure, pour mieux oublier l'éloignement et la douleur. Se dissoudre dans l'espace face au feuilleté des reliefs à l'horizon. Éprouver à chaque nouvelle découverte la transe de la verticalité et s'intégrer peu à peu en faisant adhérer à ce paysage majestueux tous ses sens, le peintre devenant peu à peu tableau, le citadin désormais modelé par la montagne, en écho à l'altération sans fin du paysage.

« Droit devant, Vincent, c'est le mont Blanc – Ca ne l'aide pas, le mont Blanc est un caillou parmi des cailloux aux proportions tronquées par la distance. Ce qu'on ne peut pas mesurer, Dieu s'en empare, tous les dieux ou presque sont nés des montagnes. Dieu, ou l'art. C'est pourquoi au lieu d'écraser Vincent ce décor délirant in fine l'élève. Il flotte à l'intérieur de lui, pris d'un vertige pareil à la faim. Ça ne fait pas mal. Il se sent léger. Cristallin. A peine décollé du sol. Bizarrement reconnaissant. Il ne sait pas bien envers qui, envers quoi mais ça le submerge, il résiste à la vague et il cherche un appui, quelque chose à toucher, à serrer pour ne pas complètement se dissoudre ou plutôt se délester de ce trop plein d'euphorie, et c'est la main de Moinette qu'il rencontre ».

La possibilité d'une île, d'une île haute, avec sa faune et sa flore endémiques. Ses couleurs. Ses odeurs. Valentine Goby convoque tous les sens et donne à voir avec les yeux, avec la peau, les oreilles, les narines, les papilles. Des gerbes de couleur fusent en tous sens, au-delà du blanc de la neige peu à peu mangé par un éclatant nuancier de vert, se mélangeant aux effluves odorants, aux sons, aux sensations. Des violettes, des gentianes bleues, la douceur de l'herbe, le froid de la rivière, l'amertume du pissenlit, l'odeur du fumier, les odeurs qui varient en nuances subtiles selon l'altitude et l'ensoleillement, les cliquetis d'insectes et les pépiements d'oiseaux pour annoncer le petit matin, ce livre est une flamboyance des sens, une richesse de sensations.
« Parfum, ensoleillement, tiédeur, humide chatoient timidement dans son cerveau, violet, bleu électrique, viride, rose, qu'en faire sinon des seules taches de couleur ».
Cette façon de faire m'a enchantée et l'auteure use de cette sensorialité sur les trois saisons que le petit Vincent va passer dans la montagne. Chaque saison est l'occasion d'honorer la nature. C'est renversant de beauté. Là se niche la force véritable du livre, en ces mille et un tableaux.

« C'est un matin ambré, soleil doux, ciel jaune. On sent monter l'odeur de cire qui annonce les journées chaudes. Cartable au dos devant la maison, Vincent se tient immobile, scotché au paysage pelliculé de miel avec cette impression bizarre que le moindre de ses mouvements pourrait le déformer comme la toile d'un décor peint ».

Je ressors enchantée par cette lecture sensorielle et touchante dans laquelle nous voyons comment un paysage est capable de modeler un enfant, pour peu qu'il soit entouré d'adultes bienveillants.
Ce livre, c'est un regard poétique et magnifique sur un lieu, un regard de peintre, un regard immensément respectueux sur la montagne, certes sauvage et âpre, mais aussi à la fois vivante et salvatrice. « Ici, il n'a pas de paupières ».

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Quel dommage que ce roman soit émaillé d'autant d'erreurs !

Comment est il possible d'écrire, en page 242, « le 9 et 10 aout (1943) les allemands sont déjà à Rumilly » ?

Comment peut-on confondre une Messe et des vêpres et imprimer en page 65, « il y avait eu deux messes, celle du matin et celle des vêpres » ?

Comment peut-on insérer les versets 35-40 du chapitre 25 de l'évangile de Matthieu dans un office d'aout 1943, page 247, en bousculant le calendrier liturgique ?

Mussolini est renversé le 25 juillet 1943, l'armistice signé le 3 septembre, et la zone d'occupation italienne en Haute Savoie passe sous contrôle allemand le 8 septembre 1943, un mois plus tard que le romance Valentine Goby.

« Si j'ai violé l'histoire, je lui ai fait de beaux enfants » claironnait Alexandre Dumas, et Vadim Pavlevitch et Moinette sont incontestablement charmants, et « l'ile haute » un bel hommage aux savoyards et aux réseaux catholiques qui ont sauvé des centaines de persécutés durant la seconde guerre mondiale. Fabrice Grenard, dans « le choix de la résistance », raconte cette discrète épopée qui permet d'inscrire 108 savoyards parmi les « Justes parmi les Nations ».

Ce roman écrit d'une plume poétique, aurait mérité une relecture attentive pour gommer ces erreurs d'autant plus consternantes qu'il est édité par Actes Sud, maison présidée par une ex-ministre de la culture.
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Une île tout en haut de la montagne. La montagne qui enveloppe, enserre le jeune Vadim dans ses bras, maternelle, protectrice, vivifiante.
Le souffle de la montagne dans les poumons de Vadim, un jeune garçon asthmatique de douze ans, qui va lui redonner vie, l'éloigner aussi de la menace, de l'ennemi qui gangrène la France, en 1943, qui poursuit et arrête les Juifs.
Les parents de Vadim, chuchotent la nuit, dans l'appartement des Batignolles, à Paris. Un beau jour, la sentence tombe, Vadim va partir en train, accompagné d'une religieuse, qui va le remettre aux bons soins d'un couple de montagnards qui habitent Vallorcine, le dernier village de la vallée de Chamonix avant la Suisse.
Vadim Pavlevitch devient Vincent Dorselles. Vincent va découvrir la montagne, c'est un choc pour lui qui n'a vu jusque-là que le Sacré-Coeur pour plus haut sommet. Il s'émerveille devant tant de beauté, chavire. Quand Vincent arrive en gare à destination, tout est blanc, ouaté, cocon pour accueillir la chrysalide du jeune garçon.
Petit à petit, la neige va fondre, Vincent découvre avec une admiration sans cesse renouvelée les couleurs qui s'offrent à lui dans la valse des saisons qui se succèdent, chacune amenant une nouvelle palette de couleurs, de paysages, de reliefs, de surprises et de découvertes. Petit à petit, la montagne transmet ses couleurs au petit parisien blafard, qui en emplissant ses poumons d'un air pur auprès d'âmes justes et simples se libère des griffes de l'occupant allemand. Vadim va grandir, mûrir et se révéler à lui-même.
Au cours de sa mue de citadin en petit montagnard, Vincent est accompagné de la fidèle Moinette, fille de la voisine, de deux ans sa cadette. Moinette s'amourache du frêle parisien qu'elle va initier aux rites et coutumes de la montagne, en guide fidèle car Vincent n'a jamais rien vu, rien senti, rien touché dans son Paris tout gris, sans fleurs, ni plantes, ni animaux. Grâce à la montagne, les yeux de Vincent s'ouvrent à la beauté, l'artiste en herbe peint ses bouleversements, ses sensations, ce qui le renverse, le transperce.
Valentine Goby fait accoster le lecteur au coeur de son île imaginaire avec une plume poétique qui magnifie la montagne. Chaque phrase est ciselée avec soin, un véritable travail d'orfèvre, c'est très beau, mais pour être complétement conquise j'aurais eu besoin d'un peu plus de chaleur pour m'attacher aux personnages. L'histoire est belle, je regrette que ce livre très contemplatif ne m'ait pas permis de trouver mon compte en termes d'émotions.
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Vadim est né asthmatique et depuis des mois l'espace s'est drastiquement resserré autour de lui. Il faut qu'il s'en aille, qu'il quitte Paris, il y respire mal, la montagne c'est comme un médicament, elle aide à guérir, l'air y est meilleur. Et puis on s'est mis aussi à arrêter les enfants juifs. Vadim n'a jamais pris le train, il a douze ans. C'est la première fois qu'il voit une montagne. Dans la vallée des Ours, face aux aiguilles rouges, il sera Vincent, les Dorselles lui ont offert les papiers d'identité de leur fils.

Valentine Goby nous conte la vie dans les Alpes au début des années 40. Ici le climat est rude, les gens sont simples. Chaque jour des tâches doivent être accomplies, y compris par les enfants. Dans ce roman d'apprentissage, il y a tout ce qui me plaît dans un livre, une belle histoire portée par une écriture sublime, des personnages attachants ; Monette la petite voisine de dix ans, qui voit tout ce que personne ne voit, Martin qui est aveugle, il a ses yeux au bout de ses doigts, il collectionne les bruits, les odeurs, les goûts, les sensations. Vincent/Vadim perçoit des couleurs dans les sons et il aimerait être un enfant d'ici, pas un monchu, un touriste.
Valentine Goby nous décrit la métamorphose de la nature au fil des saisons et c'est somptueux. Que la montagne est belle sous la plume de Valentine Goby.
J'espère que les bonnes fées des prix littéraires se pencheront sur ce roman, il le mérite tant !

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Valentine Goby m'a emportée... Je referme ce livre et je n'ai qu'une envie, celle de respirer l'air de cette vallée des Alpes, proche du Mont Blanc, proche de la frontière suisse. Un lieu reculé, isolé, mais tellement vivant. Une palette de couleurs. Un paysage, des paysages suivant les saisons, des goûts, des odeurs. Un lieu reculé mais tellement vivant.
L'excuse de cette histoire, c'est la guerre, le petit parisien qui arrive dans cette vallée pour se refaire une santé, ou pour se cacher... Quelque soit la raison, il y découvre la vie, la pleine conscience, la beauté du monde dans cette période de guerre.
Ce livre est une douceur à déguster, les mots emmènent le lecteur.
Encore une fois, Valentine Goby est une poétesse et nous sort de notre quotidien.
Le livre terminé, j'ai clairement le sentiment de trop peu, d'inachevé (mais je pense que cela est voulu par l'auteure).
Cette année inachevée pour Vincent/Vadim est une parenthèse dans sa vie, et une parenthèse pour le lecteur. Mais quelle parenthèse !!!!
Je n'en dirai pas plus sur cette lecture. A chacun de la découvrir et d'en tirer le meilleur. Pour moi, c'est un véritable coup de coeur, et un coup de maître de la part de l'auteur, au sommet de son talent d'écrivain.
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critiques presse (2)
Culturebox
06 janvier 2023
Petit citadin ébahi, Vadim, initié par la jeune Moinette, va découvrir le cycle immuable des saisons au cours desquels hommes, femmes et enfants se battent pour leur survie en milieu hostile. [...] Parfait pour passer nos longues soirées d’hiver au coin du feu.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Bibliobs
29 septembre 2022
Dans ce morceau de bravoure romanesque, Valentine Goby traduit l’éveil à la beauté qu’elle éprouva dans sa propre enfance.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (91) Voir plus Ajouter une citation
Jamais Vadim n’avait pris le train avant, un train qui distancie la ville. Il était trop anxieux pour être excité. Tout au long du trajet à côté de la sœur il a pensé respire, s’est attaché à cette discipline infime : pomper expulser l’air de ses poumons, seconde après seconde, six cents kilomètres d’incertitude fragmentés en milliers d’étapes sûres.
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Le froid saisit le garçon à la descente du train. Détoure son corps osseux, les saillances enfouies sous ses vêtements trop larges, l'arête du nez, les phalanges au bout des mitaines. il se fige sur le quai, sa valise à la main, enveloppé de son souffle. Il perçoit exactement ses contours, la mince frontière qui le sépare du dehors à la jonction de la peau tiède et de la gangue d'air glacial.La sensation est si aiguë qu'il se figure sa silhouette dissociée du décor, pareille aux personnages découpés d'un théâtre d'ombres. Mais déjà ses formes se dissolvent. La neige lui monte aux chevilles, s'agrippe en gros flocons à son bonnet, son pantalon et son manteau de laine, s'amoncelle sur sa valise, ses chaussures, s'applique à l'absorber comme elle gomme toute chose. De la petite gare, des arbres, des bancs, on ne devine que des volumes polis, remodelés par la neige. Le brouillard fond les alentours dans une matière opaque dont émergent de rares lignes noires : rails, fines faces des troncs contraires au sens du vent, bords de toit. Un squelette de paysage. Même la sœur à ses côtés s'estompe, ses joues pâles, sa robe et son voile beige affadis par la neige ; seules ressortent, comme en suspens, ses montures de lunettes et sa canne. (p.11)
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Le froid saisit le garçon à la descente du train. Détoure son corps osseux, les saillances enfouies sous ses vêtements trop larges, l’arête du nez, les phalanges au bout des mitaines. Il se fige sur le quai, sa valise à la main, enveloppé de son souffle. Il perçoit exactement ses contours, la mince frontière qui le sépare du dehors à la jonction de la peau tiède et de la gangue d’air glacial. La sensation est si aiguë qu’il se figure sa silhouette dissociée du décor, pareille aux personnages découpés d’un théâtre d’ombres. Mais déjà ses formes se dissolvent. La neige lui monte aux chevilles, s’agrippe en gros flocons à son bonnet, son pantalon et son manteau de laine, s’amoncelle sur sa valise, ses chaussures, s’applique à l’absorber comme elle gomme toute chose.
(Incipit)
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Le vert de Vincent lui saute au visage. Il a toujours associé les lettres de l'alphabet à des couleurs, il n’avait pas été surpris le jour où l’institutrice lui avait fait lire en classe les Voyelles de Rimbaud. Il se représentait l'alphabet comme une ligne continue dont chaque lettre saillait en couleur singulière. La semaine comme une boucle de matière plissée variant du rouge sombre au vert, blanc, rose, rouge vif, gris clair et gris foncé. L'année comme une courbe descendante de janvier à décembre, formée de petits rectangles de couleurs plus clairs les premiers mois, plus lumineux l'été, verts dès l'automne, presque bruns au début de décembre. Les chiffres montaient en pente douce du rouge au noir de l à 10 puis tombaient dans un gris de plus en plus dense jusqu’à 100, grimpaient dans des nuances de métal au-delà de 1000 et se perdaient dans le noir. Le phénomène était visuel, les chiffres, les lettres dansaient séparément devant ses yeux, V rouge, A blanc, D jaune, I rouge, M noir.
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Cha-mo-nix. Il connaissait ce mot, chamonixe, il se répétait distinctement les syllabes comme on piétine l’argile, un talon après l’autre, pour faire monter à la surface des cailloux enfouis, cha-mo-nixe-cha-mo-nixe-cha-mo-nixe jusqu’à ce que du fond de sa mémoire jaillisse l’image des petites brioches bombées fourrées de pulpe d’orange, glacées d’une pellicule de sucre qu’il grattait de l’ongle, il y a longtemps, quand on pouvait acheter des gâteaux Chamonix : il en projetait la vision sur le quai enneigé, couchées sous papier translucide dans une boîte en carton L’Alsacienne, et un mirage de biscuit se délitait sur sa langue, et le sucre imaginaire agaçait ses gencives.
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Vidéo de Valentine Goby
Dans cette vidéo exclusive, plongez dans les secrets bien gardés des écrivains ! Explorez comment Caryl Férey fusionne voyages et écriture, comment DOA aborde la recherche de manière empirique, et comment Valentine Goby navigue l'exploration vertigineuse. Un voyage fascinant dans les coulisses de la création littéraire vous attend !
00:10 Caryl Férey 00:30 DOA 01:45 Alexis Jenni 02:37 Valentine Goby 04:10 DOA 05:33 Valentine Goby
Cette interview a été réalisée durant plusieurs éditions de Quais du Polar, ainsi qu'aux Artisans de la Fiction.
Chez les Artisans de la Fiction, situés à Lyon, nous valorisons l'apprentissage artisanal des techniques d'écriture pour rendre nos élèves autonomes dans la concrétisation de leurs histoires. Nous nous concentrons sur les bases de la narration inspirées du creative writing anglophone. Nos ateliers d'écriture vous permettent de maîtriser la structure de l'intrigue, les principes de la fiction et la construction de personnages.
Pour plus d'informations sur nos stages d'écriture, visitez notre site web : http://www.artisansdelafiction.com/
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